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Douzième conversation

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DOUZIÈME CONVERSATION

 

(Dès son arrivée, le Maitre se mit à parler, tout comme si ce qu’il allait dire était la continuation de la pensée avec laquelle il s’était acheminé vers le groupe de disciples.)

LE MAITRE. — La principale tâche de l’homme dans la vie est de trouver sa véritable voie. C’est seulement alors qu’il donnera un sens à son existence.

(Au cours de cette conversation, le disciple se mit à poser des questions très adéquates, et c’est ainsi que l’échange se transforma en une véritable conférence. Ce qui la différenciait des autres conférences du Maltre, c’est qu’elle était coupée par des questions.)

LE DISCIPLE. — Vous dites qu’il est nécessaire que chacun trouve sa véritable voie. II en est ainsi, du moment que vous le dites. Mais les gens ne cherchent-ils pas uniquement le succès matériel ? S’il en est ainsi, du moment que les intérêts personnels dirigent l’homme, n’est-il pas clair alors que nous vivons dans une époque où le développement spirituel est entravé ?

(Le Maitre jeta un regard devant lui, là les rayons du soleil filtraient entre les rameaux des pins, à l’est de la prairie de l’Izgrev. II commença à parler d’une voix sereine) :

LE MAITRE. — II en serait ainsi que vous le dites, mais dans l’âme humaine vit une impulsion souvent inconsciente qui protège les âmes de nombre de personnes en les empêchant de s’enfoncer entièrement dans l’abime de la matière et dans l’ombre fallacieuse des illusions.

Malgré tous les efforts que font les gens pour se convaincre eux-mêmes et pour convaincre les autres que le sens de la vie est caché uniquement dans le succès matériel, ils ne peuvent pas cacher, même à leurs propres yeux, que I’élément principal de toute leur vie a été une stimulation vers « quelque chose » dont ils ont pris conscience tôt ou tard. Pour que l’homme devienne partisan de quelque enseignement, doctrine, ou philosophie, la stimulation en est venue de l’intérieur. Qu’ils se vérifient eux-mêmes ceux qui sont des matérialistes convaincus, afin de comprendre que ce n’est pas la littérature qu’ils ont lue, ni les influences extérieures exercées sur eux qui sont la cause s’ils s’engagent dans cette voie-là. Le moment décisif pour qu’ils partent dans une direction ou dans une autre vient de l’intérieur. S’il n’y avait pas cela, ils cèderaient à toute autre influence extérieure et professeraient toutes sortes d’autres idées. Si cela est vrai pour l’homme qui n’a aucun rapport avec la réalité de l’âme, combien cela est-il plus vrai pour ceux qui reconnaissent l’existence d’une Cause Initiale. Pour nous convaincre de la haute valeur et de l’importance de la stimulation intérieure, posons-nous cette question : Quand est-ce que les gens sur cette Terre sont le plus malheureux ? Est-ce quand ils ont perdu leurs richesses extérieures, ou bien quand ils ont perdu leur assurance intérieure ? Quand la perte est extérieure et que l’enthousiasme intérieur est conservé, tout se répare plus facilement. C’est plus dur quand disparait la foi en ce qui était devenu pour eux un idéal. Alors, l’existence perd tout son sens.

II y a des gens chez lesquels ce processus s’effectue très rapidement. Un insuccès, une difficulté dans la vie peuvent devenir la cause de déception et de catastrophe. Les gens de cette catégorie ne connaissent pas la loi de l’échange des états opposés qui sont indispensables pour l’évolution.

LE DISCIPLE. — Quels sont les échanges ?

LE MAITRE. — La vie sur Terre est ainsi. Si deux personnes se présentent à un concours, l’une va le gagner et sera heureuse, tandis que l’autre aura du chagrin. À l’aide de la joie, tout comme à l’aide du chagrin, l’homme acquiert quelque chose pour son évolution. II y a des gens qui ont vécu superficiellement. Ils n’ont jamais connu le chagrin et sont devenus superficiels et un peu vains. Quand on se salit, on se lave avec de l’eau ; c’est alors l’eau qui devient sale. Puis, suivant la loi du cycle éternel, l’eau se purifie ; pendant ce temps on peut de nouveau se salir. II y a dans ce monde des gens qui sont beaux, mais il y en a aussi qui sont laids. Vous ne connaissez la cause ni de la beauté ni de la laideur. II y a des cas, où la laideur devient beauté, cependant que la beauté peut apporter des malheurs. Le monde est plein d’apparences. Rien de ce qui se perd et que l’on peut vous ôter n’est votre propriété. Votre propriété est seulement ce avec quoi vous venez au monde et qui, après tous les changements et dans toutes les conditions, reste en vous. Si dans sa vie un homme parvient à devenir un savant, ce savoir est une greffe à sa vie. La greffe n’est pas une qualité fondamentale de l’arbre. Si elle se rompt, l’arbre manifeste sa nature primordiale. Un savant peut, à la suite de quelque accident ou d’une maladie, perdre son savoir. En lui restent alors ses qualités innées. II y a des cas où, à la suite de dépôts accumulés dans les vaisseaux sanguins, de grands savants de capacité mondiale ont perdu tout leur savoir (leur valeur greffée) et ont eu des comportements primitifs stupéfiants, grossiers et même repoussants. Beaucoup de choses de la vie — parmi les rites et les règles du savoir-vivre — sont de telles greffes. Ce ne sont pas des éléments permanents de l’égo humain.

