Ani

1920_06_13 Chemin droit et chemin gauche

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Chemin droit et chemin gauche

Le sujet que j’ai à aborder est important. J’emploie les mots chemin gauche et chemin droit car il n’y a pas d’autres chemins. Chemin droit et chemin gauche sont des grandeurs. La descente est sur le chemin gauche et la montée ou l’élévation est sur le chemin droit.

Tout dans le monde est le fruit de l’esprit humain. Afin de comprendre l’une de ses pensées qui se déverse dans le monde, nous devons nous libérer de toutes les pensées annexes.

Dieu, en créant le monde, a mis dans un chaudron la force, la sagesse, la gloire et le repos. La force a engendré la violence, la sagesse a engendré les connaissances, la gloire a incité tout le monde à aller dans des directions diverses. Seul le repos est resté au fond du chaudron, Dieu l’a gardé pour Lui-même. Il n’y a pas de repos dans le monde, il faut se rendre auprès du Seigneur pour se reposer.

Deux banquiers russes ont fait un pari portant sur trois millions de roubles : l’un d’eux devait rester quatorze ans reclus dans une pièce. Durant le pari, il a lu beaucoup de livres jusqu’à s’attaquer à l’Évangile. Après l’avoir lu, il s’est dit : « J’ai trouvé le sens de la vie, le sens est dans la liberté, le développement libre ». Il lui restait un seul jour pour finir de purger les quatorze ans. Il a écrit sur un papier qu’il sortait de réclusion avec vingt-quatre heures d’avance, et qu’il renonçait aux trois millions de roubles, car le bonheur ne se cache pas là, et il s’est évadé par la fenêtre. L’autre banquier qui avait fait le pari, avait décidé d’assassiner le reclus dans la nuit pour sauver son argent et ne pas avoir à donner trois millions de roubles ; il est entré dans la pièce pendant la nuit, mais n’a trouvé que le morceau de papier.

Depuis huit mille ans, le monde est en proie à un combat, même entre les plus petits animaux. Nos contemporains disent que la vie est une lutte. La vie est dans la lutte : c’est l’impulsion nécessaire à la vie. De grands Maîtres se sont incarnés pour donner une direction à la vie. Le Christ a été un tel Maître. Les chrétiens d’aujourd’hui ne se sont pas encore arrêtés sur la profondeur de l’enseignement du Christ.

Par le chemin gauche on descend vers le cœur. La possession était le fruit de forces primitives qui n’obéissaient pas à l’intelligence. Les gens croyaient qu’ils provenaient de Dieu et qu’ils allaient à Dieu. C’est une question importante de savoir d’où nous venons, pourquoi nous sommes venus et où nous irons. La terre est une école où nous apprendrons les lois actuelles. Il y a quatre niveaux dans le monde : la subconscience, la conscience, la soi-conscience et la supraconscience. Il y a dans la nature des lois qui existent et qui peuvent enlever toutes les entraves dans notre vie : un seul mot magique peut soulager les souffrances de tout un peuple. La nature entière est comme un organisme vivant.

Le monde spirituel est un monde où les créatures intelligentes connaissent toutes les lois et sont maîtres de la mort. La mort est le passage d’un stade à un autre, d’une forme simple à une forme complexe. Il n’y a rien de plus perfectionné que le cerveau humain, c’est l’endroit où se développent toutes les pensées, tous les sentiments et les désirs.

Celui qui ne travaille ni sur le chemin gauche ni sur le chemin droit de sa vie est condamné à la souffrance. Les héros naissent le long du chemin droit. Pour être héros il faut descendre sur le chemin gauche et remonter sur le chemin droit. Plus un peuple a des héros, prêts à se sacrifier, plus il recevra des bienfaits.

Personne ne peut limiter notre pensée, mais nous non plus, nous ne pouvons pas échapper à ses conséquences. Le paquebot Titanic par exemple a sombré à cause de l’imprévoyance des ingénieurs, il lui manquait la force nécessaire pour affronter les aléas de la mer. Même les plus petits enfants peuvent donner des idées.

Le chemin gauche est le développement de notre cœur, tous les sentiments nobles en découlent. Moïse a dit aux juifs de ne pas s’en prendre aux gens qui habitent la terre promise lorsqu’ils y seraient. Les juifs n’ont pas écouté ce commandement divin donné à travers Moïse, et ils en ont pâti. Les femmes sont le chemin gauche, les hommes sont le chemin droit ; les femmes sont l’énergie potentielle, les hommes sont l’énergie cinétique. Les femmes doivent étudier la loi du chemin gauche, les hommes celle du chemin droit ; lorsque les deux chemins se croiseront, ils donneront la volonté : les enfants. Ils sont le stimulus de tous les nobles élans : le père et la mère confient leurs espoirs à leurs enfants. C’est pour cela que le Christ dit : « Laissez les enfants venir auprès de moi »[1]. Par enfants le Christ entend le chemin divin. Pour le suivre plusieurs qualités sont requises. D’abord, discerner le bien du mal, quelles intentions sont justes et lesquelles sont trompeuses. Pour avoir cette mesure, il faut contrôler son mental, il faut se montrer toujours positif dans sa pensée. La deuxième qualité est l’endurance, la constance ; celui qui n’est pas endurant sera vaincu, et celui qui est endurant, emportera la victoire. Les Anglais sont un tel peuple endurant. La foi est la troisième qualité requise de l’homme, c’est une qualité pour l’esprit humain alors que le doute est un ver. La foi sous-entend aussi l’expérience : je vais éprouver quelqu’un pour voir s’il est prêt à se sacrifier pour moi.

