Ani

1917_06_10 Peut-il

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Peut-il

Il leur dit aussi cette parabole :

Un aveugle peut-il conduire un aveugle ?

Luc 6 :39

Le Christ pose la question : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Qu’entend-on par le mot cécité ? Il existe trois types de cécité : physique, spirituelle et mentale. La cécité physique concerne celui qui est privé de l’organe de la vue, nécessaire pour ce monde. Pour s’en sortir dans la vie, l’aveugle doit être guidé par quelqu’un, il ne peut pas se déplacer librement d’un endroit à un autre, il ne peut pas vaquer tout seul à ses affaires.

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Cette question se rapporte davantage à la cécité mentale plutôt qu’à la cécité physique. Est-ce que celui qui est mentalement aveugle peut enseigner et guider les autres ? Qui peut guider celui qui est physiquement aveugle ? Uniquement celui qui voit. La même loi s’applique dans le monde spirituel et mental. Il est facile de reconnaître celui qui est aveugle et celui qui ne l’est pas sur le plan physique, par contre, essayez seulement de convaincre quelqu’un qu’il est spirituellement ou mentalement aveugle, vous aurez beau essayer, même s’il est aveugle, vous n’y arriverez pas. Pourquoi ne se laisse-t-il pas convaincre ? Parce qu’il n’est pas conscient de sa situation. En ce sens, on distingue trois catégories de personnes : la première catégorie, ce sont ceux qui ne savent pas qu’ils ne savent pas ; la deuxième catégorie, ceux qui savent qu’ils ne savent pas, et la troisième, ceux qui savent qu’ils savent. Où et comment se reconnaissent ces personnes ? Dans la société, lorsqu’ils se confrontent aux autres, et en eux-mêmes lorsqu’ils retrouvent leur moi. Il y a des disciples qui se croient très instruits, très capables et qui sont persuadés qu’ils résoudront facilement leurs problèmes. En voyant leur ignorance, leurs maîtres les grondent, les remettent en question, mais ils ne reviennent pas sur l’opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. Et comme ils désapprouvent les paroles de leurs maîtres, il en résulte de grands malentendus entre eux. Au lieu de vouloir convaincre son disciple qu’il ne sait pas, le maître doit lui donner une tâche ardue à résoudre et rester à côté de lui. La résolution de la tâche mettra en évidence si le disciple sait ou non, s’il est capable ou non.

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » S’agissant de la vue physique des humains, nous pouvons facilement dire qu’ils sont aveugles. Vu le peu qu’ils voient et vu qu’ils doivent encore tant développer leur vue nous pouvons parler sans crainte de cécité physique - l’être humain ne voit même pas un dix-millionième de ce qui est devant lui ! Pouvez-vous alors prétendre que vous voyez et savez tout ? La même chose s’applique à la vue humaine dans le monde mental et spirituel : les connaissances humaines sur le monde spirituel ne représentent même pas un cent-millionième de ce qui sera acquis dans le futur. Beaucoup savent qu’ils ne savent pas tout, mais il y en a peu qui savent qu’ils savent. Dans cette dernière catégorie vous trouverez à peine dix personnes sur Terre, et seulement vingt-quatre Vieillards au Ciel, appelés les Sages. Il est dit dans l’Évangile qu’ils sont assis autour du trône de Dieu. Qui les a vus ? Vous direz que Jean a écrit sur eux. Que font-ils autour du trône de Dieu ? Ils s’inclinent et Le servent. Vous direz qu’il n’est pas normal de rester sur place et de s’incliner. Ici le mot s’incliner est utilisé au sens de servir. Seul le sage et ceux qui ont de l’amour peuvent s’incliner, autrement dit servir Dieu en esprit et en vérité.

Puisqu’il est venu sur Terre, l’être humain doit travailler, développer sa vue au sens large : sur les plans physique, spirituel et mental. C’est l’une des tâches qu’il doit accomplir. Voir avec clarté dans tous les mondes est la véritable culture à laquelle tous aspirent. La vue embrouillée et limitée ne se nomme pas voir, mais regarder. Il est dit de ces êtres qu’ils regardent mais ne voient pas. Ceux qui voient avec clarté tissent un lien conscient avec les choses, comprennent leur langage et conversent avec elles comme moi, aujourd’hui, je converse avec vous. Vous m’écoutez, vous comprenez et réfléchissez si mes paroles sont justes dans leur forme, leur contenu et leur sens. Voir les choses physiquement, c’est voir leur forme ; les voir spirituellement, c’est voir leur contenu ; les voir mentalement, c’est voir le sens des choses. Mais l’être humain doit voir dans les trois mondes, selon la forme, le contenu et le sens. C’est cela avoir une vue extérieure et intérieure.

Ainsi, l’organe de votre vue, l’œil, a un rapport à la pensée humaine. L’homme doit avoir de bons yeux pour bénéficier d’un cerveau sain et bien organisé. L’intelligence, la raison et les capacités que l’être humain manifeste sur le plan physique se trouvent sur le front. Il suffit de regarder le front d’un individu pour savoir à quel point il est sensé, intelligent, doué, observateur, réfléchi. Quelqu’un regarde son propre front et dit qu’il est très intelligent. Combien ? J’ai mesuré les fronts des Bulgares et j’ai observé que leur hauteur atteint tout au plus six à sept centimètres et leur largeur, seize à dix-sept centimètres ; c’est dans ces ordres de grandeur qu’évolue le mental du Bulgare. Cependant, l’importance des choses ne se résume pas tant à leur taille qu’à leur organisation. Il ne suffit pas que le front soit haut et large, encore faut-il que le cerveau soit organisé. La surface du front humain est petite, mais elle représente les trois mondes : l’intelligence du monde physique, l’intelligence du monde spirituel et l’intelligence du monde divin. Ces mondes se manifestent différemment en chacun et c’est pour cette raison que les gens ne s’entendent pas entre eux. C’est pour cela qu’on dit qu’il y a autant de points de vue que de gens sur Terre. Certains occultistes distinguent une intelligence supérieure et une intelligence inférieure, c’est-à-dire un mana supérieur et un mana inférieur[1]. L’intelligence supérieure est une intelligence d’observation, sur la partie haute du front qui observe les choses de l’extérieur et de l’intérieur alors que l’intelligence de mémorisation occupe la partie médiane du front : elle perçoit les ressentis extérieurs et intérieurs et les enregistre. La partie inférieure du front, au-dessus des sourcils, représente l’intelligence inférieure que nous appelons observatrice, objective ou subjective ; elle enregistre la perception d’objets et d’évènements proches. Les trois parties du front se complètent. Elles représentent la région du mental humain.

