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1918_07_21 Joyeux et patients

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Joyeux et patients

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ;

aux jours d’épreuve,

tenez bon ; priez avec persévérance. »

Romains 12 :12

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie. » L’espérance est un grand principe divin, c’est l’un des visages de la Sainte Trinité. La Foi, l’Espérance et l’Amour forment un triangle : l’Amour est à son sommet et la Foi et l’Espérance, sur les deux côtés. La Foi, l’Espérance et l’Amour représentent trois grands mondes dont tous parlent, mais que peu connaissent. Certains en connaissent seulement un seul, d’autres, deux, et très peu de gens connaissent les trois. En ce sens, il est question de grandeurs connues ou inconnues. Une inconnue peut sous-entendre une deuxième, une troisième inconnue. Les mots connue et inconnue sont pour certains compréhensibles et pour d’autres – sans contenu. Si on dit que quelqu’un est connu, cela signifie que tous le connaissent. Si on dit qu’il est inconnu, c’est que personne ou quasiment personne ne le connaît. Si on ne le connaît pas, cela ne signifie pas pour autant qu’il est sans contenu.

Le monde physique est familier à la grande majorité, mais les mondes spirituel et divin sont peu connus. On débat sur ces deux derniers : existent-ils ou non ? Il y a un grand nombre d’affirmations ou de réfutations logiques et philosophiques sur ces deux mondes. Les preuves de leur existence sont aussi fortes que celles qui les réfutent. Ce qui montre que le plus et le moins sont deux forces égales dans la nature, le plus est aussi fort que le moins. Il est communément accepté que le monde physique, qui n’est rien de plus qu’un reflet du monde divin, existe car il est devant nos yeux et nos autres organes sensoriels, et nous le percevons directement. Mais, frappés de myopie, nous ne voyons pas le monde divin. Comment voir ce monde alors qu’on ne distingue même pas les petits objets à moins d’un kilomètre. Pour voir le monde divin il faut percevoir les choses au loin. Pour observer les planètes, les scientifiques se servent de télescopes, de longues vues. Alors que les philosophes d’aujourd’hui sont assis et ne font que réfléchir si Dieu existe ou non, s’il y a un autre monde que le monde physique, s’il y a une âme, etc. ; c’est une gymnastique intellectuelle. Le monde divin est aussi réel que le monde physique. « Comment le sais-tu ? – Je le vois. » Si j’entre dans le monde divin avec mon chien, je verrai tout ce qui s’y trouve et mon chien ne verra et ne comprendra rien. Si je vais avec lui au cours d’un professeur émérite, je comprendrai tout alors que le chien ne comprendra rien, voire il sera troublé par la présence de tant de gens et se mettra à aboyer. Le fait que le chien ne peut voir, ni comprendre les choses, ne signifie pas qu’elles n’existent pas. Par conséquent, si les gens ne voient pas Dieu ni le monde divin, cela ne prouve pas qu’ils n’existent pas. Comment prouver à l’aveugle que le soleil brille, que le monde physique existe ? Il pourra palper, mais certaines choses sont impalpables. Le fait même que les gens débattent de l’existence de Dieu prouve qu’Il existe. On ne peut pas débattre sur des choses qui n’existent pas. Toute chose dont tu as une perception quelle qu’elle soit, proche ou lointaine, existe et est réelle.

Certaines choses réelles existent momentanément et non pas en permanence, ce sont des réalités transitoires. Par exemple, les ombres des objets sont réelles uniquement à la lumière du soleil ou de la lune, mais pas pendant une nuit sombre. Donc, la lumière a un certain rapport avec les ombres car elles n’existent qu’en sa présence ; lorsque la lumière décline, les ombres disparaissent. Le rapport entre la lumière et l’ombre est le même que le rapport entre la joie et le chagrin : plus le chagrin croît, plus la joie diminue ; plus la joie croît, plus le chagrin diminue, c’est une loi. Dans la vie, la joie et le chagrin sont donc des réalités transitoires. Il existe en revanche des réalités éternelles et absolues.

