mayakitanova

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  1. V Extraits des paroles du Maitre Tout се que nous avons dit jusqu’à présent au sujet de sa famille, de l’étrange voie de son père, le prêtre Constantin Deunovski, tout comme de sa jeunesse, de ses études et de la voie que le Maitre Beinsa Douno a suivie jusqu’au jour où il ouvrit l’École, puis quitta ce monde, n’est pas suffisant pour faire comprendre son Enseignement. C’est pourquoi, dans les pages suivantes, nous allons donner un résumé de son oeuvre immense, génératrice de vie, sous forme d’extraits substantiels. Nous, qui avons composé cet ouvrage, nous vivons dans l’espoir que ceux de ses futurs lecteurs qui le prendront entre leurs mains, après qu’en leur âme se soit éveillée la soif sacrée, comprendront que le Maitre de la Fraternité de Lumière sait parler des questions les plus importantes avec cette grande clarté et cette simplicité qui est la caractéristique des créateurs géniaux. CAUSERIE SUR LA RACINE, LE TRONC ET LA GREFFE Nous pensons que notre principale tâche dans la vie est de trouver notre véritable voie.
  2. DÉCEMBRE 1944 Durant les vingt-deux années d’existence de l’École occulte en Bulgarie (de 1922 à 1944), il se passa beaucoup d’évènements, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le Maitre les suivait avec beaucoup d’attention. Souvent sur son visage on pouvait lire un profond souci causé par le comportement humain en violente contradiction avec les exigences de l’Enseignement divin. Pendant ces vingt-deux années, il vint en aide à de nombreuses personnes qui souffraient ; mais est-il nécessaire d’ajouter à ce qui a été dit, car n’était-il pas venu pour enseigner la guérison du corps et de l’âme ? L’hiver de 1944 commença. Le mois de décembre était neigeux et très froid. Les derniers jours de l’année s’écoulaient et, en même temps qu’eux, s’écoulait le temps dévolu à l’existence de l’École. Le Maitre ne se présentait plus aux Conférences et à la Communauté de l’Izgrev, on chuchotait qu’il était malade. Ceci nous paraissait bizarre et même incroyable, étant donné que nous étions habitués à voir dans le Maitre le guérisseur de ceux qui souffraient... mais pas malade. Personne ne savait de quoi il souffrait. Durant les pénibles heures au cours desquelles il devait quitter cette terre et ce corps, à plusieurs reprises il avait prononcé tout doucement ces paroles : « Une petite tâche a été achevée. » Les disciples comprirent qu’il n’avait plus rien à faire sur cette terre, revêtu d’un corps humain. Le 27 décembre 1944, un dernier soupir s’échappa de ses lèvres et le lendemain, le 28, il était couché, comme endormi sur sa couche, pour la dernière fois, tenant d’une main la Bible sur sa poitrine. Dans la salle, une harpe égrenait une profonde et émouvante mélodie pleine de douleur et, tout autour, les disciples pleuraient en silence. En accord avec une communication envoyée par Georges Dimitrov, à cette époque à Moscou, on accorda l’autorisation pour que le Maitre fût enterré à l’Izgrev. Dans une de ses séances, le Conseil des Ministres, par un protocole signé par Anton Yougov (président du Conseil des ministres à cette époque), confirma cette autorisation et le Maitre fut enterré dans le jardin de l’lzgrev. Jusqu’à ce jour, sa tombe est conservée en parfait état. « C’est dans l’accomplissement de la volonté de Dieu que se trouve la force de l’âme humaine. » C’est là l’unique inscription qui entoure le Pentagramme gravé sur la petite plaque ronde, en marbre, sur la tombe du Maitre.
  3. PARMI LES SOUVENIRS DE SOEUR M.P. Dans le recueil de souvenirs de notre soeur M.P., ont été décrits des cas qui font ressortir clairement la faculté qu’avait le Maitre de voir les évènements dans le monde causal — chose inaccessible à l’homme ordinaire — et d’utiliser, sur le plan physique, ce qu’il avait vu, avec une sureté absolue, en attendant sereinement les évènements prévus par lui. Nous ne citerons que quelques extraits des notes prises par cette soeur, car elles sont fort volumineuses. Ainsi, à la page 14, nous lisons : « Cela eut lieu le 12 septembre 1933. Le ministère de l’Instruction publique avait affiché les dernières listes des nominations d’institutrices à Sofia. Mon nom n’y figurait pas. Il me fallait de nouveau retourner à Varna pour y reprendre mon poste d’institutrice. Tout abattue, je me mis en route pour l’lzgrev, afin d’y faire mes adieux au Maitre et voir certains de mes amis. Je fis le tour de la prairie et bus de l’eau de la belle fontaine de l’lzgrev. Les teintes merveilleuses de l’automne embellissaient le déclin du jour. Autour de la fontaine, l’allée était jonchée de feuilles. Sans y penser, je pris le balai de la cuisine de nos frères et je me mis à les balayer. — Ah, tu balayes ! Tu fais bien, Milca ! C’était la voix du Maitre qui s’était approché de moi sans que je le remarque. Je sursautai et me relevai. — Ой еп es-tu avec ta nomination ? me demanda-t-il. — Rien, Maitre, c’était aujourd’hui le dernier jour et je n’ai pas été nommée à Sofia. Je repars demain pour Varna, afin de ne pas perdre non plus mon poste là-bas. — Va immédiatement à l’lnspection, reprit le Maitre, et essaye de nouveau. Le Maitre parlait d’une voix calme, mais convaincante. — Mais, maintenant, l’heure de réception est terminée ! — Malgré cela, je te dis d’y aller, insista-t-il. D’une voix douce, basse, résonnèrent ces mots auxquels je ne pus résister. — Je finirai de balayer, puis j’irai, répondis-je. Puis, je me remis à ma tache. Le Maitre me regardait attentivement. Après avoir terminé, je remis le balai à sa place, baisai la main du Maitre et me mis en route pour la ville. Qui sait comment et pourquoi, mais je me sentis très légère. J’étais joyeuse de ce que le Maitre avait fait preuve d’une telle attention à mon égard. J’entrai dans le couloir sombre de l’lnspection, sans savoir ce que j’y faisais. On ne recevait que de 10 heures à midi... et il était maintenant près de 13 heures ! J’errai quelques minutes de porte en porte, sans savoir ой frapper. — Oh ! Salut, Milca ! Qu’est-ce que tu fais ici ? C’était la voix d’une de mes connaissances, le journaliste A.G. qui sortait du cabinet du président. — Cela fait un mois que je viens ici tous les jours au sujet de ma nomination, lui répondis-je toute surprise. Cet homme savait que ma famille vivait à Sofia, que c’est moi qui pourvoyais à ses frais et que j’étais obligée de travailler à Varna. Sans mot dire, il me fit signe d’attendre et rentra dans le bureau du président. Quelques minutes plus tard, l’inspecteur entra à son tour dans le même bureau. J’entendis que l’on y parlait avec une grande animation. Il ne se passa pas plus de 15 à 20 minutes, et le journaliste apparut à la porte en m’invitant à entrer dans le bureau. — Signez l’acte d’entrée en fonctions, me dit-il. Je signai le document comme dans un rêve. Le journaliste me présenta ses félicitations pour ma nomination et nous sortîmes tous les deux très contents. — Monsieur G., dis-je émue, je vous remercie pour le si grand service que vous m’avez rendu. Comment se fait-il que je ne vous aie pas rencontré jusqu’à présent ? — Et cependant, tu m’as rencontré au moment opportun, expliqua-t-il. Ils ont nommé aujourd’hui une Sofiote, la fille unique d’un architecte d’une famille très aisée. Mais quand j’ai expliqué quelle était ta situation matérielle, ils ont consenti à te nommer toi. Au revoir ! Car je suis pressé d’aller au journal, me dit-il, et il partit. Comme dans un songe, je volai vers l’lzgrev, l’acte de nomination à la main, tout en me chuchotant en moi-même : « Maitre, je suis nommée à Sofia ! Comment saviez-vous à quel moment je devais me trouver à l’Inspection ? Ah ! Maitre, combien peu nous vous connaissons ! Je vous en remercie de tout mon coeur ! » En proie à ces pensées joyeuses, je ne me rendis pas compte comment j’étais arrivée à l’lzgrev. Devant la salle, entouré de frères et de soeurs, le Maitre parlait. Lorsque je me fus approchée du groupe, il eut un léger sourire en me regardant et dit d’une voix douce : — Et maintenant, travaille et apprends ! Parmi les autres, personne ne comprit ce qui était arrivé. « Travaille et apprends ! » Ces mots restèrent profondément gravés dans ma conscience. Je baisai la main du Maitre et je rentrai à la maison pour apporter la bonne nouvelle aux miens. Dans un autre passage, la soeur M.P. raconte ce qui suit : Pendant les grandes vacances, je travaillais sur un terrain de sports pour enfants. Mon seul délassement était d’aller, après le travail, à l’lzgrev. Je décidai d’y passer la nuit pendant tout un mois. Je me trouvai une tente et cherchai à quel endroit la monter. Je résolus de demander conseil au Maitre. — Fais-la monter sur l’emplacement qui appartient au frère Stéphane, me dit-il. — C’est tout près de la forêt... n’est-ce pas effrayant ? répliquai-je d’une voix incertaine, quoique je ne fusse pas des plus peureuses. — Je t’enverrai un gardien, dit en plaisantant le Maitre. N’ayant pas d’autre choix, je consentis. Je pensais que le Maitre allait me garder, même en pensée. Le même jour, qui était un dimanche de nouveau, deux frères montèrent ma tente à l’emplacement indiqué par le Maitre. Ils construisirent devant elle une petite table et un petit banc en bois. Je n’avais jamais dormi dans un tel environnement. La tente était blanche et il me semblait qu’elle était une barque dans laquelle je naviguais, je ne sais sur quelle mer. Le zéphyr soufflait en tourbillons, tandis que, de temps en temps, les arbres balançaient doucement les voiles de ma barque blanche. C’était merveilleux ! Le silence de la nuit et de la forêt toute proche calmait mon âme, la déchargeant de toute sa fatigue. La première nuit, avant de me coucher, pendant que je liais les cordons de l’entrée de la tente, je tressaillis, car je vis que juste devant était couché un grand chien-loup. Un instant plus tard, cela commença à m’amuser. « Comment a-t-il trouvé juste cette place devant ma tente, comme s’il voulait me garder ? » pensai-je. Je me couchai tranquille. À l’aube, le chien n’était plus la. Pleine d’entrain et délassée, je me rendis à mon travail Le soir, je me dépêchais de rentrer dans ma « petite barque ». Je passais de longs moments sur le banc à contempler les étoiles. Il me semblait que mon âme s’était enivrée du silence de la nuit, où l’on percevait à peine un chuchotement mystérieux. Lorsque l’étoile du Berger s’inclinait plus bas, vers l’Ouest, je rentrais dans la tente pour me coucher. Chaque fois que je liais les cordonnets de l’entrée, je voyais toujours le grand chien couché devant. Quelle étrange coïncidence ! Et cela pendant toute la nuit ! Était-ce vraiment dû au hasard ? Pendant tout le mois où je passais mes nuits dans la tente, le chien venait toujours se coucher devant et, le matin, quand je sortais, il n’était plus là. Qui m’envoyait ce gardien silencieux ? Ah ! Quel merveilleux Maitre nous avions !
