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1919_06_22 Le petit commandement


Ani
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Le petit commandement

« Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements,

et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit

dans le royaume des cieux ; mais celui qui les observera et qui enseignera

à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. »[1]

Matthieu 5 :19

Il y a de grands et de petits commandements, de grandes et de petites lois. Le Christ dit : « Celui qui supprimera l'un de ces plus petits commandement sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui les observera, sera appelé grand ». Ayez en tête que ces lois dont parle le Christ ne se fabriquent pas, mais existent depuis toujours, et chaque culture, chaque manifestation dans le monde leur est due. Notre moralité est à la mesure de notre compréhension de ces commandements.

Les philosophes modernes disent que les perceptions des gens sur les choses sont relatives, conformes à leur point de vue. Ceci est en partie vrai, mais si notre compréhension est insuffisante cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de lois absolues qui régulent les rapports entre les humains : la justice est justice à toutes les époques, le bien est bien à toutes les époques, l’amour est amour à toutes les époques, etc. Nous pouvons avoir une conception différente du bien, de la justice, de l’amour, mais elle se rapportera à nous et non pas au grand univers qui contient tout en lui. Le mal commence là où commencent les petits commandements. Nous pouvons penser que toutes les souffrances sont le résultat de la transgression de petits et de grands commandements, mais je n’expliquerai pas en détail les causes et les conséquences lorsqu’un commandement est outrepassé, c’est une vaste question sur laquelle nombre d’articles ont été écrits. Je m’arrêterai uniquement sur deux points : sur les petites et les grandes lois.

Dans une causerie le Christ dit que l’incroyant pour le petit est aussi incroyant pour le grand, et le croyant pour le petit est aussi croyant pour le grand. Quelqu’un dit : « Ce commandement est petit, pourquoi le respecter, moi je vais respecter les grands commandements ». Non, celui qui n’est pas capable de respecter les petits commandements ne peut pas respecter les grands commandements non plus. Souvent le respect des lois se fait par un biais physique, purement matériel. L’état promulgue ses lois pour s’assurer que ses citoyens s’acquitteront de leurs devoirs. Les Bulgares se distinguent par leur grand courage et rechignent souvent à se plier aux lois, mais si tu leur montres le bâton, ils cèdent aussitôt.

On raconte une anecdote sur les Bulgares de l’époque de l’occupation turque. Ils avaient coutume de se rassembler au village et de discuter calmement entre amis. Pendant la discussion ils prenaient un bâton et se mettaient à le tailler grossièrement tout en parlant, car dans leur narration ils étaient des héros pleins de bravoure. L’un d’eux prend la parole et dit : « Savez-vous, mes frères, que l’usurier est venu au village pour collecter l’impôt ? – Eh, alors ? disent les autres en faisant de grosses entailles dans le bâton, nous ne le paierons pas ! – Oui, mais ceux qui refusent, se font molester, il leur en fera voir de toutes les couleurs. – Alors, dans ce cas, nous aussi, nous amasserons de l’argent par ci par là pour payer l’impôt. » Puis ils commencent à tailler le bâton très finement.

Nous agissons de la même façon : en bonne santé nous parlons et nous taillons le bâton en gros morceaux, mais une fois malades nous commençons à tailler le bâton en tout petits morceaux. C’est le respect mécanique de la loi : il faut craindre le châtiment pour la respecter. C’est ainsi que les lois sont respectées aujourd’hui partout dans la sphère privée, dans la sphère publique, dans la vie politique ou spirituelle. Par conséquent, les lois sont suivies de nos jours non de plein gré, mais par la force. C’est pourquoi celui qui transgresse les lois est privé d’héritage, exclu de la société ou d’un autre groupement, il y a partout des mesures coercitives pour faire respecter la loi.

Vous direz : « N’est-ce pas que chaque peuple a sa logique et sa façon de raisonner ? » Oui, chaque individu isolé ou chaque famille, chaque société peut avoir sa façon de raisonner, mais elle ne changera pas la loi divine sur laquelle repose notre développement. Tant que nous sommes en accord avec ce commandement dont parle le Christ, il y a en nous une croissance, un essor dans nos pensées et dans nos sentiments, un envol de notre volonté et nous pouvons alors facilement nous entendre. Ce sera ainsi tant que nous serons reliés aux petits et aux grands commandements. Mais à l’instant où nous transgresserons consciemment ou inconsciemment l’un de ces commandements, petit ou grand, l’équilibre en nous sera altéré.

Nous ne pouvons pas comprendre la raison de notre anxiété, nous sommes de mauvaise humeur, mécontents et cherchons la cause du problème chez les autres. Cette anxiété peut provenir de quelque chose. Par exemple, tu es quelqu’un de cultivé et de spirituel et tu croises un berger qui fait paître ses moutons ; tu te dis : « Quelle délicieux repas je pourrais me concocter avec ces agneaux ». Tu en prends un et tu l’égorges ; peu de temps après, une tristesse inexplicable s’empare de toi. Ou bien, un riche voit un enfant et dit : « Ce pauvre enfant peut réussir dans la vie », et il finance ses études. Je prends l’agneau comme le symbole de tous nos mauvais agissements et je ne pointe pas le fait de manger de la viande. Nous nous croyons très cultivés et malgré cela le monde entier souffre. Les juifs non plus n’arrivent pas à se débarrasser de leurs souffrances.