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie. » L’espérance est en rapport avec le monde physique, avec toutes les formes qui créent des joies et des plaisirs aux humains. L’espérance est réelle pour eux. La mère se réjouit de son enfant car il a une forme. Lorsqu’elle regarde sa tête, son petit nez, ses petites mains, ses petits pieds, ses cheveux noirs, elle se réjouit : il y a dans l’enfant quelque chose de visible qu’elle peut toucher. Si vous enlevez ces choses de l’enfant, il disparaît avec elles. Lorsque la forme de l’enfant disparaît, disparaissent la joie et l’espérance de la mère. Donc, l’espérance est une réalité visible dans le monde physique, la foi, dans le monde spirituel, et l’amour, dans le monde divin.

Avec la foi, l’homme vit dans le monde spirituel parmi les anges. Pour certains, ce monde n’est pas réel, ils considèrent les anges comme des créatures éthérées et irréelles. En fait, les anges sont plus réels que les humains ; la matière qu’ils revêtent est plus fine, plus propre et plus résistante que celle avec laquelle les humains sont vêtus. Qu’est-ce qui recouvre les humains ? La chair, réputée périssable : elle est lourde et épaisse. La matière des créatures du monde divin, c’est-à-dire du monde de l’amour, est éternelle, immuable. Dans l’espérance, l’homme a un élan en lui, et dans la foi, il vit.

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon ; priez avec persévérance ». C’est ce qui est nécessaire dans la vie quotidienne de l’homme. Par conséquent, l’enseignement que je prône porte en lui un savoir positif ; ce n’est ni de la scolastique ni du cinéma. Je ne critique ni les scolastiques ni les acteurs car ils ont aussi leur prédestination, mais ce sont des occupations transitoires. Faut-il condamner les enfants qui bâtissent des maisons avec du sable et de l’eau en pensant que ce sont de vraies maisons ? Par le jeu, les enfants s’exercent, ils développent leur imagination, mais qu’adviendra-t-il des adultes s’ils jouent avec du sable et bâtissent de telles maisons ? Ils ont déjà traversé cette période de leur vie et doivent avancer.

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie. » Quand on parle d’espérance, il faut impérativement aborder aussi la foi et l’amour. Que représente l’amour ? Un principe d’abnégation. Dieu qui se manifeste dans le monde se sacrifie pour le petit. Donc, l’amour sous-entend le sacrifice du grand au profit du petit. La foi est un principe qui crée les conditions pour réaliser un sacrifice dans le but de manifester la vie. L’espérance est quant à elle un principe qui habille les choses dans des formes appropriées. Quelqu’un demande s’il y a de l’espoir ? Je dis : puisque tu as un corps, tu as de l’espérance. « Est-ce que j’ai la foi ? –  Mets la main sur ta poitrine et si tu entends quelque chose battre, c’est que tu as la foi. Qui a un cœur, a la foi. – Est-ce que j’ai de l’amour ? – Réponds par toi-même à cette question. C’est un problème avec deux grandeurs connues et une seule inconnue ; tu trouveras tout seul cette inconnue. »

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie. » J’ajoute : aux jours d’espérance, aie la foi. L’espérance contient en elle la foi et l’amour. En vous levant le matin, regardez-vous dans le miroir et dites : « Je te remercie, Seigneur, que l’espérance soit en moi. » Que fait une femme coquette ? Au réveil, elle prend le miroir et dit : « Y aura-t-il quelqu’un aujourd’hui pour me trouver belle ? » On te trouvera belle si tu as l’espérance ; l’espérance rend le visage beau, calme, les traits réguliers. Si tes yeux sont troubles, il y a quelque chose de nocif dans ton estomac. Si un médecin t’ausculte, il te dira de soigner ton estomac, mais moi je te dirai de renforcer ton espérance. Si ton visage est pâle, si ton bras est ankylosé ou si ton cœur bat trop vite, tu dois renforcer ton espérance. Chaque dysharmonie dans le corps physique de l’homme montre que son espérance est affaiblie, et vice versa : chaque manifestation anormale de l’espoir crée des troubles physiques chez l’homme.

