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Ani

1914_08_03 L'importance des petites choses

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L’importance des petites choses

 

« Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ;

car je vous dis que leurs anges dans les cieux

voient continuellement la face de mon Père

qui est dans les cieux. »

(Matthieu 18,10)

 

Les représentants des deux sexes ont en principe une aspiration à accomplir de grandes choses, à se consacrer aux œuvres majestueuses. Tous sont enclins à mépriser les petites choses. On vous donne une pièce de cinq centimes et vous dites : « Cela ne vaut rien ; si c’était mille, dix milles, cent milles levas, je comprends, mais cinq centimes ! Je ne suis pas un mendiant ! » On vous donne une noix : « Tu m’offenses ! Si tu me donnais cinq ou dix kilos de noix, j’aurais pu accepter, mais une seule ! Tu te moques de moi ! » Dans notre élan pour accomplir de grandes choses, nous essayons de tisser des relations avec des personnes haut placées : tsars, premiers ministres, patrons, scientifiques, philosophes ; tandis que nous traitons d’ignares, de ringardes, les personnes qui se trouvent en bas de l’échelle sociale. Du début à la fin de notre vie, nous cultivons le dédain pour les petites choses et nous recherchons de grandes réalisations.

 

Mais le Christ se tourne vers ses disciples et les met en garde contre le mépris des petits. Pourquoi ? : « Ne les méprisez pas, car vous offensez leurs anges qui les servent dans les cieux ; si vous méprisez les petits, vous méprisez les anges dont ces petits sont les enfants. » Lorsqu’il faut fendre une bûche, on aiguise d’abord de petits merlins et lorsqu’ils fendent le bois, ils créent de la place pour les grandes haches. Si les haches sont grosses et épaisses comment pourraient-elles ouvrir une brèche ? Ce sont bien les petites choses qui ouvrent la voie aux grandes. Dans le monde aussi, tout le processus d’évolution s’enclenche au début avec ces petites choses que vous méprisez : elles sont à l’origine de tout le progrès de l’univers. Nous pensons que la charrue nourrit le monde entier et qu’une fois le champ labouré et semé, il donnera une récolte abondante. C’est vrai, mais n’oublions pas le rôle des milliards de vers de terre qui labourent également les champs. Comme nous sommes éduqués de telle sorte que nous déprécions les faibles, même reçus au sein de la chrétienté, nous gardons des instincts de loup sous une peau de mouton ; il n’y a donc rien d’étonnant si un jour nous montrons les griffes sous ce costume d’innocence ; nous n’oublions rien de nos vieilles habitudes ! Si quelqu’un nous prend une piécette, nous portons l’affaire en justice ; mais s’il nous vole cinq ou dix mille levas, nous le félicitons. Pourtant celui qui vole, n’a pas pris cette habitude d’un seul coup ; il a d’abord pris cinq centimes à son père, puis dix, puis une pièce d’un franc, puis cinq, dix et ainsi de suite. C’est une loi qui se vérifie toujours. Notre mépris pour les petites choses génère de graves conséquences sur les grandes. Je peux affirmer que tous nos malheurs individuels et collectifs sont dus à ce mépris pour les petites choses, et cela depuis longtemps. C’est pourquoi le Christ s’adresse à ses disciples pour leur dire de ne pas mépriser ces petits.

 

            Et maintenant, qui sont ces petits ? D’aucuns diront : « Ce sont nos enfants ». Il est vrai que ce sont nos enfants, mais lorsque nous appliquerons totalement la loi du Christ, nous verrons le nombre de choses qu’il ne faut pas mépriser. « Ne méprisez pas ces petits ! » Je vous expliquerai le sens caché dans ces mots. Un Hindou donne une noix à son fils et lui demande de l’examiner ; son fils casse la noix et la mange. « Que contient la noix ? demande alors son père. – Rien de particulier : un peu de graines, savoureuses à manger. » L’Hindou redemande à son fils : « N’as-tu rien trouvé d’autre dedans ? – Rien. – Mon fils, cette noix recèle une grande force et si, au lieu de la manger, tu l’avais semée dans la terre, tu aurais vu pousser un grand arbre et tu aurais été témoin de la grandeur de cette petite chose qui porte le germe de quelque chose de grand. »

 

Le Seigneur vous envoie une pensée imperceptible, un pépin de pomme ! Vous vous dites : « Ce n’est rien ! » Et vous le jetez. Mais le Seigneur dit : « Vérifiez quelle force est contenue en lui : semez-le pour voir quel arbre poussera. » C’est justement ce dédain pour les petites pensées qui nous conduit à affirmer que le monde est mauvais, et que c’est nous qui sommes les plus intelligents !

