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Ani

1917_02_04 Les bienheureux

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Les bienheureux

 

Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice ;

car le Royaume des cieux est à eux[1].

Matthieu 5 :10

 

         Je prendrai dans ce verset le mot bienheureux. Le Christ ne dit pas : « Bienheureux ceux qui ont beaucoup d’argent, qui ont beaucoup de maisons, qui sont très instruits, qui sont les puissants du jour », mais Il dit : « Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice. » Le mot persécuter a une connotation positive mais aussi une connotation négative. Si l’homme n’est pas persécuté, il ne progressera pas : il faut du mouvement dans le monde. Lorsque le paysan bulgare veut battre le blé, il harangue ses chevaux ; pourquoi cela ? Pour battre les gerbes de blé. Toute chose dans la vie a un sens. Ceux qui comprennent le sens intérieur de la vie n’ont pas à s’empêtrer dans les contradictions qui existent dans le monde. Toutes ces contradictions sont l’expression d’une grande vérité qui a deux côtés, deux visages : souffrances et joies ; les souffrances sont le côté sombre de cette vie et les joies sont ce qui est le plus sublime, le côté lumineux de la vie. Tout ceci est conforme aux lois de la nature. La terre change de visage tous les vingt-quatre heures : l’une des faces est lumineuses, l’autre, obscure. Par conséquent, en vingt-quatre heures de votre existence vous serez sombres et lumineux, vous souffrirez et vous vous réjouirez. C’est une loi immuable qui n’a rien à voir avec le péché. Parfois le péché s’imbrique dans la souffrance, mais ces deux choses ne doivent pas être corrélées.

         La souffrance est une grande loi ; il n’y a personne qui n’ait jamais souffert et qui ne souffre pas. Même Dieu souffre avec nous, personne ne souffre plus que Lui. Lorsque quelqu’un dit qu’il souffre, je réponds : « Tu as à peine commencé à effleurer cette science. » Ce n’est pas un mal pour quelqu’un de souffrir ; les sentiments qui vous font sentir les choses les plus agréables dans le monde vous feront sentir aussi les plus désagréables. Si votre œil est déréglé, en dysharmonie avec la lumière, il vous fera sentir les sensations les plus terribles, mais si votre œil est en harmonie avec la lumière, il éprouvera les sensations les plus agréables. Par conséquent, toute dysharmonie qui apparait en vous est le signe d’un dérèglement ; vous vous régulerez uniquement par les souffrances. Ceux qui jouent de la guitare accordent fréquemment leur instrument selon les mélodies, ils se règlent en quelque sorte. La souffrance est aussi une sorte d’accordement : la gamme doit passer de mineure en majeure ou en chromatique. Chez les humains qui aspirent à ce qui est noble, cet élan est lié à la souffrance.

         La souffrance et la joie sont deux pôles opposés de la vie. Celui qui veut se développer doit nécessairement souffrir ; les souffrances sont une porte, un prérequis à la joie. Si vous ne souhaitez pas souffrir, vous n’aurez pas de joies dans la vie. Joie et chagrin sont deux filles de Dieu. « De quel Dieu ? », demanderez-vous. Celui qui se manifeste à l’humanité. Vous direz : « Dieu a-t-il des filles ? » Oui, Il a des filles et des fils ici-bas sur terre et en haut au Ciel. Les mots frère et sœur sont des idées divines, des notions beaucoup plus vastes que celles que nous appréhendons. Notre fraternité n’a qu’un pied de hauteur. Lorsqu’un frère prend à un autre quelques centimètres d’un champ cultivé, ils se querellent et la fratrie se brise. Prenez les médecins, les commerçants, les professeurs, les prêtres, etc., la fraternité n’atteint qu’un pied de hauteur. Voilà le développement actuel atteint dans la société en matière de fraternité.