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Quelque soit le plan, la cécité crée des malheurs et des tourments pour l’homme. Celui qui est physiquement aveugle peut toucher ce qu’il ne faut pas et s’attirer un malheur ; l’aveugle spirituel peut se causer un désagrément dans le monde affectif et le mentalement aveugle, dans le monde mental. L’être humain n’a pas été créé aveugle, il l’est devenu par la suite. Il y a plusieurs raisons à sa cécité : soit sa propre jeunesse dissolue, soit la vie dissolue de ses aïeux. La mauvaise vie fait perdre sa plasticité au système nerveux, l’influx sanguin ne se fait pas correctement et des résidus se déposent sur le nerf optique et empêchent la réfraction correcte des rayons solaires dans l’œil. La cécité physique est due aux résidus sur le nerf optique, la cécité mentale est due aux résidus dans le cerveau qui empêchent la bonne perception des idées. Lorsque la pensée n’est pas fluide on ressent un resserrement dans le cerveau, c’est-à-dire dans la région de la pensée.

Tout comme la vie pure et juste est requise pour s’affranchir de la cécité physique, de même elle est nécessaire pour s’affranchir de la cécité mentale. L’aveugle doit purifier entièrement son corps, son cœur et son esprit pour ne laisser aucun résidu sur ses nerfs. Lorsqu’Il demande si l’aveugle peut conduire l’aveugle, le Christ veut savoir qui doit guider et soigner les aveugles. Il ne suffit pas de les conduire, il y a autre chose dans la question posée par le Christ. Conduire quelqu’un signifie lui montrer le chemin. Celui qui ne comprend pas les lois de la nature intelligente peut-il guider et orienter les autres ?

Les observations des scientifiques sur le cerveau humain montrent que nombre de malentendus entre les humains peuvent être évités. Si deux personnes, homme et femme fondent un foyer, ils vivront bien ou pas – cela dépend de la structure de leurs crânes. Si l’un a un crâne fuyant à l’arrière, et l’autre au contraire un crâne très développé à l’arrière, ils ne cohabiteront pas bien. L’un sentira et pensera d’une façon et le second d’une autre. Ce désaccord dans les pensées et les sentiments crée des malentendus et des conflits entre eux. Si la femme est large d’esprit et bien disposée envers les gens, l’homme sera mécontent et lui reprochera des faiblesses qu’elle n’a pas en réalité. Si l’homme est affectueux, avec des visées généreuses, la femme ne sera pas contente. La femme dira que l’homme n’est pas normal ; et l’homme la traitera de même et au lieu de se connaître ils s’éloigneront l’un de l’autre. La femme dira que l’homme est devenu fou et vice-versa. En réalité personne n’est devenu fou, mais ils ne se comprennent pas ; l’homme raisonne d’une manière et la femme d’une autre. Pourquoi ? Leurs centres cérébraux ne sont pas développés de la même façon.

Qui traitons-nous de « fou » ? Celui qui s’est mis quelque chose en tête qui demeure invisible aux autres. Si la femme est aveugle et ne voit pas ce que fixe son mari, elle le traitera de fou. Si le mari est aveugle, il traite sa femme de folle. Celui qui est aveugle, l’homme ou la femme, se met à reprocher à son bien-aimé des choses qui n’ont même pas effleuré ce dernier ; ils s’accusent d’infidélité, de froideur, etc. Ils créent ainsi tout seuls leur malheur et deviennent la cause de disputes et de malentendus entre eux. La femme dit qu’elle croyait son mari honnête, mais qu’il s’est épris d’une autre femme ; l’homme non plus ne fait pas confiance à sa femme. Y a-t-il quelque chose de vrai dans leurs soupçons ? Peut-être oui, mais peut-être pas du tout. Si l’homme est bien disposé envers une autre femme, qui pourrait être sa mère, sa sœur, son amie, en souhaitant leur bien et en se réjouissant de leur réussite, y a-t-il quelque chose de mal à cela ? Souhaiter le bien à ses proches et s’en réjouir, c’est cela avoir de vrais rapports avec eux, en accord avec la morale et la religion. Si quelqu’un a développé la clairvoyance, il verra des choses que les autres ne voient pas ; il est en droit de parler de la cécité des gens. Mais que direz-vous si un aveugle parle de la cécité des autres ?

À propos des aveugles, le Christ dit : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Par conséquent l’aveugle ne peut pas avoir une vision juste et large sur la vie. La vue de l’homme contemporain est si limitée qu’il ne voit qu’un millionième de ce qui existe sur le plan physique ; avec sa vue spirituelle il ne voit qu’un dix millionième de ce qui existe dans la vie spirituelle ; avec sa vue mentale il ne voit qu’un cent millionième de ce qui existe dans le monde mental. Ainsi, quel que soit le plan abordé, sa vue est limitée. Réjouissez-vous de ne pas tout voir encore car un monde vaste s’ouvre à vous, avec de très grandes possibilités d’étudier l’incommensurable et le grandiose. En passant d’un monde à l’autre, vous avancez progressivement de l’inconnu vers le connu. Des milliers et des millions d’années d’étude et d’accumulation de connaissances attendent l’homme. Ne vous découragez pas, mais au contraire ayez du courage et cherchez le sens de la vie. Car la vie a un sens.