 

            Le Christ enseigne : « Ne méprisez pas ces petites choses, n’aspirez pas aux grandes, apprenez à reconnaître la force qui réside dans les petites choses et à l’utiliser ; elle vous aidera à obtenir les grandes. » Votre maison aussi est construite avec de minuscules, microscopiques particules agglomérées entre elles. Sur ces petites choses comme le grain de blé, les fruits et d’autres détails repose notre quotidien. Il s’agit ici du plan physique, corporel. Mais sur le plan mental aussi, les petites pensées et les petits désirs causent la joie et la gaieté dans la vie. On se moque des enfants lorsqu’ils s’attardent sur de toutes petites choses insignifiantes ; vous oubliez que ces graines qui contribuent au développement des grandes choses sont infimes.

 

Mais pourquoi ne faut-il pas mépriser ces petits, pourquoi ne faut-il pas transgresser le deuxième commandement divin : « Aimer son prochain » ? Aucune créature vivante en rapport avec quelqu’un, ou bien utile à quelque chose, ne doit être méprisée. Pour chaque créature, fut-elle un pigeon, une poule, un mouton, un bœuf, un cheval, un âne, il existe un livre de compte où il est écrit : « Aujourd’hui vous avez chargé l’âne avec tant, le lendemain avec tant » ; il y est inscrit le capital qu’il a accumulé et que vous devez lui payer en retour au bout de cent ans (si on imagine qu’il vous a servi toute une vie) ; et en comptant cinq levas par jour, un jour il s’avèrera que vous lui devez dix mille talents. Vous direz : « Je ne me rappelle pas d’une telle somme », mais le Seigneur a noté sur le Livre que vous lui devez autant. Nous tous aussi, nous sommes redevables à ces petits. Notre stade de développement actuel, nos pensées, nos désirs, nous les devons à ces petits dont parle le Christ. Et en tant que leurs débiteurs, nous devons avoir de l’amour pour eux et retenir qu’ils ont travaillé pour nous et que nous devons à présent travailler pour eux.

 

            Et au passage, je mentionnerai une chose à propos d’une question : on m’a souvent demandé pourquoi les anges se préoccupent des hommes, quel lien ils ont avec eux. Jadis, lorsque les anges ont été dans notre situation : des hommes sur terre, nous avons été des animaux à leur service ; ils nous doivent donc beaucoup et le Seigneur leur demande de nous rétribuer en retour. Ainsi, les grands anges ne méprisent pas leurs plus petits frères, parce que ces derniers ont travaillé pour eux. Vous pouvez vous retrouver avec un domestique ignorant, mais sans savoir quel est son lien avec vous, ni pourquoi le Seigneur l’a placé dans votre maison. Ce lien avec vous ne date pas d’hier : ce domestique a été dans votre maison à plusieurs reprises dans le passé, vous ne le savez pas, mais le Seigneur le sait ; ce domestique vous a probablement souvent sauvé la vie. Vous devez par conséquent le traiter avec amour et miséricorde. Et alors, cette grande loi divine s’explique : avoir de l’amour pour les plus petits. L’amour n’est pas pour les grands hommes, les anges, les saints ; il est pour les petits frères pauvres, insignifiants et déchus. Voilà pourquoi la mère développe un amour aussi fort pour son enfant : elle l’aime par la force de cette loi divine qui lui dicte d’aimer. Elle l’aime ainsi, portée par un feu intérieur, parce que le Seigneur est rentré incognito en lui. Vous voulez voir le Seigneur, mais lorsqu’il se manifeste dans cet enfant, vous dites : « Seigneur, pourquoi m’as-tu donné cet enfant ? » Chaque jour vous implorez le Seigneur et chaque jour vous Le répudiez ; et vous passez pour des gens intelligents ! C’est non seulement votre attitude, mais aussi celle du monde entier. Le Seigneur met quotidiennement votre mental à l’épreuve pour voir combien vous L’aimez et combien vous dites la vérité.