Aujourd’hui, tous s’interrogent sur les raisons des souffrances. Les uns pensent que ce sont les riches qui causent les souffrances de l’humanité ; d’autres pensent que ceux qui gouvernent sont fautifs, et ainsi de suite, alors que la cause de nos souffrances sont ces agneaux que nous avons mangés. Lorsque vous mangerez l’un de ces agneaux, tous dans votre famille auront des désagréments leur vie durant. Vous avez transgressé l’un des petits commandements et vous serez appelé le plus petit dans le Royaume des cieux. Vous me demanderez : « Qu’est-ce que nous devons faire, nous qui avons mangé tant d’agneaux ? – Vous serez le plus petit dans le Royaume de Dieu. – N’y a-t-il pas d’exception ? – Non ! » Et celui qui a observé les plus petits commandements et qui n’a convoité aucun agneau sera le plus grand au Royaume de Dieu. Je prends le mot convoitise au sens péjoratif. Toutes les souffrances dans le monde sont le résultat de mauvais désirs car ils engendrent de mauvaises pensées, et les mauvaises pensées nuisent à notre cerveau, à notre cœur et à notre organisme en général. Dans ces cas, les médecins déclarent qu’il y une intoxication du sang, etc. C’est vrai, mais la nourriture que nous acceptons détermine la qualité de tous nos actes. Quelqu’un me dira : « Peut-on vivre sans désir ? » Je ne dis pas qu’il ne faut pas désirer, mais il faut apprendre la grande loi à observer : il faut savoir si ce qu’on désire est bon pour soi, pour ses proches, pour son peuple, pour toute l’humanité.

L’organisme vivant ne doit pas être créé de façon précaire. Vous donnez vie à un enfant, mais moins de deux à trois ans après le Seigneur vous prend cet enfant. Vous pleurez et ne comprenez pas pourquoi votre enfant est mort. La raison en est dans vos désirs, les transgressions du plus petit commandement qui vous ont appelé les plus petits dans le Royaume de Dieu. On entend par petit, celui qui est faible et qui succombe à toutes les tentations, à toutes les influences. Il n’y a pas de résistance morale chez le faible qui se dit : « Quoi qu’il advienne, la vie continue ». Peut-on appeler une vie celle de la truie dans la porcherie, nourrie par son maître trois à quatre fois par jour ? Elle pense qu’il n’y a pas meilleur que son maître, qu’il n’y a pas de vie meilleure que la sienne.

Je demande : comment est notre vie actuelle par rapport à notre vie future ? Pour être grands dans le Royaume de Dieu, il faut faire naître en nous le désir ardent de nous élever en tant que créatures pensantes et d’accomplir le commandement divin suprême dans toute sa plénitude. Tous les écrivains contemporains disent que pour être grand, un individu doit avoir une volonté puissante jusqu’à observer le plus petit commandement dans toute sa plénitude sans le transgresser. Nous nous retrouvons souvent dans la situation de cet américain qui était préposé à l’ouverture et à la fermeture d’un pont mobile lorsque les trains passaient. Il habitait une tour à l’entrée du pont. Un jour il a ouvert le pont, mais ne l’a plus refermé ; beaucoup de trains se sont retrouvés bloqués. Il a dit : « Aujourd’hui je suis le maître de la situation et les trains repartiront lorsque je l’aurai décidé ». Comment a-t-on traité son cas ? On a envoyé une équipe pour le descendre du pont et une autre personne a été dépêchée à sa place pour fermer le pont. Nous faisons de même, nous ouvrons le pont et nous ne le fermons pas en disant que nous sommes les maîtres de la situation et que tout dépend de notre bon vouloir. Mais le Seigneur enverra une délégation quelque temps après pour vous démettre de votre fonction, vous serez alors les plus petits dans le Royaume de Dieu.

Qui est le plus petit ? Celui qui n’accomplit pas la volonté divine ni par le cœur, ni par l’intelligence, ni par l’âme, ni par l’esprit. Avez-vous entendu ce que se disent deux jeunes gens avant leur mariage lorsqu’ils sont au milieu de la nature ? Ils se promettent des choses merveilleuses, se disent des mots très doux (mon ouïe est très développée, j’ai pu suivre toute leur conversation). Si ces jeunes gens appliquent ce qu’ils se promettent, le Royaume de Dieu s’instaurera dans leur vie dans toute sa plénitude. Mais qu’est-ce qui se passe après le mariage ? Ils tournent la feuille de la vie sur le verso, oublient toutes les promesses données, commencent à transgresser les petits commandements, alors les malheurs les frappent et leur vie se dérègle. Quelle est la raison de ces malheurs ? Vous n’avez pas tenu vos promesses du jardin. Non. Sortez tous vos calepins dans lesquels sont écrites vos promesses. La femme qui se marie dit : « Je me suis trompée, je n’ai jamais pensé que c’était un tel diable », le mari de son côté dit : « Comme elle était douce jadis, un vrai séraphin, et aujourd’hui elle se montre plus terrifiante que le pire diable des enfers, comment tenir mes promesses ? » Je demande : comment est-ce possible que le mariage transforme les gens d’anges en démons ? Si c’est le cas, il vaut mieux ne jamais se marier. Ce n’était donc pas un accord par amour, amour pour Dieu.

En principe, je parle sans rapport à votre vie personnelle. Cette loi me concerne comme vous et comme tous les anges, c’est la même pour tous. Je défends l’idée que l’individu est bon uniquement à l’instant où il agit bien, il est juste à l’instant où il agit avec justice, il est aimant uniquement à l’instant où il manifeste l’amour, etc. Dès qu’il cesse d’agir de la sorte, il n’est ni bon, ni juste, ni authentique, etc. Tant que tu observes ces lois, tes pensées progressent en souplesse, en douceur. Dans ce cas, si tu es peintre, écrivain ou ménagère, tous tes travaux se font avec élan, avec enthousiasme. Mais dès l’instant où tes pensées s’en écartent, tu descends d’une sphère plus élevée vers une sphère plus basse. Je m’imagine ces sphères formant un cercle infini qui en descendant se rétrécit et prend la forme d’un cône. Certains disent qu’il y a sept sphères alors que je trouve pour ma part qu’il y en tout sept fois sept millions. Vous descendez de plus en plus bas dans ce cône et vous vous dites : « Dois-je descendre davantage pour voir ce qu’il y a ? » Tu arriveras à la sphère la plus basse du cône et tu t’arrêteras à son centre ; transformé en une créature microscopique tu diras : « Seigneur, pourquoi suis-je devenu si petit ? » Parce que tu es l’un des grands philosophes venu apprendre à observer le plus petit commandement dans la vie.