Les scientifiques font des calculs et trouvent que le cerveau humain renferme trois milliards six cents millions de cellules mobilisées pour l’activité mentale. Ils ont calculé que toute la connaissance du monde correspondant à quatre-vingt-dix livres grands comme la Bible peut être imprimée dans le cerveau humain, et qu’il resterait de la place encore pour neuf cents livres identiques. Cela montre qu’il reste encore beaucoup à apprendre et à réfléchir. Si l’homme croit qu’il a tout appris, il se leurre et fait fausse route.

Se leurrer soi-même, c’est être dans la situation de la souris, postée devant le piège tendu et se demandant comment attraper l’appât sans se faire prendre, et rester indemne dehors, l’appât entre les dents. Après maintes allées et venues, et une bonne réflexion, elle décide de mettre son museau dans le piège pour attraper l’appât. Elle entre très prudemment et l’attrape, mais le piège se referme derrière elle. Nous disons de la souris qu’elle n’est pas libre, qu’elle se laisse facilement piéger, mais l’être humain non plus n’est pas libre. Il n’y a pas d’humains parfaitement libres sur terre, tous sont dans le piège, tentés par l’appât. Une fois dans le piège et ayant goûté à l’appât, la souris se met à réfléchir : « Qu’est-ce qui m’arrive ? Maintenant j’essaierai de sortir du piège. » Elle essaie par-ci par-là, mais tout est bloqué.

La même chose s’applique aux humains : tant qu’il n’y a pas de difficultés, ils ne réfléchissent pas beaucoup ; lorsqu’ils rencontrent des difficultés et des épreuves, ils se mettent à réfléchir, à chercher un moyen de s’en sortir. C’est pour cette raison que l’on dit que les épreuves et les souffrances stimulent l’intelligence ; c’est par leur biais que l’homme acquiert une expérience et une bonne compréhension de la vie. Pour ne pas rentrer dans le piège ou pour en sortir si elle y est déjà, la souris ne doit pas être souris. Tant qu’elle est une souris, il y aura toujours un piège tendu pour elle.

Maintenant la question se pose de savoir qui tend un piège à la souris. Les humains. Vous direz qu’ils sont mauvais puisqu’ils posent un piège. Ils ne sont pas mauvais, c’est ce qui est mauvais dans la souris qui les incite à tendre des pièges sur son chemin. Pour ne plus avoir besoin de lui poser un piège, elle doit changer de forme et de façon de raisonner. Tant qu’il y aura des souris, il y aura des pièges. Cette conclusion rejoint la philosophie de Schopenhauer qui dit : « Tant qu’il existe une volonté malveillante dans le monde, le monde sera mauvais et les humains seront mauvais. » Schopenhauer a raison de son point de vue, mais d’où tire-t-il ces conclusions ? Vous direz que sa philosophie est le résultat de ses expériences. Un homme qui a souffert de sa femme dit : « Je connais les femmes, elles sont méchantes. » Comment le sait-il ? De sa femme ! Il a observé une femme et pense les connaître toutes. Si un homme connaît quelques femmes, cela ne signifie pas qu’il les connaît toutes. Il y a de mauvaises femmes c’est vrai, mais il y en a de bonnes. Les femmes ne sont pas comme les souris.

Que signifie le mot souris au sens large ? Une créature qui aime grignoter, ronger. Pourquoi la souris ronge-t-elle ? Pour limer ses dents de devant qui poussent très vite. Pour qu’elles ne grandissent pas outre mesure et ne la gênent pas, elle ronge et les lime ainsi au fur et à mesure. Pourquoi ses dents grandissent-elles aussi vite ? Parce que c’est une créature extrêmement avide ; l’avidité l’incite à manger tout ce qu’elle trouve dans le piège. Certains possèdent les traits de la souris. En entrant dans un coffre où la jeune fille a rangé ses nouveaux habits, les souris font des trous, déchirent les tissus et puis ressortent. Si on leur demande pourquoi elles agissent de la sorte, elles disent que Dieu les a créées ainsi ; elles agissent comme elles sont créées. Pour limer leurs dents, elles doivent impérativement ronger. À mon avis, la souris peut agir autrement, mais elle doit renoncer à son avidité. Si une autre façon d’être, d’autres actes sont exigés de la souris, alors combien plus est exigé de l’homme.

Chaque humain agit selon son degré d’évolution, c’est la raison de la grande variété entre les humains. On raconte au sujet du général Washington – avant qu’il ne soit président des États-Unis – l’anecdote suivante : pendant la guerre d’indépendance contre les anglais, en faisant le tour de l’armée il a vu un jeune sous-officier qui commandait à dix soldats en train de mettre à l’épaule une très lourde poutre. Les soldats levaient la poutre de ci et de là sans réussir à la mettre sur leurs épaules, il leur fallait un petit coup de pouce pour s’acquitter de leur tâche. Le sous-officier s’énervait, insistait pour que la poutre soit levée. Washington, modestement habillé, s’est approché de lui pour lui demander : « Pourquoi n’aides-tu pas les soldats ? – Je suis sous-officier ! a répondu ce dernier avec force. »

Voyant qu’il n’était pas reconnu, Washington est allé près des soldats, a prêté son épaule pour les aider à soulever la poutre. Il s’est ensuite tourné vers leur sous-officier en disant : « Je suis le général Washington », puis il a tranquillement continué son chemin.

Vous direz que les sous-officiers ne se rencontrent que dans l’armée. On en voit partout, dans les familles, dans la société civile. Je prends le mot sous-officier au sens large : celui qui agite la baguette pour commander les autres. Après la libération en Bulgarie, quelqu’un a voulu avoir un poste tranquille pour se reposer après le joug éprouvant. Il a réfléchi au poste à demander. Un jour, en se promenant en ville, il a vu un homme agiter une baguette devant quelques musiciens : il levait et abaissait la baguette pendant qu’ils jouaient. Voici une tâche facile pour moi, s’est dit le Bulgare. J’irai voir un responsable pour lui demander ce poste.  Devant le patron, à la question : Que veux-tu ? il a répondu, un poste. Lequel ? Lever et baisser la baguette pendant que les musiciens jouent !