  4. SANS MENSONGE Durant une de ses dernières années terrestres, le Maitre éprouva un jour le désir de se rendre au Mont Moussala. Il appela le frère Boyan Boev et lui dit : « Pouvons-nous organiser une excursion jusqu’au Moussala ? » Avec enthousiasme, le frère B.B. entreprit aussitôt de faire tout le nécessaire pour accomplir cette tâche. II se rendit rapidement chez le frère B.N. et l’informa du désir exprimé par le Maitre. Les deux frères se mirent à réfléchir. Le problème le plus ardu était de se procurer une auto pour aller jusqu’à Tcham-Koria. Les autos étaient alors soumises à une règlementation sévère par suite du manque d’essence. On faisait des économies et il était extrêmement difficile d’obtenir l’autorisation d’utiliser de l’essence. On ne l’accordait que pour les cas les plus urgents. Le frère B.N. dit à Boyan B. : « J’irai à l’agence pour me faire délivrer un permis. » II y alla et vit que devant le guichet il y avait une très longue queue. Au guichet se trouvait un employé imperturbable, froid et distant comme une idole. Il ne délivrait de permis que pour le transport de malades. Pour tous les autres cas, il restait impitoyable, se contentant d’un « non » bref et catégorique. En attendant son tour, le frère B.N. était fort troublé, ne sachant pas trop quel motif invoquer pour obtenir le permis. Puis, il se mit à penser : « Le frère Boyan est véritablement malade : sa jambe le fait beaucoup souffrir. Cela, tout le monde le sait. » Véritablement, ce motif pouvait servir, mais malgré tout B.N. ne se sentait pas la conscience tranquille. Dans le fond, ce n’était pas tout à fait la même chose... Raisonnant ainsi, il arrivait déjà devant le guichet. Il n’y avait pas d’autre solution. « Une auto pour Tcham-Koria, dit B.N. — Pour quelle raison ? — Il s’agit d’un malade, répondit B.N. » Le permis fut délivré. B.N. le mit dans sa poche et repartit pour l’lzgrev, sans pouvoir se délivrer d’un certain trouble. Quelque chose n’était pas en ordre, se disait-il. En arrivant, il trouva le frère Boyan B. qui l’attendait avec impatience. «J’ai obtenu un permis, dit B.N. à Boyan. » Se précipitant vers la maison du Maitre, Boyan frappa à la porte. Une ou deux minutes plus tard, le Maitre apparut à la porte et Boyan s’empressa de se vanter : « Maitre, nous avons déjà obtenu un permis pour une auto. » Le Maitre, l’air très sérieux, pensif, accueillit la nouvelle très froidement. Il fixa un moment son regard sur Boyan, puis dit : « Je ne monte pas dans une auto obtenue au prix d’un mensonge ! » Après quoi, il se retira chez lui et ferma sa porte. Frère Boyan s’en retourna tout confus et dit d’un air abattu : « Le Maitre ne veut pas d’auto obtenue par mensonge ! » Cette dure réponse tomba comme une masse sur B.N. Sans hésiter, il prit son chapeau et se précipita de nouveau vers l’Agence. Sans s’arrêter devant le guichet, il se dirigea tout droit vers le bureau du Chef de Service. Celui-ci se trouva être un jeune en uniforme, au visage affable et aimable. « Notre Maitre a exprimé le désir d’aller au Mont Moussala, Monsieur le Chef. Nous avons besoin d’une auto pour aller jusqu’à Tcham-Koria. » Sans la moindre hésitation, le jeune homme tendit la main et prit un feuillet d’une pile se trouvant sur son bureau, y inscrivit « oui » et le signa. Au milieu de toute la foule qui se pressait devant lui, le Cerbère du guichet ne reconnut pas ce personnage qui se présentait une seconde fois. Se basant sur l’autorisation de son chef, il délivra un nouveau permis. Cette fois-ci, le frère B.N. vola littéralement vers Izgrev, y retrouva Boyan et, lui tendant le permis, lui dit: « Voici une autorisation obtenue sans mensonge ! » Boyan se précipita à toute allure chez le Maitre. « Maitre, voici un permis obtenu sans mensonge », dit-il dès que le Maitre apparut à la porte. Le Maitre sourit et demanda : « Pourrions-nous nous mettre en route vendredi ? » Il n’y avait plus d’empêchements. Ils préparèrent à la hâte les provisions et les vêtements dont ils auraient besoin et, le vendredi, prirent la route pour la montagne. Ce fut la dernière fois que le Maitre monta au Moussala. Il semblait qu’il allait faire ses adieux au sommet tant aimé, ой il avait tant de fois mené ses disciples et au sujet duquel il avait composé une chanson. Pendant toute la montée, le Maitre était sérieux, taciturne et concentré. Il marchait lentement, s’arrêtant souvent pour envelopper du regard le panorama. Le Maitre qui sait tout faisait donc ses adieux à la montagne. Son regard allait des falaises, aussi formidables que merveilleuses, aux cimes illuminées par le soleil. Il les regardait longuement, tout en aspirant profondément l’arome des sapins et des genévriers, s’arrêtant un instant sur les tout petits ponts et plongeant son regard dans l’eau des torrents à la pureté de cristal. Le Maitre faisait ses « adieux » à ce monde si beau qu’il nous avait fait connaitre et aimer. Ces trois journées, passées sur le sommet le plus beau et le plus haut de la Bulgarie, furent merveilleuses... Chaque matin, tout le petit groupe sortait pour saluer le lever du soleil. Cette visite est « inscrite » là, dans les rochers. Rien ne se perd dans la Création. Les pensées et les sentiments de tous ceux qui accompagnaient le Maitre y sont inscrits, tout comme ceux du Maitre lui-même. Un jour, les clairvoyants liront cet « enregistrement », tandis que les gens ordinaires en ressentiront un bienêtre, une joie inexplicable, ne sachant pas d’où cela provient. Rien ne s’en va irrémédiablement. Tout se conserve dans la Vie du Tout. Le passé, le présent et l’avenir ne sont que l’Unique, l’lndivisible, l’Éternel...
  5. LA PIÈCE DE MONNAIE DE CINQ LEVAS Une fois, au cours d’un de ses voyages, le Maitre se trouvait à Varna. Là, il rencontra le libraire ambulant T.A., très connu à cette époque. T.A. fort exalté par sa rencontre avec le Maitre, decida de l’inviter à déjeuner dans le restaurant végétarien qu’on avait inauguré. T.A. et un de ses proches, qu’il avait présenté au Maltre, se dirigèrent vers le restaurant. Chemin faisant, T.A. fut rempli d’un grand trouble. Il venait de se rappeler qu’en changeant ce matin-là de costume, il avait oublié son portefeuille dans l’autre vêtement et qu’il n’avait pas un sou en poche. Il lui vint à l’idée de retourner chez lui, mais cela leur ferait perdre beaucoup trop de temps. Avouer la vérité lui semblait humiliant et gênant, après avoir lui-même fait cette invitation. Plus le temps passait, plus son anxiété augmentait... et ils étaient déjà en vue du restaurant... Tout à coup, les trois hommes virent briller à leurs pieds une pièce de monnaie de cinq levas. Le Maitre s’arrêta, montra du doigt la pièce de cinq levas et dit tout bas à T.A. : — Frère A., voilà de l’argent pour le déjeuner ! Ne te fais pas de soucis ! T.A. se sentit délivré d’un lourd fardeau, mais ce qu’il ressentit plus fortement encore, et il en était émerveillé, c’était de constater que le Maltre avait perçu ses pensées anxieuses.
  6. UN INCIDENT AU FRONT (Récit de G.R.) Ce récit du frère G.R. nous montre, lui aussi, que le Maitre, dans certaines circonstances, soulevait un pan du voile qui recouvrait son Égo spirituel et donnait la possibilité à certains de ses disciples d’entrevoir ce qu’il cachait avec tant de soin. Le frère G.R., à l’âge de 15 ans environ, vit pour la première fois le Maitre dans la ville de Yambol, en 1908. La réunion dans cette ville, à l’occasion de la présence du Maitre, eut lieu dans la maison de ses parents. Bien que tout jeune encore, il écouta avec le plus vif intérêt la conférence. À la fin de celle-ci, une question qui demeura sans réponse remplit son âme : « Qu’est-ce que c’est Dieu ? » se demandait-il. II avait déjà entendu prononcer ce mot de « Dieu », sans avoir aucune idée de ce que cela pouvait représenter. Un jour, après une de ses conférences données dans sa famille, le Maitre partit ; mais le jeune garçon le suivit, toujours aussi obsédé par cette question à laquelle il ne trouvait pas de réponse. II continuait à marcher derrière le Maitre, toujours sans trouver le courage de lui poser la question qui ne le laissait pas en paix. Tout à coup, le Maitre se tourna vers lui et, sans qu’il lui ait posé la moindre question, lui dit : « Dieu est une Entité dont le centre se trouve partout et la Péripherie nulle part. » Ainsi le jeune G.R. obtint la réponse à sa question, dont il ne put comprendre tout de suite le sens, mais qui devint pour lui un sujet de méditation. Ce n’est que bien plus tard qu’il conçut que l’on ne peut parler de Dieu concrètement, comme d’un objet ou d’un être vivant de notre monde, mais comme de quelque chose qui ne saurait encore être pleinement conçu par la raison humaine. Des années passèrent et le frère G.R. atteignit l’âge où il devait faire son service militaire. Alors il devint la proie d’un grand conflit de conscience provoqué par les exigences du serment militaire et l’Enseignement de la Fraternité, selon lequel on ne doit pas tuer. En 1914, le Maitre vint un jour à Yambol. Le frère G.R. le pria de lui donner une solution à ce dilemme. Le Maitre lui dit : « Si l’homme est en train de dormir et que l’on prononce au-dessus de lui un serment en son nom, l’homme n’en est pas responsable. Le disciple de la Fraternité est en dehors de la guerre. Même si on l’envoyait tout au fond de l’enfer, il faut qu’il sache que là aussi il y a des âmes qui ont besoin de son secours. Si la conscience du disciple n’est pas d’accord avec ce qu’il est obligé de faire, comme, par exemple, le serment prêté en dehors de sa volonté, alors il n’est pas responsable. » C’est ce qu’il advint. La guerre fut déclarée en 1915. Les armées bulgares envahirent la Serbie. Sur le front où se trouvait le frère G.R., les choses s’arrangeaient de telle manière que lorsque le régiment se trouvait sur le champ de bataille, la compagnie de G.R. servait de réserve. Et cela se faisait de soi-même, spontanément, sans nulle intervention de qui que ce soit. Un peu plus tard, le frère G.R. fut transféré sur le front de Salonique, à la frontière serbo-grecque. L’ennemi avait pris position dans la plaine, tandis que nos armées occupaient un emplacement élevé dans la montagne. La nuit, ils devaient se rendre à des postes secrets. Devant nos unités militaires se trouvait un terrain dont la pente était de 30 degrés environ. À gauche, il y avait un rocher escarpé que l’on pouvait atteindre par un chemin presque horizontal, tandis que dans la partie basse, la pente tout au début était faible puis brusquement devenait presque verticale. Tout en haut, un peu à droite du rocher de Petrenick, était installé un poste secret. Une nuit, juste à minuit, le frère G.R. se trouvait à son poste de sentinelle. Tout à coup, notre poste près du rocher ouvrit le feu. Le tir était dirigé vers l’endroit où se tenait G.R. Rien ne se discernait dans les ténèbres de la nuit, mais le frère G.R. comprit que le régiment était en état d’alerte et qu’il avait occupé ses positions. Il n’y eut aucune réaction de l’ennemi. La nuit suivante, pendant que le frère G.R. était de nouveau à son poste de sentinelle, il arriva la même chose. La troisième nuit, le frère G.R. était de nouveau de garde auprès d’un rocher de la taille d’un homme. La lune se leva et il se mit à songer à la grande distance qui le séparait de sa maison et au fléau qu’est la guerre pour l’humanité. Ses pensées se tournèrent vers ses amis de Yambol, puis sur le sort de l’homme dont l’évolution est si éloignée des idées de la Fraternité. À un moment donné, jetant un coup d’oeil vers le Sud, il remarqua au loin des gens qui faisaient des incursions vers le monticule où se trouvait le poste. Cependant, on n’entendait pas de coups de feu de Petrenik : les soldats étaient profondément endormis. À ce moment-là, G.R. n’était pas en état de décider de ce qu’il devait faire. S’il les réveillait, ils allaient commencer à tirer et à mettre le régiment en état d’alerte. Mais s’il s’abstenait de le faire, les troupes ennemies pouvaient les capturer vivants. Dans un cas comme dans l’autre, il y aurait des victimes. Et G.R. ne voulait pas en être la cause. Il se trouvait dans une situation fort pénible. C’était une véritable épreuve dont il pouvait difficilement se tirer, sans violer ses principes de disciple. Et dans cette minute d’angoisse, il se souvint des paroles du Maitre disant que le disciple de la Fraternité Blanche est en dehors de la guerre. Dans cet état d’anxiété, mais aussi de prière, ses regards se dirigèrent droit devant lui et, dans la pénombre de la nuit éclairée par les rayons de la lune, il vit l’image du Maitre qui, jusqu’à la taille, semblait flotter dans I’espace. Il remarqua qu’il portait un cordon sur son vêtement. Il perçut également une voix qui dit à trois reprises : « Ce n’est rien ! » Après avoir entendu ces paroles, G.R. vit l’image disparaitre. Quand tout fut fini, le frère G.R. réveilla la sentinelle qui devait le relayer et ce dernier remarqua, lui aussi, cette incursion de gens venant de la plaine. Les autres soldats se réveillèrent aussi, mais G.R. leur dit de ne pas tirer et qu’il répondrait de tous. Encouragé par cette vision dans la nuit, le frère G.R. dit qu’il descendrait vers la plaine pour vérifier en personne ce qu’il en était. Arrivé au bas de la pente, il constata qu’au pied du rocher il y avait de grosses touffes de fougères qui ondulaient au souffle du vent, créant l’illusion de gens qui s’avancent subrepticement. Il s’écoula beaucoup de temps après cet évènement qui s’effaçait peu à peu de la mémoire de G.R. De plus, il commença à douter de cette vision dans la nuit, se disant que ce n’avait été qu’une illusion ou bien une hallucination. Il continua à exécuter ses devoirs jusqu’au jour où on lui octroya une permission. Avant de partir pour Yambol, il s’arrêta pour une journée à Sofia et passa voir le Maitre, qui habitait alors au 66 de la rue Opaltchenska. Le Maitre le reçut sur le seuil de la porte d’entrée et entama une conversation avec lui. Pendant l’entretien, G.R. eut l’idée d’interroger le Maitre au sujet de cette vision, mais la timidité le retenait d’en parler. Comme le Maitre devait avoir encore d’autres visiteurs, il se décida à le libérer de sa présence. Au moment des adieux, le Maitre lui dit: « Souviens-toi de mon adresse ! » Le frère répondit qu’il connaissait bien le 66 de la Rue Opaltchenska. « Non, non, répliqua le Maitre, en cas de besoin, rappelle-moi de nouveau ! » C’est seulement alors que le frère G.R. se sentit le courage de demander : « Maitre, était-ce bien vrai ce qui m’arriva cette nuit-là ? » — « C’était vrai, répondit le Maitre, et en cas de besoin, appelle-moi de nouveau ! » Le frère G.R. fut stupéfait par la mémoire du Maitre qui avait de si nombreuses rencontres avec tant de personnes de différentes villes du pays. Le Maitre voit et sait, avec une netteté prodigieuse, tout ce qui concerne ceux qui suivent son Enseignement. Nous allons reproduire une autre conversation que G.R. eut avec le Maitre, car elle est très significative. Vers la fin du printemps de 1918, il était de nouveau en permission. En quittant sa ville natale pour Sofia, il était fort déprimé, car il pensait que la guerre allait durer encore très longtemps. Pour comble, il y avait une telle cohue de soldats dans le train et une si grande bousculade, que sa montre fut brisée. Cela l’attrista encore davantage, car il le prit comme un présage qu’il ne rentrerait plus vivant chez lui. Arrivé à Sofia, le frère passa voir le Maitre et le pria de lui dire en toute sincérité si la fin de sa vie n’était pas pour cette fois-ci. Le Maitre garda le silence un moment, puis ses regards se fixèrent bien au-dessus de l’horizon. À un moment, il fut parcouru d’un frémissement et le frère G.R. se troubla, s’attendant à ce que le Maitre lui confirme ses craintes. Au lieu de cela, le Maitre se tourna vers lui et lui demanda : « T’es-tu trouvé sur une hauteur où il y a une clairière au milieu de hêtres ? Et là, dans cette clairière il y eut beaucoup de morts des deux camps ennemis ? — Je suis bien passé par un tel endroit, mais notre régiment y avait combattu deux jours auparavant. Il y a même eu des combats au corps à corps et la clairière était couverte des cadavres de soldats bulgares et serbes. » G.R. attendait avec impatience la suite de ce que le Maitre allait lui dire. Après un court silence, le Maitre prononça ces mots : « Tu iras au front et tu en reviendras ! » Tout joyeux, le frère G.R. le remercia et s’en alla. Le 18 aout 1918, les Français percèrent le front et encerclèrent une grande partie de l’armée bulgare. Des Sénégalais firent prisonniers les soldats bulgares et les emmenèrent à Salonique. On annonça à la famille de G.R. qu’il était porté disparu. Alors le père de G.R. rencontra le Maitre à Tarnovo, au moment du Congrès de 1919. « Maitre, demanda le père désespéré, que se passe-t-il avec mon fils ? Reviendra-t-il sain et sauf à la maison ? — Oui, il reviendra, répondit le Maitre. — Dans combien de temps ? — Combien de temps Joseph est-il resté en prison ? — Deux ans, répondit le père. — En ce moment, il est en train de passer un examen et vous le reverrez dans deux ans. » Deux ans plus tard, le 19 aout, le frère G.R. revint à Sofia.