         Le Christ dit : « Bienheureux êtes-vous lorsque vous êtes persécutés pour la justice. » Vous direz : « Pourquoi me pourchasse-t-on ? » Je demande pour ma part pourquoi ne pas vous pourchasser. On dit souvent que l’eau boueuse est plus agréable pour le sol que l’eau claire ; en traversant les sols, elle laisse certains dépôts dont se nourrissent les plantes. Le fleuve Nil a ainsi déposé des millions de tonnes de limons dont l’ancienne Egypte tirait profit pour produire d’énormes quantités de blé. La souffrance est ce précipité divin qui descend des hauteurs et, en se déposant dans vos champs, les fertilise ; alors Dieu dit : « Semez maintenant. » Et de ces alluvions : péchés, malentendus, sortira le meilleur pain et vous direz avec le temps : « Dieu merci, tout ceci était pour le mieux. » Sans souffrances, vous n’aurez pas de pain. Le Christ dit : « Je suis le pain vivant », et en effet, Il est un pain vivant car les humaines Le mangent chaque jour.

         « Bienheureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi ». Si on dit du mal sur vous et que c’est mérité, ce n’est pas enviable ; si vous êtes fautif et qu’on vous condamne, c’est mérité. Vous devez souffrir pour la justice, pour le Père céleste ; actuellement beaucoup souffrent pour l’injustice. Je demande : « Si le Christ venait aujourd’hui, quel enseignement léguerait-il au monde ? » Tous les humains veulent être heureux, avoir de bons maris, de bonnes épouses, de bons enfants, mais où trouverez-vous ces bons époux, ces bonnes épouses, ces bons enfants ? Plantez le meilleur blé dans le sable, il s’étiolera ; mettez de l’engrais dans ce sable et avec le temps le blé commencera à se revigorer ; j’entends cette loi intérieurement. Que se passe-t-il à l’extérieur dans le monde ? Tout va normalement : les choses se passent comme elles doivent se passer.

         L’apôtre Paul dit à un endroit : « Tous vivent et agissent au sein de Dieu.[2] » Si vous agissez et vivez au sein de Dieu, de quoi avez-vous peur ? Vous êtes assis dans un bateau en mer, une tempête se lève et vous prenez peur, je demande : « Où est votre foi ? – Nous allons sombrer ! » Si vous êtes fautifs, vous allez sombrer ; si vous êtes semblables à l’or, à l’argent, au fer vous allez couler, mais si vous êtes léger comme une plume vous resterez à la surface et les autres couleront car ils portent une lourde charge : malheur à eux. Par conséquent, ne vous chargez jamais de pensées pesantes. Peu importe ce que les gens pensent de vous, l’important est ce que le Seigneur en pense, Lui qui est vivant. Le Seigneur est partout où il y a des créatures intelligentes ; Il n’est pas chez les défunts, les fautifs. Par le mot Dieu, je désigne les sensations, les pensées agréables que vous éprouvez, votre conscience qui perçoit Dieu. Il vit en nous et Il a la force de nous ressusciter. Si le Seigneur n’est pas en lien avec moi, s’Il ne peut pas me vivifier, à quoi bon ce Seigneur et son existence ? C’est pourquoi le Christ dit dans les Écritures : « Si mes paroles vivent en vous et que vous vivez en Moi, tout ce que vous demanderez, vous sera donné et se réalisera. » Le Christ dit qu’il est le Verbe vivant : « Les paroles que Je vous dis sont en vous, elles sont vivantes.[3] » C’est pour cela que l’enseignement du Christ qui demeure en nous est une force en soi.

         « Réjouissez-vous car grande est votre rétribution dans le Cieux », ce qui signifie que ces personnes ont une vie future devant eux. Que sous-entend cette vie future ? Certains pensent que lorsqu’ils mourront ils iront dans un autre monde ; non, vous n’irez pas dans un autre monde, mais vous passerez simplement d’un état à un autre, comme la chenille. Lorsqu’elle reste sur la feuille et la ronge, elle pense que c’est son monde, mais lorsqu’elle se transforme en papillon, elle se dote d’ailes, visite les fleurs et change sa vision du monde. Nous aussi, lorsque nous rongeons les feuilles de la vie matérielle, nous sommes des chenilles, mais lorsque nous passons par le stade du cocon pour devenir des âmes, vêtues de beaux habits, nous allons saisir la vie dans sa plus grande manifestation. Sans vous offenser, beaucoup sont maintenant des chenilles, c’est-à-dire dans la situation d’une chenille. Ils disent : « Il faut mettre de l’argent de côté pour les mauvais jours » : c’est une chenille ; « Il faut une maison pour les mauvais jours » : vous êtes une chenille car cette ‘feuille’ est nécessaire à la chenille. Je demande, à quoi serviront ces feuilles à la chenille si elle devient papillon ? Lorsque vous commencerez à vous élever, vous direz à vos frères : « Je vous laisse ces feuilles, je vous les donne. » C’est pourquoi le Christ dit : « Ce dont tu n’as pas la nécessité, donne-le aux autres qui en ont besoin, qu’ils en tirent profit. »