LE DISCIPLE. — Qu’y a-t-il de plus important à développer dans notre vie ? Combien de savants et de gens célèbres dans la société s’occupent de leur égo ? N’est-il pas vrai que toute la vie de ceux qui se sont consacrés aux études se passe dans le perfectionnement de leur spécialité ?

LE MAITRE. — Oui, c’est vrai. Mais pour la plupart de ceux qui s’occupent d’études, leurs soins se tournent toujours vers l’acquisition d’un nombre toujours plus grand de connaissances. Ce n’est pas louable ; mais ce qui a une très grande importance, c’est que l’homme, dans le processus de son développement, s’efforce de développer ses qualités fondamentales innées. C’est cela qui est, en réalité, le développement spirituel. L’attention accordée au perfectionnement de ce qui est primitivement inné ne doit pas être moindre que le zèle apporté au développement et au perfectionnement de la greffe. On ne doit pas se contenter de ce que l’on est, mais s’efforcer d’atteindre de plus hauts degrés du développement spirituel. Le boeuf ne doit pas se contenter de ses cornes ni le cheval de ses sabots. Par exemple, de quel oeil l’homme regarde-t-il la satisfaction d’un porc ? C’est une satisfaction humiliante, même dégoutante. C’est ainsi qu’apparait aux autres mondes supérieurs notre situation dans la matière épaisse ; ainsi parait notre avidité et notre lubricité pour un regard jeté d’en haut, du monde des êtres évolués. Quand l’homme aura quitté cette Terre, il verra seulement alors et clairement la situation dans laquelle il se trouvait sur Terre. Il y a le cas où les âmes de certains défunts ont observé avec mécontentement les honneurs inutiles et vains — telle l’oraison funèbre dithyrambique prononcée au-dessus de leur cadavre —, car elles comprenaient l’énorme différence qui existe entre ce cérémonial bruyant et le véritable état de l’âme.

À un certain endroit des saintes Écritures il est dit : « Plein de grâce et de vérité. » L’homme doit toujours être plein de quelque chose. De quoi ? Certains diront : « de connaissances, de force, de l’Inconnu ou de richesses ». À quoi ressemble un homme plein seulement de connaissances ? II ressemble à une encyclopédie, à un manuel ou une bibliothèque. C’est un homme sans âme — fier et froid. L’homme qui est plein seulement de force ressemblera à une bombe qui peut exploser à chaque instant. S’il est plein seulement de richesses, à cause desquelles les gens seront pleins d’égards hypocrites envers lui, il ne représentera qu’un néant revêtu d’une splendeur passagère et ridicule. Alors, que signifie être plein de grâce et de vérité ? Cela signifie avoir créé un lien intérieur avec Dieu. Et que peut-on désirer de plus ? Celui qui a réalisé un tel lien possède tout. C’est la plus grande plénitude et le plus sublime bonheur auquel nous puissions rêver. Celui qui est lié à Dieu vit dans l’Amour, et l’Amour qui remplit notre vie est déjà le bonheur lui-même. Il est contenu dans l’Amour.

Quand les gens entendent parler de l’Amour, ils comprennent des choses différentes. Par conséquent, il est indispensable de s’entendre de quel amour il est question. Il y a un amour qui ressemble à une cruche fêlée d’où l’eau s’écoule et s’épuise. Il y a un amour qui peut se comparer à une cruche en bon état dont l’eau est bue en cours de route. L’Amour dont il s’agit ici ressemble à une source intarissable d’eau jaillissante, qui descend d’en haut dans la vallée de la vie, et arrose tout afin que tout pousse et donne des fruits.

Toutefois, personne ne doit faire des reproches aux autres pour la manière dont ils ont connu l’Amour. Nous devons savoir que la vie sur Terre est sérieuse et difficile. La vie est une dure école et les hommes y passent sans arrêt des examens. Ne soyons pas présomptueux, mais mettons notre confiance en Dieu. On connait des cas où la pensée et les convictions de gens ayant consacré leur vie à Dieu et étant arrivés à de hauts sommets de leur évolution ont subi de grandes perturbations et des déviations. De grands savants ont quitté le monde de leur science entrainés par les appas de quelque beauté terrestre. Il y a eu des cas où même des saints ont abrégé le temps de leur vocation pour se consacrer à leur passion pour une beauté terrestre qui était apparue à leurs yeux. Sur la Terre, il y a des anges qui se promènent le long des chemins comme des messieurs distingués, ayant depuis longtemps oublié la mission pour laquelle ils étaient venus sur Terre. C’est pourquoi ne vous empressez pas de rendre un jugement à propos de procès qui ne sont pas encore achevés, vous n’êtes pas encore en état de connaitre les causes de ce qui arrive, ni, non plus, comment les choses vont se dérouler à l’avenir.