  7. PAGES DU JOURNAL INTIME DE LA SOEUR E.J. En ce monde, il se trouve toujours et partout des gens qui vivent dans une constante anxiété au sujet de la question, encore non résolue, de l’immortalité de l’âme. II y a des natures dont le développement spirituel est assez arriéré. Elles vivent leur existence biologique et, même si elles possèdent une certaine culture, elles n’ont pas encore accédé à la question toujours brulante de la mort et de l’immortalité. Pour ces humains, les jours se suivent calmes et paisibles, sans nul conflit. Bien entendu, la vie leur présente toutes sortes de problèmes ; mais ils leur trouvent des solutions selon les méthodes conventionnelles à leur disposition et suivant les exigences de leurs propres intérêts. D’autres natures mènent une vie plus difficile, car, au fond de leur conscience s’est réveillé un feu inquiet, qui vacille, brule de temps en temps leur âme et garde leurs pensées en éveil et leur esprit tendu. II ne leur plait pas que tout semble une grande absurdité, puisqu’il arrive un jour où les richesses, aussi bien que la gloire et la vie tout entière s’effondrent devant la fosse de la mort. Quelques-unes de ces natures, dont les forces de résistance sont plus faibles, chutent plus rapidement, perdent tout espoir et terminent tristement leur vie. La troisième catégorie d’êtres pensants, à la nature plus active, deviennent des âmes inquiètes, qui cherchent éternellement, mais avec persévérance, dans leur désir d’atteindre un point sur leur plan mental et émotionnel où leur hésitation prendra fin, et où elles parviendront à la paix relative face à la question posée par Hamlet: « Être ou ne pas être ? » Les journaux intimes et les notes autobiographiques de certains frères et soeurs — disciples du Maitre — permettent de nettement distinguer ces gens appartenant à la troisième catégorie, et qui dans leur recherche inquiète n’ont trouvé la paix qu’au moment où ils ont rencontré le Maitre. Alors seulement, toutes les contradictions qui les tourmentaient ont pris fin. Bien entendu, leur karma reste toujours en vigueur, car une fois que les lois de l’équilibre universel ont été violées, cet équilibre doit être rétabli; mais la question « être ou ne pas être » ne cesse de subsister. Jetons un coup d’oeil dans le journal intime d’une soeur de Tarnovo et arrêtons-nous sur certaines choses qui y sont écrites. Déjà à l’époque où elle commençait ses études secondaires, elle était poursuivie avec une force fatale par les questions de l’existence de Dieu et s’il y avait d’autres mondes que le nôtre. À cette époque, au Lycée il y avait des cours d’instruction religieuse et chaque dimanche on menait les élèves à l’église. Le rituel et la solennité religieuse du culte orthodoxe suscitaient en elle un sentiment de vénération, mais malgré tout la question fondamentale restait sans réponse. Elle trouvait qu’il n’était pas suffisant d’allumer un petit cierge qui quelques minutes plus tard allait s’éteindre. Quel sens pouvait avoir cet acte devant la face de cet Être suprême ? Elle ne pouvait trouver de réponse à cette question, d’autant plus que les prêtres n’étaient pas eux-mêmes en état de l’affermir dans une foi certaine. Un jour, la soeur E.J., dont nous feuilletons le journal intime, demanda à son professeur de psychologie si l’âme humaine était immortelle. Son professeur lui tapota l’épaule et, avec un sourire d’étonnement, lui répondit : « Mon enfant, jusqu’à ce jour, aucun philosophe n’a réussi à déterminer ce que c’est que l’âme. » À partir de ce jour-là, la jeune fille cessa de se poser des questions. Vivant ainsi avec cette énigme non résolue, elle termina ses études secondaires en 1896 et fit ses adieux à ses amies, ainsi qu’aux belles et inoubliables journées d’écolière. Quelques années plus tard, elle devint institutrice dans la ville de Gabrovo. Deux années plus tard, elle se maria. Le Maitre se rendit à Tarnovo en 1905. II y fit quelques conférences sur la phrénologie. Dans la salle bondée de la Maison de la Culture, le Maitre, à l’aide de schémas, prouvait la justesse des sciences occultes, en montrant d’une manière convaincante que non seulement la structure du corps humain, mais aussi celle du crâne n’est pas arbitrage, mais dépendent du passé des générations dont l’homme étudié est le descendant. II en est de même de sa structure psychique — de ses pensées et de ses penchants. Et réciproquement: la morphologie du corps physique — avant tout la tête et l’expression du visage — donne des indications sur les traits fondamentaux et les tendances de l’individu. Cette corrélation entre l’individu « extérieur » et l’individu « intérieur » fit une forte impression sur l’âme sensible et encore insatisfaite de la soeur E.J. Elle vit dans cette conférence sur la phrénologie un début de réponse à la question qui la troublait tant. Le Maitre entreprit à Tarnovo une série de ces mensurations phrénologiques qui constituent une période intéressante et active de son oeuvre concernant l’étude des traits spécifiques du peuple bulgare au sein duquel il était venu travailler. Dès la première conférence, la soeur E.J. éprouva le désir de remercier le Maitre pour la lumière qui venait d’illuminer sa conscience, étant donné que si cette conférence ne lui avait pas ouvert la porte d’un monde extraordinaire où l’attendait sans doute la réponse à la question qui la troublait, du moins elle l’avait entrebâillée... Quelques mois plus tard, le Maitre revint à Tarnovo. Alors, la soeur E.J., en compagnie de son époux, eut la possibilité de se rapprocher de lui, étant donné qu’il procéda à plusieurs examens phrénologiques dont, entre autres, le sien et celui de son mari. C’est alors qu’elle put se rendre compte de près à quel point le Maitre était un homme extraordinaire et combien son influence était puissante. Cette soeur comprit plus tard les forces et les pouvoirs extraordinaires et surhumains que possédait le Maitre, lorsque son mari, muté dans une autre ville, tomba subitement malade. Restée seule, dans un milieu inconnu, elle se sentit au bord du désespoir. « Maintenant, Dieu seul peut nous venir en aide », se dit-elle. Pendant la nuit, elle entendit en rêve une voix lui chuchoter d’aller demander l’aide du Maitre. Mais son inquiétude ne l’abandonna pas, car elle ne connaissait ni son adresse ni sa « profession » pour pouvoir lui envoyer une lettre. Malgré tout, elle adressa une courte missive au nom du Maitre. II arriva, cependant, quelque chose d’inattendu : quelques jours plus tard, le Maitre arriva dans la même ville et leur rendit visite. « Dieu m’a ordonné de venir chez vous, dit le Maitre, car en couchant le malade dans son lit, vous avez dit: Dieu seul peut nous venir en aide ! » Stupéfaits, ils lui demandèrent comment il était au courant de tout cela. Alors le Maitre leur répondit avec un calme parfait : « Pour ceux qui entendent et qui voient, il n’existe ni distance ni barrière. » Après ces paroles, le Maitre demanda qu’on lui apporte un verre d’eau fraiche. Le soldat qui était l’ordonnance de l’époux de la soeur E.J. apporta un verre d’eau. Alors, le Maitre prit une petite cuillère, la remplit d’eau et la donna à boire au malade. Il s’écoula à peine une demi-beure, et le malade se leva et se mit à se promener dans la chambre. Son estomac était très soulagé et, quoiqu’encore faible et épuisé, dans la soirée il se sentit complètement rétabli. Le Maitre lui dit qu’il pouvait reprendre son travail dès le lendemain. Un moment après ces faits, le médecin de service, chargé de veiller sur l’état du malade, vint dans la maison. Sitôt entré dans la chambre et voyant le patient se promener tout ragaillardi et en bonne santé, il dit : « Seul un miracle peut expliquer cette amélioration si inattendue. Je m’attendais à ce que le traitement dure non pas des jours, mais des semaines entières. » Le médecin fit la connaissance du Maitre et ils conversèrent longuement sur divers sujets. Entre autres, le Maitre lui expliqua qu’outre les moyens médicaux, il existait d’autres facteurs qui peuvent secourir l’homme. À la suite de cette conversation, le Maitre fut invité par le service où travaillait le mari guéri pour y faire une conférence. Ce qui eut lieu. Une fois, pendant un séjour du Maitre dans la maison de la soeur E.J., l’ordonnance de son mari vit par la fenêtre le Maitre prier. Toute la chambre était illuminée par une extraordinaire lumière douce. Le matin, il demanda à sa patronne : « Quelle sorte de monsieur est votre hôte ? Ce n’est pas un homme ordinaire. Ses vêtements brillaient et toute la chambre était éclairée par cette lumière. » La dame essaya de le convaincre que c’était un effet de son imagination, mais il persistait à soutenir le contraire. Il ne restait donc plus à la soeur E.J. que de lui raconter tout ce qu’elle savait au sujet du Maitre. De même, plus tard, durant le mois de février de la même année 1905, la famille de la soeur E.J. devint le témoin de choses et de faits prodigieux qui prouvaient de toute évidence que leur hôte était un homme extraordinaire. Au cours d’une excursion avec l’époux de E.J., le Maitre fit passer ses compagnons de route au-dessus d’un précipice, les amenant sains et saufs à la cime vers laquelle ils se dirigeaient. Au cours de la même excursion, le Maitre manifesta une joie évidente au moment où, à l’improviste, il se mit a neiger, tout comme si cela apportait une diversité au voyage en changeant la monotonie des jours qui passaient. Une fois, arrives à un torrent profond et impétueux, impossible de traverser à gué, il s’adressa à ses compagnons découragés, leur disant : « Ne vous inquiétez pas ! Bientôt arrivera un homme en voiture et il nous fera traverser le torrent. » Quelques minutes plus tard arriva un charriot et le charretier invita aimablement les voyageurs, rencontres par hasard, à monter dans son charriot pour traverser le torrent. Un jour qu’ils escaladaient une montagne, une meute de chiens de berger délaissèrent les troupeaux qui paissaient aux alentours et se précipitèrent vers eux. Ils étaient tellement féroces que J. crut qu’ils allaient être dépecés. Alors le Maitre se plaça devant, tranquillement, et lorsque les chiens s’approchèrent à un mètre environ, ils s’arrêtèrent, jetèrent un coup d’oeil, s’en retournèrent en poussant des gémissements, tout comme si là, autour du Maitre, se dressait une barrière insolite. Une autre chose fit une grande impression sur la soeur E.J., après leur retour de l’excursion. Entretemps, ils avaient changé de résidence et habitaient de nouveau à Tarnovo ; l’attitude du Maitre se transforma lorsqu’il vit son époux scier un abricotier chargé de fruits. Alors le Maitre s’enferma dans sa chambre et refusa de prendre de la nourriture pendant trois jours. Les trois jours écoulés, il dit à la soeur: « Savez-vous qu’abattre un arbre peut vous attirer un malheur ? II faut respecter tout ce qui est vivant et que Dieu a créé. » C’est alors que les hôtes comprirent le motif de ce jeune de trois jours. La soeur E.J. a noté également un autre fait curieux : « Lorsque Stambolov* fut assassiné, le Maitre était chez nous à Tarnovo. Au cours du diner, il s’adressa à nous et dit : « On a assassiné Stambolov ! » Nous avons demandé si cette affreuse nouvelle avait été déjà annoncée par les journaux et il répondit: « Le crime vient d’être commis et les journaux n’ont pas encore réussi à communiquer cette nouvelle. Autant que je m’en souvienne, la même chose se réitéra lors de l’assassinat du ministre Petkov. » La soeur E.J. écrit aussi: « Le Maitre nous a prédit que mon frère, qui se trouvait au front durant la guerre balkanique, reviendrait blessé. “Vous l’accueillerez à Tarnovo, quand Andrinople sera tombé !” nous dit-il. Et c’est ce qu’il advint en effet. » La soeur E.J. a noté encore beaucoup d’autres faits que nous n’allons pas insérer ici, car elle n’est pas la seule. Un très grand nombre de frères et de soeurs ont écrit des choses intéressantes. Cependant, il est impossible de tout insérer dans un seul volume. Pour terminer, nous citerons ces paroles du Maitre : « Si les Bulgares suivent les voies de Dieu, nous possèderons le territoire s’étendant jusqu’à la ligne Enos-Midia ; mais s’ils se laissent entrainer par leur esprit, ils subiront beaucoup d’épreuves. Un jour, les pays balkaniques et les Slaves devront s’unir. C’est selon le plan de Dieu. S’ils ne le font pas, ils seront battus séparément ; quoique, bien plus tard, ils rechercheront des voies d’entente. » * Ministre-Président et grand homme d’État bulgare, à cette époque.
