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1921_01_23 Les débonnaires

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Les débonnaires

« Bienheureux les débonnaires, car c'est eux qui hériteront de la terre. »

Matthieu 5 :5

Le mot débonnaires vous est connu ainsi que le mot terre. Le Christ indique qui héritera de la terre : les débonnaires. Nos contemporains ont une compréhension superficielle du mot débonnaire car la langue moderne que nous employons a perdu son sens, c’est-à-dire que nous parlons sans comprendre. Nous ne nous comprenons pas, nous ne comprenons pas notre langage et nous ne pouvons donc pas entrer dans la situation l’un de l’autre : chacun de vous peut le constater, cela ne demande pas une philosophie ou une logique extraordinaire. Chaque mot a un sens et ce sens se cache dans les lettres qui le constituent. Vous pouvez transformer un mot donné en nombres absolus, en valeurs absolues. Lorsqu’un chimiste dit H2O, c’est la formule de l’eau, et le mot eau lui-même est une formule. Comment allez-vous transposer l’eau en ses parties constituantes ? Vous dites que l’eau est composée de deux éléments : l’hydrogène et l’oxygène, mais l’eau est en même temps une formule pour la vie. Je demande maintenant : quels sont les éléments de la vie ? Voici une grande philosophie sur laquelle nous pouvons méditer.

Je m’arrêterai maintenant sur le mot débonnaire et je transposerai ce mot en grandeurs : 10, 70, 50, 90 et 800. 10 + 10, une grandeur absolue, 90, une grandeur négative et 800, une grandeur positive. Qu’avez-vous compris de ce 10 ? Prenez la lettre bulgare K[1] : vous avez une ligne droite, tirée de haut en bas ; cette ligne droite montre que le cercle de la vie est scindé en deux, c’est le diamètre qui passe de haut en bas par le centre de cette circonférence. Donc la débonnaireté est ce qui sépare une vie d’une autre. Laquelle ? Le mal du bien. Cette ligne sépare le cercle en deux ; il y a ensuite une autre ligne qui vient d’en haut vers le milieu de la ligne droite et l’autre, de ce milieu vers le bas. Ainsi se forment sur cette ligne trois angles de 60 degrés chacun, et les trois, additionnés, donneront 180 degrés. Lorsque nous voulons explorer le développement de la vie de l’homme, cette unité est la colonne vertébrale de l’homme.  

Voici pourquoi c’est précisément les débonnaires qui hériteront de la terre : cette ligne qui a formé l’échine du serpent se prolonge par sa face ; donc la tête du serpent est derrière et non devant. C’est pourquoi nous disons pour certaines personnes qu’elles ont un double visage : un visage devant et un autre derrière, le visage du serpent. Chez le chien qui a déjà entamé son développement, cet angle de la tête est relevé à 45 degrés et il va d’arrière en avant ; l’évolution va donc d’arrière en avant. Chez l’éléphant cet angle se relève à 90 degrés et chez l’être humain il est à 180 degrés ; pour cette raison son visage est parallèle à sa colonne vertébrale. Nous disons ainsi que deux grandeurs additionnées sont égales à leur somme, donc la somme de la grandeur arrière et de la grandeur avant du développement est égale à 180 degrés, et le nombre 2 montre le mouvement de la vie de l’homme d’arrière en avant, vers l’humanisation.  

Ainsi, par le mot débonnaire, nous entendons un visage qui est passé de un degré à cent quatre-vingts degrés. J’ai dit que les trois angles formés dans la lettre K valent 60 degrés chacun. Lorsque nous ôtons le zéro, il reste trois 6 : c’est pour cela que dans l’Apocalypse il est dit que le signe du mauvais homme est 666. Que signifie 666 ? C’est un navire sans gouvernail. Le zéro est le mouvement, c’est une hélice disposée à l’arrière du bateau qui fait avancer le navire depuis l’arrière. C’est à côté de cette hélice, de cette roue que se trouve le gouvernail de la vie. Ce 666 ou 3 fois 6, est égal à 18 ; il manque le zéro, c’est-à-dire le gouvernail qui dirige le navire. Si le navire garde sa puissance, mais qu’il n’a pas de gouvernail pour être piloté, il y aura toujours des catastrophes dans la vie. Je dis : toutes les personnes sans gouvernail sont mauvaises. Certains me disent : « Celui-ci est méchant ». Je dis : « Il n’a pas de gouvernail. Comment peut-il se redresser ? Donnez-lui un gouvernail, ce qui signifie en langage humain, éduquez sa volonté, c’est-à-dire insufflez lui la volonté. » Lorsque je dis « insuffler la volonté », le mot volonté est encore une formule pour moi. Ici le 6 signifie la logique dans la vie : être capable de raisonner justement et réussir dans toutes ses entreprises, être heureux. Sont débonnaires ceux qui ont une pensée logique, qui réussissent dans toutes leurs entreprises et qui sont toujours heureux. Il n’y a aucun mécontentement dans leur âme et ils ne convoitent aucune richesse car la terre entière leur appartient. Ce sont des personnes qui ne croient pas à la propriété privée et ne la convoitent pas ; la propriété privée est la plus grande invention du diable. Je ne parle pas de l’État, mais des situations comme celle de ces deux frères en Angleterre dont le père leur a légué des avoirs qu’ils se sont mis à partager : le premier est l’héritier et prend tout et le second n’a rien. Quelqu’un peut être dépossédé de sa propriété, mais quand ? Quand il n’a pas de gouvernail, quand il n’a pas de volonté, alors il peut être mis sous tutelle.

La deuxième lettre P[2] (R), je la définis par le nombre 70 ; elle désigne une grande science. Un savant crée une théorie fameuse qui devient une science ; un autre vient et crée une nouvelle théorie qui démolit l’ancienne ; ainsi tous les jours naissent de nouvelles théories. Une science qui change n’est pas une science mais un spectacle. Dans la Grande science, le fondement est la vertu et les grandeurs sont absolues, immuables et mathématiquement définies. Le nombre 70 contient en lui le mot grâce, c’est-à-dire toutes les conditions qui rendent possible le développement humain.