Deux amis sont partis en promenade en forêt. Le premier se vantait qu’il était prêt, au nom de l’amitié, à faire tout pour sauver son compagnon. Un ours a surgi et le vantard qui se disait prêt au sacrifice a vite grimpé sur un arbre. Le deuxième s’est couché par terre : l’ours est venu, il lui a tourné un peu autour, il l’a reniflé, puis il s’est approché de son oreille avant de repartir. Son ami est descendu de l’arbre en demandant : « Qu’est-ce que l’ours t’a dit ? » L’autre lui a répondu : « Une autre fois, ne pars pas en voyage avec un tel ami ! »

Le chemin droit et le chemin gauche sont les deux principes nécessaires, les deux conditions dans la vie. Maintenant les Bulgares sont à un carrefour. Le peuple bulgare a besoin d’endurance et de foi. Les lois naturelles sont inflexibles, les souffrances du peuple bulgare ne sont pas encore finies, mais cela ne doit pas vous inquiéter. La mère porte son enfant neuf mois dans son ventre et se sacrifie pour lui car elle le croit porteur de l’amour. Et après l’amour vient la sagesse : l’amour sans sagesse et la sagesse sans l’amour ne sont pas concevables. Les enfants quant à eux sont porteurs de la vérité.

Les lois qui existent pour les êtres humains existent aussi pour la nature. Les humains doivent désormais fleurir. Il y a un nouvel élément dans le système solaire, c’est la spiritualité. Toute la vie est tracée et dessinée sur l’homme : le nez par exemple est l’incarnation de la volonté, de l’intelligence, de la sagesse : ceci est visible dans la forme, les lignes et la taille du nez. Les gens doivent travailler le long du chemin gauche avec l’amour, le long du chemin droit avec la sagesse et sur le chemin du milieu, avec la volonté, la vérité. L’individu est une condition pour le peuple, alors qu’un peuple est une condition pour l’individu. La pensée est un reflet de grands principes dans la vie. Tous doivent comprendre les lois du monde et seulement alors nous créerons un monde d’abondance. Nous sommes serviteurs de la nature vivante, elle nous récompense généreusement, mais elle est aussi implacable et exigeante.

L’amour est une grande force à laquelle rien ne peut s’opposer, tout obéit à sa force. Là où l’amour entre, le mal n’entre pas, et là où l’amour n’entre pas, le mal s’incruste. Là où il y a de la lumière, le médecin n’entre pas ; là où il n’y a pas de lumière, le médecin est toujours là.

Lorsque nous mangeons beaucoup, nous pensons que nous irons bien, mais s’il y a de la strychnine dans la nourriture ? Dans le Déliormane[2] un aigle a mangé une brebis morte laissée là exprès pour empoisonner les loups. Après l’avoir mangé, il a senti le poison et s’est mis à se rouler au sol jusqu’à vomir la viande empoisonnée, puis il s’est envolé vers son nid. Il y a des pensées, des sentiments et des actes qui empoisonnent notre organisme. La nourriture empoisonnée doit être vomie comme cette viande ingurgitée par l’aigle. Nous ne pouvons pas nous encourager par la peur mais seulement par l’héroïsme. Les maladies proviennent de la nourriture que nous prenons car nous ne comprenons pas les conditions de la vie que la nature a fixées. La même loi s’applique à l’intelligence, au cœur et à l’âme. Les yogis par exemple ont des règles de vie : pour renforcer leur système sanguin, ils boivent de l’eau par petites gorgées répétées et pour renforcer leur système nerveux ils s’exposent au soleil.

La foi est une condition nécessaire à notre développement, elle est nécessaire à chaque individu et à chaque métier. Chacun doit croire que ce qu’il dit est vrai. Ne laissez pas entrer dans votre esprit une pensée qui n’est pas vérifiée ni dans votre âme quelque chose qui ne soit pas contrôlée. Il est facile de salir, il est difficile de nettoyer.