« Aux jours d’épreuves, tenez bon. » C’est difficile de parler aux gens pour les convaincre précisément de cela, être patients dans le chagrin. On dit de Dieu qu’Il est infiniment patient, mais est-ce que l’être humain peut aussi être patient, et cela dans la souffrance et dans le chagrin ? Oui, il est possible pour l’homme d’être patient, quand bien même ce serait une épreuve. Puisque Dieu est infiniment patient, alors l’homme doit au moins lui aussi être patient. Aucun autre être dans le monde n’a essuyé autant d’opprobres, de pensées ignobles et d’ingratitude que Dieu. Quelqu’un dit pour lui-même qu’il est patient, mais il ne s’est pas éprouvé, il ne se connait pas. Si sa patience était mise à l’épreuve, il verrait qu’il en manque. La patience se révèle uniquement dans le chagrin, la souffrance et l’épreuve. Patient est celui dont la pensée, le cœur et la volonté sont en total accord. Si l’intelligence de l’homme va d’un côté, le cœur d’un autre côté et la volonté d’un troisième côté, il ne peut pas être patient. Et si, de surcroît, il voulait connaître les secrets divins, ce serait impossible. Est-ce que Dieu peut mettre son trésor dans un bateau percé et partir avec ? Ensuite, l’homme se plaint que Dieu ne l’a pas visité ; comment te visiter alors que ton bateau est percé ?

Dans un village bulgare, un jeune homme se plaignait sans cesse auprès de sa mère de se sentir malheureux. « Je suis en bonne santé, je suis vaillant, je peux combattre un ours, mais à quoi bon avoir la santé ? Je n’ai pas d’argent et les filles ne veulent pas de moi. Elles ont peur de ma force et de mon manque d’argent. Que faire ? » Un jour, il est tombé malade d’une grave affection qui l’a terrassé trois ans durant et il s’est tellement affaibli qu’il arrivait à peine à bouger. Lorsqu’il a perdu sa santé, il s’est mis à raisonner avec justesse et a dit à sa mère : « Maman, pourvu que Dieu entende ma prière et me rende ma santé, même s’il faut ensuite me demander de charrier des pierres. Je ne veux rien de plus que la santé. Je n’ai besoin ni d’argent, ni de filles, je veux la santé. »

Tout le monde aujourd’hui, comme ce jeune homme, veut du pain. On entend partout : « Du pain, du pain ! » Qu’est-ce que le pain ? Le bien, les vertus dans l’homme. Là où sont les vertus, là se trouve le pain en abondance ; sans vertus, il n’y a pas de pain. Dans le monde divin, le pain est lié au bien, aux vertus. La patience par exemple est une vertu, c’est pourquoi, lorsque vous êtes tristes, faites preuve de patience pour expérimenter sa force et son influence. Qui n’applique pas la patience subit le tourment qui est un poids. Le tourment implique la loi de la nécessité et la patience - la loi de l’amour. Seul celui qui aime patiente, il exerce en même temps les forces de l’intelligence, du cœur et de la volonté pour travailler la matière du chagrin et la transformer en joie. Seule la patience est en état de transformer la matière brute du chagrin en matière fine, ce qui signifie la transformation du chagrin en joie.

« Priez avec persévérance. » Pourquoi la prière est-elle nécessaire ? C’est un lien entre l’âme humaine et le monde de l’intelligence supérieure d’où l’on puise les forces qui maintiennent la vie. Pour prier avec constance, il faut avoir la patience. Si quelqu’un tombe malade, on lui recommande de la bonne nourriture et du repos, et, pour un estomac affaibli, on recommande de boire un peu de vin. Je recommanderais pour ma part au malade de l’air pur, de la patience et de la prière. Je lui recommanderai ensuite d’unir les forces de sa pensée, de son cœur et de sa volonté pour qu’ils agissent de concert. « Peut-on soigner quelqu’un de la sorte ? » On le peut, c’est ainsi depuis la création du monde. Si aujourd’hui ce n’est pas ainsi, la cause en est dans l’homme lui-même. Il a vécu de manière à rompre les liens qui unissaient les forces de son corps. Pour rétablir ces liens, il doit prier et cultiver la patience.

La prière est un processus spirituel. La prière dans le monde divin équivaut à la respiration dans le monde physique. La prière est donc une respiration spirituelle, c’est-à-dire la maturation des bienfaits divins. En s’élançant avec son cœur vers Dieu, l’homme respire l’élixir de la vie. Adonnez-vous souvent à la prière pour voir quelle légèreté s’installera dans votre âme. Les gens d’aujourd’hui ne reconnaissent pas Dieu, ne prient pas et, lorsqu’ils tombent malades, ils cherchent aussitôt un médecin. Ce n’est pas un mal en soi de chercher de l’aide extérieure, mais faites-le une fois que vous avez essayé d’autres moyens. Lorsque vous tombez malades, tournez-vous d’abord vers Dieu, puis vers votre âme et enfin vers le médecin. Vous allez à contre sens, ce qui vous fait échouer. Après vous vous étonnez que votre situation empire au lieu de se rétablir.