La lettre O est le nombre 50 et désigne la tête humaine. Je m’arrête sur cette lettre O. Vous êtes tous instruits, beaucoup parmi vous ont le baccalauréat, et certains ont terminé des études supérieures. Admettons que par le centre de cet O nous traçons un diamètre : la circonférence sera scindée en deux. Si vous faites tourner ce cercle autour de son axe, qu’est-ce qui se formera ? Une sphère n’est-ce pas ? Mais imaginez que vous mettez un autre axe sur ce cercle et qu’il se met à tourner autour de son centre et autour de son diamètre en même temps ; et si vous positionnez un point sur ce cercle qui se déplace dans deux directions, pouvez-vous calculer où sera ce point en une minute s’il fait mille rotations à la minute autour de son cercle et autour de son diamètre à la fois ? Ce point parcourra la surface de toute la sphère, vous verrez des zig-zag et vous vous demanderez ce qu’est ce phénomène. Il provient du fait que le cercle tourne autour du centre et de son diamètre à la fois. La tête humaine aussi se déplace d’abord autour d’elle-même et ensuite autour du cœur ; les deux représentent le même mouvement. Alors la lettre O signifie libération : une femme est enceinte et enfante, donc elle se libère. Tu détestes quelqu’un, mais ensuite tu l’aimes, c’est-à-dire deux personnes se réconcilient ou pardonnent à quelqu’un, c’est toujours la lettre O. Tu ne peux pardonner qu’avec la lettre O, c’est-à-dire lorsque tu as une tête ; ceux qui n’ont pas de tête ne peuvent pas pardonner. Quelqu’un dit : « Je ne peux pas pardonner ». Je dis : « Tu n’as pas de tête. – Mais c’est impossible pour moi ! –  Tu n’as pas de tête, un point c’est tout ! »

La troisième signification de la lettre O est la liberté. Seuls ceux qui ont une tête et un cerveau bien formés, seuls ces individus, seuls ces foyers, seules ces sociétés, hommes, femmes, enfants et amis peuvent être libres. Un chef, un chef est exigé ici ! Les Bulgares se nomment souvent chefs : chef de famille, chef de parti, etc. Oui, mais pourvu que ta tête ne soit pas une tête d’oignon !

Ainsi, la lettre O possède neuf qualités de la débonnaireté. Je dis : « Le nombre 90 est une grandeur négative, c’est-à-dire l’individu débonnaire est toujours prêt à rembourser ses dettes, nul besoin de lui envoyer des relances surlignées en rouge, il vient à temps pour rembourser ses dettes. S’il te vexe, il s’infligera tout seul une punition ; il ne dira pas que les autres ont tort mais plutôt : « J’ai tort, je suis le musicien, je n’ai pas le droit d’émettre de fausses tonalités ; moi qui ai un cerveau et une ouïe développés, je dois chanter toujours juste et bien ». Donc le débonnaire se punit lui-même pour se corriger ; il se punit non pas pour lui, mais pour les autres. Et je vous dirai en quoi consiste cette punition : le débonnaire qui voit que le champ d’un autre n’est pas labouré attèle les bœufs et le laboure : c’est son sacrifice pour le bien être de son prochain. Lorsqu’un tel homme, le sac plein, croise quelqu’un d’affamé, il ouvre son sac et nourrit son prochain ; si le débonnaire est enseignant, lorsque les élèves commettent des erreurs, il sait comment les corriger ; lorsqu’il croise des aveugles, il ne philosophe pas mais ouvre leurs yeux. C’est la signification de la lettre T, qui signifie d’apaiser en soi l’intelligence et le cœur. Les hommes et les femmes doivent trouver un point d’accord et se réconcilier. Lorsqu’on fiance des jeunes gens, est-on sûr qu’ils se correspondent ? Lorsqu’une jeune fille s’est mariée, le coq s’est mis à chanter et elle lui a dit : « Ne chante pas, car toi aussi, on aura l’idée de venir te fiancer ». Le mariage moderne ressemble au cas de John Wesley, un réformateur religieux anglais qui s’est marié et qui, trois jours après, a confié à un ami : « Il vaut mieux ne pas se marier dans la vie ».

Nous avons maintenant le nombre 800 qui signifie victoire, état, et royaume divin ; le nombre 800 incarne la victoire sur le mal. Le Christ dit aux débonnaires : « Persévérez, le Père a voulu vous donner un royaume ». Ainsi, quelles qualités voyez-vous chez le débonnaire ? Nous avons seize qualités ; lorsque nous additionnons 1 et 6, nous obtenons 7, le nombre de la plénitude. Le débonnaire peut tranquillement se reposer le dimanche. Le dimanche est un jour de clarté et le samedi est un jour de ténèbres ; le samedi indique que l’évolution a terminé son cycle et qu’il n’y a pas de conditions, alors que le dimanche montre le premier jour de l’éveil divin. Lorsque quelqu’un dit : « Fêtons bien le samedi et le dimanche », je dis : lorsque tu meurs, tu devras célébrer le samedi, et lorsque tu ressuscites, le dimanche. C’est juste, c’est l’immense différence entre le samedi et le dimanche. À votre avis, quel jour faut-il fêter ? Si vous mourez, vous fêterez le samedi, si vous naissez, vous fêterez le dimanche qui est le jour de la clarté. N’est-ce pas vendredi soir et samedi que le Christ est resté dans le tombeau, et qu’il a interrompu son repos le dimanche ? Donc le Christ reconnaît le samedi, et ensuite on a commencé à fêter le dimanche. Nous, les contemporains érudits, nous devons fêter le dimanche.