  8. DES MANIFESTATIONS EXTRAORDINAIRES À plusieurs reprises, nous avons mentionné, dans ces pages, la grande et sage modestie avec laquelle le Maitre évitait de montrer et de faire tout ce dont il était capable. De sa si grande et riche entité, il ne manifesta que ce que nous, ses disciples, étions aptes à concevoir et à appliquer. Pourtant, malgré toute sa retenue, il se passa certaines choses qui ne pouvaient échapper aux yeux de nombre de ses disciples. Mentionnons ici, tout d’abord, un cas curieux, bien que d’apparence bien simple. Il y a bien des années, une des soeurs, qui devint par la suite collaboratrice d’un Institut Supérieur, arriva de la ville de Tarnovo, se présenta au Maitre et lui annonça avec joie qu’elle avait terminé ses études secondaires et qu’il ne lui restait plus qu’à se présenter à un examen de langue et de littérature bulgares. Elle se trouvait auprès du Maitre le samedi et lui dit qu’elle devait repartir pour Tarnovo le lendemain, dimanche, étant donné que l’examen devait avoir lieu le lundi. Le Maitre l’écouta sereinement et, heureux de son succès, lui dit qu’il n’était pas nécessaire qu’elle parte le dimanche et qu’elle pouvait rester un jour de plus avec les siens. « Mais, Maitre, comment pourrais-je rester dimanche, quand mon examen commence tôt, le lundi matin à huit heures ? Si je ne me présente pas, je perdrai toute une année scolaire ! — Tu peux passer encore la journée de demain auprès des tiens » ajouta calmement le Maitre et il se remit à son travail. L’âme de la jeune fille fut remplie de sentiments contradictoires et d’inquiétude. Comment rester ? N’allait-elle pas rater son examen ? D’un côté, elle voulait suivre la recommandation du Maitre et, d’autre part, elle se tourmentait à l’idée de perdre toute une année, à cause d’une seule matière, et, de plus, se laisser devancer par ses camarades. En fin de compte, l’attachement et la foi qu’elle éprouvait envers le Maitre prirent le dessus et elle resta à Sofia. Lorsqu’elle arriva le lundi à Tarnovo, se demandant comment réussir à obtenir qu’on l’interroge par exception, on lui annonça que l’examen avait été annulé à cause d’une irrégularité quelconque. C’est alors seulement que la soeur comprit la raison pour laquelle le Maitre lui avait si calmement recommandé de ne pas se presser de voyager le dimanche. La conscience de celui qui vit également dans des mondes d’autres dimensions, là où le passé, le présent et l’avenir ne forment qu’un tout et fusionnent, est d’une autre essence, bien plus vaste.
  9. « LE TESTAMENT DES RAYONS DE COULEUR » (LES POLYCHROMES) II y a des documents et des signes qui, quoique suffisamment voiles par la remarquable modestie et discrétion du Maitre, marquent et dévoilent des moments importants de son activité spirituelle. Des disciples de la Fraternité de Lumière, qui ont suivi l’oeuvre du Maitre dans ses aspects les plus divers, indiquent l’an 1897 comme une étape extrêmement importante de sa voie terrestre. Nous avons déjà parlé de cette année, étant donné qu’entre autres moments importants de la prise de conscience de sa mission spirituelle le Maitre fit paraitre, en un nombre limité d’exemplaires, le livre intitule Le Testament des rayons de couleur (Les Polychromes). La lecture de ce livre montre clairement avec quel soin et quelle profondeur le Maitre a travaillé sur les textes de la Bible tout entière, en vérifiant la véracité de nombre d’entre eux et en les classant de manière à les rendre adéquats et à les inclure dans l’ordre des rayons de couleur. Dans les paroles des prophètes de la Bible, il a réussi à saisir les impulsions créatrices de la Création, étant donné que les Saintes Écritures ne sont qu’une illustration verbale des impulsions rythmiques de l’évolution de l’Homme et du Tout, données à l’humanité par le Sublime Esprit Universel. C’est ainsi que le Maitre, avec sa pénétration spirituelle dans le Verbe de la Vie Vivante, perçoit le sublime processus qui convertit le Néant en Création. Au sujet du Christ, l’humanité ne connait pas de documents plus sérieux et plus authentiques que les quatre Évangiles et, plus tard, les Épitres des Apôtres. C’est précisément sur ces trésors (dont le volume n’est pas des plus grands) que furent édifiées la Culture — quoique pas pleinement appliquée, en raison de sa grandeur intérieure — ainsi que la Civilisation du Christianisme. De même que les Apôtres (il y a près de vingt siècles) transmirent l’image du Christ avec une inspiration supraterrestre, il n’est pas rare que les disciples de la Fraternité — qui en ont tiré une leçon — divulguent selon leurs possibilités les Paroles du Maitre qui développent l’Enseignement du Christ dans des cadres illimités, afin qu’elles deviennent une connaissance actuelle de l’Homme, de la Nature et de Dieu.
  10. À PROPOS DE L’lMAGE SPIRITUELLE DU MAITRE L’Enseignement de la Fraternité de Lumiere possède ses propres traits spécifiques, parmi les diverses variantes de la Science Divine. Nous en avons déjà parlé. Elle consiste en cela que le Maitre a posé les fondations permettant de parvenir à la haute connaissance de Dieu, de la Création et de la Vie, se basant sur le principe du Christ qui remplace en de nombreux endroits le mot « aum » de la philosophie d’Hermès Trismégiste par le mot « amour ». Cependant, s’il nous faut tracer dans ses lignes générales les principes et postulats fondamentaux de l’Enseignement de la Fraternité, il faut convenir que, dans leurs lignes générales, ils ne se distinguent pas de l’Enseignement de la Science Hermétique — Enseignement qui a donné naissance à des variantes telles que l’École de Pythagore et le Judaïsme qui représente la plus puissante forteresse du monothéisme, ainsi qu’aux doctrines ariennes de l’Orient, qui trouvent leur expression la plus puissante dans l’ancienne philosophie hindoue. Dans la science occulte, il y a trois postulats fondamentaux, appelés les trois lois fondamentales, qui suppriment toutes les contradictions dans les lignes générales de la vie humaine. Ce sont: la Loi de l’Évolution, la Loi des Causes et des Conséquences (le Karma) et la Loi de la Réincarnation de l’âme. Pour donner une image plus nette de cette unité de conception entre les lois fondamentales de la doctrine Theosophique et de la Fraternité de Lumière, nous donnons ci-dessous un court extrait d’une conversation avec le Maitre, dans laquelle il est question de l’essence de l’Égo. Un de ceux qui fréquentaient l’Izgrev, s’adressa au Maitre et lui raconta ce qui suit : « Il y a une semaine, après avoir pris mon déjeuner, je me suis couché pour faire la sieste. Avant de m’être endormi, à demi assoupi, je compris que je me trouvais debout dans ma chambre et que je regardais mon corps sur mon lit. Je saisis que j’étais plus grand que mon corps, et quelqu’un qui se trouvait derrière moi, mais que je ne voyais pas, me dit : “C’est toi, là.” Alors je lui demandai: “Si c’est moi qui suis la, alors moi, qui regarde mon corps, est-ce que ce n’est pas moi ?” Je devins la proie d’un trouble. Celui qui était derrière moi dit : “Je vais te montrer qui tu es.” Après avoir dit cela, il m’emmena vers mon corps dans lequel j’ai plongé et puis je me suis réveillé pour de bon. — Celui qui regardait est celui qui est réel, répondit le Maitre, tandis que celui qui était sur le lit était son habitacle provisoire. Le double, qui était hors du corps, a lui aussi des yeux, un nez, une bouche et des oreilles. Ce double était dans la chambre, tandis que sur le lit, c’est ton corps qui était couché. Si une personne expérimentée dans ces choses mettait un morceau de sucre dans la bouche du double, celui qui est sur le lit dirait : “C’est du sucre.” De nombreuses expériences de ce genre ont été faites. — Qu’est-ce qui restera de nous après la mort ? demanda le visiteur. — Quand vous sortirez de votre corps, vous possèderez un autre corps invisible — un corps transparent pour la vue terrestre — dans lequel siègera la conscience. » Pour abréger cette conversation, nous ajouterons que le Maitre continua à parler des corps humains en ces termes : « L’homme a un corps physique, un double éthérique, un corps astral et, enfin, un corps Divin. » Cela correspond à la description de l’homme, donnée par Swami Vivekananda, selon laquelle l’être humain possède un corps astral et un corps causal. La différence consiste en ceci que la philosophie yogiste est basée sur l’hindouisme, tandis que l’enseignement de la Fraternité suit l’Enseignement du Christ. Après avoir terminé sa conversation avec son visiteur, le Maitre continua : « Si vous vivez selon les lois de Dieu, les voies vous seront ouvertes ; mais si vous faites des fautes, naturellement des difficultés s’élèveront. Dans le monde, il existe deux sortes d’ordres : l’un est l’ancien, l’ordre humain, tandis que l’autre est l’ordre Divin. — Comment parviendrons-nous à acquérir les qualités qui sont nécessaires pour vivre selon le nouvel ordre, l’ordre Divin ? demanda un de ceux qui assistaient à la conversation. — De la même façon que le violoniste parvient à acquérir sa virtuosité, répliqua le Maitre. En faisant des exercices et en se rapprochant graduellement de ce qui a été donné pour idéal. »
  11. LA VENUE SUR TERRE DES MAITRES Au cours de chaque cycle déterminé de temps, qui a une durée de plusieurs siècles, sur notre terre vient s’incarner un Maitre dont la mission est de montrer la véritable voie à ceux qui cherchent — ceux qui sont déjà sortis du rêve envoutant des illusions. Ce Maitre trouve ses disciples, travaille avec eux, agit sur le peuple au milieu duquel il est venu, en laissant derrière lui une scintillante trace : une nouvelle inflexion à l’éternelle évolution. Le Maitre de la Fraternité de Lumière en Bulgarie est un de ces envoyés du Ciel qui, d’une manière intrépide et catégorique, dit la vérité sur la vie de son époque contemporaine et indiqua la manière de sortir de la crise de notre siècle et des siècles a venir. Entre autres choses, un tel Maitre représente un transformateur qui transmute les accumulations de pensées et de sentiments négatifs dans l’atmosphère, en pensées rayonnantes, optimistes et pleines d’espoir. S’il n’opérait pas ce processus alchimique en silence et avec tant d’amour, petit à petit, de l’âme humaine disparaitrait tout ce qui est saint, et la vie commencerait à ressembler à une mine spirituelle. Dans l’atmosphère spirituelle ainsi ozonisée, revivifiée, se manifestent les forces positives, évolutives et créatrices d’un peuple. C’est pourquoi — autant que cela puisse vous sembler invraisemblable — avec la venue d’un tel Maitre débute une Culture nouvelle. Le Maitre de la Fraternité en Bulgarie, Beinsa Douno, marque, avec sa venue sur terre, un jalon dans la voie évolutive, et il est le précurseur de la Culture de l’Amour.