Le processus du développement est inverse, c’est-à-dire que pour t’élever du champ où tu es tombé, tu ne repasseras pas par le même chemin. Tu commenceras en traversant l’ouverture étroite du cône pour entrer dans un autre cône qui touche le premier par son sommet et tu débuteras ton évolution. Tu passeras ainsi d’une sphère à un autre jusqu’à venir dans le monde nouveau. À peine entré dans ce nouveau monde, un philosophe te croisera et te dira : « Pourquoi, nous les humains, ne vivons-nous pas comme cela nous chante, pourquoi ne nous manifestons-nous pas indépendamment de tous les commandements ? » Tu lui demanderas : « Es-tu déjà descendu dans le cône de la vie ? – Non. – Descends pour voir comment on y vit. J’y suis allé une fois et pour rien au monde je n’y descendrai une deuxième fois. »

Beaucoup parmi vous descendront dans ce cône, et en passant par l’ouverture étroite vous vous rappellerez mes paroles. Celui qui est passé une fois par l’ouverture étroite du cône devient grand dans le Royaume de Dieu, et celui qui s’est arrêté dans le premier cône, s’appellera le plus petit dans le Royaume de Dieu. Celui qui s’est arrêté dans le premier cône est dans la situation de la fourmi tombée dans le piège du fourmilion : il l’attrape progressivement par une patte, puis une autre, jusqu’à en finir avec elle.

Ainsi : « Celui qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, sera appelé le plus petit dans le Royaume des cieux ; mais celui qui les observera, sera appelé le plus grand dans le Royaume des cieux ». Je vous parle sur ce verset car chaque âme a ses aspirations. Je ne dis pas que vous soyez tous bons ou tous mauvais car vous agissez mille fois dans la journée mal ou bien, et mille fois dans la journée vos désirs fluctuent. Vous vous levez le matin en disant : « À compter d’aujourd’hui je vivrai bien », mais en revenant le soir chez vous et en faisant le bilan de la journée, vous vous dites : « Cela ne s’est pas passé comme prévu car dans la vie d’aujourd’hui, avec les gens qui m’entourent, on ne peut pas vivre honnêtement ». Le commerçant dit qu’on ne peut pas vivre sans mensonge de nos jours ; l’agriculteur dit qu’il n’est pas possible lorsqu’on laboure le sol de ne pas tuer nombre de petites bêtes ; le politicien dit que dans les conditions actuelles, on ne peut pas conduire une ligne politique honnêtement ; le religieux dit la même chose ; tous disent que le temps n’est pas à une vie saine et vertueuse. Mais quand viendra ce temps-là ? La vie s’améliorerait, dit-on, lorsque viendrait la nouvelle culture. Si tu vis dans tes pensées, tu es dans le passé, par conséquent si nous vivons avec notre vie passée et que nous voulons que ceci ou cela se fasse, nous vivons dans le premier cône qui est le lieu de la mauvaise vie. La vie vertueuse est dans le second cône.

J’assimile le premier cône au petit enfant : il a été d’abord un vieil homme qui a ensuite rapetissé. Cet enfant a été jadis un philosophe, un brahmine, un sacrificateur, un patriarche, un érudit qui a besoin aujourd’hui de votre aide, maintenant il s’égosille et veut être conduit vers l’ouverture étroite du cône. Vous demandez pourquoi cet enfant est venu précisément dans votre foyer. Le Seigneur l’a envoyé pour que vous lui indiquiez la porte. La mère est la porte, elle le prend et dit : « Mon enfant est très intelligent ». Savez-vous dans quel état se trouvent les mères d’aujourd’hui ? Ce n’est que lorsque leurs enfants grandissent, qu’elles les comprennent car ces enfants se manifestent à ce moment-là.

Pour préciser ma pensée je vous donnerai l’exemple suivant. Un ermite, connu pour sa vie vertueuse et pieuse, vivait dans une forêt. Le diable hourdissait différents plans pour le tenter, sans y arriver. À la fin, il a décidé de rentrer dans sa gourde et d’y rester jusqu’à ce que l’ermite le boive. Mais l’ermite l’a enfermé dedans, s’est signé et l’a laissé ainsi. Dix ans après il s’est dit : « Voyons, je vais nettoyer la gourde pour m’en servir ». Il est allé à la source, a jeté l’eau qui restait et s’est versé de l’eau pure. Après avoir jeté l’eau restante, il a remarqué dans l’eau de la source un très bel enfant. Il l’a pris avec lui et l’a élevé avec soin. L’enfant croissait et se dotait d’une telle intelligence qu’il sidérait tout le monde avec ses connaissances. Un jour il a dit à son père adoptif : « Je te donnerai un vaste royaume à gouverner au lieu que tu vives dans la forêt, le monde a besoin de toi, je t’apprendrai à vivre et à devenir le mari d’une fille de roi ». Le père a accepté et son fils l’a emmené dans un autre royaume et l’a fiancé. Peu de temps après, le fils adoptif a volé tout le trésor du roi et est allé informer celui-ci que le voleur est son beau-fils. Le roi a ordonné que le beau-fils soit arrêté et pendu. Le fils de l’ermite est allé le prévenir du danger qui le menaçait, mais ce dernier n’a pas pu se protéger et l’ordre du roi devait être exécuté. Lorsqu’il est monté sur la potence, son fils adoptif s’est approché et lui a dit doucement : « Regarde au loin si tu ne remarques pas quelque chose, que vois-tu ? – Oui, je vois trois ânes. – Ne vois-tu pas autre chose ? – Je vois qu’ils sont chargés. – Que portent-ils ? – Ils sont chargés de souliers. » Alors le fils lui a déclaré : « Ce sont tous les souliers que j’ai usés, jusqu’à ce que je te mette la corde au cou… »

C’est la même chose avec vous : une idée vous vient qui vous semble sublime et vous vous attelez à sa réalisation, mais si vous la réalisez, on vous met la corde au cou. Voilà pourquoi nous devons accomplir les commandements divins qui sont le fondement de notre bien-être et celui de tous autour de nous. La vie est faite de telle sorte que tout bien, toute pensée ou action est reliée concrètement à tous les humains, à toutes les plantes, à toute la matière organique, au monde invisible et toutes ses hiérarchies, à Dieu. Chacune de nos pensées et désirs se lient tantôt aux branches de ce grand Arbre de la vie, tantôt à ses racines.