Je vous illustrerai le cas de deux royaumes voisins : les esperts et les menzes. Ils étaient constamment en guerre à cause des mauvaises relations entre leurs rois respectifs. Les sages ont prédit que le fils du roi des menzes allait se trouver en mauvaise posture à l’âge de vingt-et-un ans et ils ont préconisé qu’il soit envoyé en tant que berger dans le royaume des esperts. À l’âge de vingt-et-un ans, en faisant paître ses brebis, le fils du roi voit au loin une jeune fille venir à cheval, accompagnée de deux gardes. Elle est descendue du cheval et s’est mise à cueillir des fleurs et à admirer la nature qu’elle aimait. Soudain le fils du roi a remarqué qu’un serpent sournois avait mordu la jeune fille sur la joue gauche. Il décide de lui venir en aide et se jette sur elle pour aspirer le poison avec sa bouche. Les gardes, le voyant, et pensant qu’il attaquait la jeune fille, ont transpercé son épaule droite avec leurs flèches. Les flèches étaient empoisonnées ; la jeune fille s’en est vite rendu compte et elle a aspiré le poison de son épaule. Ainsi tous deux se sont sauvés mutuellement. Voyant qu’ils ne peuvent pas faire l’un sans l’autre, ils se sont mariés et ont vécu dans la félicité.

Ce sont les deux chemins : l’amour et la sagesse, le côté gauche et le côté droit, le chemin gauche et le chemin droit. Les femmes doivent aspirer cette contagion sociale qui ronge tout. Certains se battent, soyez héroïques car on ne donne pas le ciel aux peureux. Les monuments pour les bonnes pensées et les bons sentiments ne s’érigent que pour les héros.

Où étions-nous auparavant, et où serons-nous, cela peut être connu. Tous les grands hommes ont pu déterminer la situation d’un peuple, ils prévoyaient tout comme des clairvoyants. Un peuple a besoin de prédicateurs, de prêtres, d’enseignants, d’hommes politiques, etc., mais tous doivent être purs dans leurs actes, leurs pensées et leurs désirs.

Quelle application a le théorème de Pythagore dans la vie ? La somme des carrés de l’intelligence et du cœur donne la volonté humaine au carré : a2 + b2 = c2, c’est-à-dire la somme des carrés des deux côtés donne le carré de l’hypoténuse. Par conséquent, l’intelligence et le cœur doivent marcher ensemble. La volonté peut tout, autrement dit, la volonté peut contrôler l’intelligence et le cœur.

Tout dans la Nature est étroitement lié. On peut dire pour l’homme ce qu’il est, comme pour les animaux. Les maquignons évaluent précisément les animaux en les palpant, en les caressant, en les toisant, en examinant leur dentition, etc. Le chemin gauche est celui de l’amour, le chemin droit est celui de la sagesse ; en les unissant, nous obtiendrons le troisième chemin, le chemin de la volonté. Le chemin gauche est la ligne derrière notre tête ; le chemin droit est la ligne devant notre tête, devant notre front.

Maintenant, je dois terminer ma causerie. J’ai déjà évoqué ce récit auparavant : un jeune Bulgare est devenu apprenti chez un maître potier pour apprendre le métier. Il a étudié trois ans durant, puis il a pris congé pour se mettre à son compte. Il a commencé à travailler, mais tous les pots qu’il fabriquait se brisaient. Il est alors revenu chez son maître pour lui en demander la raison. Redevenu apprenti, il a vu alors que lorsque son maître sortait un pot du four, il soufflait dedans avec sa bouche : hou ! et les pots ne se brisaient pas. Donc, tout l’art et toute la force pour ne pas briser les pots se résumait à ce hou. Les pots sont le corps, le four est la souffrance et la difficulté qu’éprouvent tous ceux qui cuisent dans le four, sans elles il n’y a pas d’élévation. Les pots se brisent car nous ne soufflons pas, car nous ne sommes pas en harmonie avec l’Esprit Divin. La mère souffle sur sa main ou sur la main de son enfant, et elle lui donne de la force. Lorsque la mère est enceinte, elle doit dire : « Toi, ma fille, tu seras une mère intelligente, travailleuse, modeste », et cela se réalisera. Ou bien : « Toi, mon fils, tu seras un père intelligent, bon, honnête, juste ». Je vous dis maintenant que dans cinq ans ma causerie sera rétribuée.

Ne désespérez pas, soyez courageux. L’élève ne désespère pas des corrections du professeur sur ses erreurs de calcul. L’élève se dit : « Je m’améliorerai », et il s’améliore. Le prêtre américain Moody était d’abord cordonnier, mais il s’est dit : « Je deviendrai un bon prédicateur ». Il a travaillé sur lui, il a fini par réussir malgré les moqueries de ses patrons et il est devenu en fin de compte un formidable prédicateur.

Si maintenant quatorze personnes parmi vous accueillent ma pensée, je considère qu’elle est rétribuée.

Sliven, 13 juin 1920

Foyer « Aurore »

Traduit par Bojidar Borissov


[1] Matthieu 19, 14

[2] Une région bulgare au Nord-Est du pays, faisant partie de la plaine du Danube.

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