Les gens d’aujourd’hui s’embarquent dans des réflexions inutiles sur l’existence ou non de Dieu, sur l’attention qu’Il porte aux humains, sur son amour ou son désamour à leur égard, etc. Si Dieu n’avait pas créé le monde et si tout ce qui nous entoure n’était pas son œuvre, on aurait pu penser qu’Il ne s’occupe de rien. Comme le monde entier est le sien, Il prend soin de tout et de tous, et les humains, en tant que partie de Dieu, Le préoccupent, Lui et ses serviteurs, bien qu’ils Lui causent des joies et des chagrins. Il supporte tout, endure tout et espère que le jour viendra où ses enfants Le rechercheront et Le reconnaîtront comme leur Père. Jusqu’à ce jour, ils lui causeront de grandes souffrances. N’est-ce pas la même chose avec vos parents ? Tant que vous ne finissez pas vos études et que vous ne vous installez pas à votre compte, vous causez de grands soucis à vos parents. Parfois vous ne voulez pas étudier, ils vous envoient de l’argent et s’échinent à gagner plus pour satisfaire vos besoins. Parfois vous dédaignez leurs efforts et vous vous occupez de choses superflues au lieu d’étudier. Il y a un lien étroit entre parents et enfants, ce qui fait que le déshonneur des parents est aussi celui des enfants et vice versa, le déshonneur des enfants est celui des parents. De la même façon nos fautes et nos chagrins se reflètent sur Dieu. Pour purifier le monde des fautes et des impuretés des humains, Dieu doit descendre sur terre, laver ses enfants, purifier toute la terre.

Du point de vue du monde divin, les gens d’aujourd’hui sont encore des enfants âgés de douze ans qui peuvent déjà travailler. Jadis, lorsque les humains étaient de tout petits enfants, âgés de deux à trois ans, Dieu s’est montré extrêmement compréhensif à leur égard, mais aujourd’hui qu’ils ont grandi et ont atteint l’âge de douze ans, la loi divine s’applique à eux. Ils sont mis sur la croix où ils étudient les deux diamètres du cercle. Aujourd’hui, la plupart des gens portent la croix à leur cou, mais lorsque la souffrance descend d’en haut, ils se mettent à pleurer. Lorsque le soldat arbore une croix, c’est un signe de courage : il porte une croix pour sa bravoure et passe pour un héros. Pourquoi, toi-aussi qui portes la croix, c’est-à-dire la souffrance, ne serais-tu pas un héros ? Arbore la croix et sois un héros ! Dieu donne des croix aux humains lorsqu’ils descendent sur terre, sans aucun mérite de leur part, tandis qu’ils se récompensent les uns les autres, se donnent une croix pour des services rendus et passent pour des héros.

Lorsque je dis que les humains pleurent face à la souffrance, je ne suis pas contre les pleurs. Au contraire, celui qui pleure mérite une récompense. Lorsqu’il s’assèche, l’homme doit pleurer un peu pour s’irriguer. On peut pleurer de temps à autre, mais pleurer toute la vie n’est pas naturel. Et rire à longueur de journée, n’est pas non plus naturel. Qui ne fait que rire ressemble à un ermite car il vit dans le désert où rien ne pousse. Je suis un voyageur, je préfère m’arrêter dans la cabane d’un pauvre homme qui pleure au moins une fois par semaine plutôt que de rentrer dans la maison de quelqu’un qui rit tout le temps et ne pleure jamais. Dieu agit de la sorte : Il visite l’attristé, le surchargé, le malheureux. Pourquoi ? Parce que celui-ci pleure et arrose son jardin desséché.