Et ceux qui sont entrés dans le tombeau ? Je ne crois pas qu’il y ait des gens qui ne soient pas entrés dans le tombeau et qui ne soient pas descendus en enfer pour délivrer leur frère. Aller en enfer est un art, alors que chacun sait aller au paradis. Tout un chacun aime la belle jeune femme, quiconque la voit, dit : « Comme elle est belle ! » et il commence à lui faire les yeux doux. Oui mais, cher monsieur, essaie de la porter dans ton ventre. Tu diras : « Je ne veux pas être une femme ». Celui qui ne peut pas être une femme et accoucher, ne peut pas être un homme. Celui qui ne peut pas enfanter, ne mérite pas de prendre cette belle jeune fille, voici ce que le mot débonnaire enseigne. C’est ainsi qu’il faut comprendre la profonde philosophie contemporaine de la vie, si on veut bâtir une société solidement ancrée sur ses lois.

Les lois actuelles étaient bonnes pour leur époque, mais elles sont dépassées. Ne me comprenez pas de travers. Si vous attachez un insecte à un fil, il ne pourra pas se libérer : ce fil représente le côté moral pour l’insecte. Mais si vous y attachez un éléphant, pensez-vous que ce fil domptera l’éléphant ? Donc, il est bête de prétendre que l’éléphant ne s’est pas conformé à telle ou telle loi et la brise : une loi qui se brise n’est pas une loi. Il faut donc disposer de lois indestructibles. Il faut une corde solide pour l’éléphant, ainsi en arrivant, il s’arrêtera et dira : « C’est une loi, je me soumets avec respect ». Une loi qui n’insuffle pas de respect en vous est une chose risible. Les lois d’aujourd’hui doivent imposer aux humains un respect absolu et ne pas ressembler à des fils.

Qu’est-ce que la morale ? J’ai déjà évoqué cette anecdote par le passé : dans le royaume des araignées, les journalistes ont répandu la nouvelle qu’un grand éléphant traversait leur pays. Tous les ingénieurs se sont rassemblés pour décider quoi faire et ils ont trouvé le remède suivant : barrer toutes les rues par des cordes. Ils ont donc fait passer des milliers de kilomètres de cordes, mais l’éléphant a très facilement traversé cette toile d’araignée. Les araignées se sont mises à calculer la commotion que l’éléphant avait dû subir. Quelle commotion peut provoquer une toile d’araignée à un éléphant ? Il n’a absolument rien senti !

Quelqu’un dit : « L’ancien ». Qu’est-ce qui est ancien ? Seule la vérité est ancienne. Tout ce qui se déchire comme une toile d’araignée n’est que l’ombre des choses. Le Christ dit : « Les débonnaires hériteront de la terre ». La terre désigne ici toutes les conditions dans lesquelles l’homme se développe. La lettre bulgare З (Z) désigne le nombre qui ne reconnaît aucune loi. Le mot mal (зло - zlo), écrit ainsi en bulgare en trois lettres signifie qu’il ne se soumet à aucune loi : c’est le mal. Donc toutes les forces qui n’obéissent à aucune loi sont nommées chaos dans la vie. Vous vous écriez, vous vous mettez en colère et vous dites : « Je suis devenu nerveux ». Je dis : « Tu es devenu méchant, tu vis sans loi, tu ne peux pas contrôler les forces qui sont en toi ». Qu’est-ce qui se passera si un chanteur chante faux ? On lui dira : « Tu n’es pas un chanteur, tu ne connais pas la loi intérieure de la musique, même le bœuf, l’âne et la poule peuvent chanter comme toi ». Nos contemporains veulent être moralisateurs : qu’ils montent sur la scène divine.

H2O, c’est de l’eau, mais avez-vous compris les éléments que l’eau contient ? Cet H2O est parfois pur et parfois mélangé. Si l’eau passe par le corps humain et sort à l’extérieur, vous sera-t-elle alors agréable ? L’eau qui coule d’une source de montagne est salutaire, mais celle qui sort de la fabrique du corps humain pour laquelle cet H2O travaille jour et nuit n’est pas utilisable, et n’importe quel médecin dira qu’il faut la distiller pour en supprimer tous les précipités.

Certaines personnes ne sont pas débonnaires. Le débonnaire ne perd pas son équilibre un seul instant. Est-ce que cela signifie que le chemin que nous suivons dans ce monde n’est pas large ? Il est étroit, fin comme un fil : il faut beaucoup de talent pour garder l’équilibre. Il faut avoir le sang-froid de cet américain qui est passé au-dessus des chutes du Niagara sur une corde ; ce monsieur est passé d’une rive à l’autre avec sa perche ; cela montre qu’il avait du sang froid, car s’il l’avait perdu, ne serait-ce qu’un instant, il aurait fini dans les chutes. Le monde est une chute d’eau ; vous pensez être des héros sur le rivage, mais si vous passez sur la corde tendue au-dessus des chutes d’eau, alors je vous dirai que vous êtes des héros remarquables qui gardent l’équilibre dans la vie. Si le mari rentre le soir en faisant du vacarme et si sa femme ne sait pas s’exprimer, elle dit : « Hier soir mon mari a un peu bu, il est rentré et il a fait un de ces vacarmes, au point où je n’ai pas dormi pendant deux à trois heures ». Je dis : ton mari est monté sur cette corde fine, il a perdu l’équilibre et il a sombré dans les chutes du Niagara. Lorsque tu dis que tu seras débonnaire, sois donc un homme et passe courageusement sur la corde au-dessus des chutes d’eau. On dit à l’homme : « Sois viril, montre les poings, fais étalage de ta colère ! » Oui, mais tu finiras en bas dans les chutes du Niagara. On commence à enseigner à la fille débonnaire : « Ne sois pas aussi bête de garder ton équilibre, descend un peu ! » Certaines fois, elle se renfrogne face à son bienaimé et l’instant d’après, les voilà qui se querellent. « Un malheur nous arrive : Ivan et Stoyanka se sont querellés ! » Je dis : votre Ivan et votre Stoyanka ont perdu l’équilibre sur la corde et se sont abîmés dans les chutes du Niagara. Quelle autre philosophie chercher ici ? C’est ainsi que la vie a du sens.