         L’enseignement du Christ est pour tous, mais tous ne sont pas prêts à le comprendre et à l’appliquer ; il peut être appliqué uniquement selon le degré d’avancement de chaque individu. Ce qui signifie que nous devons être conscients de notre situation. Ceux qui sont devant ou derrière ne doivent pas être jugés ou enviés ; nous passerons tous un jour par ce chemin, volontairement ou par nécessité. Si vous ne battez pas le blé volontairement, le Seigneur viendra avec un fouet vous attacher, comme un cheval à l’aire, pour le faire, pendant un jour, un autre jour et ainsi de suite durant des années. Lorsqu’on vous demandera pourquoi vous êtes devenus des chevaux, vous direz : « Pour battre le blé. » Je vois comment beaucoup de nos contemporains battent le blé sur l’aire divine.  Quand je vois un cheval le faire, je dis : « Il fait bien son travail. » Moi aussi je me demande si je fais bien mon travail. Si vous voulez que les contemporains comprennent bien l’enseignement du Christ, il faut instaurer l’harmonie divine entre eux. Pouvez-vous vérifier à quel point vous êtes bienheureux ? Oui. Les gens se plaignent constamment en disant : « Je suis le plus malheureux de tous ». Je réponds : « Tu es parmi les bienheureux, car le Christ dit : « Bienheureux les misérables. » Tu es malade. Qu’est-ce que la maladie ? Le signe que la vie divine travaille sur toi et veut te ressusciter. Tu as des difficultés dans ton développement, tu ne peux pas résoudre une question ? La pensée divine veut t’élever, t’éclairer. Ton cœur se serre ? La vie Divine est à l’œuvre et veut adoucir ton cœur. Le Seigneur travaille en nous.

         Les gens d’aujourd’hui ressemblent aux enfants qui aiment soulever la poussière dans les salles de classe ; lorsque le professeur rentre, il voit de la poussière partout et se met à éternuer. J’entends partout des éternuements : les enseignants, les prédicateurs, les mères, les pères, tous éternuent. Pourquoi ? À cause de la poussière. Ouvrez les fenêtres, aérez vos chambres, nettoyez le sol : les éternuements cesseront. Veille à ce que ta chambre soit aérée, alors il n’y aura pas d’éternuements. Les éternuements sont le signe de la présence de poussière, de soupçons, de doutes. Il faut de la lumière dans le monde pour comprendre le sens de la vie. Je vous demande depuis combien de temps vous êtes sur terre, où étiez-vous il y a deux cents ans ? Vous, votre père, votre grand-père, arrière-grand-père, grand-mère, arrière-grand-mère où étiez-vous mille ans en arrière ? Vous direz : « On n’a pas à le savoir. » Vous ne voulez pas le savoir, mais si votre grand-père vous laisse un héritage, vous êtes prompts alors à visiter toutes les banques pour vous informer en détail sur cet héritage ! Pourquoi ? Parce que vous avez quelque chose à hériter. Mais si votre grand-père a contracté des dettes, vous faites semblant de ne pas le connaître pour ne pas payer ses dettes : ce n’est pas très éthique. Ne pas être gentilhomme, c’est ne pas avoir l’esprit d’un chevalier, ne pas maîtriser sa monture, c’est-à-dire son discernement, sa pensée ; ne pas être intelligent.