 

            Jadis, lorsque le monde ne tournait plus rond, une rumeur a annoncé que le Seigneur était revenu sur terre pour se rendre compte de la vie des gens, et ces derniers se sont dit : « Puisqu’au Ciel il n’y a plus de Dieu à présent, il n’y a donc personne pour nous surveiller, nous vivrons plus librement. » Le Seigneur voit à un endroit un vendeur proposer un cheval infirme tout en disant à son acheteur : « Je jure sur Dieu qu’il n’est pas infirme. – Puisque tu jures sur Dieu, je te crois. » Et il lui achète le cheval ! Le Seigneur passe à côté d’une maison et voit un homme battre sa femme. « Au nom de Dieu, aie pitié ! » Et elle réussit à le raisonner. Et lorsque ces deux-là, le vendeur du cheval et le mari violent, montent au Ciel, ils déclarent : « Mon Seigneur, sur terre nous avons agi en Ton nom. »

 

Nos contemporains aussi invoquent le nom du Seigneur pour vendre des chevaux infirmes ou pour justifier la violence sur leur épouse. Les prêtres disent : « Croyez dans le Seigneur », mais que leur dira le Seigneur ? : « Je ne vous reconnais pas, car vous avez utilisé mon Nom, non pas pour me glorifier, mais pour tromper les hommes, pour qu’ils commettent certains crimes en les dissimulant ensuite. » Ce sont ces petites affaires qui engendrent les malheurs. Vous avez un cheval infirme et vous voulez le vendre au nom de Dieu, mais soyez attentifs à ce que vous êtes en train de commettre. Savez-vous qui est ce cheval infirme ?  C’est votre corps. Tous parlent contre lui et le punissent : tous le considèrent fautif. Mais ce n’est pas le corps qui est fautif. Quelqu’un s’est enivré et ordonne : « Ne donnez pas à manger au cheval » ; c’est lui qui a péché, mais il punit le cheval. Ne méprisez pas le corps et ne faites pas d’amalgame entre la chair et vos désirs, votre concupiscence. Ce sont eux qu’il faut renier et non pas votre chair, sinon cela reviendrait à renoncer à toutes vos pensées et vos actions qui ne sont possibles que grâce à la chair. Et ne tourmentez pas votre corps, ce temple que le Seigneur a créé. Par conséquent, vous devez être miséricordieux envers votre corps car, tant qu’il est en bonne santé, il vous permet de travailler.

 

Maintenant, le Christ, lorsqu’il parle de leurs anges, sous-entend ces créatures intelligentes qui nous tiennent responsables de nos actes. Ce que nous appelons le for intérieur, ce sont ces anges qui demeurent en nous et comptabilisent chacune de nos actions, bonnes ou mauvaises et se prononcent : « Tu as bien agi » ou « Tu as mal agi ». Quand tu offenses quelqu’un, son ange te dit : « Ton attitude n’est pas juste. » Tu cherches alors à t’excuser : « Oui, mais pardonne moi, j’étais énervé, indisposé, les circonstances étaient défavorables. » Que tu sois dans un tel état ne modifie en rien la règle de ne pas mépriser ces petits sur lesquels reposent les lois divines. Ces petites choses causent parfois de grands profits, mais parfois aussi de grandes pertes.

 

Un loup racontait qu’il était très fort et qu’il était roi parmi les animaux. Le renard l’a mis en garde : « Ne te vante pas autant, car si un moustique pénètre dans tes narines et te pique, tu seras impuissant à te défendre. – Il suffira que j’éternue pour le chasser, lui a répondu le loup. » Un jour, un moustique est entré par ses narines, l’a piqué et cela a introduit des germes infectieux qui ont fait périr le loup.