Nous commettons souvent des erreurs quand nous nous efforçons de donner une juste estimation de ce qui est bien et de ce qui est mal. Vous ne savez même pas laquelle de vos actions est bonne ! Parfois vous commettez une chose que vous estimez mauvaise et vous vous demandez étonnés, pourquoi elle est suivie d’un second mal. II peut arriver que vous fassiez un bien et qu’il s’ensuive un mal. II faut bien distinguer ce qui est Bien. Une fois, vous donnez de l’argent à un pauvre homme, mais il s’enivre et commet un crime. Les actions des gens sont si peu explicables que parfois vous dites au bon qu’il est méchant et vice versa. Souvenez-vous-en : Faites du bien à celui en lequel Dieu vit.

(Le Maitre, qui voyait quel grand désir éprouvaient les disciples de continuer la conversation, sourit et s’achemina rapidement vers la salle. Le groupe se dépêcha de le rattraper.

La conversation continue à l’intérieur, car une pluie printanière arrosait joyeusement la prairie. L’estrade de la salle était également un agréable coin pour s’entretenir.)

LE MAITRE. — Voyez-vous cette pluie ? C’est un don de la Nature Vivante Raisonnable à toutes les créatures de la Terre. En premier lieu la végétation, puis tous les autres êtres qui reçoivent leur nourriture du règne végétal. Le ciel est une source généreuse de tous les biens de la vie. À part l’énergie solaire, destinée à la planète, toutes les autres créatures reçoivent séparément leur part d’énergie. Les oiseaux savent cela et c’est pourquoi, avant le lever du soleil, ils se perchent sur les branches et attendent l’instant où le soleil darde ses premiers rayons pour recevoir leur part.

Comme nous recevons gratuitement la vie et les forces qui l’entretiennent, il s’ensuit que chaque chose que nous avons acquise nous pousse à venir aussi en aide à ceux qui ont besoin de notre secours.

Cette loi est valable également pour les êtres évolués.

LE DISCIPLE. — En parlant avec des amis, j’ai entendu dire que la plus grande vertu est l’honnêteté. Est-ce vrai ?

LE MAITRE. — L’honnêteté est une qualité que chaque homme doit posséder. Elle est la qualité première non seulement pour ceux qui s’appellent des disciples et suivent sciemment la voie spirituelle, mais aussi pour tous les gens. En ce qui concerne le disciple, son honnêteté doit l’inspirer pour qu’il parle courageusement et franchement à son Maitre.

Tout d’abord, l’homme doit être honnête envers lui-même. Les éléments de l’honnêteté sont la justice et la noblesse. Sans ces deux éléments, l’honnêteté n’existe pas. L’honnêteté est une qualité qui ne dépend pas de la situation que l’on possède dans la vie. Que vous soyez serviteur ou roi, riche ou pauvre, vous devez exprimer votre honnêteté de la même manière. L’homme honnête ressemble à un vêtement que vous passez à la lessive autant que vous le voulez sans que l’eau en soit salie.

Celui qui est honnête paie ses dettes, remplit ses obligations.

II y a une loi dans le monde spirituel selon laquelle si vous devez 10 millions de francs, le Monde Invisible est prêt à payer votre dette ; mais si elle se monte à cinquante francs, vous devez la payer vous-même. Le Monde Invisible pardonne les grandes fautes, mais les petites, jamais !

Celui qui est honnête n’est pas cruel. Sous ce rapport, pour la conception d’honnêteté, le Monde Invisible a établi d’autres mesures. Par exemple, les chasseurs et les pêcheurs ne sont pas considérés comme honnêtes, là-bas.

LE DISCIPLE. — Maitre, j’ai compris qu’il ne vous reste que quelques minutes de libres et malgré tout, j’aimerais vous demander de nous dire brièvement ce que c’est que l’harmonie.

LE MAITRE. — L’harmonie s’obtient quand, lors de la rencontre de deux amis, chacun voit en l’autre seulement les meilleurs traits de son caractère.

(Ayant dit cela, le Maitre se leva, promena un instant son regard sur les disciples qui s’étaient également levés, les salua de la main et s’éloigna.

Les disciples se rapprochèrent les uns des autres, silencieux, ne pouvant dire les mots de leur gratitude, mais elle se lisait dans leur regard.)

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