Je n’expliquerai pas l’importance des racines, du tronc et des branches de l’arbre. Un proverbe bulgare dit : « Les racines du savoir sont amères, mais ses fruits sont sucrés ». Si vous faites un bien, vous recevrez la grâce divine. Moïse dit : « Le Seigneur rétribue le crime des parents sur leurs descendants jusqu’à la quatrième génération et la bénédiction jusqu’à la millième génération ».[2] Donc pour réaliser les bonnes choses, il faut de longues années. La même chose se passe sur la réalisation d’une mauvaise pensée ; en revanche susciter de mauvaises pensées déclenche très vite l’avènement du mal. Ceci montre notre propension au mal. Beaucoup de saints, beaucoup d’idéalistes qui veulent voir se réaliser leurs bonnes pensées et bons désirs, disent : « Nous sommes prêts à mourir, à nous sacrifier pour le peuple pourvu que nos idéaux se réalisent, fût-ce dans mille ans ». Si un athée et incroyant se sacrifie pour le bien de l’humanité, aux yeux de Dieu il est placé très haut car il a fait un bien sans Le connaître. Beaucoup croient en Dieu, lisent le crédo, comprennent les vérités christiques, mais lorsqu’une bonne pensée leur vient, ils sont incapables de la réaliser. Pour cette raison, je vais formuler l’enseignement du Christ ainsi : « À l’avenir les athées et les incroyants hériteront le Royaume de Dieu, alors que les croyants d’aujourd’hui seront chassés du Royaume de Dieu ».

Les chrétiens modernes ressemblent à ce domestique à qui le maître a demandé de labourer le champ ; le domestique a dit : « Maître, attends, je te montrerai un moyen plus facile pour labourer ». Une semaine, puis deux ont passé, mais le champ n’était toujours pas labouré. Les chrétiens pensent qu’ils auront une vie plus facile par leur prière et leur foi en Dieu, même sans travailler. Nos contemporains sont risibles avec leurs exigences face à la vie : ils restent dans les cafés, s’achètent des tickets de loto et attendent le tirage pour vérifier s’ils ont gagné ; ils lisent les journaux et voient qu’ils n’ont pas gagné, mais cela ne les décourage pas, ils attendent tranquillement le second tirage pour voir s’ils gagnent cette fois-ci. Non, le Seigneur a envoyé ce domestique sur la terre pour travailler et gagner sa vie ainsi, alors qu’il veut la gagner sans effort, sans labeur. Et ce domestique critique Dieu en disant : « Je vais faire fructifier ce talent que le Seigneur m’a donné en le jouant au loto ». Tu vas le faire fructifier, mais un jour on te donnera une feuille rouge pour te déclarer en faillite. Vous direz : « Il a perdu à cause d’un concours de circonstances ». Il a perdu car dans sa vie passée et dans sa vie présente il ne cultivait ni bonnes pensées ni bons sentiments.

Il y a au ciel des commissions spéciales qui examinent les comptes et les œuvres des gens. Tu peux prier quatre à cinq fois par jour, mais si dans le passé tu n’as pas pensé, ni fait le bien, si tu ne travailles pas maintenant non plus, si tu n’arroses pas ton jardin, si tu n’aides pas les humains et les animaux, lorsque tu iras dans l’autre monde personne ne te regardera. Celui qui te verra, dira : « Voyons si j’ai une créance à ton nom pour pouvoir t’aider. Il n’y a aucune créance, alors donne-moi de ton surplus ! »

Oui, mais il n’y a pas de surplus dans la nature. Un tel individu se retrouvera dans la situation de cet héritier royal qui s’est fiancé avec une très belle jeune fille, mais a été infecté par une maladie rare et était sur le point de mourir. Dans son désespoir, il a prié Dieu de prolonger sa vie d’au moins une heure pour revoir encore sa bienaimée. Le Seigneur a alors envoyé un ange chez des personnes en pleine détresse, prêts à se suicider et à mourir pour leur demander s’ils étaient d’accord de céder une heure de leur vie au fils du roi. L’ange s’est rappelé qu’une vieille femme harassée par sa vie malheureuse priait souvent Dieu de reprendre son âme. L’ange est allé la voir pour lui proposer de céder une heure de sa vie à un jeune homme. Elle lui a répondu : « Oui, dans le temps je voulais mourir, mais j’ai changé d’avis à présent ». L’ange s’est rappelé un autre cas : un riche qui avait tout expérimenté dans la vie, il ne trouvait plus de sens à son existence et il priait Dieu de le reprendre. L’ange est allé lui faire la même requête qu’à la vieille femme. Le riche a également rechigné à donner une heure de sa vie. Après avoir essuyé ce refus, l’ange est allé dire au jeune homme : « Parmi tant de milliers de personnes, je n’ai trouvé personne qui veuille sacrifier une heure de sa vie pour toi, pour te permettre de revoir ta bienaimée ». Dans la société moderne aujourd’hui on parle souvent de l’enfer et du paradis ; le mal est que nous avons implanté l’enfer et le paradis ici, sur terre, et nous en faisons usage comme cela nous arrange.

Le verset que je vous ai lu est adressé par le Christ à ceux qui avaient une conscience développée ; il ne parlait pas à ceux qui ne comprennent pas. Le Christ leur dit : « Vous qui vous tourmentez depuis des milliers d’années, vous devez prendre conscience que vos souffrances sont dues à ce que vous avez transgressé l’un des plus petits commandements ». D’autres demandent : « Pourquoi le Seigneur est-il si généreux et miséricordieux envers moi ? » Parce que tu as observé le plus petit commandement. Certains disent que je raconte de belles choses ; peu importe ce que je dis, ce qui importe c’est d’observer ce commandement car dans l’application de cet enseignement est votre joie, le sens de votre vie et votre élévation. Quand vous êtes joyeux ou affligés, ceux qui vous entourent ont la même disposition. Lorsque vous avez une blessure, ce sont les cellules voisines qui en souffrent le plus, et les plus lointaines seulement par répercussion. Lorsque vous souffrez sur terre, ceux qui sont reliés à vous souffrent également. Les créatures qui sont en dehors de nos sphères, étant plus lointaines, regretteront simplement que nous ayons transgressé un commandement et que nous en souffrions. Elles nous indiqueront des façons d’éviter ces souffrances à l’avenir.