  12. UNE CONVERSATION AVEC T.P. LE CONTE DU PALAIS DE GLACE Le Maitre était extrêmement tolérant envers toutes les doctrines, Écoles ou Sociétés existantes, mais il était catégorique quand il fallait démasquer les mensonges furtivement insérés dans leurs dogmes et instaurés soit dans un but intéressé, soit par suite d’un fanatisme obscurantiste. Une fois, quand il fut question de la littérature et de la doctrine théosophiques, que presque tous les disciples de la Fraternité ont utilisées à cause de leur conformité avec les Vérités d’Hermès Trismégiste (que l’on estime être le fondateur des sciences occultes), le Maitre non seulement ne nia pas l’importance de cette littérature, mais de plus, il la recommanda, toutefois en ne manquant pas de souligner qu’il était indispensable que, dans l’occultisme, tout soit transposé sur la base de l’absolue perfection de l’Enseignement du Christ. La base de cet enseignement est non seulement les connaissances, dont on parle si souvent dans l’occultisme, mais le développement de toutes les Vertus, parmi lesquelles il plaçait en premier lieu l’Amour envers Dieu et l’Amour envers le prochain. Au cours d’une conversation sur ce sujet, un de nos frères, T.P. de la ville de Yambol, parla au Maitre des impressions que lui avait faites le livre Le Crédo chrétien de Leadbeater et plus spécialement du passage où il relate qu’au moment où il consacrait le pain et le vin de l’Eucharistie, il aurait vu le Christ sortir du calice. (On doit préciser que Leadbeater était non seulement un théosophe, mais aussi un évêque de l’Église anglicane.) Le Maitre resta silencieux quelques instants, puis d’une voix sérieuse, mais douce il dit: « Chaque printemps, je vois le Christ sortir des calices des fleurs sur terre et des arbres. Si Leadbeater ne voit le Christ sortir que du calice du Saint Sacrement, c’est peu. » Ces paroles du Maitre contiennent le vaste diapason sur lequel il dispose ses conceptions du monde et de la vie. C’est ainsi qu’il voit et comprend le Christ. Pour lui, le Christ est la réincarnation de l’Esprit Universel qui participe à la vie, non seulement de l’homme, mais aussi de la nature tout entière. Pour le Maitre, le Christ est la manifestation de Dieu la plus complète, la plus grande et la plus universelle dans tous les domaines de la Création. Pour tous les disciples du Maitre et pour ceux qui venaient lui rendre visite, il était clair que l’enchantement que le Maitre éveillait dans l’âme de son interlocuteur provenait directement de sa présence. Ce ravissement se déversait comme un fluide, comme un torrent invisible de forces et de certitude qui guérit l’homme de ses indispositions et aide à surmonter les difficultés et les contradictions. Ce torrent agit de la même façon que les champs de force. Plongé dans cette influence, l’homme acquiert l’assurance que dans le vaste océan houleux où règne le doute et où les paroles de l’homme ne sont le plus souvent qu’un paravent, derrière lequel se cache la tromperie, devant lui se trouve un homme auquel on peut tout dire et qui sait vous dévoiler, à l’aide de mots compréhensibles, des vérités plus de mille fois éprouvées. Avec le Maitre, on pouvait parler tout à fait aisément et sans la moindre gêne, même des évènements les plus ordinaires de la vie. La manière dont il pouvait tirer une sage leçon des choses les plus banales de la vie quotidienne et la suggérer à son interlocuteur par des sentences spontanément énoncées était toujours très intéressante et utile. Ce même frère T.P. racontait ce qui suit: En 1925, un grand nombre d’émigrés russes arrivèrent à Sofia. Toute une série de raisons politiques et personnelles avaient contraint ces gens à rechercher l’hospitalité de la Bulgarie. Un de ces émigrés s’installa dans un logement dans le même immeuble où logeait à cette époque T.P. En principe, le Bulgare est hospitalier et, sinon toujours du moins dans certains cas, il fait preuve de beaucoup de confiance envers ceux avec lesquels il se lie. Avec les Russes, qu’il considère comme proches et de la même parenté ethnique, il est souvent très ouvert et tout spécialement confiant. C’est ainsi que notre ami et frère se lia avec l’émigré russe d’une amitié très cordiale. Un beau jour, le Russe pria T.P. de lui trouver 10 000 levas, car il avait l’intention et une possibilité sure d’ouvrir un restaurant. Pour commencer, notre frère réfléchit longtemps, puis il le prit en pine et, après avoir reçu des assurances pressantes que son argent ne serait pas perdu, il emprunta lui-même 10 000 levas de cette époque, somme pour laquelle il signa des traites. Le Russe Konstantinovitch ouvrit réellement un restaurant et commença à faire de bons bénéfices. Ce restaurant commença à être très fréquenté. Konstantinovitch engagea un ensemble de balalaïkas qui attirait la clientèle. Très rapidement, le piteux émigré commença à éprouver des sentiments de maitre. À plusieurs reprises, notre frère pria son nouvel ami de lui donner un peu d’argent pour qu’il puisse amortir sa dette, mais celui-ci lui répondait à chaque fois qu’il n’était pas en état de se priver de cette somme. Il lui fallait amplifier l’aménagement de son restaurant. Il arriva que T.P. dut s’absenter de la ville pour un certain temps et, à son retour, il eut à faire face à une grande surprise: Konstantinovitch avait disparu de Sofia. Après avoir abandonné son restaurant, il avait quitté le pays ! Et c’est notre frère T.P. qui dut payer tout l’argent emprunté. Un jour, le frère T.P. vit le Maitre dans la prairie de l’« Izgréva » et éprouva le désir de lui confier sa mésaventure et la grande déception qu’il avait vécue. Il se dirigea vers lui et, avant même qu’il commence à lui raconter ce qui lui était arrivé, le Maitre l’accueillit en lui disant avec une vive insistance, mais le visage illuminé d’un doux sourire : — Il n’est pas permis à un disciple de l’École occulte de faire du commerce, sous quelque forme que ce soit. Après cet avertissement, il énonça ces paroles remarquables : — N’offrez pas de festins aux loups ! Ne contractez pas d’accord avec le renard ! Ne vous liez pas d’amitié avec les ours ! N’entrez pas en compétition avec les lions ! Ne jouez pas avec le serpent ! Puis, il sourit, fit un geste de la main et s’éloigna. Après cette conversation, notre frère, quoique dupé, ressentit une grande tranquillité. On ne sait comment, mais depuis ce moment-là il se mit à lui sembler que ces 10 000 levas n’étaient pas une si grande somme perdue, en comparaison de la belle leçon qu’il avait reçue à travers les sentences originales émises à cette occasion. Le frère T.P. se mit à réfléchir et comprit que les loups, les renards, les ours et tous les autres animaux, avec leurs qualités spécifiques, vivent en l’homme en tant que traits spécifiques et parties intégrantes de son caractère. Alors, il se souvint des paroles que le Maitre avait dites dans une de ses conférences : « Sur la terre naissent quatre sortes d’âmes : les âmes angéliques, humaines, animales et sataniques. Faites attention à qui vous avez affaire. » * * * Chaque personne qui avait eu une conversation avec le Maitre devenait convaincue qu’elle avait affaire à un représentant d’un monde supérieur où il n’existe aucun leurre. Chacun recevait la confirmation ou bien l’avertissement qu’une pensée, un sentiment ou une action erronés entrainent inéluctablement la déception, et cela devenait tout à fait évident et ne prêtait à aucun doute. Une telle action ne pouvait être exercée que par la sagesse émanée des mots bienveillance et puissance. L’attitude du disciple envers son Maitre, l’influence silencieusement exercée sur lui, sont d’une nature tellement irrationnelle qu’elles ne se prêtent pas à un examen et ne peuvent pas être traitées comme ces choses de la vie quotidienne qui ne demandent pas de preuves évidentes et banales. Un unique contact avec le Maitre était suffisant pour qu’on comprenne qu’il n’était pas une personne ordinaire. Les disciples ressentaient cela le plus fortement, tandis que ceux qui n’étaient pas initiés aux connaissances spirituelles ressentaient l’extraordinaire en lui comme un charme spécifique de sa nature. Le concevant ainsi — en tant qu’un homme possédant une vie spirituelle riche, puissante et inépuisable et connaissant parfaitement tous les états humains — le peintre Boris Gueorguiev l’a peint les yeux fermés, concentré en lui-même, rayonnant d’une lumière intérieure. Même pour les personnes possédant une sensibilité bien moindre, le Maitre apparaissait comme une lumière leur permettant de lire la dure et difficile écriture de la vie. Par contre, ceux de ses visiteurs qui se rendaient chez lui, avec les portes et les fenêtres de leur âme fermées, dans [’intention de l’observer, afin de pouvoir écrire quelque absurdité dans la « presse jaune », sentaient comment il se renfermait en lui-même et se transformait en un miroir dans lequel ils voyaient leur propre néant spirituel. S’il est nécessaire de donner quelques traits caractéristiques de son apparence, on peut dire que le Maitre était d’une taille moyenne. Son corps était harmonieusement développé et donnait l’impression de répondre à la règle d’or de la Géométrie vivante. Il se tenait toujours très droit. Sa démarche était toujours pondérée, élégante et belle, ses gestes harmonieux et élégants. Lui, dont la barbe et les cheveux étaient devenus blancs, donnait l’impression d’un homme qui avait gardé toute sa jeunesse. Jusqu’à la fin de sa vie, il garda cet aspect. Le Maitre Beinsa Douno avait un regard doux, chaleureux, qui remuait l’âme. La lumière de ses yeux pénétrait profondément son interlocuteur. Cette lumière apportait la paix et la tranquillité. Cependant, dans ses conférences, quand il abordait des sujets concernant le mensonge et la perfidie dans notre vie contemporaine, ou bien s’il évoquait des paroles sacrilèges contre ce qui est Sublime et Saint dans la Création, alors la douce lumière qui émanait de son regard se transformait en éclairs issus des nuées de la noble colère Divine. Le Maitre connaissait toutes les profondeurs de l’âme humaine. II savait immédiatement à quel niveau était parvenu celui qui venait auprès de lui, et il agissait en conformité avec ce que ses yeux spirituels avaient vu, sans porter atteinte à la liberté de cette personne et sans projeter sur elle l’ombre de son autorité. Mettant toujours en pratique les commandements du Christ qui avait dit : « Je ne suis pas venu pour les Justes, mais pour appeler les pécheurs à se repentir », le Maitre accordait plus d’attention à ceux qui, enchevêtrés dans les mirages du péché aux nombreuses facettes, recherchaient leur libération. Pour lui, tout dans cette vie était une parcelle plus ou moins grande de l’évolution et il avait le don d’éclairer et d’expliquer avec sa sagesse toutes les choses qui semblaient de peu d’importance. Le Maitre pouvait faire cela car, bien qu’extérieurement il apparaissait comme un homme ordinaire, il vivait dans des régions inaccessibles pour les non-initiés, et c’est pourquoi ses prévisions, ses conseils, ses décisions et ses actions nous paraissaient souvent surprenants. C’est plus tard, quand les évènements confirmaient tout ce qu’il avait dit, que nous saisissions mieux ce qu’il était. Le Maitre avait libre accès à des mondes étrangers aux personnes ordinaires, et c’est pourquoi il pouvait connaitre le passé, le présent et l’avenir d’individus particuliers, mais aussi ceux de peuples tout entiers. Il savait quelles choses étaient karmiquement inévitables et celles qui pouvaient être conjurées. À cause d’un avertissement qu’il avait fait parvenir au roi Ferdinand de Bulgarie, par l’entremise de personnalités proches de la cour royale, l’avertissement (au moment de la Première Guerre mondiale) que l’entrée en guerre de la Bulgarie amènerait une catastrophe, le Maitre fut interné dans la ville de Varna. Plus tard, les évènements qui arrivèrent prouvèrent clairement qu’il avait vu juste. Pour préciser les traits spirituels du Maitre, nous ajouterons encore ces quelques mots qu’il avait donnés comme réponse : « Certains de mes amis veulent voir en moi les manifestations du Christ. Non, ce n’est pas juste. Vous ne trouverez le Christ que dans Son Enseignement. Si vous désirez savoir qui je suis, je vous répondrai : Je suis le frère des plus petits dans le Royaume de Dieu. Moi, le plus petit, je veux accomplir la volonté de Dieu, sanctifier Son nom et Le remercier avec toute ma gratitude. » « À ceux d’entre vous qui connaissent la vérité des sciences occultes, je dirai ce qui suit: ce qui est caractéristique pour notre époque, c’est que nous entrons sous l’influence du “Verseau”. Les énergies spécifiques de ce signe zodiacal sont dirigées vers notre planète pour y créer une Culture nouvelle. Si conservateurs que puissent être les gens de cette importante partie des habitants terrestres qui cherchent à arrêter la venue des flots de rénovation, leurs efforts resteront stériles. Le plan cosmique est au-dessus de tous les plans humains et les efforts pour conserver l’ancien ordre des choses paraitront ridicules. Si sévères, catégoriques et menaçantes que soient les lois et les sanctions des partisans fanatiques des régimes politiques, insensiblement, tout doucement, mais avec une puissance intérieure, le “nouveau” s’empare de l’esprit et de la volonté des hommes. Partout, dans la pensée philosophique, dans les sciences, dans la littérature, tout comme dans tous les autres arts, on perçoit les éléments d’une nouvelle conception du monde, et celle-ci vient de l’intérieur, comme une visite. Les anciennes conceptions sont inaptes et absurdes face aux pas gigantesques faits par la Science et devant la nouvelle sensibilité de certains individus des jeunes