Beaucoup de gens aujourd’hui, hommes et femmes, érudits ou non, veulent agiter la baguette, c’est-à-dire être chefs d’orchestre. C’est vrai, non seulement sur le plan mental mais aussi sur le plan matériel. Beaucoup d’écrivains, de scientifiques et de philosophes cherchent un moyen facile d’atteindre la gloire. Ils veulent se rendre célèbres à travers le monde aux dépens des autres : que d’autres jouent et portent le fardeau, et qu’eux se contentent de se tenir devant et d’agiter leur baguette, c’est-à-dire de se faire passer pour des chefs d’orchestre.

Il y a des années, un excellent prédicateur américain a tenu un prêche remarquable qui a particulièrement plu à l’un de ses confrères médiocres. Ce dernier a réussi à mettre la main dessus, il l’a copié et l’a reproduit devant ses fidèles comme étant le sien. Ils en ont été très satisfaits, se disant entre eux : « Aucun prédicateur n’a tenu un tel prêche jusqu’à présent. Seul le nôtre en est capable. » Bientôt ce prêche s’est répandu dans toute l’Amérique. L’un après l’autre, tous les prédicateurs l’ont copié et chacun le prononçait comme étant le sien.

Sachez une chose : ce qui appartient aux autres reste toujours à eux. Ne raisonnez pas avec l’intelligence des autres, ne regardez pas les choses à travers leurs yeux ; chacun doit raisonner avec son intelligence et regarder avec ses propres yeux. L’intelligence de chacun doit être la plus acérée, la plus claire et la plus éveillée possible pour saisir avec justesse et acuité tout ce qui la traverse. Devons-nous sous-estimer l’intelligence des grands hommes ? Ne sous-estimez pas les grands esprits, mais appliquez leurs pensées, imitez leur assiduité et leur persévérance. Une mère et un père, capables de bien éduquer leurs enfants, sont capables d’éduquer tout un peuple ; ils sont considérés comme de grands esprits et sont dignes d’être pris en exemple. Ils ont des yeux, voient bien et peuvent guider ceux qui ne voient pas et qui se trompent de chemin.

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Au-delà de l’aveuglement physique, le Christ aborde l’aveuglement intérieur, spirituel. La cécité physique est terrifiante, mais la cécité spirituelle l’est plus encore, elle conduit à de grands malheurs. Celui qui n’a pas de lumière intérieure s’expose à de troubles incessants ; celui qui ne connaît pas la raison de ces troubles se cogne en lui-même comme un oiseau en cage, et il s’estropie. Si un homme sensible entre en prison parmi les criminels, il en sortira avec une humeur pesante, envahi de pensées confuses, incapable de s’aider lui-même. Il se demande ce qui lui arrive, pourquoi son humeur a changé ? Sa cécité intérieure l’empêche de saisir que la raison de sa mauvaise humeur est due aux pensées des criminels qu’il a côtoyés. Chaque humain est comme une batterie d’où sortent des rayonnements, plus denses ou plus diffus. Si l’on ne sait pas les assimiler, on les absorbe comme des aliments indigestes qui provoquent un mal de tête ou d’autres dérèglements. Dans ce cas, les Bulgares évoquent un mauvais sort jeté à cette personne. Ce n’est nullement un mauvais sort ; il s’est simplement confronté à deux courants aux énergies opposées qui ne s’harmonisent pas. Celui qui a une vision intérieure et extérieure réussit à manier ces courants, il les perçoit de loin et peut les éviter. Par contre, s’il ne les voit pas, il y est confronté et en subit les conséquences néfastes.

Lorsqu’il vient sur Terre, l’être humain doit étudier toutes les conditions pour savoir y faire face. La Terre est faite d’air, d’eau et de terre. Les gens d’aujourd’hui examinent les conditions de l’eau et de l’air pour pouvoir nager comme des poissons et voler comme des oiseaux. Si quelqu’un dit que ses conditions de vie sont difficiles, c’est qu’il s’est retrouvé soit dans l’eau, soit dans l’air. S’il a appris à nager, il traversera sans encombre d’une rive à l’autre. S’il sait voler, il voyagera un certain temps dans les airs, puis redescendra sur terre.

La tâche des mères et des pères d’aujourd’hui, des prédicateurs et des professeurs est de répandre la lumière dans les esprits et les cœurs des êtres, de leur apprendre à nager et à voler, c’est-à-dire leur apprendre les lois qui gouvernent le cœur et la pensée. On nage avec son cœur et on vole dans l’immensité céleste avec sa pensée. Celui qui n’accomplit pas sa mission est responsable de l’ignorance et des ténèbres dans lesquelles est plongée l’humanité. Celui qui occupe une position sociale influente et ne s’acquitte pas de ses devoirs est responsable des catastrophes dans le monde. Cette responsabilité est engagée depuis l’époque du Christ jusqu’à maintenant. C’est une autre question si quelqu’un parmi les guides - mère, père, prédicateur ou professeur, avoue qu’il est aveugle - il se libère alors de cette responsabilité, mais s’engage à travailler pour sa propre éducation. En même temps, il s’engage à libérer ceux qu’il guide pour les laisser recouvrer la vue tout seuls. Laissés à eux-mêmes, ils s’orienteront plus rapidement que sous la conduite d’un guide aveugle. Que chacun cherche la lumière par lui-même.