La société doit appliquer ces deux grandes lois dans la politique et dans la vie. Tous les croyants doivent les appliquer, car ces petits commandements sont universels et de leur observation dépend le salut de l’humanité toute entière. Celui qui peut observer le petit commandement, peut aussi observer le grand ; celui qui ne peut pas observer le petit commandement, ne peut pas observer le grand. C’est une règle : si vous n’éprouvez pas d’amour envers un petit moucheron, envers un petit insecte, vous ne pouvez pas éprouver d’amour envers un être humain. Si quelqu’un te dit qu’il t’aime, mais qu’il vient juste de couper la tête d’un moucheron ou d’un agneau, il n’est pas sincère. Le moucheron qui a souffert à cause de toi ou d’un autre, sait combien tu peux aimer. Une femme ou un homme qui coupe les têtes des moucherons et des agneaux, ne peut pas aimer, ne peut pas faire preuve de bonne volonté. Je ne crois pas à l’incroyance des humains, je ne crois pas à leur bêtise, je ne crois pas à l’arbitraire. Croire l’incroyance des humains, ce serait croire une loi qui n’existe pas ; l’incroyance des humains est une invention humaine, créée par notre mental. Tous cherchent le Royaume de Dieu, tous veulent l’instaurer, mais celui qui veut être membre de ce Royaume doit le servir.

Le jeune homme et la jeune fille veulent rétablir le Royaume de Dieu, ils se parlent comme des tourtereaux, mais uniquement jusqu’au mariage ; après, ils continuent à l’ancienne et leur vie ne va pas. Ce n’est pas la même chose chez les tourterelles ; je les observe, elles commencent bien et terminent bien : la tourterelle pond des œufs, puis les couve, puis les petits naissent et il n’y a aucune dispute. Cela commence bien chez les humains mais se termine mal : des enfants naissent, on s’en réjouit, mais lorsque les enfants grandissent, les parents pleurent. Chez les humains, les vieilles « tourterelles » pleurent et disent : « Les petites tourterelles nous ont fait pleurer, voilà ce qu’elles deviennent alors que nous avons tant espéré pour elles, tant misé sur elles ». Chez les oiseaux, les petits ne font jamais pleurer les grands comme c’est le cas chez les humains. La même chose se passe à l’école : j’ai vu les relations entre professeurs et élèves se nouer favorablement à l’école, tous roucoulent doucement au début, mais quelque temps après les uns se plaignent des autres. Les élèves disent : « Nos professeurs sont injustes », les professeurs disent : « Il n’y a plus aucun respect ni déférence des élèves envers parents et professeurs ». Tous se plaignent ainsi, tous disent que Dieu n’existe pas et que la vérité, le bien, l’amour sont des choses relatives, que tout est relatif dans la vie. Les enfants disent que tout est relatif à l’école et que le professeur aussi est quelque chose de relatif. Les professeurs pleurent, protestent, désespèrent, mais je dis que leurs larmes aussi sont quelque chose de relatif car ils pensent que le petit et le grand commandement ne sont rien. Au contraire, ce sont de grandes vérités, ce sont des vérités absolues qui, à toute époque et en tout lieu vont produire un seul et même résultat.  

J’écoute souvent les rossignols et les tourterelles chanter, je les écoute avec grand plaisir et je me dis : « Vous chantez si bien ! Si les humains comprenaient votre langage et pouvaient accepter votre culture, il n’y aurait pas dans le monde autant de souffrances que maintenant ». Les rossignols et les tourterelles me répondent : « Oui, nous étions aussi des humains jadis et comme leur culture ne nous a pas convenu, nous l’avons quittée et nous préférons aujourd’hui la culture des oiseaux à celle des humains ». Si je suis un prédicateur, je devrais contourner la vérité, ne pas vous la dire en face pour ne pas vous offenser. Bien, si le soleil brille et fait mal aux yeux de ceux qui sont malades, est-ce la faute du soleil ? Est-ce la faute du soleil si l’axe de la terre a fait une rotation et a été éclairée avant l’heure ? En quoi est-ce ma faute que la lumière que je vous donne est trop forte pour que vous la supportiez ? Dites à la terre d’arrêter la rotation et la lumière sera moins intense, mais puisqu’elle tourne, vous voyez nécessairement toutes les phases du bien et du mal. Je ne vous expliquerai pas maintenant pourquoi il y a dans cette rotation une lutte incessante entre la lumière et l’obscurité, entre le bien et le mal, entre le réel et les ombres de la vie. Beaucoup parmi vous demanderont : « Sommes-nous capables d’observer le commandement du Christ ? » Oui, vous en êtes capables.

Si quelqu’un brûle ma maison ou la vend alors qu’elle vaut deux cent mille levas, une grande agitation s’emparera de moi à cause de ce mal, mais si je vaincs et ne me venge pas, je m’appellerai grand dans le Royaume de Dieu. Si je suis un homme d’État émérite et que je sois destitué injustement, mais que je ne me venge pas de cela, je serai un homme de bien à l’avenir. Ainsi, tout un chacun qui ne se venge pas, même du plus grand mal commis contre lui, est quelqu’un de bien. Sur terre, nous pouvons faire de quelqu’un ce que nous souhaitons : on peut faire de quelqu’un un ministre, d’un autre, un homme d’état, d’un autre, un prédicateur, d’un quatrième, un enseignant, etc. De ce point de vue, nous ressemblons à cette Bulgare qui a donné un petit chaudron d’eau et un peu de basilic à son mari et l’a envoyé asperger sur le chemin : elle l’a ainsi fait curé. Les postes que nous occupons ici sur terre ne sont rien d’autre que la reproduction de postes comparables d’un monde qui est au-dessus de nous.