générations. Des vérités qui, jusqu’à présent, étaient considérées comme des crédulités ou des absurdités prennent déjà l’aspect d’une réalité, tandis que le mot même de réalité, insensiblement, mais rapidement, élargit ses limites. » L’humanité parait saturée des explications de la vie, dénuées de fondements, ajustées d’une manière artificielle, ayant pris naissance depuis plus d’un siècle, alors que pendant ce temps la pensée humaine qui avançait devait lutter contre les superstitions et le fanatisme du Moyen Âge. C’est justement pour ce temps que fut créée la doctrine matérialiste qui a déjà vécu et qui est tout à fait inapte face aux besoins de la nouvelle époque. Les défenseurs persévérants de ce qui est ancien, qu’ils soient des dogmatiques religieux ou bien des athées, luttent pour ne pas reculer de leurs positions, car ils savent que le nouveau qui vient va non seulement aérer leurs antres, mais qu’il va emporter dans son souffle leur philosophie. Ils ressemblent à ces souverains au sujet desquels le Maitre nous parlait. Pour mieux illustrer la manière imagée et pleine de véracité de ses paroles, nous estimons qu’il est bon de citer ici l’histoire du « Roi des glaciers » qu’il nous avait racontée au cours d’une conversation impromptue. II y avait une fois un souverain riche et puissant, mais très capricieux, c’était pendant un hiver rigoureux, et la terre était recouverte d’énormes blocs de glace. Cet amateur de glaciers fit appeler des serviteurs et leur ordonna de lui trouver le meilleur artisan pour qu’il lui construise un palais merveilleux avec cette glace. Cet impitoyable souverain pensait que cet hiver, si rude et si glacial, ne s’en irait jamais. Ses conseillers, plus sensés, furent fort surpris. Mais personne n’osa lui dire qu’un palais, tel qu’il le désirait, ne pouvait pas durer longtemps. Ils firent donc venir les plus renommés artisans du pays et, parmi eux, ils choisirent le meilleur. II n’y avait pas moyen de faire autre chose. Les ouvriers aux ordres du constructeur en chef commencèrent à scier les blocs de glace et à les arranger comme il le leur commandait. II ne se passa pas longtemps et, au centre de l’empire du tyran, fut érigé un immense et merveilleux palais. Froid et menaçant, il attirait l’attention des gens, surtout de ceux qui avaient du gout pour la haine. De tous côtés, le pâle soleil d’hiver le faisait resplendir de reflets bleu vert, mais il ne pouvait rien changer à sa splendeur fallacieuse. De son côté la lune, pendant les nuits claires, avec sa lumière phosphorescente, créait des spectacles féeriques. « Quelle splendeur ! Quelle merveille ! » disaient les gens, en regardant les tours et les arches, frangées de guirlandes en givre, qui se dressaient vers le ciel glacial. Mais cela ne dura pas longtemps. Un jour, les nuages ouatés qui recouvraient le ciel se déchirèrent. La lumière se mit à resplendir et, dans les jardins du tyran le merle se mit à chanter. Soudainement, des vents chauds soufflèrent. Alors le splendide édifice en glace commença à se déformer et à perdre sa beauté. «Apportez des chaines et des cordes pour consolider mon palais ! » hurlait le tyran fou de colère, et toutes ces centaines d’ouvriers commencèrent à consolider les voutes, les colonnes et les tours. Cependant le printemps approchait. Chaque nuit le vent du Sud soufflait de plus en plus fort et chaque matin de nouveaux groupes d’oiseaux arrivaient avec de joyeuses trilles et chants. L’édifice de glace devenait de jour en jour plus piteux et s’affaissait d’une manière menaçante. Le souverain hurlait, menaçait, faisait pleuvoir les punitions sur les ouvriers, parce qu’ils n’arrivaient pas à sauver son palais bienaimé, mais cela n’y changeait rien. Une nuit, la douce chaleur du printemps parvint au-dessus du sombre empire, et le palais de glace s’effondra dans un grondement affreux et un grincement des chaines qui le soutenaient. Tout ce fracas réveilla les gens au milieu de leur sommeil. Le lendemain, parmi les mines hideuses, au milieu des cordes et des chaines en fer, les eaux d’un ruisseau murmuraient. II s’élançait joyeusement vers la vallée, sous le soleil souriant avec magnanimité.
  13. LE PROBLÈME DE LA SANTÉ Les philosophes monistes affirment que le monde est Un et unique. II n’existe pas plusieurs mondes différents. Cependant, des milliers et des millions de témoins diront, au sujet de ce monde unique pour nous, des choses tout à fait contradictoires. Pour les uns, ce monde est une charge pénible, un non-sens et une dure obligation. Pour d’autres, personne ne saurait détourner les autres du sentiment que le monde est tissé de pensées merveilleuses et magnifiques, d’impulsions pures, de haute Sagesse, d’Amour et de Lumière, qui sont les supports éternels d’une vie infinie et éternelle ! Notre vie s’écoule-t-elle d’une manière mineure ou majeure ? Que le monde nous semble sombre ou clair, cela dépend de ces états que nous appelons maladie ou santé. L’issue de tous les conflits dramatiques ou sociaux est déterminée en fin de compte par les forces spirituelles et physiques de l’individu. La santé ou la maladie, la force ou l’infirmité, le progrès ou la décadence, telles sont les directions fondamentales et décisives dans l’évolution de chaque processus vital. Si le Christ n’avait fait que prêcher, sans guérir des infirmes, sa gloire aurait été moindre. La force et la grandeur résident dans les méthodes qu’il a données aux hommes pour transformer la faiblesse en force, la laideur en beauté, la peur et l’abattement en espérance et en joie ; ce qui signifie que les états douloureux et négatifs sont changés en états positifs, évolutifs et salutaires. Chaque mal et chaque trouble dans la vie sont liés à une disharmonie, tandis que chaque Bien et chaque joie sont le produit de quelque perfection élaborée. La plupart d’entre nous se heurtent à des problèmes de médecine et de santé. Voilà pourquoi les conceptions médicales s’élaborent en raison des expériences vécues, non seulement par des chercheurs dans ce domaine, mais aussi par des gens non spécialisés, tels des ignorants et des savants, des paysans et des citadins, des artisans et des professeurs, en un mot, des gens de toutes les catégories. Ce sont des spécialistes, tels les mathématiciens qui s’occupent de mathématiques ; les physiciens atomistes qui s’occupent de l’atomistique. Par contre, c’est seulement dans la médecine que l’on trouve non seulement des médecins spécialisés, mais en outre, des gens des plus différentes professions, catégories et instruction, des plus diverses cultures, qui se mêlent de médecine. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que dans bien des cas, ce sont des guérisseurs issus du peuple, et non pas des médecins professionnels, qui acquièrent un renom pour le plus grand nombre de leurs traitements couronnés de succès. Par ce que nous venons de dire, nous n’avons pas l’intention de sous-estimer la médecine officielle acquise dans les universités et cela surtout dans le domaine de la chirurgie qui réalise des miracles ; cependant, ces exemples nous apprennent que pour agir dans ce domaine purement biologique, il ne suffit pas de connaitre à fond l’anatomie, la physiologie, la pathologie, ainsi que les autres parties de l’art de guérir, mais plutôt d’avoir une perception directe, du doigté, de l’intuition, afin de pénétrer le fond du rythme vital de l’individu. Les présentes pages sont écrites à l’intention de ceux pour qui la vue représente quelque chose de plus que l’optique élémentaire. La vue qui manque de force de pénétration ne saurait profiter de l’étude des problèmes biologiques. La vue qui s’arrête et se fixe sur les points matériels de la vie, ne peut percevoir ce qui est éternellement vivant en elle, ni la grandeur du Cosmos. De même que pour supprimer les causes de dérangements dans les fonctions d’un appareil ou d’une machine il est indispensable de disposer des schémas de sa construction, de même la suppression des troubles d’un organisme exige la connaissance de sa structure et de ses fonctions. C’est pourquoi toute pratique médicale est en rapport avec une théorie médicale déterminée, ainsi qu’avec des conceptions spécifiques dans ce domaine. Selon le Maitre, l’homme est en même temps un corps et une âme. Par conséquent, il est composé d’une substance faite d’une matière à la fois grossière, fine et supersubtile ; et ces trois parties composantes ont des rapports mutuels déterminés et très complexes, mais c’est la composante la plus subtile qui domine, tandis que les autres lui sont subordonnées. Nous exprimerons la pensée du Maitre sur les rapports et liaisons entre la matière, l’âme et l’Esprit par la comparaison suivante : Imaginons que l’homme emprunte un moyen de transport — une auto, un avion ou un navire. Il s’en sert, voyage. Le premier système représente une organisation typiquement matérielle et technique. Le second est l’intellect, les émotions qui dirigent le véhicule, tandis que le troisième, c’est l’idée dirigeant la raison même pour laquelle ce voyage est entrepris. Si nous essayions de percevoir jusqu’au bout cet exemple, sans idée préconçue, nous comprendrions que sans l’esprit, sans la raison, sans la volonté de l’homme, aussi bien que sans l’idée suprême et initiale, le véhicule n’aurait aucune importance, n’existerait même pas et n’aurait aucun sens. La machine ne peut pas se construire d’elle-même, toute seule. Elle est un produit de la raison, des connaissances et de l’art humains. Elle est le produit d’une intelligence. II en est de même pour le corps humain et tous les organismes qui sont le produit d’une intelligence. Le corps humain, ainsi que tous les organismes sont le produit de forces intelligentes créatrices dans l’immense laboratoire secret de la Nature. C’est pourquoi nous appelons évolution vers le spirituel les degrés de la conscience humaine menant à la connaissance de la Vérité. Par contre, nous nommons involution vers la substance grossière ou dense, les degrés menant à un système plus limité et subordonné. C’est la connaissance de cette substance solide qui est d’une importance primordiale pour la Médecine, étant donné que l’organisme du corps humain, ainsi que celui de tout être vivant est créé par l’intelligence et par les facteurs dirigeants merveilleux, toujours dans le laboratoire raisonnable et vivant de la Nature. Le Maitre, qui connaissait la médecine moderne, avait une attitude positive vis-à-vis d’une partie des méthodes médicales de notre époque, surtout en ce qui concerne la chirurgie. Mais il donnait surtout la priorité aux traitements faits par des moyens naturels. Le principe initial est la conception que le processus curatif ne consiste pas avant tout dans l’effet exercé par un médicament déterminé, physicochimique (chimiothérapie), mais dans la possibilité de stimuler l’organe en question afin d’accroitre son activité, d’où il s’ensuivra le rétablissement naturel. Du Maitre venaient comme d’une source vive, des méthodes curatives naturelles, utilisant l’eau, l’air et la lumière, les exercices respiratoires et de gymnastique, qui comprennent également la paneurythmie dont nous avons déjà donné quelques principes fondamentaux. Il faut savoir qu’à l’époque où, en Bulgarie, il n’existait pas même des notions élémentaires sur ces méthodes de thérapeutique naturelle, quand les disciples de la Fraternité sortaient à l’aube faire de la gymnastique au soleil, la société ignorante jugeait qu’il s’agissait d’un culte païen. La rumeur vulgaire s’en repaissait. Cependant, de nos jours, tout ce qui était alors l’objet de moquerie et d’ironie est pratiqué en masse. Les plus âgés parmi les disciples de la Fraternité se souviennent du temps passé, alors que le Maitre conduisait des groupes de ses proches au Mont Vitocha ; on n’apercevait alors aucun touriste sur les flancs de cette montagne. Actuellement, on y voit des masses de touristes et nombre d’entre eux boivent déjà de l’eau chaude qui supprime la fatigue, sans que cela soit considéré comme « l’habitude étrange de gens bizarres ». Le maitre Beinsa Douno est une source particulièrement originale de méthodes psychothérapeutiques. Se basant sur la conception qu’un grand nombre de troubles ont leurs racines dans la vie spirituelle de l’individu, il a donné un nombre impressionnant de combinaisons de ces sortes de traitements. Sur une des pages du carnet d’un de nos frères, nous lisons les lignes suivantes que nous donnons pour illustrer une des méthodes de traitement du Maitre. Quand nous disons « méthodes », cela ne signifie pas que ce soit une thérapeutique accessible à tout le monde. II a donné des méthodes dans des cadres bien plus larges, mais ce que nous présentons ici, c’est le cas d’une guérison que le Maitre pouvait se permettre d’effectuer quand il le jugeait bon, parce que le « patient » le méritait pour toute une série de raisons : « En 1925, écrit dans ses notes notre frère, je contractai une angine de poitrine. En 1922, quand il m’arriva de souffrir d’horribles maux de tête que nul médicament ne pouvait soulager, j’eus recours au Maitre qui m’en délivra. C’est la raison pour laquelle, je décidai de recourir à la “dernière instance”. « Quoique malade, je réussis à me rendre auprès du Maitre, à Sofia, au 66 de la rue Opaltchenska. Je sentais de douloureux élancements dans la poitrine et ne pouvais pas tenir debout. Recroquevillé sur une chaise de rotin, j’attendais le Maitre. Lorsqu’il apparut, je me levai avec de grands efforts, lui baisai la main, puis de nouveau je me recroquevillai sur la chaise. Il me demanda ce que j’avais et je réussis, en haletant et par mots entrecoupés, à lui expliquer de quoi je souffrais et lui demandai ce que je devais faire. « Le Maitre se tenait