Si la mère est bête, la fille ne doit pas subir le même sort ; si le père est bête, le fils doit être intelligent. Si le fils est intelligent, le père aussi le deviendra, c’est une question de temps mais qui obéit à la loi de la réincarnation. Il est impossible qu’un père intelligent engendre un fils bête. Le fils doit travailler sur lui et développer ses centres cérébraux. Ceci se fait par la pensée, par un travail mental assidu. En travaillant avec sa pensée, on nourrit les cellules de son cerveau et elles se développent progressivement. Chaque matin, en vous levant, dites-vous : « Je veux devenir intelligent ». Cette pensée irrigue le cerveau et se met à nourrir les cellules. Si vous faites cela une année durant, vous aurez un certain résultat. Votre discernement s’aiguisera, vous saisirez les choses correctement. N’est-ce pas la même chose dans les écoles ? En étudiant plusieurs matières, les élèves envoient plus de sang vers leur cerveau et nourrissent ainsi certains centres cérébraux. Ne vous dites pas que vous ne savez pas penser, mais dites : « Je peux penser comme quelqu’un d’intelligent. » Chaque pensée positive élève l’homme, chaque pensée négative détruit et abaisse le degré de son intelligence. Si le fils du tzar et le fils d’un simple géniteur ont des yeux sains et bien développés, les deux enfants porteront la même vision sur la vie et en profiteront de la même façon. Par conséquent, si votre intelligence est saine et bien développée, vous aurez la même compréhension de la vie que le philosophe. Comprendre et saisir correctement la vie signifie se réjouir de tout ce qui nous entoure.

Beaucoup veulent être spirituels, acquérir des connaissances intérieures, mais personne ne peut devenir spirituel avant d’avoir développé son mental. Quelqu’un veut comprendre les choses spirituelles ; c’est impossible. Pourquoi ? Parce que son front est bas. Il doit travailler sur son mental, surélever son front pour être prêt à accueillir la science spirituelle. L’intelligence humaine évolue dans trois mondes, physique, spirituel et mental. Quelqu’un s’est enfermé dans le monde physique et veut en même temps pénétrer les choses spirituelles. Sors du monde physique, élargis ton horizon jusqu’aux mondes spirituel et mental, alors tu comprendras ce qui t’intéresse. « Est-ce que je peux entrer dans une maison étrangère pour accéder de là aux mondes supérieurs ? – Tu ne peux pas ! » Un proverbe bulgare dit : « Ce qui a été pris aux autres, peut être confisqué même le dimanche de Pâques. »

Celui qui ne peut réaliser ses désirs trouve que le destin s’acharne sur lui. Non, simplement il manque de discernement et reste aveugle à la vie. L’homme doit songer au bien, à la justice, à l’amour, à la beauté. Qu’est-ce que la beauté ? Une fleur qui se contemple et se respire de loin. Si quelqu’un la cueille, elle se dessèche aussitôt. Tant que le jeune homme contemple la beauté de la jeune fille de loin, elle s’épanouit et se développe ; lorsqu’il s’en approche, elle se dessèche peu à peu. Dans ce cas, le jeune homme agit envers la beauté comme l’araignée envers la mouche ; il suffit qu’elle tombe dans sa toile pour être attrapée, vidée de son sang et puis rejetée au loin. Essayez de lancer un brin d’herbe dans la toile de l’araignée et guettez sa réaction : elle brisera aussitôt les filaments de la toile pour se débarrasser du brin d’herbe et réparer ensuite sa toile. Elle veut ainsi montrer qu’elle ne tolère pas les choses inutiles. Quelle morale en tirer ? Ne pas tolérer de pensées inutiles. Si quelqu’un vous lance une pensée inutile, rejetez là aussitôt le plus loin possible. Vous direz que l’araignée est privée de toute intelligence. Le fait qu’elle tisse une toile plus fine que celle que les humains peuvent fabriquer indique qu’elle est intelligente et possède un certain niveau de discernement. Si le tissage de la toile exige une intelligence, que dire du tissage des pensées humaines !

La pensée humaine doit être libérée des leurres qui guettent les humains comme les pièges guettent les souris. Il n’est pas permis à l’homme de se leurrer lui-même, ni de leurrer les autres. À tout instant, il est devant le regard de Dieu et porte la responsabilité de tous ses actes. Pour s’affranchir des leurres, l’homme doit travailler pour développer son cerveau, apprendre son fonctionnement et les rapports entre les différents centres cérébraux. S’il n’y a pas d’harmonie entre le cerveau de l’homme et celui de la femme, ils ne peuvent pas vivre bien. Il faut trois points d’adhérence entre eux pour bien s’entendre et s’harmoniser : sur le plan physique, sur le plan spirituel et sur le plan mental. Autrement dit, ils doivent avoir des corps construits de la même façon, des pensées et des sentiments identiques. Ce qui ne veut pas dire qu’ils doivent se soumettre complètement l’un à l’autre. Chacun d’eux peut être indépendant, penser et sentir librement, mais comprendre l’autre, cultiver l’unité et l’harmonie. L’homme doit être encouragé par la femme, et la femme par l’homme, tout en gardant chacun leur indépendance. Seul celui qui est porté par une femme intelligente et évoluée, c’est-à-dire par l’amour, est grand. Celui qui est guidé et porté par l’amour atteint toujours la grandeur. Lisez la vie des personnages illustres et vous en serez convaincus. Par exemple Goethe, Milton, Byron sont devenus grands sous l’influence d’une femme. Certaines femmes ont influencé l’homme par un côté négatif, d’autres par un coté positif. Les premières l’ont repoussé et ont ainsi éveillé en lui l’ambition de travailler, de s’élever, de gagner l’amour et l’attention de celle qui l’ignore. Les secondes l’ont encouragé et incité au travail et à l’action. Parfois une raison insignifiante peut inciter à un travail acharné pour atteindre ce que l’on souhaite.