         Le Christ dit : « Bienheureux ceux qui comprennent ainsi le sens de la vie. » La richesse est cachée dans notre cerveau, notre pensée, notre cœur. Un jeune homme riche tombe amoureux d’une fille pauvre ; elle est peut-être pauvre, mais une richesse est cachée en elle, et cette richesse se lit sur son visage. Il y a des milliers d’exemples de tzars et autres hommes de noble ascendance qui sont tombés amoureux de pauvres filles qui se sont élevées ainsi ; mais elles avaient une richesse intérieure que Dieu avait mise en elles. Lorsque l’homme est vertueux, juste et que demeure en lui l’amour divin, la sagesse, la vérité, toutes ces choses vivantes ressortent en lui. J’ai rencontré la vertu, j’ai discuté avec elle : quelles bénédictions jaillissent d’elle ! Savez-vous comment est cette très belle fille de Dieu ? J’ai rencontré la justice divine : elle est très belle mais inflexible, elle ne pardonne pas les fautes. Vous lui direz : « Je suis faible. – Faible ou puissant, il ne faut pas transgresser l’ordre de ton Père. » Et l’amour, il est très beau et doux, il ne voit pas les fautes humaines ; quoi qu’on fasse devant lui, même le pire, il t’embrassera, te caressera, te nettoiera, t’habillera proprement et te conduira chez lui. Hommes et femmes doivent s’aimer. Certains disent : « Ma femme ne m’aime pas. –  Tu n’as pas trouvé celle qui t’aime ; ta femme sur terre est l’ombre de l’amour. » La femme dit : « Je le prendrai pour mari car il est riche, gagne dix mille levas et possède une maison ». Cette femme le prend mais ne donne rien en retour, elle ne peut pas rendre son mari heureux. L’homme dit : « Je l’ai épousée bien qu’elle soit laide, car elle est riche. » Cet homme ne peut pas non plus rendre sa femme heureuse car toute philosophie qui prend sans donner ne peut pas rendre les gens heureux.

         L’abnégation est le fondement de l’enseignement du Christ. Il y a deux types de sacrifices : se sacrifier soi-même ou être sacrifié. Pourquoi par exemple sacrifie-t-on l’agneau pascal ? On lui ceint la tête d’une couronne, on le bénit, puis on l’égorge. Pourquoi ce sacrifice ? Pour manger. Il y a des esprits dans le monde qui un jour vont aussi vous mettre une couronne, vous placer sur l’autel, ils vous égorgeront et vous mourrez. On dira : « Telle personne a trépassé », mais je dis : il n’est pas mort, il est en vie. Vous serez aussi un jour sur la table de la mort et on vous y mangera, on dira : « Comme c’est savoureux, comme cette chair est grasse ! Ces muscles, ce cœur, ce foie ! » Les humains trépassent à cause de l’alimentation carnée. Le Seigneur enseigne aux humains et aux esprits à ne pas manger de viande ; lorsqu’ils cesseront de manger de la viande, il n’y aura plus de mort dans le monde. La chair des pécheurs est tendre, comme les habits de mauvaise confection. L’habit fabriqué avec de bons tissus est de bonne qualité, indéchirable ; la chair des justes est saine, coriace et voilà pourquoi on ne la mange pas ; il n’y a pas de trépas pour les justes.

         Cet Enseignement divin créera en nous des pensées, un cœur et un esprit sains. Celui qui tente d’engloutir et d’anéantir une bonne pensée, un désir divin, s’anéantira tout seul ; il sera dans la situation du crocodile qui avale de petites grenouilles. Dans le Nil, il y a de petites grenouilles que les crocodiles gobent : le crocodile ouvre sa gueule, la grenouille en sautant tombe dedans et comme elle est petite, il la gobe toute entière. Mais dans son ventre, la petite grenouille cherche à sortir et, pour se frayer un chemin, elle entame petit à petit les chairs du crocodile jusqu’à s’échapper ; alors le ventre du crocodile se remplit d’eau, il se retourne et meurt. Certains disent en se lamentant : « On m’a dévoré ! » Si Dieu est avec vous, quiconque essaie de vous dévorer le paiera très cher. Si on a la foi, il ne faut avoir peur de rien car le Seigneur vivant est avec nous.