debout en face de moi et, pendant que je me tordais de douleurs, je remarquai que son visage paraissait joyeux et que même un sourire se jouait sur ses lèvres. Tout à coup, toujours en souriant, il m’ordonna : « “Lève-toi !” « Je réussis à me lever et je fixai mon regard sur lui. « “Respire profondément” ! me dit-il en étendant vers moi sa main droite, dirigée vers ma poitrine, tenant son bras horizontalement, la paume de la main vers le bas, les doigts étendus et réunis. Alors, il s’approcha lentement de moi et lorsque sa main fut à une dizaine de centimètres de ma poitrine, il se mit à remuer les doigts de haut en bas. Je me sentis traversé par un fluide qui en quelques secondes supprima ma douleur intolérable. Ma poitrine, jusqu’alors contractée par les souffrances, se dilata. Je sentis que mes poumons étaient remplis d’air et que je respirais sans aucune difficulté. Je fus rempli d’un sentiment de légèreté et de joie. » « “Eh bien, as-tu des douleurs ? demanda le Maitre. — Oh Maitre !... pas de douleur, aucune douleur !” « C’est ce que je réussis à peine à lui dire, tant j’étais rempli d’une émotion joyeuse. «Je partis en bonne santé, revitalisé, tout joyeux. Mon âme était remplie de quelque chose de merveilleux, de grand. Ce n’était pas seulement de la gratitude. C’était quelque chose que je ne pouvais pas exprimer en paroles... » Nous terminerons ce chapitre par quelques passages des conférences du Maitre qui traitent de questions concernant la santé. « Chaque maladie est la conséquence de fautes commises dans le passé ou le présent. À notre époque, les maladies s’accroissent, au lieu de diminuer. Jusqu’à quand cela continuera-t-il ? Jusqu’à ce que les hommes prennent conscience qu’ils doivent chercher les causes de leurs maladies en eux-mêmes et, quand ils les auront trouvées, les supprimer. Quand on viole les lois de la Grande Nature raisonnable, on tombe malade. Les maladies de l’estomac et du système digestif proviennent des sentiments faussés des gens, tandis que la discordance de la conscience provoque les maladies nerveuses. » « Les gens qui sans cesse se servent du mensonge et de la tromperie commencent à souffrir de maladies spécifiques. Les états maladifs apparaissent dans l’organisme à la suite d’anxiétés, de tourments. Toutes les mauvaises pensées, les mauvais sentiments et actes ont leur répercussion sur la santé par des états maladifs. Si les gens pouvaient supprimer en eux-mêmes la peur, la haine et l’anxiété, ils ne souffriraient pas de tant de maladies diverses. Les états négatifs en l’homme créent des dépôts et des intoxications dans l’organisme. Les gens qui conservent accumulées dans leur esprit des idées surannées et les défendent avec fanatisme sont affligés d’un affaiblissement considérable de la mémoire. Le doute, le soupçon, ainsi que le manque de foi deviennent fréquemment la cause de troubles du foie. C’est pourquoi il est indispensable que chacun trouve en soi-même la force de transformer ces mauvaises conditions, telles la haine, l’envie, la jalousie, la méfiance, et de s’en délivrer comme de poisons dangereux, car en les cultivant sans cesse, on s’expose au danger des maladies. » « Si l’homme vit raisonnablement, il sera en bonne santé, qu’il soit riche ou pauvre. » « Selon mes conceptions, est en bonne santé celui qui garde une disposition d’esprit positive, même quand il a de grandes difficultés ; tandis que ceux qui perdent leurs bonnes dispositions d’esprit lors des difficultés de la vie tombent malades. » « La propreté est la forteresse la plus puissante contre les maladies. » « Faites souvent des excursions en montagne. Cela vous aidera à secouer de vous cette inertie qui mène à l’indolence. Ne laissez pas passer les heures matinales, lorsque l’atmosphère est saturée d’énergie vitale. Les mois d’avril et de mai sont d’une importance toute particulière. » « Celui qui épargne ses énergies est fort et atteint un âge avancé. C’est une règle : Acquérez davantage et dépensez moins. C’est en cela que se cache le secret de la longévité. » « Ne cessez pas de vous développer et de grandir spirituellement, car celui qui cesse d’évoluer vieillit prématurément. »
  14. LA PANEURYTHMIE Une autre forme d’activité caractéristique et originale pour la Fraternité est la paneurythmie. C’est une succession tout à fait particulière de danses et de mouvements rythmiques exécutés en commun le matin, avec accompagnement de musique. La paneurythmie est d’une très grande importance, tant pour la santé physique que pour la vitalisation harmonieuse de l’organisme humain. Le Maitre a précisé le sens véritable de la paneurythmie du point de vue spirituel par la phrase suivante, pleine de signification : « La paneurythmie est un échange raisonnable avec les forces de la nature vivante. » Si nous fixons un regard observateur et perspicace sur le sens profond de la vie humaine et cosmique, nous découvrirons que chaque manifestation de la vie microcosmique est la répercussion ou la résonance d’une vie abondante qui jaillit du macrocosme. L’homme qui s’est réveillé du sommeil de son existence biologique s’est toujours efforcé de donner une expression à cette vie supérieure de l’esprit, aussi bien par les moyens d’expression de la musique, de la peinture, de l’architecture, que par ceux de l’art chorégraphique. Les mouvements de l’homme, même ceux exécutés dans la vie ordinaire, sont l’expression d’une idée. Et si nous avions la patience et l’oeil observateur d’un chercheur, nous pourrions les classifier selon les idées et les états d’âme qu’ils expriment. Tout mouvement est l’expression d’une pensée. L’art chorégraphique devrait être si parfait que l’observateur puisse recevoir, à partir de l’exécution des mouvements, cette pensée vers laquelle ils nous orientent. La répétition d’une figure donnée de danse doit nous amener à l’idée, à la pensée et à ce que l’on ressent intérieurement. Par conséquent, la danse elle-même peut devenir une expression du principe spirituel chez l’homme. Ainsi la danse rythmée nous amène à l’idée du rythme du cosmos. Les vingt-huit mouvements de la paneurythmie, calqués sur la Nature vivante, sont une expression des états ascendants de l’homme. Ils sont paisibles, dépourvus de l’impétuosité enivrante et insistante des émotions, empreints de la grande simplicité des choses utiles et merveilleuses. On les danse de grand matin, aux heures du réveil de la vie, quand le grand don de l’Amour Divin se déverse à grands flots du coeur du monde. La danse en cercle de la paneurythmie est une petite imitation de l’énorme roue universelle à travers laquelle s’effectue l’écoulement des forces de la vie du macrocosme. Dans ces danses sont cachés tous les états positifs que traverse la vie humaine. Ainsi par cet exercice à l’aube, chacun peut parvenir à un accord harmonieux avec les forces bienfaisantes de la nature vivante qui en découlent. Et c’est grâce à l’influence exercée par elle que germent et s’accroissent les petites semences déposées dans l’âme de l’homme. « C’est dans l’heure belle et sacrée, dit le Maitre, lorsque la nature entière frémit de joie, qu’on forme le cercle vivant de la paneurythmie. À l’heure matinale, dans la nature épanouie, on commence les exercices rythmiques, où trouvent leur réalisation les sept principes fondamentaux de la vie Divine. » Voici comment les définit l’Hermétisme : Le premier principe est la Raison. Cela veut dire que tout au monde est raison. En second lieu vient le principe de la conformité. II peut s’expliquer par les mots suivants : II y a une similitude entre toutes choses au monde, une conformité. La philosophie hermétique l’exprime comme suit : « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. » Par exemple : il y a une corrélation entre l’idée, le ton, la forme, le mouvement et le nombre. II existe une harmonie et une corrélation entre les différents plans de la vie : physique et spirituel. Tout ce qui est au ciel se trouve de même sur terre. « La solution d’une série de problèmes d’ordre scientifique, philosophique et spirituel est obtenue de la même façon qu’en géométrie dont on doit connaitre les principes de similitude. » Le troisième principe est connu sous le nom de principe des vibrations. II enseigne que tout est mouvement, que tout vibre. La science contemporaine édifie tout et explique tous les phénomènes à l’aide de la fréquence dont il est question dans ce principe fondamental. C’est comme cela que se déterminent les phénomènes suivants : le son, la chaleur, la lumière, les rayons de Roentgen, les émanations radioactives, etc. Le quatrième principe est le principe de la polarisation. Tout dans la nature est polarisé. Et cette activité ou polarisation est une loi fondamentale de la nature. Il y a des principes masculins et féminins, deux sortes de charges électriques, deux pôles magnétiques et toute une série encore de polarisations dans la nature organique et inorganique. En cinquième lieu est le principe du rythme. Ce principe nous parle de la périodicité de tous les phénomènes. Les saisons ont leur rythme, la succession du jour et de la nuit est un phénomène cyclique, rythmique, les battements du coeur, le flux et le reflux de la mer. Presque tous les phénomènes de l’astronomie sont cycliques, de même qu’il y a des indices de rythmes dans l’Histoire. Le sixième principe est celui des causes et des conséquences. Chaque phénomène est provoqué par une cause, et toute cause dans la vie physique aussi bien que dans la vie spirituelle, porte des conséquences inévitables. Et enfin le septième et dernier principe de l'unicité et de la parenté. Tout dans la nature est apparenté, issu du Grand Tout. Si nous recherchons les traces des différents phénomènes, nous découvrirons qu’ils se réunissent tous dans un foyer, dans une cause génératrice, qu’il existe un lien entre tout ce qui se passe dans la vie, tant dans celle de l’être isolé, que dans le Tout. Donc, on pourrait traiter l’univers tout entier comme un organisme infiniment grand. (Ici le terme « Infini » est employé dans le sens de difficilement concevable et d’un monde encore plus difficile à déterminer par nos notions et nos pensées). Revenons à la paneurythmie. Rien qu’en parlant, l’homme exécute des mouvements. Si nous essayons de transformer un chant, quel qu’il soit, en mouvements, nous remarquerons que ces mouvements exercent sur nous une certaine influence. II semble qu’à l’aide de ces mouvements, les tons et les paroles du chant deviennent plus vivants. C’est de cette manière que sont nées les danses. La paneurythmie est basée sur la loi de la corrélation entre les idées, les paroles, la musique et les mouvements. La paneurythmie met l’homme en contact avec les êtres plus avancés que lui. En second lieu, elle éveille les dons et les capacités latentes en un être donné. C’est par son moyen qu’il devient apte à percevoir les forces vitales dont l’univers est rempli. Elle le fait résonner en harmonie avec ces forces. Quelles sont-elles ? D’après le Maitre, elles sont : le Bien, la Justice, la Raison, l’Harmonie, la Fraternité, la Liberté, ainsi que la possibilité de parvenir à l’Amour cosmique. Dans un appendice à l’édition musicale de la paneurythmie, parmi les autres explications données au sujet de l’importance et de la signification profonde de ces danses, on trouve le texte suivant, dont nous citons une partie : « Pourquoi les exercices paneurythmiques commencent-ils tous les ans le 22 mars et pourquoi les danse-t-on à l’aube ? La réponse à cette question est donnée par une citation du livre : Dans le royaume de la Nature Vivante. Le matin, au lever du soleil, la terre a une polarisation négative. C’est à ce moment qu’elle accumule le plus. Ce fait est d’une extrême importance pour apprécier la signification du lever du soleil. C’est pour cela qu’au lever du soleil l’organisme humain est le plus apte à percevoir l’énergie solaire. Le matin il y a plus de prana, ou d’énergie vitale, qu’à midi. C’est alors que l’organisme absorbe le plus d’énergies positives. » « La terre elle-même est plus négative au début du printemps que pendant les autres saisons ; alors elle absorbe et accumule le plus. C’est pourquoi les rayons du soleil agissent d’une manière plus curative au printemps. Les meilleurs mois pour la revitalisation sont ceux du 22 mars au 22 juin. Pendant cette période, l’homme doit s’ouvrir lui-même et percevoir avec amour la force vivifiante dans laquelle il est plongé. » « L’action de la paneurythmie sur l’homme est énorme et totale. Elle a son importance pour le développement et le métabolisme de l’organisme. Les mouvements de la paneurythmie ne sont pas fatigants, parce qu’ils sont harmonieux et beaux. Au cours de ces danses, toutes les parties du corps prennent part, sans tension superflue. Les muscles se développent, la respiration et la circulation s’intensifient, le système nerveux se stabilise. » « Les mouvements de la paneurythmie ne sont pas fortuits, mais sont le fruit d’une connaissance des forces vitales de la nature qui se réveillent dans l’organisme humain. » Parce que les mouvements des exercices et danses paneurythmiques sont accompagnés d’une musique spéciale, particulière à chaque exercice, cette combinaison exercice-musique crée chez l’homme une joie et une allégresse esthétiques ; cela relève le tonus et crée une bonne humeur. Quand ces danses sont exécutées en grande compagnie, leur effet est plus fort, on se sent inclus dans un processus rythmique qui semble une prolongation du rythme de la nature et du cosmos. À propos de l’effet de la danse sur l’homme, dans l’appendice cité on trouve encore ce qui suit: « L’action des exercices paneurythmiques est triple : 1. Ils accumulent dans l’organisme les forces constructives de la nature et coopèrent à son développement. Ces forces sont vivifiantes. 