« Est-ce que Dieu nous a réellement visités ? » - Il est entré plusieurs fois dans vos cœurs. Il vous a rendu visite lorsque vous étiez remplis de joie ; lorsqu’Il s’en va, la joie aussi vous quitte. Ne vous découragez pas, puisqu’Il est venu une fois, Dieu reviendra une nouvelle fois. Un proverbe bulgare dit : là où de l’eau a coulé, de l’eau coulera de nouveau. Pourquoi le lit de votre rivière s’assèche-t-il parfois ? Certains de vos frères jardiniers ont retenu votre eau pour leurs jardins afin d’arroser leurs fruits et légumes. Lorsqu’ils auront bien irrigué leur jardin, ils laisseront l’eau s’écouler de nouveau dans vos rigoles. Celui qui n’a pas d’eau pour rendre service aux autres doit faire une pause. Parfois vous êtes affligés car l’un de vos frères a retenu votre eau ; ne vous fâchez pas, mais veillez à ce que la pioche ne tombe pas entre ses mains pour faire barrage à l’eau. Ne vous disputez pas avec les autres s’ils vous ont nui. N’avez-vous pas aussi retenu de l’eau appartenant à un autre ? Parfois être joyeux est le signe d’avoir fait barrage à l’eau du voisin et de se réjouir de pouvoir irriguer son jardin. Tant que vous êtes joyeux vous ne pensez pas avoir nui à quelqu’un, mais lorsque vous êtes affligés, alors vous vous mettez à réfléchir et à vous lamenter. En ce sens les gens ressemblent à ce Russe qui a déclaré : « Surplus d’argent, le Christ a ressuscité, manque d’argent, la mort l’a emporté. »[1]

« Priez avec persévérance. » Pourquoi être persévérant dans la prière ? Pour coordonner votre pensée, votre cœur et votre volonté. Que représente la joie ? Le juste accord des forces qui agissent dans l’organisme. Tout comme la machine en bon état avance calmement, régulièrement, sans frottements ni secousses, de même l’homme dans la joie se développe harmonieusement. Le chagrin est l’huile nécessaire pour graisser les éléments de la machine ; nous ne pouvons pas nous passer de l’huile comme nous ne pouvons pas nous passer de la machine. Donc l’homme ne peut pas vivre sans joie et sans chagrin ; tant qu’il est sur terre, il se réjouit et il souffre.

Le chagrin est inéluctable. Comment pouvez-vous causer du chagrin et des tourments aux créatures qui vous sont inférieures, mais exiger uniquement des joies pour vous ? Pourquoi égorgez-vous des veaux, des poules, des agneaux et des cochons ? Tout comme vous égorgez et exterminez de plus petits que vous, de même vous aussi vous devez donner votre chair à d’autres pour qu’ils en profitent. Lorsque le défunt est mis dans la tombe, les plus petites créatures se jettent joyeusement sur lui, contentes de pouvoir se restaurer avec une nourriture abondante et inattendue et s’empressent de la goûter. Quels chants, quelles réjouissances autour d’un poulet bien grillé ! Pourquoi ces chants et célébrations n’auraient pas lieu parmi les plus petits ouvriers, les vers de terre, ces travailleurs souterrains ? Ils dépècent le corps humain, démontent les matériaux de construction et ne laissent que les os. Puis, d’autres travailleurs créateurs viennent pour réfléchir comment rebâtir le corps humain. Ils rassemblent particule par particule, les mettent ensemble et forment le nouveau corps humain.

L’essentiel chez l’homme, à savoir son âme, n’est pas dans son corps, c’est pourquoi il est parfois mécontent de sa maison, son corps. Il trouve qu’elle est privée de certaines commodités. Beaucoup sont mécontents de leur vie, pourquoi ? Car le contentement vient toujours d’en haut et jamais d’en bas. Pour être contents, appelez l’amour et la foi à votre secours. Des créatures du monde divin viendront avec l’amour, et des créatures du monde angélique viendront avec la foi. À vos côtés, ces créatures réaliseront vos souhaits et votre espérance se justifiera. L’amour a un rapport à l’âme humaine, la foi, à l’intellect et au cœur, et l’espérance, à la volonté. Sachant cela, appliquez la foi, l’espérance et l’amour dans votre vie pour en voir le résultat.