Je vous donnerai un exemple tiré de l’histoire de l’humanité. Dans les temps antiques il y avait deux royaumes ; le roi du premier royaume était débonnaire et intelligent, et celui du second royaume était un homme très cruel. Le roi débonnaire avait deux fils : un grand et un petit. À son lit de mort, il laissait un testament qui donnait le royaume à l’un, et une flûte semblable à un pipeau bulgare à l’autre, mais à la condition que celui qui le recevrait quitterait aussitôt le royaume ; les deux frères étaient tenus de tirer au sort pour savoir qui allait avoir le pipeau et du coup quitter le royaume. Le père meurt, on procède au tirage au sort et le pipeau échoit au plus jeune. Il le prend et s’en va dans le vaste monde, car le plus grand frère ne lui a permis de prendre rien d’autre. Celui-ci a ainsi mis la couronne et a commencé à régner alors que le petit frère est entré dans l’autre royaume, gouverné par le roi cruel. Ce dernier avait besoin d’un berger. Il avait des brebis aux toisons d’or, mais il était si cruel que quiconque perdait une de ses brebis était exilé à vie. Le fils du roi est venu, il a proposé ses services en tant que berger et s’est mis à jouer du pipeau. Tous les loups s’arrêtaient et leur appétit pour les brebis s’émoussait. Si le roi condamnait quelqu’un à mort, les gendarmes qui le menaient à l’échafaud, laissaient partir le condamné en entendant le son du pipeau, disant : « Laissons-le vivre un peu et allons danser ». Là où il emmenait son troupeau, les loups perdaient leur férocité ; lorsqu’il passait à côté d’une prison en jouant du pipeau, tous les prisonniers se mettaient à danser et partout régnait l’égalité et la fraternité. Le roi a entendu parler de lui et s’est dit : « Qui est ce vaurien qui pervertit mon peuple et n’obéit pas à ma volonté ? » Il s’est mis en route pour le punir, mais lorsqu’il s’est approché, le berger s’est mis à jouer et le roi s’est mis à danser. Il a compris alors qu’il y avait quelque chose d’autre dans le monde et a dit : « Viens, fiston, dans mon palais, j’ai une fille. Tu es celui qui dois gouverner, tu joueras pour mon peuple et tu l’égaieras, et tu écriras une nouvelle page ».

Je dis ainsi : accordez votre pipeau, votre flûte champêtre de la débonnaireté, pour que les loups, les gendarmes et les prisonniers se mettent à danser lorsque vous jouez, et qu’ils disent : « On peut vivre aussi d’une autre manière ». Comprenez-moi bien, ce que je vous dis ne peut se faire de force. L’homme affamé doit être nourri, et qu’est-ce qui est le plus important pour lui ? Le pain. Qu’est-ce qui est le plus important pour l’assoiffé ? L’eau. Qu’est-ce qui est le plus important pour l’âme offensée ? C’est l’amour qui peut se manifester à un moment donné. Si quelqu’un est désespéré, arrête-toi avec ton pipeau, et joue pour lui. J’utiliserai aussi les verbes nourrir, abreuver, enseigner, prêcher, etc.

Je demande à présent : « Es-tu allé à l’église ? » L’église c’est notre âme, alors que notre cœur est le grand autel sur lequel nous devons jouer avec cette flûte, et le Seigneur dira : « Tu es celui qui héritera de la terre ». J’aimerais que chaque Bulgare ait cette flûte pour que tous se mettent à danser dès qu’il en joue. Lorsqu’on joue de cette flûte et que vous l’entendez, vous pouvez danser, car parfois vous dansez au son d’autres flûtes, et chaque danse est différente d’une autre. Un enfant se met à danser, mais il fait un grand vacarme : il ne danse pas au son de la flûte divine.

Le Christ dit : « Les débonnaires hériteront de la terre », c’est-à-dire ces gens débonnaires qui comprennent les grandes lois et les forces qui fonctionnent dans le monde. Et ils ne sont pas loin. Je dis : « Ce berger, le fils du roi vient avec sa flûte. Il ne viendra pas armé de sabre, de fusil et d’explosifs : vous entendrez de loin le son de sa flûte et lorsqu’il jouera, il y aura des danses, des cabrioles, tous vivront fraternellement, hommes, femmes, enfants, animaux ». Pouvez-vous transformer cette flûte merveilleuse et lui donner un sens intérieur, véritable, pouvez-vous la transformer en formule ? Je ne peux pas vous parler plus clairement que cela. Si je commence à vous expliquer le mot débonnaire, il recèle seize significations qui expriment des états différents. Savez-vous ce que vous devez faire la première heure de votre réveil, puis la deuxième, la troisième, la quatrième et ainsi de suite ? Savez-vous que chaque heure du jour a une prédestination définie avec une précision mathématique ? Elle est aussi bien définie que la prestation d’un grand virtuose du violon, note après note ; si vous ratez ne serait-ce qu’une note, on ressent aussitôt un vide. Donc, la vie est une grande pièce divine et nous sommes venus sur terre pour sa représentation. Certains disent : « Je vis ». Tu ne vis pas encore, tu t’exerces seulement. Lorsque tu prendras ta flûte, tous autour de toi se sentiront légers et satisfaits. Lorsque tu apprendras à jouer parfaitement, tu pourras répandre ta pensée, ta grâce sur les humains. J’ai fait des expériences et cette loi ne s’est encore jamais démentie.