2. Et comme les mouvements dans la paneurythmie sont en harmonie avec le rythme cosmique, ils réveillent des forces latentes dans l’âme humaine. 3. Au moyen de la paneurythmie on envoie des forces, des pensées et des idées dans le monde qui toutes continuent à travailler dans un sens positif. » II est possible que certaines personnes, ignorant les phénomènes cachés de la vie universelle, puissent penser : « Quel peut bien être le sens de telles danses pour la vie du Tout ? » Une telle question ne saurait être faite que par des gens qui vivent dans l’erreur et dans l’isolement, et qui n’ont pas encore saisi que tout ce qui se passe dans le monde se réfléchit dans la vie entière. Et de fait, les pensées humaines, les sentiments et les actions remplissent un espace rationnel, appelé plan spirituel, qui est parfois si pollué par les pensées, les désirs et les actions négatifs des hommes, qu’il s’impose par nécessité une « ozonisation » pour qu’une vie ultérieure et une harmonie relative y soient possibles. II peut paraitre étrange, mais c’est un fait prouvé, que l’harmonie, l’amour et les pensées optimistes qui règnent dans une famille déterminent à un haut degré l‘état de santé de ses membres. Un peu plus loin dans le texte de l’appendice, il est dit : « Nos mouvements, alors même qu’ils sont inconscients, ne sont pas fortuits. Pour un bon observateur, nos mouvements disent beaucoup de choses. Les mouvements des mains, des jambes, le mouvement involontaire que nous faisons pour porter notre main à la tête ou ailleurs, représentent des mouvements au moyen desquels on se libère de l’énergie accumulée là où elle est en surplus ou bien on transfère de l’énergie là où il en manque. Ce n’est pas par hasard que, quand nous avons mal à la tête, nous y appuyons la paume de notre main, ou si on a mal aux dents, nous la posons sur notre joue. » Il en est de même pour un orateur. Par la diversité de ses mouvements, il montre l’intensité de sa pensée dans les différentes parties de son discours, de même qu’un acteur choisit, au cours de son récital, des gestes qui soient synchronisés psychologiquement avec sa parole. « Toute idée, chaque qualité de l’âme, dit-on dans le texte de l’édition, correspond à un certain mouvement. Il y a des mouvements du Bien, de la Charité, de la Justice. L’Amour a ses courbes de mouvements. La beauté aussi. Toutes les vertus ont leurs mouvements. II faut apprendre cela. C’est sur cette base qu’est construite la paneurythmie. Les gens qui ont mené une mauvaise vie deviennent laids et leurs gestes aussi. Voilà pourquoi il est indispensable d’inclure des éléments conscients dans la vie sous-consciente. » La signification de la paneurythmie devient évidente en ce qui concerne ce qu’on appelle « la corrélation dans la nature ». II existe une corrélation entre toutes choses. Elle est fondée sur l’unité sur laquelle repose la vie tout entière. Dans le système périodique des éléments chimiques, après chacun des sept éléments suivent d’autres éléments qui possèdent des propriétés analogues. II en est de même pour le spectre de la lumière, pour les octaves de la musique. On rencontre la même chose dans l’échelle des vibrations électromagnétiques. On peut mentionner certaines choses des écrits de saint Yves d’Alveydre réunis dans l’oeuvre intitulée L’Archéometre. Cette déviation apparente nous montrera la façon dont a été établi le lien et le rapport entre le ton, la forme et l’idée. D’après cet occultiste français, une forme de l’espace peut être considérée comme cristallisée, figée, sous la forme d’une musique. D’Alveydre affirme que les mesures données dans la Bible dans le livre Exode, chapitre 25, sont les mesures du Tabernacle. Elles ne sont pas arbitraires et, dans leur ensemble, elles forment une symphonie musicale. II fait la même analyse et tire les mêmes conclusions également de la description du Temple de Salomon dans le livre d’Ezéchiel, chapitres 40 à 43. Saint Yves d’Alveydre donne les méthodes d’après lesquelles on peut incorporer une forme musicale dans un édifice ou bien dans un ornement. Cela permet de juger à quel point la sphère de l’influence musicale est vaste. En outre il prétend que de nombreuses formes de la nature représentent de la musique cristallisée. C’est pourquoi les formes des mouvements de la paneurythmie, qui se conforment à certaines périodes du rythme de la vie cosmique, sont considérées comme agissant d’une manière puissante dans le sens positif sur l’organisme et le psychisme de l’homme. Pour conclure, nous dirons : La paneurythmie est une danse dont les formes sont aptes à exprimer, par la musique, le mouvement et les paroles, les nouvelles idées sur la vie qui constituent l’Enseignement du Maitre de la Fraternité de Lumière, et qui est à même de les transmettre non seulement à l’individu, mais aussi à la vie universelle. Le nombre des disciples de la Fraternité augmente bien que les conceptions fondamentales de la science occulte qui recoupent exactement les conceptions des disciples de la Fraternité soient qu’on ne devient un disciple de la Science Divine que lorsque le temps est arrivé ou l’âme se réveille de son sommeil séculaire. C’est le cas de celui qui est déjà passé par les expériences et les épreuves de ses vies passées et présente et qui s’est persuadé de lui-même sans subir ni propagande, ni violence, que cette voie est la voie unique pour son développement, et aussi que c’est la seule conception au monde qui supprime les contradictions fondamentales qui tourmentent l’humanité. II n’existe aucune question, aucun problème de la science et de l’art sur lesquels le Maitre ne se soit pas prononcé et sur lesquels il n’ait pas donné sous une forme compréhensible de précieuses pensées fondamentales et des directives qui servent de voies sures menant à des vérités encore plus sures. Si les gens de spécialités différentes se mettaient à fouiller les centaines de volumes et de conférences, ils y trouveraient des indications uniques, chacun dans sa spécialité. II parlait de médecine, d’histoire naturelle, d’astronomie, d’astrologie, de pédagogie et de musique surtout. Nous n’avons pas la possibilité de donner tout ce qui intéressait le contemporain, avide de lumière sur tout. Cette tâche sera accomplie par d’autres, ayant à leur disposition toute la richesse de la Parole du Maitre, et qui frayeront d’autres voies à beaucoup de problèmes insolubles dans la vie et dans la science. En guise d’illustration, nous donnerons ici quelques pensées et conceptions de base du Maitre concernant la médecine et la santé. (Extraits de ses conférences.)
  15. Le violon Nous savions tous que le Maitre jouait du violon. Plus d’une fois, il éveillait notre admiration pendant de longues minutes, et même des heures, lorsqu’il se mettait à jouer, et puis nous avons toujours senti ce qu’il y avait d’extraordinaire dans son interprétation. Son violon dispensait la paix et le calme et, par sa profondeur et son mysticisme, poussait à la méditation. C’est ce que nous comprenions, nous autres profanes. Mais les musiciens, qui cherchent toujours à trouver quelque chose de plus que les autres, avaient saisi en plus des choses liées à la maitrise et aux particularités de l’exécution. II nous semble opportun de donner la description brève d’un de nos frères qui a écouté attentivement tout en l’observant, une interprétation musicale du Maitre. « Durant les années, écrit ce frère, où notre capitale organisait des concerts avec le concours de musiciens de renommée mondiale, que ce soit des violonistes, des pianistes, des chanteurs ou des orchestres, parmi les plus assidus auditeurs des salles de concert de Sofia, il était facile de découvrir la silhouette caractéristique du Maitre. Il tenait en haute estime les interprètes, suivait très attentivement la manière dont ils présentaient le compositeur et puis, après le concert, il donnait son opinion. De pair avec la sureté du sens du rythme, de celui de la mesure, de la pureté et de la beauté du ton, il cherchait l’artiste, l’instrumentiste ou le chanteur né. Il attribuait une grande importance à l’interprétation qui pouvait attirer comme auditeur et inspirateur le compositeur lui-même. Quelque invraisemblable que semble cette affirmation et hors des choses possibles dans l’espace à trois dimensions, c’est une vérité pour ceux qui ont les yeux ouverts. De ce point de vue, les concerts représentaient pour le Maitre une solennité double, tant visible qu’invisible. Le Maitre chantait et il jouait du violon. II avait été à bonne école. Nous ignorons qui a été son professeur et quel a été celui qui l’a initié à l’art du toucher des cordes et à manier l’archet. Cependant dans ses causeries, le Maitre parlait avec enthousiasme du bon pédagogue qui, tout en lui faisant connaitre le violon, pendant les premières leçons jouait lui-même avec une grande concentration devant lui, le jeune élève. Selon toute probabilité ce pédagogue, venu en Bulgarie après la Libération (1878), a dû être un musicien de talent. Pendant qu’il était étudiant aux États-Unis, le Maitre a souvent donné des concerts dans les salles de l’université, à l’intention de ses collègues. Nous avons rencontré le Maitre alors qu’il était un violoniste aux cheveux blancs qui jouait devant ses disciples. Puis, enfermé dans sa petite chambre, il jouait souvent tout seul, comme s’il donnait un concert à des auditeurs invisibles. Il était hors de doute qu’il était en contact avec un monde supérieur, celui de la musique. Les thèmes, les chants et les exercices musicaux qu’il jouait étaient tout à fait originaux, extraordinaires et porteurs d’une grande force spirituelle. Ce qui pouvait être précisé par la notation révélait l’apparition de motifs venus dans la musique pour la première fois sur la terre. Des compositeurs et des interprètes de musique appelaient son oeuvre musicale « un hymne pathétique de l’âme humaine ». La langue musicale avec laquelle s’exprimait le Maitre était très caractéristique et pure. Bien qu’il y eut des airs faisant penser à un Orient lointain, elle était malgré tout quelque chose de tout à fait diffèrent et de neuf. Il interprétait avec une distinction académique ces passages où il y avait une résonance classique, tandis qu’il exécutait la chanson bulgare, joyeuse ou triste, le plus souvent subordonnée à des mesures irrégulières et à des légatos d’archet compliqués, avec une telle vivacité légère, un tel entrain, qu’il nous semblait entendre quelque fameux Bulgare joueur de rebec (ancien violon à trois cordes). Le violon, en tant qu’instrument de musique, était pour lui une des choses les plus parfaites que l’homme soit parvenu à créer. Il contemplait souvent les formes harmonieuses de la structure du violon, la grâce de ses ouïes par lesquelles se déversaient les sons réfléchis dans la boite du violon. Il disait de cet instrument qu’il était le symbole de l’Homme et mentionnait toujours le nom de Stradivarius dans ces cas-là. Le Maitre connaissait dans les moindres détails la technique du doigté et de l’archet. Son jeu qui donnait aux tons un coloris spécifique était rempli de fraicheur et de douceur. II donnait le nom de « conversation orageuse » sur le plan physique à l’exécution bruyante et hardie. Le plus souvent il jouait avec un attouchement doux de l’archet, utilisait les spicatti, l’archet volant, et même certains pizzicatti. Un des jours remarquables d’interprétation musicale fut le dernier concert du Maitre, donné en lieu et place d’un discours dominical du matin, un dimanche de l’année 1943. II entra en classe le violon à la main. Les disciples occupèrent leurs places dans la salle. Après la prière, le Maitre descendit de la chaire et déclara qu’il allait interpréter le motif musical « Le Fils prodigue » qu’il n’avait pas joué depuis plus de 30 ans. Le léger effleurement de l’archet fit résonner quelques quintes, il vérifia si le violon était bien accordé et se mit à jouer. L’interprétation et le contenu du chant ne pouvaient pas être mis en notes. Le tempo en était parfois orageux et les mouvements se succédaient si rapidement que l’on ne réussit pas à les noter. Nous ne faisions tous qu’écouter. Nous étions introduits dans un extraordinaire monde musical. Il était édifié par des tons d’une telle richesse de contenu que seule l’âme de l’auditeur pouvait la saisir. L’interprétation était précise, riche en beauté et en sonorité. Dans la limite de trois octaves, le Maitre narra la vie d’une âme immortelle ayant traversé une existence pleine de drames, par endroits marquée de romanesque et dans d’autres plongée dans la méditation. « Le Fils prodigue » confiait l’histoire de sa vie par l’entremise du langage de tous. Nous avons perçu des conflits, des contradictions et, jusqu’à un certain point, l’apaisement que donne l’espoir radieux d’une vie tissée de lumière et d’amour. Nous avons perçu les tendres élans d’un coeur aimant dans un pianissimo, à peine audible, pareil à un chuchotement. Ce coeur était à la recherche de la paix dans la grande arène de la vie, dépourvue d’amour et de compassion et où ce coeur demeure encore inconnu. Dans les accords en arpège, remplis de dynamisme et de puissance et déroulés dans une harmonieuse ligne ascendante, nous avons ressenti comment la Volonté suprême tend la main au vagabond, dirige son destin de monde en monde et donne à son esprit l’assurance de l’issue heureuse au drame commencé. La narration se termina par quelques accords solennels... Les doigts qui étaient posés sur les cordes et ceux qui tenaient soigneusement l’archet rangèrent le violon dans son étui. Le concert avait pris fin. Et ce fut la dernière grande interprétation du Maitre auprès de ses disciples.