Imaginez qu’une de vos pensée ou action vous contrarie : vous vous agitez, vous êtes en colère et vous cherchez quelqu’un sur qui vous défouler. Si vous êtes père, votre main ira sur l’un ou l’autre de vos enfants, puis parfois sur votre épouse ; si vous êtes patron, vous taperez du poing sur la table ou du pied par terre. Dans un cas comme dans l’autre vos affaires n’iront pas en s’arrangeant. Pourquoi ne pas chercher la raison de votre mécontentement en vous-même et non dans ceux qui vous entourent ? La méthode que vous appliquez n’est donc pas la bonne. Cherchez une autre méthode pour vous débarrasser de la contrariété. Quel intérêt d’utiliser un médicament qui empire l’état du malade ? Puisque vous l’avez utilisé deux ou trois jours durant, mais que la situation a empiré, remplacez-le par un autre qui peut améliorer l’état du malade, appelez un autre médecin pour prescrire un autre médicament. Tant que le malade ne se rétablit pas, vous avez le droit de changer les médicaments et les médecins. Vous vous appliquerez la même règle : tant que vous n’arriverez pas à un bon résultat, vous changerez de méthode de travail. Pourquoi frapper de la main et du pied ? On n’éduque pas les enfants par les coups et la violence. Ayez la patience de laisser passer la colère, puis, au lieu de taper votre enfant, caressez-lui la tête et dites-lui quelques mots doux. La colère se transforme par le travail et non par des coups de poing sur la table ou des coups de pied au sol, ni en fouettant le dos des autres.

Beaucoup sont découragés par leurs erreurs et disent qu’ils sont des pécheurs et de mauvais bougres. Si cela permet de se corriger, de se redresser - alors qu’on s’accuse d’être pécheur ; si cela n’aide pas, que l’on ne se serve alors jamais de ces mots. Les méthodes employées pour s’éduquer ont un sens si elles apportent les fruits souhaités et attendus ; sinon il faut les remplacer par d’autres. Si les vieilles méthodes éducatives et religieuses n’ont pas donné de bons fruits, laissez-les de côté. Remplacez-les par de nouvelles et attendez leurs fruits. Si tu plantes des arbres fruitiers et des légumes dans ton jardin d’une certaine manière sans obtenir de bons fruits, alors applique une méthode différente la fois suivante.

Paul dit : « Si ta vie ne s’améliore pas par l’espérance et la joie, alors entre dans le chagrin et la patience ; si tu n’as pas de résultat non plus, entre dans la prière et la persévérance. » Si quelqu’un a commencé par la prière et la persévérance, et si sa vie ne s’est pas amélioré, qu’il entre dans le chagrin et la patience, et de là, dans la joie et l’espérance. À ce moment-là, il y aura nécessairement de bons résultats. Ceux qui l’ont expérimenté avant vous en ont eu. Essayez, vous aussi, pour voir qu’il n’y a pas d’exceptions lorsqu’on applique l’espérance, la foi et la prière. Si tu appliques seulement la prière, il y a cinquante pour cent d’exceptions à cette méthode ; si tu appliques uniquement le chagrin et la patience, il y a vingt-cinq pour cent d’exceptions ; si tu appliques l’amour et la joie, il n’y a aucune exception. Dans l’amour et la joie entrent la foi, l’espérance, la prière, la persévérance et la patience.

Ainsi, si quelqu’un se plaint que ses affaires personnelles ou professionnelles ne vont pas bien et qu’il se croit malheureux et pourchassé par le sort, qu’il entre dans le chagrin et la patience ; si cela ne lui va pas, qu’il entre alors dans l’espérance et la joie ; s’il est toujours mécontent, qu’il entre dans la prière et la persévérance. Le chagrin et la patience, l’espérance et la joie, la prière et la persévérance représentent trois paires d’éléments dans trois mondes différents. La plupart des gens sont du premier monde et étudient les méthodes pour supporter le chagrin avec patience. En étudiant le chagrin et la patience sur le plan physique, vous vous élèverez dans un monde supérieur pour étudier les corrélations entre les formes. Vous comprendrez alors pourquoi votre visage est parfois pâle et parfois rouge ; pourquoi vos yeux sont parfois lumineux et parfois sombres ; pourquoi votre cœur bat parfois régulièrement et parfois irrégulièrement. C’est une science que vous pouvez acquérir uniquement sur terre. En ce sens la terre est une grande école.

Maintenant que vous écoutez cette causerie, ne vous prononcez pas sur ma façon de parler, mais scrutez ce que je fais. La force de l’homme ne se résume pas dans ses mots, mais dans ses actions. L’homme fort est celui qui porte son attention sur les petites choses et apprend d’elles. Lorsque je vois que deux enfants se battent dans la rue, je ne les ignore pas, mais je m’arrête pour les observer et tirer des conclusions de ce que je vois. C’est important pour moi de savoir avec quelle main ils se tirent les cheveux, de quel côté ils les tirent, avec quel pied ils portent des coups, etc. Tout cela a son importance ; ce n’est pas indifférent de savoir avec quelle main, la gauche ou la droite, une personne te frappe. Ces choses ont aussi un lien avec moi. En étudiant et en observant les petites choses, vous arriverez à la compréhension profonde de la vie.