         L’Esprit divin descend déjà d’en haut comme la lumière. Il porte en Lui une grande clarté, le feu et la vie qui purifieront le monde. Les contemporains verront ces choses et seront témoins de l’avènement du Royaume de Dieu sur la terre. En descendant, Dieu unira les humains et les ressentiments disparaîtront peu à peu.

         Tous les malentendus proviennent de la méfiance et de la suspicion envers les autres. Je vais prendre l’exemple du froid, du vent et du soleil qui ont voulu faire une expérience avec un berger pour voir qui réussirait à lui faire enlever son manteau. Le froid s’est mis à sévir en disant : « Je vais lui faire enlever le manteau. » Mais sous la morsure du froid, le berger s’est davantage enveloppé dans son manteau et a accéléré le pas pour rentrer chez lui : le froid a échoué dans sa tentative. Alors ça a été le tour du vent : il a fait rage, déracinant les arbres, balayant tout sur son passage, mais sans réussir à faire enlever le manteau du berger qui s’est encore plus emmitouflé dedans. Enfin, le soleil a dit : « C’est à mon tour maintenant d’essayer après vous. » Il a souri avec gaieté et douceur, en envoyant tout son amour ; le berger a senti sa chaleur jusqu’à finir par enlever son manteau.

         On a prôné deux sortes d’enseignement : celui du froid et celui du vent, mais il reste maintenant celui de l’amour : il fera enlever les manteaux. Certains me demandent : « Toi, que penses-tu ? » Regarde-moi dans les yeux et tu verras ce que je pense. Lorsque je vous croise, je ne demande pas ce que vous pensez, je le sais : vous songez à une maison de deux ou trois étages, avec de nombreuses pièces bien meublées ; vous songez à vous marier, à avoir des enfants, etc. Je rencontre un scientifique : quelles pensées je vois en lui ? Faire des expérimentations ! Je rencontre quelqu’un qui songe à voler, tout ce à quoi il pense est inscrit sur son visage. Le Seigneur a ouvert le livre et tout se voit clairement. Si le Christ décide de juger le monde, il clamera la sentence aussitôt, il dira : « Sur la base de tel ou tel article de la loi divine, pour avoir fait ceci ou cela, voici votre rétribution. » Mais la mission du Christ est maintenant différente : Il appelle l’humanité à une vie sobre. Nous ne devons pas considérer que nous sommes déjà très saints, voilà ce que je veux exprimer. Le saint doit être un homme d’excellence, qui sache servir les autres, avoir un corps sain, un esprit sain, des jambes, des bras, des muscles, ne rien avoir entre les mains, c’est-à-dire ne pas être riche, ne pas être non plus miséreux, mais se trouver dans la situation de Tolstoï : donner, aider les pauvres, c’est le véritable saint. Le Seigneur classe les saints au Ciel en grands et petits. Ceux dont on a le plus parlé, qui ont le plus souffert et qui ont tout supporté avec dignité sont des saints.

         Pourquoi les gens vénèrent-ils aujourd’hui le Christ ? Parce qu’Il a racheté leurs dettes, Il a pris sur Lui leurs péchés. Si le Christ n’avait pas souffert et n’avait rien donné de Lui pour les humains, Il serait un homme ordinaire. Chacun doit servir Dieu et savoir qu’il a sa place sur terre. Vous direz : « L’apôtre Paul a été un grand homme, tel ou tel autre a été aussi un grand homme. » Si vous vous acquittez bien de votre mission sur terre, un jour vous serez aussi un grand homme. Une femme qui a vécu vingt ans avec son mari, en portant son fardeau, en lui faisant le ménage alors qu’il la maltraitait, faisant preuve d’infinie patience sera une sainte ; de même pour l’homme : s’il supporte patiemment toutes les difficultés provoquées par sa femme pendant qu’elle le maltraite, il sera alors un saint ; ces hommes et ces femmes seront des saints au Ciel. Je vois tous les jours ici, sur terre, des femmes parées de diamants, de colliers, vivants dans l’opulence et l’insouciance ; dans l’autre monde elles seront misérables et en guenilles.