Tous ceux qui ont observé le petit commandement sont devenus grands dans le Royaume de Dieu. Si le peintre a observé le petit commandement, il sera capable de dessiner des toiles sublimes. Nous pouvons tous devenir de grands peintres ; vous me demanderez comment cela est possible : si nous exposons un jour notre visage dans un état parachevé au monde, est-ce qu’il ne représentera pas l’œuvre la plus sublime du peintre ? Et n’oubliez pas que vous travaillez sur ce visage des siècles durant. Aujourd’hui, dans le monde entier il y a des expositions d’œuvres d’art, celles de nos visages, mais aucune encore n’est acceptée par Dieu. Depuis que le monde existe, seulement deux tableaux ont été acceptés dans l’Ancien Testament : ceux de Hénoch et d’Élie, c’est pourquoi ils sont partis vivants au Ciel. Combien de tableaux de Bulgares ont été jusqu’à maintenant acceptés là-haut ? Nous dessinons, nous dessinons pendant toute une vie pour nous entendre dire que ce tableau ne peut toujours pas être accepté ; le curé vient, donne l’extrême onction à ce tableau et il est enterré. L’extrême onction n’est rien d’autre que le signe que ce tableau n’est pas fait dans les règles de l’art. La commission qui examine les tableaux voit que celui-ci ne respecte pas la loi divine : les yeux, les oreilles, la bouche, le nez, les dents ne sont pas à leur place ; l’intelligence, le cœur, les pensées et les sentiments ne sont pas non plus à leur place. Vous qui m’écoutez, pensez-vous que vos pensées et vos sentiments sont à leur place ? Je vois des milliers de personnes dont les pensées et les sentiments ne sont pas à leur place. Je ne vous accuse pas de cela, vous n’êtes pas fautifs, mais je vous enjoins de travailler avec cette grande loi.

Il faut chaque jour vous donner pour objectif d’accomplir vos plus petites intentions, sans faute et sans céder à une quelconque tentation. Si on me proposait de devenir le premier ministre de Bulgarie, je préférerais aider une veuve misérable et renoncer à ce poste plutôt que de la laisser sans secours. Vous vous préparez pour un grand bal, un concert, une entrevue, mais vient alors à vous un misérable et vous l’éconduisez par faute de temps. Non, vous devez renoncer au bal pour observer cette grande loi promulguée par Dieu. Si nous apprenions à être aimants, en paix avec nous-mêmes, à vivre par nous-mêmes, alors le monde se redresserait ; même si les autres ne nous aiment pas, nous pourrions vivre sans eux. Nous sommes pour l’instant dans la situation de ces bacilles nuisibles qui trouvent des conditions de vie en entrant dans notre organisme et en s’y installant ; si ces conditions disparaissaient, c’en serait fini de leur vie. C’est pour cela que le Christ dit: « Celui qui observe le plus petit commandement sera le plus grand dans le Royaume de Dieu ».

En quoi consiste ce petit commandement ? C’est le travail que la providence t’a assigné, il ne faut pas le différer. Il y a un temps pour chaque pensée, pour chaque désir, et si tu le rates il n’y a pas de retour possible. Votre jeunesse ne reviendra pas, cette vie que vous vivez maintenant ne se représentera pas. Le bien et le mal que vous avez vécu laissent une empreinte dans votre vie ; vous passerez la suivante par d’autres endroits, par une toute autre vie qui aura seulement les reflets de la première. Certains disent : « Puisque la terre accomplit toujours la même trajectoire autour du soleil, il y a donc des répétitions dans la vie ? » Oui, mais la terre ne traverse jamais le même espace, le chemin qu’elle a emprunté l’année précédente n’était pas le même ; elle traverse maintenant une autre région et son vécu est différent. L’endroit par lequel la terre est passée une fois est irrémédiablement perdu. La vie que vous avez déjà vécue est irrémédiablement passée.

Vous demanderez : « Ne peut-on pas réparer ses fautes ? » Personne ne peut réparer ce qui est perdu. L’auteur des psaumes dit : « Un seul est capable d’effacer nos péchés et iniquités » [3]. Seul le Seigneur a ce pouvoir : descendre dans ces profondeurs où vous avez commis des crimes et les effacer avec son pinceau. Avant que le Seigneur n’y descende pour effacer votre péché, vous devrez longtemps pleurer, verser des larmes. Vos larmes sont nécessaires au Seigneur pour remplir avec elles une bouteille entière qu’Il conservera. Lorsque la bouteille sera remplie, le Seigneur la prendra et descendra sur le lieu des péchés et des crimes pour corriger votre vie, et de temps en temps Il se rafraîchira avec vos larmes accumulées. C’est le seul moyen de changer votre vie. C’est une allégorie, mais si vous méditez dessus vous comprendrez que c’est une grande vérité sur le caractère de Dieu. Vous dites : « Pourquoi le Seigneur se tait et ne réagit pas à nos souffrances ? » Le Seigneur se tait car la bouteille n’est pas encore remplie ; une fois remplie, Il viendra arranger votre vie, Il demandera en quelle année le crime a été commis, à quel moment, etc. Lorsqu’Il lavera tes péchés, Il dira : « Maintenant tu es libre, mais ne pèche pas une seconde fois ». Le Christ aussi a pleuré jusqu’à ce que sa bouteille se remplisse. Il a entrepris de redresser le monde, de prendre sur lui les péchés des humains, mais lorsqu’il a vu la difficulté de cette tâche, il a pleuré pour que le Seigneur vienne le secourir et ce n’est qu’ainsi qu’il a réussi. Lorsque sa bouteille a été remplie, le Christ a dit : « C’est fini, la bouteille est pleine, le Salut de l’humanité est arrivé ».