Il y a des années, en Amérique, un athlète s’est rendu célèbre par sa force physique. Un jour, un étudiant l’a apostrophé en passant à côté de lui. Vexé, l’athlète l’a giflé pour se faire justice et l’a envoyé au sol. L’étudiant s’est vite ressaisi et est rentré chez lui, mécontent et honteux. Il se demandait sur le chemin du retour comment se venger. Il a eu l’idée de se renseigner sur la vie de l’athlète et de comprendre les méthodes qu’il avait appliquées pour acquérir une telle force. Il a mis la main sur ces renseignements et a commencé à travailler intensément pour se muscler physiquement. Cinq ans après, il a pu lever d’une main un cheval et son poulain. Il est alors allé voir l’athlète et l’a décollé du sol d’une seule main. Puis il a demandé : « Me reconnais-tu ? – Je ne te connais pas. – Je suis celui que tu as giflé et mis à terre il y a cinq ans. – Je me souviens, et je te reconnais comme mon maître à présent. »

En situation de faiblesse les gens se justifient avec Dieu ; ils disent qu’ils sont créés ainsi. Non, ils ne sont pas créés ainsi, simplement tout le monde doit travailler pour devenir plus fort et surmonter ses faiblesses. Chacun peut, comme cet étudiant, travailler cinq à dix ans d’arrache-pied pour développer sa force et devenir un héros. Il n’est pas nécessaire de devenir un athlète, il suffit de développer la force qui vous permet de surmonter les épreuves du quotidien. Travaillez sur vous pour appliquer l’enseignement divin dans vos foyers afin d’obtenir ce que vous souhaitez.

Pourquoi de nos jours les fils et les filles ne respectent-ils pas leurs parents ? Parce que la plupart des parents ont laissé leur mental de côté. Ils travaillent peu sur le plan mental et régressent alors qu’ils devraient progresser. Celui qui a développé sa pensée a les conditions pour manifester sa conscience supérieure. Là où l’intelligence, le cœur et l’âme de l’être humain sont bien développés, on peut parler de conscience supérieure, de monde causal. Cela s’obtient peu à peu, par un travail progressif sur le corps physique, sur le cœur et la pensée, sur l’intelligence supérieure, et enfin sur l’âme et l’esprit. Ainsi on devient grand et accompli. Le commun des mortels peut devenir grand s’il travaille sur lui-même avec assiduité et persévérance. Vous direz qu’il faut pour cela être à l’écoute et assister à des conférences et des causeries. C’est bien, mais c’est insuffisant. Tout en écoutant, l’homme doit appliquer ce qu’il a entendu et compris. Si vous écoutez seulement, sans étudier et appliquer, vous connaîtrez Dieu tel qu’Il n’est pas. Pour ceux qui travaillent et appliquent, Dieu est bon et aimant, Il leur envoie Son côté lumineux. À ceux qui ne travaillent pas ni n’appliquent, Dieu envoie Son côté sombre - sans le vouloir, Il les punit et les laisse subir les conséquences de leur oisiveté. N’est-ce pas la même chose dans les écoles ? Le maître punit les élèves paresseux alors qu’il se réjouit des élèves capables et assidus. L’élève paresseux déclare qu’il a été créé ainsi. S’il travaille et étudie ses leçons régulièrement, il verra qu’il n’est pas créé ainsi. Chacun peut seul corriger ses torts et ses faiblesses.

Moi non plus je ne souhaite pas prêcher à des élèves qui ne font qu’écouter sans s’instruire et appliquer. Celui qui est prêt à appliquer, à être utile pour lui et son peuple, je suis prêt aussi à travailler pour lui ; celui qui n’est pas prêt à appliquer, moi aussi je renonce à lui.  « Comment étudierons-nous ? – On s’instruit de trois choses : des erreurs des autres, de son propre vécu et du savoir et des expériences des grands hommes. Vous aussi vous devez vous instruire ainsi. »

Le matin, en vous levant, ne pensez pas que vous savez beaucoup, mais dites-vous que vous savez peu et que vous avez encore beaucoup à apprendre. Ce n’est qu’ainsi que vous pouvez vous développer et acquérir des connaissances. Celui qui pense qu’il sait beaucoup, alors qu’il ne sait pas grand-chose, court un grand danger. Il cherche toujours le chemin facile : prendre la baguette des mains du chef d’orchestre et l’agiter. Il imputera chaque insuccès aux conditions, à ses parents, à la société mais jamais à lui-même. Même si une partie de la responsabilité est en dehors de lui, en réalité le responsable principal de l’échec c’est bien lui-même. Cherchez la responsabilité d’abord en vous, puis chez les autres.

Travaillez sur vous consciemment, avec amour et persévérance. L’important n’est pas de bâtir un édifice en quelques jours ; construisez lentement mais solidement. Ne vous plaignez pas des voisins, mais tirez avantage de leurs traits positifs. Chaque être humain, chaque société, chaque peuple a des traits positifs qui méritent d’être pris en exemple. Ne cherchez pas la faute chez vos voisins, mais imitez le bien dont ils sont porteurs. Les Bulgares ont subi les jougs ottoman et grec, mais ils ont acquis quelque chose de précieux : la résilience. Ils ont ainsi appris de leurs oppresseurs. Il est important pour l’homme d’apprendre, quelles que soient les conditions, il doit toujours apprendre, acquérir des connaissances.

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Ce verset a un rapport à l’individu comme à la nation et à ses dirigeants. Chaque gouvernant doit connaître les lois naturelles, intelligentes, pour savoir où il mène le navire de l’État. Pourquoi le Titanic a-t-il sombré ? Parce que son capitaine a voulu raccourcir le chemin et a pris une direction pleine d’incertitudes. S’il avait suivi le chemin connu, même au prix de quelques longueurs, il aurait atteint le point d’arrivée sans encombre. Il croyait le Titanic insubmersible, mais il s’est trompé. Quelqu’un veut avancer vite, raccourcir le chemin de son développement ; il le peut si le raccourci est dégagé et sans surprises. S’il n’est pas dégagé, il vaut mieux continuer, prendre plus de temps.