         Vous risquez de vous retrouver un jour dans la situation de cette femme riche et avare dont le domestique, alors qu’il ne gagnait que soixante levas, distribuait tout son argent aux pauvres. Elle lui disait souvent : « Ne sois pas si stupide, ne donne pas ton argent car tu en auras besoin pour les jours difficiles. » Un soir, cette dame a fait un rêve éveillé : elle voit un magnifique palais, tout en marbre, une splendeur ! « À qui est ce palais ? – demande-t-elle. – À ton domestique. – Comment un tel miséreux peut-il trouver autant d’argent pour construire ce magnifique palais ? – Tout l’argent qu’il gagne, il l’envoie pour se construire ce palais dans l’autre monde. Elle aperçoit plus loin une petite cabane : « À qui est cette cabane ? – C’est la tienne », lui répond-on.

Vous avez beau être d’illustres personnages dans ce monde, de l’autre côté le Seigneur vous jugera selon vos actes et vous rétribuera en conséquence. Nous ne devons pas nous égarer, mais nous devons connaître la vérité et mettre une frontière nette entre le divin et l’humain.

         Vous dites que vous comprenez le mot Amour. Non, vous ne le comprenez pas ! Et ce n’est pas le seul mot que vous ne comprenez pas, vous ne comprenez pas non plus les mots justice, vérité, sagesse. Lorsque j’entre dans une maison et que je vois une femme en colère, est-ce un signe de sagesse ? Lorsque le mot Sagesse est prononcé, cela doit changer notre état. Il faut comprendre le sens de chaque mot. Si vous entrez dans un théâtre rempli de mille personnes en criant : « Au feu, au feu ! » tous se précipiteront dehors dans la plus grande pagaille, terrorisés par la menace de la mort. Oui, car tous comprennent le sens de ce mot. Mais si quelqu’un vient parmi eux et prononce le mot Amour, ils vont tous se regarder et ricaner en le prenant pour un idiot. Ils demanderont : « Que veut-il dire par ce mot ? » Ce qui montre qu’ils ne comprennent pas le sens profond du mot Amour, sinon il devrait produire le même effet que le mot feu, mais dans l’autre sens. Si je vois quelqu’un attristé et que je prononce le mot amour, toutes ses souffrances et ses afflictions doivent s’effacer, il doit se réjouir et resplendir comme un ange, se transformer de chenille en papillon. Nous disons souvent : « Seigneur Dieu ! », mais sans comprendre non plus ces mots. Je prononce rarement le Nom de Dieu et seulement en mon âme, si j’ai un très grand fardeau, alors je le prononce et ce fardeau s’allège ; pour moi ce mot contient tout. Je remplace ce mot par le mot pouvoir. Ne dites jamais je suis faible mais dites : je peux !

         Il est dit à un endroit dans les Écritures : « Je peux tout par le Christ[4]. » Mettez tout le reste de côté et prenez le Christ. Vous comprendrez le Christ, vous comprendrez Dieu simplement par le mot pouvoir. Je ne suis pas gêné par l’obscurité causée par la rotation diurne de la terre : c’est l’ordre des choses. Lorsque l’esprit de quelqu’un est dans l’obscurité, je dis, son soleil s’est couché, son esprit est dans les ténèbres, alors qu’il se couche, qu’il se repose et qu’il ne s’inquiète pas, dans vingt-quatre heures le soleil se lèvera pour lui, et son Seigneur viendra. Alors l’amour viendra en lui et il commencera à comprendre le sens profond de la vie. C’est ainsi que le Christ a enseigné jadis, et Il enseigne encore ainsi aujourd’hui.

Tout le monde attend la venue du Christ du Ciel ; Il est descendu une fois, Il ne descendra pas une deuxième fois dans le déshonneur. Dieu est d’abord venu sur terre lorsqu’il l’a créée, lorsqu’il a créé le monde ; Il travaille encore aujourd’hui sur ce monde. Il restera ici tant qu’il n’a pas tout arrangé, et Il retournera ensuite au Ciel avec tous Ses enfants. Ce Dieu est toujours avec nous et travaille avec nous. Il nous rassemblera et formera cet Arbre de la vie dont nous constituerons les racines, les branches, les feuilles, les fruits ; chaque feuille sera un médicament et chaque fruit, de la nourriture vivante. Alors nous serons un avec le Seigneur, comme chaque cellule, chaque racine, chaque branche et chaque feuille est une partie de cet arbre.