Peu importe qu’on soit grand ou petit dans le monde, chacun doit passer par les larmes pour laver ses péchés et ceux de ses proches. Vous me direz : « Pourquoi nous inquiètes-tu avec ces pensées, pourquoi ne nous dis-tu pas quelques mots de consolation ? » C’est précisément ce que je fais. Est-ce que celui qui a mal aux pieds ne ressent aucune douleur ? Et ne faut-il pas lui faire une friction malgré sa douleur ? Il peut dans certains cas ne ressentir aucune douleur, mais si un ennemi l’attaque et le pourchasse, dans quelle situation se retrouvera-t-il ? Il ne pourra pas se sauver ni s’échapper et sa douleur sera plus forte que jamais. Si je prends soin de cet homme et si je lui frictionne les pieds pour les guérir, regrettera-t-il la douleur que la friction lui aura occasionnée ? Bien au contraire, il dira : « Dieu merci j’ai guéri, et je peux courir plus vite que quiconque en cas de danger ». C’est une véritable philosophie.

La vie en société est similaire à celle des individus isolés. Entre un peuple et ses représentants il y a un rapport, mais chaque être a aussi ses pensées, ses désirs et ses sentiments individuels. Le peuple ne vit pas en tant que personne. Lorsque je dis le peuple bulgare, j’entends les Bulgares. Les pensées et les sentiments de chacun détermineront dans leur vie future leur rapport à la vie politique, spirituelle, culturelle et mentale. Leurs pensées de la vie précédente déterminent leur présent, et leurs pensées et désirs présents déterminent leur futur. Ces deux lois divines sont ainsi placées chez l’homme : la première, le grand commandement, se trouve dans l’intelligence et la seconde, dans le cœur. Par conséquent, lorsque vous voulez accomplir les petites choses dans le monde, vous devez les faire avec votre cœur ; autrement dit, sans amour envers ce commandement, vous ne pouvez pas accomplir les petites choses.

Je passe à côté d’une petite rigole d’eau et je vois qu’une fourmi se noie, mais comme je suis occupé par une pensée philosophique, je passe mon chemin ; non, je dois m’arrêter pour l’aider. Nous devons nous arrêter auprès des plus petits et les aider ; en leur proposant notre aide, nous ne devons pas exiger en retour qu’ils nous soient redevables toute la vie : nous n’avons été pour eux qu’une simple providence. Si nous avons envie d’aider les plus petits, cela créera les conditions pour aider aussi les plus grands ; si nous n’aidons pas cette petite fourmi, elle produira à l’avenir une mauvaise condition de vie. Vous direz : « Peut-on dénombrer toutes les fourmis qui se noient ? » C’est vrai, elles sont nombreuses à se noyer, mais celle que je vois et qui suscite en moi ce désir de l’aider, je dois la sauver, c’est une fourmi spéciale. Si je ne l’aide pas, cette fourmi peut dans cent ans me causer le plus grand malheur : lorsque cette conscience se forme en moi, le Seigneur détermine ma vie future selon ce que je fais à cet instant.

Cette fourmi symbolise un agneau, une colombe, un enfant, une fille, un garçon, une veuve misérable, un malade ou n’importe qui d’autre. La fourmi est une formule mathématique ; si une telle formule se présente à toi, tu t’arrêteras pour la résoudre. Quelqu’un vient à toi en disant qu’il est désespéré et qu’il veut se suicider : tu réfléchiras de quelle façon lui venir en aide. Si tu dis que tu ne peux pas l’aider, ceci causera de mauvaises conséquences karmiques dans ta vie suivante. La loi est toujours la même : tu t’arrêteras pour ce petit commandement et tu aideras ; si tu n’aidais pas, tu déterminerais à cet instant même ton mauvais destin. Après une telle négligence, recherche un autre moyen, meilleur, pour corriger ta faute. Si tous les Bulgares réfléchissaient bien avant chaque action, se fourniraient-ils aujourd’hui du pain et du sucre avec des tickets de rationnement, guerroieraient-ils ? Les hommes d’État bulgares ne s’occupent pas de la fourmi qui se noie, mais des grandes frontières de la Bulgarie, sans se douter que le destin de la Bulgarie est déterminé par le sort de cette fourmi. Les hommes d’état bulgares s’intéressent à la Bulgarie dans la mesure où leurs portefeuilles sont concernés : ce ne sont pas des patriotes, ce sont des traîtres qui jouent le rôle de Judas, consciemment ou non, pour de l’argent ou non.

Je vous parle de ces deux grandes lois, car si elles étaient observées strictement elles sauveraient et redresseraient l’humanité. Les Bulgares ouvrent des écoles, mais sans penser aux fourmis, à l’amélioration de leur vie ; ils songent aux gains et disent : « Du moment que nous avons de l’argent, nous trouverons de bons professeurs, de bons ouvriers ». Montrez-moi une société qui a travaillé pour de l’argent et qui a réellement réussi. Je ne veux pas dire que toutes les associations doivent cesser leur activité, mais elles doivent changer leur façon d’agir. Je préfère consacrer une vie entière à quelqu’un qui assimile ce que je dis plutôt que de travailler pour des milliers de personnes qui n’assimilent rien. Celui qui commence un travail doit le prendre à cœur sans qu’on aille le chercher dix fois chez lui pour faire ceci ou cela. Celui qui prône un enseignement doit comprendre ses lois et les appliquer.

Vous dites : « Éduquons notre jeunesse ». Comment l’éduquer, comment la discipliner ? Je ne crois à aucune éducation, c’est-à-dire au dressage, mais je crois que tous les êtres humains ont des conditions pour devenir bons s’ils le veulent. Je crois que chacun détermine sa vie selon la façon dont il agit à un moment donné, et c’est ensuite que les autres conditions viennent : c’est cela l’éducation. Après ce moment, on assimile de la nourriture et de la science selon le plan sur lequel on se déplace. L’agriculteur examine les conditions pour ses semis, chacun examine les conditions pour son travail.

Lorsque je dis que je ne crois pas à une quelconque éducation, ne me comprenez pas mal. Je ne crois pas en cette éducation extérieure, artificielle, que les gens donnent à leurs enfants, mais je crois en une éducation authentique qu’enseignent ces deux grandes lois. Je ne crois pas en la science moderne, mais je crois en la science divine. Je ne crois pas en l’amour moderne, niais, ni en la sagesse moderne, niaise, ni en la vérité apparente ici sur terre, c’est-à-dire en ce mensonge que les gens ont revêtu de la forme de la vérité ; je dis : tout ceci est un grand mensonge. La vérité est à l’intérieur de vous. Le grand commandement est dans votre intelligence alors que le petit commandement est dans votre cœur. Chaque noble désir qui naît en vous, aussi minuscule soit-il, détermine votre bonheur futur. Ce désir ouvrira le robinet de votre vie et dès cet instant la Terre et le Ciel travailleront pour vous. La roue de la vie qui suit une direction ou une autre, réagira de façon adéquate.