Ainsi, le verset dans lequel le Christ prône de tendre l’autre joue si quelqu’un te frappe la joue droite, revêt une importance spirituelle plus que littérale. Ce verset signifie : si tu ne réussis pas quelque chose par ta pensée, applique aussi ton cœur, la volonté étant quant à elle l’objectif final. Si tu ne réussis pas quelque chose par le chagrin et la patience, applique l’espérance et la joie ; et si tu ne réussis toujours pas, applique la prière et la persévérance. Si un malheur vous frappe, ne vous insurgez pas face à lui, mais tournez-vous vers Dieu avec les mots : « Seigneur, apprends-moi à extraire plus d’huile de mon chagrin et de ma patience. » L’huile symbolise la morale que vous pouvez en tirer. Que faites-vous avec les fruits de l’été ? Vous les préparez pour l’hiver en faisant des compotes ou des confitures.

Vous direz qu’il est facile de parler, mais qu’il est difficile d’endurer les souffrances. Oui, elle est pénible la situation de ceux qui souffrent, ils sont soumis à un feu ardent. Dans une maison, c’est parfois la femme qui est mise sur le grill et le mari attise le feu, et un autre jour, à l’inverse, l’homme est sur le grill et la femme attise le feu. La femme implore son mari de ne pas la mettre à rôtir, l’homme implore la femme de ne pas le mettre à rôtir. Tant qu’ils ne sont pas propres et lumineux, le feu est constamment attisé. Voilà pourquoi, remerciez Dieu de vous avoir donné un tel mari ou une telle femme afin de vous purifier mutuellement. Il est important pour vous d’être dans la joie, la patience et la persévérance.

De l’espérance nait la joie, du chagrin nait la patience et de la prière nait la persévérance. Pourquoi devons-nous avoir du chagrin ? Pour acquérir la patience. Pourquoi devons-nous espérer ? Pour acquérir la joie. Pourquoi devons-nous prier ? Pour acquérir la persévérance. Si vous souhaitez vous réjouir, appliquez l’espérance ; si vous voulez être patients, accueillez le chagrin avec joie ; si vous souhaitez être persévérants, priez. Priez non seulement pour vous, mais aussi pour tous les êtres. Celui qui ne pense qu’à lui n’arrive à rien. Lorsque vous accéderez au monde spirituel, parmi les anges, alors vous ne penserez qu’à vous. Pourquoi ? Car là-bas tous sont puissants et n’ont nul besoin d’aide ; mais tant que vous êtes sur Terre, vous penserez aux autres. Si tu es serviteur, tu penseras à tes maîtres ; si tu sors de cette situation, tu peux penser à toi uniquement : tu es dans la situation d’un maître qui pense d’abord à lui, puis à ses proches. Appliquez ce que je vous dis là pour assister à un grand tournant dans votre vie.

Certains vivent sur terre, mais songent à la mort : ils ont peur de mourir. Il n’y a rien de terrifiant dans la mort. Mourir, c’est ne penser qu’à soi. Par conséquent, si quelqu’un clame qu’il veut vivre et penser uniquement à lui, Dieu ordonne aussitôt de le prendre dans l’autre monde. Sur terre, tu penseras à tes proches, puis à toi-même ; dans l’autre monde tu penseras uniquement à toi. Le mort ne pense pas aux autres. C’est risible d’imaginer que le bœuf, libéré de ses attaches, puisse songer à son maître ; il songe à l’eau pure et à l’herbe fraiche. Le mort qui s’est libéré de la terre pense à des choses élevées. Celui qui est attaché à la terre, même mort n’est pas libéré ; lui-même ne sait pas s’il est mort ou vivant. Lorsque le mort a atteint un degré de conscience supérieur, cela ne le rend pas égoïste, il veut simplement acquérir plus de richesses pour aider les autres lorsqu’il retournera sur Terre. Tant que vous êtes sur Terre, vous penserez aussi aux autres. Lorsque vous retournerez dans l’autre monde, on vous demandera si vous voulez rester auprès de Dieu ou retourner sur Terre. C’est votre réponse qui décidera de votre place. Cela montre que l’être humain vient sur Terre de son plein gré et non pas sous la contrainte. En le sachant, ne vous révoltez pas quelles que soient vos épreuves et vos conditions de vie, vous avez de vous-mêmes choisi votre place, vous êtes venus sur Terre de votre plein gré.

« Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon ; priez avec persévérance. » Si tu ne réussis pas par la prière, entre dans le chagrin ; si tu ne réussis pas par le chagrin, entre dans l’espérance : appliquez cette règle un mois durant. Si vous avez cinquante pour cent de réussite, vous saurez que vous suivez les lois de la nature car elle aide à cinquante pour cent dans tous les cas : afflictions, tourments, souffrances. Vous aussi, agissez comme la nature : si vous aidez quelqu’un à cinquante pour cent, laissez-le s’aider pour les cinquante pour cent restants ; n’aidez personne à cent pour cent. Si tu as songé à laisser cent mille levas à ta fille, donne lui cinquante milles. Lorsque tu aides quelqu’un, fais-le à moitié. On a remarqué que les mères perdent ceux de leurs enfants qu’elles aiment le plus. Elles veulent leur donner cent pour cent de ce qu’elles ont, et c’est pourquoi Dieu prend les enfants avec Lui. L’être humain ne peut pas vivre sur Terre en étant cent pour cent prémuni. Dieu donne cent pour cent et les humains cinquante pour cent tout au plus. Certaines mères épuisent leurs enfants par un amour trop grand, elles les nourrissent beaucoup et veulent les contenter en tout. Ne gavez pas vos enfants, ne vous gavez pas vous-mêmes. Soyez fidèles à la loi divine qui stipule que le petit est béni comme le grand. Auprès de l’être humain, donnez cinquante pour cent ; auprès de Dieu donnez cent pour cent.

La femme se plaint d’être l’esclave de son mari, de tout lui donner ; c’est là sa faute. L’homme aussi se plaint d’être l’esclave de sa femme, de tout lui donner ; c’est là sa faute. Dieu ne vous a pas envoyés sur terre pour être esclaves. Chacun est responsable de sa propre servitude. Celui qui ne comprend pas la loi donne beaucoup de lui-même, puis il souffre de ne pas avoir été apprécié, reconnu à sa juste valeur. Comment voulez-vous être accueillis ? Si quelqu’un vous sourit, s’il s’incline et vous serre la main, est-ce un bon accueil ? C’est une expression de politesse apparente. L’expression apparente des choses n’est pas toujours sincère, véridique. Les turcs par exemple interprètent les manifestations extérieures comme authentiques et se leurrent eux-mêmes ; si une femme sourit de façon fortuite à un homme, celui-ci croit qu’elle lui fait des avances et il est prêt à l’accuser. C’est une mauvaise compréhension des choses et comme cette compréhension est mauvaise, elle n’est pas divine. Soyez éveillés pour vous observer vous-mêmes et ne pas céder à de mauvaises attitudes. Libérez-vous des anciennes habitudes pour écouter ce que Dieu vous dit de l’intérieur. Lorsque Dieu nous parle, nous éprouvons une sérénité et une paix intérieure.

Quel est l’état de l’homme auquel Dieu rend visite ? Il est semblable à l’aube qui point, comme si vous étiez sortis très tôt le matin, au sommet d’une montagne, pour observer le jour qui point et les premiers rayons du soleil. En cet instant solennel de votre âme, vous vous agenouillez devant Dieu, vous levez les yeux au ciel et vous prononcez une prière de gratitude envers Lui. « Que diront les gens en me voyant agenouillé ? » Laissez les gens de côté. Les gens, c’est vous, ce sont les ombres de votre conscience, ne les craignez pas. Si vous vous regardez dans beaucoup de miroirs, vous aurez beaucoup de visages, mais le visage réel est unique, le reste n’est que reflets, des ombres du visage réel. Lorsque vous serez dans un état de vénération, élevez vos mains, passez par la joie et le chagrin pour voir comment Dieu travaille et observe Ses créatures, comment elles chutent et se relèvent, et comment Il améliore leur vie. Élevez-vous ensuite dans le monde supérieur pour voir comment Dieu vit.

C’est cela être joyeux aux jours d’espérance, patient dans le chagrin, persévérant dans la prière.

 Sofia, 21 juillet 1918

Traduction par Bojidar Borissov


[1] En russe dans le texte original

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