         « Bienheureux ceux qui sont pourchassés. » Vous êtes bienheureux car vous avancez et votre travail est pour le bien de l’humanité et grande sera votre rétribution dans les Cieux. Lorsque quelqu’un te croise et dit : « Tu es mauvais », il dit vrai, deviens meilleur ; « Tu es laid », il dit vrai, deviens plus beau ; « Tu es hargneux », il dit vrai, deviens plus doux. Combien de fois les gens me traitent de telle façon que, si je leur prêtais attention, je n’aurais plus de cheveux sur la tête. Je me dis : « Ces gens sont justes, je suis un homme dangereux. » Pourquoi ? Je suis un miroir et celui qui me croise et se regarde en moi dit : « Tu es un vagabond. – Tu dis vrai. – Tu es un farceur. – Tu dis vrai. Regarde-toi et corrige-toi ! » Les gens ressemblent à ce prédicateur américain qui, un jour, pris de démence, s’est regardé dans le miroir, ne s’est pas reconnu et a dit : « Tu dois te repentir sinon le Seigneur t’enverra au purgatoire. » Il m’est aussi agréable de me regarder dans les gens ; je veux moi aussi, lorsque je croise un homme bien, me regarder en lui pour voir comment je suis. Il faut avoir deux types de miroirs : ceux dans lesquels nous nous regardons et ceux qui nous appartiennent et que les autres utilisent pour se regarder ; c’est la seule façon pour les humains de corriger leurs erreurs. Malheur au peuple, à la société, à l’église qui n’a pas de miroir ! Les médecins modernes utilisent aussi des miroirs dans leur pratique : lorsqu’ils examinent la gorge par exemple à la recherche d’une maladie. Et l’enseignement du Christ est aussi porteur de miroir pour faire comprendre le sens profond des souffrances, leur utilité pour notre bonheur et notre félicité dans la vie à venir. Les souffrances sont la plus grande bénédiction que Dieu envoie aux humains. C’est pourquoi le Christ dit : « Lorsque quelqu’un parmi vous souffre et se trouve très accablé qu’il vienne auprès de Moi, je rachèterai ses souffrances en lui donnant quelque chose en retour ; nous ferons un échange fraternel. » Ainsi le Christ descend sur terre dans sa gloire pour soulager les humains de ce fardeau en disant : « Remettez votre fardeau au Seigneur. » Vous ferez un échange : le Seigneur prendra vos souffrances et vous donnera des joies en retour. Lorsqu’Il est descendu sur terre, Il a voulu vous rendre heureux, mais pour être heureux vous devez être réfléchis et sages.

         Prononcer le mot Sagesse est approprié uniquement si vous n’arrivez pas à résoudre une question âpre. Prononcez le mot sagesse et patientez dix minutes : une clarté se produira. Vous ressemblerez à l’aveugle qui retrouve la vue et se rend compte des splendeurs de ce monde ; il dit alors : « Je vois bien ce monde et je comprends la grandeur du Seigneur ! » Et nous aussi nous devons remercier Dieu d’avoir créé ce monde, d’avoir créé les foyers, les frères, les sœurs, les mères, les pères, les femmes, les enfants et les malheurs aussi qui les accompagnent, nous devons Le remercier pour tout cela. Ceux qui ont emprunté le chemin du Christ doivent remercier Dieu pour tout. Lorsque nous remercions Dieu, alors nous nous entendons tous. Si nous sommes attristés et si nous prononçons le mot amour, nous ressentirons tout de suite une joie et une chaleur qui viendront baigner notre cœur et vivifier nos membres glacés. Et nous verrons réellement des anges descendre du Ciel ; c’est cela devenir clairvoyant. Certains attendent de mourir pour tout voir et devenir clairvoyants. N’attendez pas d’être morts, mais tant que vous vivez, ressuscitez dans le Seigneur. Ne dites pas : « Lorsque je mourrai » mais dites : « Lorsque je changerai d’habits, lorsque je me transformerai de chenille en cocon et de cocon en papillon. » Vous dites : « Je mourrai, je serai enterré dans une tombe noire et lorsque les vers s’attaqueront à moi, qu’est-ce que je deviendrai ? » Les vers, ce sont vos plus petits frères ; ils viendront et diront : « Goûtons un peu ! Le Christ était pour vous du pain vivant et vous serez pour nous de la nourriture vivante. » Mais les hommes ne sont pas dans les cimetières, ne soyez pas apeurés par ça ; moi, je ne les vois pas au cimetière.