Je me promenais une fois le long du littoral à Varna et j’ai perçu que quelque part deux jeunes s’aimaient : leurs pensées et leurs sentiments emplissaient tout l’espace pendant quelques instants. Et en effet, je descends vers la berge et je vois ces jeunes en train de roucouler. Je continue et j’aperçois des oies sauvages ; je projette ma pensée vers eux et c’est comme si quelqu’un me disait : « Je vais prendre une pierre pour les frapper ». Je ne m’arrête pas pour le faire, mais je constate que les oies sont déjà à un demi-kilomètre de moi car elles ont perçu ma pensée. Je continue encore et je vois un autre groupe d’oies ; je leur envoie une pensée positive, l’idée qu’il y a de la nourriture attrayante pour elles sur la berge ; je m’arrête et je les vois se ruer vers la berge sous l’impulsion de ma pensée. Ce sont des faits qui montrent que les animaux peuvent percevoir nos bonnes et nos mauvaises pensées. Lorsque tu croises un chien, il te regarde et devine tes intentions cachées, il comprend ce que tu comptes faire avec lui. J’ai observé l’attitude des chiens que je rencontre : ils m’examinent avec attention, m’interrogent, mais je leur dis : « N’ayez crainte, je ne vous ferai pas de mal, je suis de la nouvelle culture. – Vivement qu’elle vienne car nous souffrons à cause de ces gens incultes qui nous croisent, se retournent et nous jettent des pierres. » Ce n’est pas une allégorie, mais un fait. Vous agissez de même entre vous : vous rencontrez un ami et vous l’assaillez de mauvaises pensées. Nous devons nous comporter avec bienveillance envers tous les êtres, car ce qui sort de notre cœur est une grande puissance qui détruit ou bâtit. Nous détruisons tout seuls notre bonheur. Nous sommes ceux devant qui le Seigneur bâtit le monde futur, c’est pourquoi n’attendez pas que viennent d’autres personnes. Nous qui vivons sur terre, nous sommes capables de bâtir ou de détruire notre vie. Chacun de vous est appelé à un travail grandiose.

Vous vous dites : « Nous sommes appelés pour une œuvre grandiose » et vous montez à l’endroit prévu et vous vous mettez à donner des ordres du haut de votre position. Vous ressemblez dans cette situation à ce Bulgare qui, après la Libération,[3] a commencé à se chercher un travail : il est allé par-ci, par-là, en posant sa candidature, mais partout on lui répondait : « Ce travail n’est pas pour toi », car il cherchait un travail léger. Un jour, en se promenant dans le parc en ville, il a vu le chef d’orchestre agiter une baguette et tous les musiciens jouer. Il s’est arrêté, il a réfléchi et s’est dit : « Voici un travail comme j’en cherche, agréable et léger ». Il a postulé à ce poste car il lui a semblé qu’il n’y avait pas de travail plus facile que celui de diriger les autres. Mais diriger les autres est un grand art, il faut comprendre leur pensée, leur cœur et leur âme, il faut comprendre leurs pensées et leurs sentiments quotidiens pour pouvoir alors seulement agiter la baguette selon le rythme. Et il y a des rythmes et des clés différents. Maintenant nous voulons tous être des ministres en Bulgarie. Si vous comprenez cet art, je serai le premier à voter pour vous ; si quelqu’un, même un enfant, comprend cet art et agite la baguette en temps utile, je vais voter pour lui. Nous serons tous des chefs d’orchestre et cette vague intérieure qui nous élèvera pourra se former ; c’est le sens caché des paroles : « être débonnaires et bons ».

Actuellement, il faut longuement argumenter l’existence ou non de Dieu. J’ai beaucoup de preuves pour vous le démontrer, l’établir, et faire en sorte, par le biais de ces grandes expériences, que ces forces traversent vos cœurs. Vous attendez tout de votre père : qu’il vous donne de l’argent pour aller où bon vous semble. Non, vous pouvez vérifier ces choses tout seuls, mais il faudra pour cela que se réveillent toutes les cellules de votre cerveau qui ne le sont pas encore. Les cellules qui forment votre pensée dorment, les cellules supérieures, spirituelles, religieuses dorment encore et vous attendez d’obtenir quelque chose sans effort. Ne comptez pas sur l’héritage de votre père, n’espérez pas recevoir cent ou deux cent mille levas pour vous acheter une voiture, pour flâner, aller au bal, au concert, avoir une vie gaie et insouciante et clamer : « Je suis riche ». En réalité, vous êtes pauvres : votre Père Céleste vous a laissé ce qu’il vous faut et vous dit : « Vous gagnerez votre pitance avec labeur et la sueur au front »[4]. Et savez-vous ce que c’est de verser une goutte de sueur ? Je respecte tous ceux qui gagnent leur vie la sueur au front. Les médecins provoquent la transpiration pour soigner un malade. Il faut transpirer pour que toutes les impuretés du cœur et de la pensée soient rejetées et qu’une eau fraîche vienne dans le monde. On dit de quelqu’un : « Le pauvre, il a transpiré » ; non, il vaut mieux plaindre celui qui n’a jamais transpiré de sa vie. La transpiration est une très bonne chose. Que faire si nous transpirons ? Enlevez votre chemise et mettez-en une autre. Si tu voyages, enlève ta chemise, mets ton paletot, lave ta chemise, attends quelques heures qu’elle sèche, puis remets-là ; n’attends pas qu’elle sèche sur ton dos pour éviter que la sueur revienne dans ton corps.

Nos contemporains disent : « Cultivons notre ancienne compréhension de la vie », ce qui revient à sécher l’ancienne sueur avec notre chaleur ; que gagnerons-nous ? Cette ancienne sueur vous conduira dans l’autre monde ; vous allez acquérir ainsi un moins, pas un plus, car le plus est un mouvement vers le haut et le moins, un mouvement vers le bas. Vous dites de quelqu’un : « Il est parti de l’autre côté ». Je demande : « Quel signe portait-il, un plus ou un moins ? – Un moins. – Alors il est en effet parti de l’autre côté, mais vers le bas, donc ne le cherchez pas en haut ». Vous devez comprendre les quatre opérations mathématiques. Vous comprenez l’addition car chacun de vous peut additionner deux grandeurs, par exemple additionner cinq et six : combien cela fait-il ? 5 plus 6 est égal à 11. Pouvez-vous rassembler deux bonnes personnes au même endroit, puisque vous savez comment additionner ? Pouvez-vous additionner une bonne jeune fille et un bon jeune homme ? Puisque nous pouvons additionner, nous devons additionner toutes nos pensées, tous nos sentiments.