Si vous êtes prêts à rester fidèles à vos petits désirs qui sont déposés en vous depuis des millénaires, si vous êtes prêts à donner la paille à la fourmi qui se noie, vous commencerez à aller de gauche à droite, sinon vous irez de droite à gauche, c’est-à-dire vers le bas du cône. Alors, si tu es chrétien, et si tu descends à travers ces sept fois sept millions de sphères, et si je te pose la question : où es-tu, tu répondras que tu es dans les sphères inférieures du monde astral. Si tu es occultiste, tu diras : « Je suis enfin arrivé jusqu’au fond de ce cône. – Que penses-tu faire à présent ? – Il est dit dans ma philosophie qu’une fois arrivé au fond, je ferai un grand bond vers le haut. – Tu as compris de travers cette philosophie. – Alors, que faire à présent ? »

Tu passeras par l’ouverture étroite de l’autre cône et tu t’élèveras ensuite, car les énergies dans ces cônes vont précisément dans des directions opposées. Tu avanceras à présent, porté par l’énergie du second cône. Lorsque tu passeras par ce cône, tu traverseras toutes les sphères, tu les étudieras et tu diras : « J’ai maintenant une philosophie, je comprends les choses en profondeur et je vois que ce ne sont pas simplement sept sphères ». Tu diras de grandes choses sur le monde spirituel : des mondes, des mondes, des créatures innombrables et illimitées.

Tout l’espace où nous vivons et nous déplaçons est rempli de créatures de catégories et de cultures différentes. La lumière du soleil va à une vitesse de cent quatre-vingt mille miles par seconde, et pour traverser ne serait-ce que le diamètre de notre galaxie, il lui faut trente et un mille ans. Tout cet espace est peuplé de mondes. Lorsque notre terre se déplace dans l’espace de cet univers, nous nous trouvons sous l’influence de ces créatures que nous côtoyons, et tout cet espace incommensurable et toutes ces créatures ont un écho dans nos cœurs, nos esprits et nos âmes. Quelquefois, une pensée pesante vous assaille, mais elle n’est pas à vous : vous êtes sensibles et vous percevez le chagrin de quelqu’un, quelque part à New York qui n’a pas accompli son devoir à un instant donné, il n’a pas accompli la volonté divine, cette grande loi divine. Une autre fois vous éprouvez une joie, pourquoi ? Parce que quelque part ailleurs, dans un temple bouddhiste en Chine, quelqu’un a accompli son devoir comme il le devait.

Ainsi, à mesure que vos pensées changent, je me réjouis car je vois comment les choses se passent dans le monde, et de tout cela je déduis deux choses : à certains endroits les gens accomplissent le commandement divin et à d’autres endroits, ils ne le font pas. Je retourne ensuite à la vie et j’observe ce qui se passe ; je retourne dans le passé et je vois quand ces choses ont été projetées pour se réaliser à présent. Des milliers d’années s’écoulent en une minute et je vois quand ces évènements ont été prémédités et à quel moment ils ont pris une mauvaise tournure. Je suis leur trace, et je vois que deux mille ans en arrière un sacrificateur bulgare a tourné le robinet de la vie dans la mauvaise direction et toutes les conséquences, visibles à présent, lui sont imputables. C’est pour cette raison que tous les prédicateurs, prêtres, hommes d’état en Bulgarie raisonnent et agissent comme ce sacrificateur. Vous direz : « Qui est ce sacrificateur ? Nous allons le pendre ! » Non, ne le cherchez pas pour le pendre, mais tournez le robinet dans le sens opposé à celui d’aujourd’hui. Si vous ne le faites pas, non seulement vous ne serez pas grands, mais vous perdrez beaucoup.

C’est pour cela que je suis en Bulgarie, pour tourner le robinet de la roue de la vie. Et dans deux mille ans vous me chercherez, vous voudrez savoir qui a fait cela. Le Seigneur m’a envoyé en Bulgarie pour tourner la roue de la vie dans l’autre sens, et je le ferai dans le respect absolu de la loi divine pour que vous bénéficiiez de tous les bienfaits de la vie. Lorsque je tournerai le robinet de la roue dans le sens opposé, les Bulgares comprendront qu’ils peuvent observer aussi ce petit commandement, instaurer entre eux une culture supérieure et sublime et être un grand peuple qui apportera sa part. Ne vous enorgueillissez pas. La roue n’est pas encore tournée, il faut énormément d’efforts pour le faire. Vous allez tous participer pour actionner cette grande roue, vous allez attraper chacun l’une des petites roues et vous tournerez non pas de droite à gauche comme maintenant, mais de gauche à droite. C’est l’enseignement du Christ : tourner la roue du petit commandement. Vous me demanderez quel souvenir je vous laisserai. Je ferai tourner la roue de gauche à droite, alors tous les anges, tous les êtres de bien se mettront au travail et vous vous élèverez.

Maintenant, mettez-vous dans la tête : « Nous pouvons observer le petit commandement divin ». Et vous vérifierez dans deux mille ans si c’est vrai ou non, vous vérifierez les résultats. Dans deux mille ans, les conditions intérieures de la vie seront dix fois meilleures que celles d’aujourd’hui : c’est une descente et une montée en haut dans la vie. Bienheureux ceux parmi vous qui attendent cette époque avec foi. Ces deux mille ans sont deux jours divins, jours de grande bénédiction. Les plus avancés parmi vous peuvent le vérifier même dans deux ans et d’autres dans dix ans. Mais il faut pour cela une vie noble, pure et élevée, le seul héritage qu’on laisse sur terre.

 

Sofia, 22 juin 1919

Traduit par Bojidar Borissov


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