Tant que le chemin de quelqu’un est libre, droit et sans encombre, il avance sans se préoccuper de quoi que ce soit ; si le chemin zigzague, il commence à se demander quelle direction prendre. Si le sens de l’avancement évolue, tu dois t’arrêter un peu, étudier la nouvelle donne et continuer ensuite. La grandeur du peintre est dans les courbes. S’il peut les dessiner et les placer correctement, il est taxé de grand peintre. Celui qui ne se sert que de lignes droites est un graphiste et non pas un peintre. Que représentent les lignes courbes ? La souplesse, la plastique. La lumière avance sur des lignes courbes, ondulatoires. La nature aussi se sert de courbes.

Quelqu’un se dit droit, entier et n’aime pas dévier de son chemin ; s’est-il déjà testé, sait-il comment il agira dans toutes les situations de la vie ? Qu’aurait-il fait si une caisse pleine d’or apparaissait devant lui ? Il regarderait autour pour voir si d’autres le regardent, et s’il est seul, il piocherait dans la caisse, puis continuerait son chemin. Il a fait preuve de droiture tant qu’il n’était pas seul ; une fois seul, il a tout de suite dévié de son chemin. Être droit par peur ce n’est pas avoir une morale à toute épreuve ; la peur n’apporte rien. Vous ne pouvez pas forcer l’enfant à penser ; quelles que soient les menaces, la peur ne peut pas le rendre intelligent. Seul l’amour en tant qu’élan intérieur peut inciter à penser et à travailler. C’est un art d’apprendre à aimer. C’est pour cela justement que le Christ pose la question : « Un aveugle, peut-il conduire un aveugle ? » Seul celui qui a de l’amour peut guider les humains.

Il est temps pour les humains d’aujourd’hui d’aimer la sagesse divine et le savoir divin afin de s’harmoniser. Sans ce savoir ils auront toujours des désirs, des idées et des visions disparates de la vie. S’ils ne cohabitent pas harmonieusement, les hommes et les femmes se justifient avec des différences de point de vue. Cela ne les dédouane pas ; c’est sur eux que repose la nouvelle compréhension divine des choses. L’homme dit que la femme ne peut pas penser comme lui et la place au-dessous de lui. Jusqu’à présent la femme a travaillé avec son intelligence inférieure, mais elle commence à travailler d’égal à égal avec l’homme et peut porter le renouveau. Elle a les conditions d’un développement rapide. Un effort est demandé à l’homme comme à la femme : tenir leurs pensées et leurs sentiments en équilibre. Lorsqu’ils perdent leur équilibre, ils perdent tout ce qu’ils ont produit et obtenu. La tâche de nos contemporains est de travailler sur leurs pensées, de mobiliser cette puissance et de l’harmoniser. Lorsque l’intelligence se développe correctement, les pensées et les sentiments sont harmonieux, on se sent serein, solide, prêt pour le travail. La plus petite perturbation dans l’activité mentale crée une certaine dysharmonie entre les pensées et les sentiments de l’homme. Il est constamment fatigué et s’endort dès qu’il se pose quelque part.

Beaucoup de personnes échouent dans leur vie car ils s’épuisent à essayer de résoudre tous leurs problèmes en un jour. C’est impossible. Si vous ne réussissez pas à tout résoudre d’un coup, cela ne doit pas vous désespérer, ni vous décourager. « Ma maison a brûlé ! – Ce n’est rien. Si vous êtes tranquilles et si vous vous remettez à Dieu, vos amis se rassembleront et en priant au nom du Seigneur, ils vous aideront. » Ne doutez pas de l’aide des gens de bien. Si vous espérez en leur aide, les choses se passeront comme vous vous y attendez. Tout le monde est prêt à aider les personnes intelligentes. Combien d’enfants pauvres et intelligents ont été élevés, éduqués et instruits par des familles riches ! Combien d’enfants de riches ont sombré dans la vie ! Il y a de grands esprits, de grandes âmes dans le monde qui ont pour tâche d’aider les pauvres, les orphelins, les souffrants.

Lorsqu’on parle d’esprits, les gens prennent peur et ne veulent pas entendre le mot esprit. D’autres nient leur existence. Si vous voulez observer des esprits, regardez les jeunes gens et les changements en eux, sur leurs visages et vous verrez comment les esprits habitent en eux. Tant que leur désir d’aimer n’est pas éveillé, ils sont tranquilles, avec des visages beaux et purs ; lorsque ce désir s’éveille, leurs visages changent et ils s’agitent. Les observateurs attentifs verront que de nombreux aïeux pénètrent en eux, ils discutent avec eux et leur conseillent de se marier. Ils veulent s’incarner à travers eux, revenir sur Terre pour terminer leur travail. Si vous demandez à la jeune femme ou au jeune homme quel est leur état, ils vous diront que quelque chose se passe en eux ; ils se sentent crucifiés, victimes d’une lutte intérieure. S’ils se marient et si un enfant naît, leurs visages s’apaisent, ils se calment et goûtent à la paix intérieure. Par conséquent, chaque lutte intime en l’homme est le résultat d’une présence d’esprits en lui. Donc ce sont les esprits qui s’affrontent dans l’être humain.

« Un aveugle, peut-il conduire un aveugle ? » Ne comprenant pas la vie des esprits, les gens disent que ceux qui croient en leur existence et les connaissent sont dangereux car ils égarent le monde. Ce n’est pas vrai, le monde a besoin de gens réellement instruits. Ce sont les sots qui égarent le monde et pas les gens instruits. Les gens dangereux sont ceux qui se croient instruits alors qu’ils ne le sont pas. Le véritable érudit est tempéré dans toutes ses manifestations, il tient ses promesses en temps voulu. Il dit toujours ce qu’il pense et ce qu’il ressent. S’il dit à quelqu’un qu’il l’aime, il l’a vraiment ressenti et ne le dit pas à la légère. Quelqu’un dit à un autre qu’il l’aime sans vraiment le ressentir ; il dit qu’il est religieux sans avoir vraiment ressenti le sens religieux. Les religieux sont curieux, ils disent des choses qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes. Des religieux, animés d’intentions diverses m’ont déjà rendu visite. L’un voulait me tourner vers Dieu alors que lui-même n’était pas tourné vers Lui ; un autre voulait m’interroger, et savoir ce que j’entendais par le mot salut. Seul celui qui est allé aux tréfonds de l’enfer, parmi les pécheurs et les déchus, pour voir comment ils vivent, peut parler de salut. Ce sont l’affamé, l’assoiffé, le malade, le souffrant, le mourant qui sont sauvés. C’est risible de parler de choses que l’on n’a pas éprouvées. En enfantant le bébé, la mère le sauve ; il serait jeté quelque part sans elle. Combien de mères ont jeté leurs enfants ! En le portant jusqu’au bout, la mère sauve son enfant.