         Je vous le répète, il y a deux sortes d’humains : les uns, les vivants-morts comme nous en voyons chaque jour à Sofia, et les autres, les morts-vivants. Le Christ dit : « Bienheureux les morts qui vivent, qui sont morts pour le Seigneur », alors qu’il n’est dit nulle part : « Bienheureux les vivants morts. » Ces derniers sont des chenilles ; les morts qui vivent sont des papillons, ils sont inoffensifs, ne mangent pas les feuilles des arbres, car les feuilles sont nécessaires. Lorsqu’une pensée envahit votre vie et vous détruit, c’est une chenille : chassez-la ; et lorsqu’une pensée qui vous élève vous vient, retenez-la. Par conséquent jetez toujours dehors les pensées qui mangent les feuilles de votre vie ; c’est cela l’enseignement du Christ.

         Le Christ dit : « Bienheureux ceux qui sont pourchassés car grande est leur rétribution dans les Cieux. » Je vous expliquerai le sens profond de ces mots. Lorsque vous plantez un grain de blé, il se dégrade, attaqué par de nombreux ennemis, des microbes, mais lorsqu’il ressort en haut vers la lumière, le soleil l’éclaire et ses ennemis se dispersent. Par conséquent, vous aussi vous avez besoin d’être pourchassés pour vous élever. En disant : « Bienheureux ceux qui sont pourchassés » le Christ désigne ceux qui croissent, qui développent des racines, des feuilles, des fleurs, des fruits, car leur rétribution sera grande lorsque le Seigneur viendra pour trouver les fruits mûrs. Est-ce que cet enseignement a un sens ? Oui, c’est cela être persécuté pour le Christ. Si je suis pourchassé, mais que je ne donne aucun fruit, je mérite d’être pourchassé ; si je suis pourchassé pour donner un fruit à Dieu et que je l’obtiens, cette persécution est un moyen de croissance, elle donne l’impulsion, l’élan nécessaire. En réfléchissant ainsi nous comprenons le sens juste de notre existence sur terre. C’est pourquoi nous devons prier pour tous les hommes.

         Les Écritures disent : « Bénissez, ne jurez pas, dites la vérité en face comme un frère, un ami, ne médisez sur personne. » La médisance est un vomissement ; la bouche n’est pas créée pour vomir mais pour les mots doux de l’amour. C’est l’enseignement que les saints apportent d’en haut ; c’est l’enseignement que les prédicateurs prêchent depuis des millénaires ; c’est l’enseignement des petits anges qui descendent sur terre. Lorsque le Christ viendra, Il apportera le même enseignement. Le cheval blanc qu’Il chevauche est le symbole de Son enseignement lumineux : bienheureux ceux qui ont connu le Seigneur, qui ont grandi et se sont développés, car ils ont des racines, des branches, des feuilles, des fruits et le Seigneur les visitera et les rétribuera.

         J’aimerais que vous soyez tous dans cette situation : soyez bienheureux, que le Seigneur trouve des fruits dans votre jardin, que vous puissiez L’inviter chez vous, dans votre cœur. Il vous donnera alors l’esprit du Nouvel Enseignement.

         Soyez bienheureux, vous que le Seigneur visite, grande sera votre rétribution dans les Cieux.

 

Sofia, 4 février 1917


[1] « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux ! » (Matthieu 5, 10)

[2] « Car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » (Actes 17, 28)

[3] « C'est l'Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » (Jean 6, 63)

[4] TOB = « Je peux tout en celui qui me rend fort. » (Philippiens 4, 13)

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