Si je vous demande ce qu’est la soustraction et où vous la voyez dans la nature, vous direz probablement : « Nous connaissons la soustraction nous l’avons étudiée à l’école ». Je demande : savez-vous appliquer cet art ? Lorsque vous plantez un grain de blé, il commence par soustraire : il s’enracine dans le sol ; puis apparaît le processus de la multiplication : il se ramifie et développe les gerbes ; à la fin, c’est au tour de la division : les grains de blé se détachent des gerbes et tombent au sol. Ces opérations, addition, soustraction, multiplication et division sont notre quotidien. Vous soustrayez souvent une pensée de votre tête, mais l’important est de savoir si cette pensée est bonne ou mauvaise. Si je sors du pain moisi de ma tête pour le donner à un pauvre, est-ce une soustraction ? Celui qui sort de son sac du pain moisi est un parfait ignorant. Vous dites : « Notre Maître nous apprend à mettre le signe moins devant lorsqu’on soustrait », mais je vous enseigne autre chose, à savoir, mettre le signe plus et soustraire quand même. Ou encore, lorsque tu prêtes de l’argent et que tu prends des intérêts, et que ton argent fructifie, est-ce une multiplication ? La multiplication, c’est lorsque tu multiplies le nombre de bonnes personnes, lorsque tu réconcilies ceux qui se disputent, c’est le propre des débonnaires qui viendront dans ce monde.

Ne vous croyez pas débonnaires, mais vérifiez si vous en avez les aptitudes. Il ne faut pas beaucoup de temps à un élève, à un peintre, à un musicien ou à un chrétien pour l’apprendre ; tout au plus cinq à six ans. Comment vous y prendre ? Lorsque vous rentrerez à la maison, si vous êtes indisposés dans votre for intérieur, dites-vous : « Je suis débonnaire », c’est-à-dire vous devez réfléchir logiquement, chercher la réussite dans votre travail et être heureux.

J’expliquerai le mot bonheur[5] à la façon dont il s’écrit dans la langue bulgare: la lettre Щ est formée des lettres Ш et Т[6]. Dans la lettre T il y a deux traits vers le bas alors que la lettre Ш a trois traits qui avec les deux premiers forment la main humaine qui pend vers le bas. Donc, dans le bonheur votre main doit être prête. La lettre A désigne le nez humain, donc votre volonté doit être puissante, tempérée et votre intelligence doit être unie à la volonté. La lettre C est la lune qui suit constamment la loi des changements. Lorsque vous mettez C sur T, vous formerez un bateau, donc toute la fortune que vous acquérez par votre volonté sera sur vous, c’est-à-dire dans votre cœur. Ainsi, l’homme heureux est celui qui peut atteler au travail son intelligence avec sa volonté, c’est-à-dire le principe masculin et le principe féminin, les mettre dans son bateau et conduire ainsi sa vie. S’il ne peut pas faire cela, il dira : « Quel est ce destin terrible qui nous a rendus esclaves tous les deux ? » Je dis à cela : quelle magnifique poésie ! Lorsqu’il attèlera au travail son intelligence avec son cœur, il dira : « Quel destin qui nous rend heureux tous les deux ».

Si je prends la poésie bulgare et la traduis à ma manière, tout sera à l’envers de ce que le poète a célébré et écrit. Certains lisent et s’étonnent comment le poète a pu écrire et trouver de telles choses : aucune intelligence, aucun art n’est demandé pour cela. Quel mérite de prendre un marteau et de taper avec lui sur une bouteille ou une cruche ? J’aimerais fabriquer cette bouteille ou cette cruche et non faire des trous dedans ! Nos contemporains ne font que des trous. Je regarde certains creuser des trous et je leur demande : « Pourquoi creusez-vous ces trous ? – Nous ne le savons pas, on nous paie pour cela. » Il y a tellement de trous ! Il y a dans le monde un surplus de trous. C’est maintenant l’heure de semer ; mettez à présent des graines dans ces trous, plantez des arbres pour créer un beau jardin d’Éden. Lorsque vous tomberez dans un de ces trous et que vous vous briserez la jambe, vous direz : « Quel est ce destin terrible qui nous a rendus esclaves tous les deux ? » Mais lorsque vous planterez dans ces trous de beaux arbres fruitiers qui vous donneront des fruits, vous les gouterez et vous direz : « Quel destin d’être heureux tous les deux ; mangeons-en aussi à deux ». Ceci à la fin est déjà de la prose !