Il est dit dans les Écritures que celui qui est né de Dieu ne commet pas de péché. Par conséquent, celui qui pèche n’est pas né de Dieu. On explique ainsi pourquoi certains sont bons, d’autres mauvais ; certains sont intelligents, d’autres, sots. À l’origine, les humains sont descendus de Dieu et ils étaient bons et intelligents. Certains parmi eux ont chuté et ont commencé à pécher ; ils ont perdu ainsi leur bonté et ils passent aujourd’hui pour mauvais et irraisonnables. On exige aujourd’hui de tous d’être bons, intelligents et de prendre conscience qu’ils sont venus sur terre pour travailler et développer leur mental, leur cœur et leur volonté d’une part ; pour manifester leur âme et fortifier leur Esprit d’autre part. S’il ne se développe pas ainsi, aucun humain ne peut conduire un aveugle.

Celui qui veut être utile à lui-même et à autrui doit se dire : « Aujourd’hui Dieu redresse le monde. » Il l’a redressé depuis longtemps, mais nous devons être raisonnables et ne pas détériorer ce qui est déjà créé ; c’est la seule façon de respecter l’ordre naturel des choses. Si vous vous écorchez la peau de la main, laissez-la cicatriser, se couvrir d’une croûte : la nature guérit par elle-même. Si vous la grattez sans cesse, la croûte s’enlèvera et la chair en dessous sera douloureuse au toucher. Ne grattez pas les choses, mais laissez-les cicatriser. Apprenez la patience. Dieu donne un exemple de patience, Il supporte les humains, attend leur éveil, car Il sait qu’il y a en eux quelque chose de divin. Il patiente à cause de ce qui est divin en l’être humain. Et vous aussi, vous devez patienter de même pour faciliter votre développement.

Le Christ dit : « Que votre cœur ne se trouble pas. » Si quelque chose vous trouble, méditez là-dessus quelques heures ou quelques jours, jusqu’à ce qu’une pensée lumineuse vienne dans votre esprit. Appliquez cette pensée et remerciez-là d’être venue. Si des pensées lumineuses vous viennent et que vous ne les appliquez pas, vous ne pourrez pas améliorer votre existence ni vos relations avec les humains. Alors, depuis le monde de l’intelligence viendra l’ordre de vous rapatrier là-haut pour vous faire apprendre votre leçon. Tant que vous ne l’apprendrez pas, vous ne descendrez pas sur Terre. Celui qui veut vivre longtemps sur Terre doit résoudre ses problèmes correctement.

« Est-ce qu’un aveugle peut conduire un aveugle ? » Il ne le peut pas. Chacun doit répondre ainsi pour soi-même, et travailler pour recouvrer la vue. Tant qu’il ne commence pas à voir clair intérieurement et extérieurement, il ne peut rien obtenir, rien cultiver. On enseigne aujourd’hui comment labourer, désherber, alors qu’à l’avenir on enseignera la culture que le Christ a apportée à l’humanité : la culture du Fils de Dieu, la culture de l’amour. Des personnes aux yeux, aux cœurs et aux esprits ouverts sont nécessaires pour cette culture. L’avènement de cette culture sur terre aidera la conscience supérieure des humains à se manifester, le Christ demeurera parmi eux et tous vivront comme des frères, comme des êtres, doués d’intelligence.

Le Christ ne peut pas venir parmi les humains aujourd’hui. S’il veut venir, il doit se préparer à subir de nouveaux coups de fouets. S’il songeait à prêcher, chaque prêche devrait être préalablement vérifié et approuvé. Il attend une autre époque, lorsque les humains seront intelligents et commenceront à voir, à entendre et à comprendre correctement. Le Christ n’est pas loin des humains, mais ils ne Le voient pas. Il est derrière les nuages ; s’ils se dissipent, la clarté régnera et tous verront le Christ, drapé de gloire et de majesté.

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » Tant qu’un aveugle conduit l’aveugle, il ne faut attendre aucun progrès. Pensez au développement de votre pensée, à la culture de l’amour. Réjouissez-vous qu’un avenir lumineux et un travail grandiose vous attendent. Le monde a besoin de bonnes mères, de bons pères, de bons instructeurs, prédicateurs, magistrats, techniciens et autres. Le monde a besoin de tous les métiers, mais pas de fossoyeurs.

Faites l’essai suivant, chaque matin au réveil, posez-vous la question : « Suis-je bon ou pas ? Suis-je intelligent ou pas ? » Si vous répondez par l’affirmative, aspirez à manifester le bien et l’intelligence dans toute leur plénitude. Si vous répondez par la négative, ne vous condamnez pas, mais mettez-vous à travailler sur vous-même pour manifester ce que Dieu a déposé en vous.

Maintenant, c’est moi qui vous pose la question : me voyez-vous ou ne me voyez-vous pas ? Si vous dites que vous me voyez, je vous souhaite de recouvrer la vue d’ici un an pour me voir encore mieux. Que vos yeux et vos oreilles s’ouvrent pour bien voir et bien entendre, pour comprendre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, et mettre chaque chose à sa place dans votre esprit et dans votre cœur. C’est ce qu’exige la nouvelle culture qui vient déjà sur Terre.

Sofia, 10 juin 1917

Traduction par Bojidar Borissov


[1] Manas est l’appellation du mental en sanscrit ; le manas inférieur est le corps mental, le manas supérieur, le corps causal

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