Le Christ dit : « Les débonnaires hériteront de la terre ». Je sais que vous êtes débonnaires, je peux le prouver, ce n’est qu’extérieurement que vous semblez ne pas l’être. Les saints ont jadis porté des vêtements avec des épines vers l’extérieur pour ne pas être vus et tentés par le diable, ils s’en protégeaient par les épines. Vous aussi, vous portez extérieurement de telles robes de chambre qui ne vous trahissent pas en tant que débonnaires, et c’est pour cette raison qu’on vous entend souvent dire entre vous : « Rentre-lui un peu dedans ». De ce point de vue vous êtes comme cette femme qui avait l’habitude de brimer son mari quoi qu’il fasse : quoi qu’il dise, quoi qu’il se passe, elle lui faisait toujours des remarques et des réprimandes. Il prenait son mal en patience à la maison, mais un jour ils ont été invités chez des parents à un délicieux déjeuner : une pintade bien grillée avec du vin vieilli, et il s’est un peu laissé aller. Sa femme le surveillait sans arrêt et dès qu’elle n’était pas contente de lui, elle lui donnait des coups de coude. À bout de patience, il lui a dit : « Tu as dépassé les bornes, toutes les brimades à la maison ne te suffisent plus, tu en rajoutes même ici ! » Nos contemporains disent : « Houspillons celui-ci, il a assez mangé, il se doit d’être moral ». Laissez-le tranquille, qu’il mange et qu’il boive un peu ; le mal n’est pas dans la nourriture et la boisson, mais dans la compréhension erronée de la vie : s’imaginer qu’en mangeant et en engraissant, nous nous sentirons mieux. Certains parents disent : « Faisons bien manger notre fille pour qu’elle soit ronde comme la pleine lune ». Le Seigneur ne vous a pas créés pour être ronds comme la pleine lune, pourquoi ne pas dire que vous voulez être comme le soleil, briller comme lui. L’erreur, lorsqu’on considère que tout tend vers la plénitude est de vouloir devenir comme la pleine lune. Dans la langue originelle, il est écrit que nous devons être des fils de Dieu, c’est-à-dire répandre une lumière grâce à laquelle bâtir, porter la vie et la joie partout sur terre. Savez-vous ce qu’est la pleine lune ? Si tu es comme elle, tu seras condamné à mort : la pleine lune est un canal par lequel s’évacuent toutes les impuretés de la terre. Et vous voulez ressembler à ce canal ? Cela n’a aucun sens, il n’y a aucune philosophie là-dedans. À l’avenir ne dites plus jamais que vous voulez que votre fille devienne comme la pleine lune, mais souhaitez qu’elle devienne lumineuse comme le soleil ou du moins comme l’étoile du matin, Vénus ; si vous lui souhaitez de devenir comme la pleine lune, elle est condamnée à mort.

Nos contemporains vont se promener au clair de lune, ils l’observent, mais ils ne savent pas qu’elle les pervertit. Lorsque vous passez à côté d’un endroit impur, votre odorat est perturbé par les odeurs nauséabondes, et si vous voulez le rétablir, allez en haut dans la montagne. Lorsque tu commets une faute, tourne-toi vers la pleine lune et dis : « Apprends-moi à rejeter les péchés, à les évacuer, et ainsi me purifier ». Lorsque tu observes le soleil, dis : « Mon clair soleil, mon soleil lumineux, en regardant tes vertus, montre-moi la façon de manifester aussi mes vertus cachées et de les faire travailler en moi ». Alors que vous restez là à méditer sur ce que Kant, Hegel ou un autre a dit en pensant : « Quelle profondeur dans ces réflexions ». Oui, a, b, c, sont des grandeurs relatives, mais savez-vous combien de choses sont cachées dans ces a, b, c ?

Mettez le mot débonnaire en vous et ne pensez pas à lui comme vous l’avez fait par le passé et maintenant. C’est un mot grandiose sur lequel vous devez bâtir la future culture sur terre. Si les Bulgares veulent que Dieu les bénisse ainsi que leur terre, ils doivent écrire ceci : « Les débonnaires hériteront de la terre, nous sommes débonnaires, nous croyons en la débonnaireté et c’est pourquoi nous hériterons de la terre ». Les qualités du débonnaire sont les suivantes : il enlève les abcès, mais pas les têtes ; avec son scalpel il t’enlève le chagrin et te libère. Vous tous qui m’écoutez, vous êtes débonnaires et c’est pourquoi, lorsque vous rentrerez chez vous, enlevez vos vieux vêtements. Aujourd’hui, je me montrerai très généreux, je vous offrirai un costume à chacun, je m’y engage ; ainsi, de retour chez vous, habillez-vous avec ces nouveaux vêtements que je vous offre. Lorsque vous m’écoutez, vous vous dites : « Parles-tu sérieusement ou non ? » Je vous parle sérieusement, je dis : « Je vous aime », et c’est tout. Pourquoi pas ? N’hésitez pas, finissez-en avec l’ancien maître. Tous, hommes, femmes, enfants, préparez votre flûte et jouez pour que tout le monde se mette à danser et à sauter.

Lorsque, de retour chez vous, vous vous mettez à chanter : « Quel destin terrible d’être des esclaves tous deux », cela montre que vous servez encore l’ancienne culture. Vous allez désormais chanter selon la nouvelle culture, avec ma traduction : « Quel destin enviable d’être heureux tous deux ». Lorsque nous jouerons selon la nouvelle culture, l’amour se manifestera aussi car toutes les puissances sont mises dans cette musique. Lorsqu’on entendra cet air, toutes les créatures joueront comme la terre elle-même. Savez-vous pourquoi les tremblements de terre se produisent ? Il y a sur terre des êtres bons qui, lorsqu’ils jouent avec leurs flûtes, font danser la terre si puissamment qu’elle commence à projeter sa matière intérieure sous forme de lave et dit : « À bas les vieux oripeaux, débarrassez-vous de vos anciennes maisons, sortez des prisons, ouvrez vos fenêtres ». Lorsque ta cabane sera démolie, remercie Dieu et dis : « Je Te remercie Dieu de m’avoir sorti de cette maison en ruines ». Regardez les oiseaux qui, dès leur éveil le matin, s’empressent de remercier et glorifier Dieu avec leurs chants ; et vous, lorsque vous vous levez, vous commencez : « Quel destin terrible d’être esclaves tous deux » ou bien « Ma femme me tue à petit feu ». Non, elle ne vous tuera pas, elle porte bonheur : elle était le nombre 13 en vous et vous faisait plus de mal alors, et maintenant elle en est sortie. Jadis, avant l’avènement d’Ève, l’homme avait treize côtes, mais Dieu lui a enlevé une côte, la treizième précisément, et Il a dit à Adam : « Fais attention au nombre 13, car il est en même temps le nombre de la justice et le nombre du mal dans le monde ». Le nombre 18 représente la pleine lune. Vous les femmes, ne vous vexez pas, car vous devez savoir que jadis la pleine lune était aussi lumineuse que le soleil alors qu’elle est éteinte à présent, morte ; le temps viendra où elle vivra de nouveau. Quelqu’un dit : « Ma bienaimée est comme une petite lune ». Je dis : « Tu ne contenteras jamais ta petite lune, elle se remplit et se vide constamment. – Que dois-je faire ? – Lorsqu’elle deviendra comme le soleil, le temps viendra où vous vivrez à l’image et à la ressemblance de Dieu, et serez gais et joyeux. »

Ne vous vexez pas, car je ne considère pas que tous les hommes sont des hommes ni toutes les femmes, des femmes. Pour illustrer mon idée je donnerai l’exemple suivant : dans l’antiquité, un roi avait une très belle fille qu’il préservait de toute tentation. Il a ordonné à ses conseillers d’imaginer des vêtements si fins et si subtils et d’une matière si transparente qu’elle puisse en changer tous les jours, mais sans que personne ne puisse soupçonner qu’elle est habillée. Quiconque croisait la fille du roi l’embrassait, et on a commencé à rapporter au roi : « Nous avons vu ta fille, un tel était en train de l’embrasser. – Cela ne fait rien, il embrassait seulement l’enveloppe extérieure, mais son âme n’est embrassée par personne, personne n’a vu la fille du roi. »

Tout le monde peut embrasser le vêtement extérieur, mais lorsqu’il est question de l’âme, d’autres règles s’appliquent. Je connais la fille du roi autrement et non comme elle est vêtue. Certains disent : « Et vous, ne savez-vous pas comme ma fille est belle ? » Non, elle n’est pas encore ta fille ; sais-tu qu’elle est la treizième côte ? Un jeune homme se marie avec une jeune fille, mais leur vie va mal. Pourquoi ? Parce qu’il a pris une femme étrangère et la mise entre ses côtes, mais elle ne lui convient pas. Alors Dieu dit : « Ce n’est pas la femme qui est faite à partir de toi. – Oui, mais le curé nous a fiancés. – Cela ne fait rien, elle n’est pas de Dieu. »

Lorsque les gens ont commencé à se marier, comme cela n’a pas été admis par Dieu, la mort est apparue pour leur prendre la vie, pour qu’ils puissent retrouver leur moitié et améliorer leur vie. Lorsque nous ne trouverons pas notre moitié une première fois, alors nous la rechercherons une seconde fois ; si nous ne la trouvons toujours pas, nous la rechercherons une troisième fois jusqu’à la trouver. Quelqu’un dit : « Ma femme est une reine ». Elle peut être reine, savante, mais elle n’est pas ton âme sœur. C’est seulement lorsque nos yeux s’ouvriront que nous connaîtrons nos proches et que nous les aimerons. Et cela se fera lorsque nous serons débonnaires. La terre, c’est la femme débonnaire ; l’homme débonnaire qui se conforme à la loi de Dieu, héritera de la terre ; c’est ce qui est sous-entendu par les paroles du Christ : « Les débonnaires hériteront de la terre ». Qui que vous soyez, si vous ne suivez pas cette loi, vous ne pouvez pas hériter de la terre. Donc être débonnaire est le seul moyen d’hériter de cette terre débonnaire et de comprendre les lois qui vous sont dévoilées maintenant.

J’envoie mes pensées comme le soleil envoie ses rayons, chacun les recevra comme le veut son âme, chacun travaillera avec elles autant que l’art de son âme le permet, et chacun s’habillera selon son goût. Je ne veux pas que vous soyez tous semblables. Chacun peut être débonnaire à sa façon : l’un peut l’être comme un œillet, un autre comme une rose ou comme une violette, mais soyez tous débonnaires. C’est ce qu’entonne le fils du roi avec sa flûte « Diou-diou-diou, les débonnaires hériteront de la terre, diou-diou-diou ! » La flûte bulgare dit : « Les cœurs purs hériteront de la terre, diou-diou-diou ». Ainsi entonnera le cornemuse bulgare ou la flûte champêtre, et les Bulgares lèveront les mains pour danser.

Lever ses mains signifie qu’il faudra fleurir ; les deux mains sont l’homme et la femme. Hommes et femmes, unissez-vous à présent, donnez-vous la main. Comment serrez-vous la main ? Vous mettez le côté intérieur de votre main dans le côté intérieur de la main de votre ami et vous mettez au-dessus votre pouce. Le côté intérieur de la main est le principe féminin et le pouce que vous mettez au-dessus est le principe masculin. Se serrer la main signifie que vous agirez au nom de Dieu : nous les femmes, c’est-à-dire la loi de l’amour, nous libérerons le monde du joug actuel lorsque nous nous enlacerons avec la loi de la sagesse. Ainsi, à chaque fois que vous serrez la main de quelqu’un, pensez ceci : « Nous commençons par l’amour et la sagesse et nous les tissons ensemble pour être bénis du Seigneur ». C’est ainsi que je veux voir tous les Bulgares se serrer la main, qu’ils se disent en se croisant : « Bienvenu, frère, au nom de l’amour divin, de la sagesse divine et de la vérité divine ! »

Sofia, 23 janvier, 1921

Traduit par Bojidar Borissov


[1] Le mot débonnaireté s’écrit en cyrillique : кротост (krotost)

[2] Le mot débonnaireté s’écrit en cyrillique : кротост (krotost)

[3] La Libération désigne la fin de la guerre russo-turque de 1877-1878 qui arrache le territoire bulgare de l’Empire ottoman, conduit à l’indépendance du pays et met fin à cinq cents ans de joug ottoman pour le peuple bulgare

[4] Genèse 3, 19

[5] Bonheur en bulgare s’écrit : щастие (« chtastie »)

[6] En effet щ se prononce « cht », ce qui équivaut à prononcer шт car la lettre ш se prononce « ch »

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