 

De même dans notre vie, les petites causes peuvent contribuer à notre développement, mais aussi le freiner. Les causes qui nous rendent bons ou mauvais ne sont pas mauvaises en soi, c’est leur utilisation qui est néfaste. Prenez par exemple l’air : si vous le placez dans les poumons, il va purifier votre sang et vous allégera, mais si vous le placez dans le ventre, il provoquera un mal de ventre aigu. La même chose produit des effets contraires. Si vous placez dans votre estomac du charbon dilué, il produira un effet de bien être, mais si vous le placez dans les poumons, il vous asphyxiera.

 

Par conséquent, ces petits à ne pas mépriser sont, dans les paroles du Christ, un ensemble qui compose la vie humaine à laquelle ils sont étroitement liés. Si je vous demandais par exemple de m’expliquer comment se sont formés vos corps, vos cœurs, vos intelligences, que me diriez-vous ? À son apparition sur terre, l’homme n’était pas grand, mais microscopique ! Pourtant, grâce à certaines conditions il s’est développé jusqu’à devenir un homme, des millions de fois plus grand que ce qu’il était. Au début, sa force était embryonnaire. De même, dans notre vie actuelle, la pensée contient une base divine grandiose qui peut nous faire renaître si elle trouve un terreau fertile. Ce que nous appelons renaissance existe en tant que loi de l’esprit. C’est un processus divin intérieur qui élève et renouvelle le cœur humain, l’intellect humain, l’âme humaine, l’esprit humain. C’est un processus d’élévation, et dans cette aspiration divine se produisent notre ascension et notre salut. C’est pour cela que toutes les créatures, des plus petites aux plus grandes aspirent à se renouveler, à s’élever. C’est dans cette impulsion que se cache l’épanouissement de l’âme humaine.

 

Dire qu’il faut être miséricordieux envers les petits, revient à dire qu’il ne faut pas affliger le Seigneur. Lorsque nous accablons quelqu’un, ce n’est pas lui que nous visons réellement, mais le Seigneur qui est en lui. Et de même, si nous agissons de manière juste, nous aidons le Seigneur. Si nous aidons quelqu’un, son ange qui est au Ciel nous servira également. Par conséquent, si nous souhaitons avoir des amis au Ciel, nous devons être les serviteurs des petits. Alors, leurs pères, les anges au Ciel, nous accueilleront chez eux et nous inviteront à manger, et nous nous y sentirons comme chez nous : service pour service, amour pour amour ! Ainsi fonctionne le monde.

 

Maintenant, savez-vous pourquoi le Christ s’est adressé par ces mots à ses disciples ? Le mépris, voilà un sentiment que vous devez chasser de votre âme. Par exemple, vous croisez un inconnu et le mépris pointe en vous du fait qu’il vous est, semble-t-il, inférieur. Si vous constatez juste de l’ignorance et que vous l’aidez, c’est autre chose, mais si vous le méprisez, vous véhiculez du poison. C’est du mépris qu’est née l’aristocratie moderne ; certains sont nobles, d’autres non, certains sont riches, d’autres sont misérables. Si nous comprenions les rapports entre les choses, la pauvreté ne nous ferait pas honte, car c’est un service qu’il nous est demandé d’accomplir. Il nous faut être pauvre et petit pour devenir riche : ce sont deux contraires qui délimitent l’évolution. Et le mouvement va toujours des plus grands vers les plus petits, c’est-à-dire que le Seigneur tend toujours vers les petits, Il ne s’occupe pas de choses grandioses. Il a créé le monde, mais le gouverner ne lui plaît pas autant que de s’occuper de Ses enfants. Son travail, c’est d’éduquer les humains quand il les voit faire des erreurs. Il nous montre ainsi comment tolérer et éduquer les petits au lieu de les dédaigner ; c’est cela le service qui nous est demandé. Lorsque le professeur s’occupe de ses élèves, cela lui fait plaisir et il fait des éloges aux élèves qui s’instruisent. Les saints et les prêtres prennent soin des pécheurs pour les tourner vers le Seigneur. Et notre tâche à nous, c’est de tourner notre regard vers les petites choses. Si quelqu’un déclare : « Je ne peux pas trouver de repos », je comprends qu’il s’occupe de grandes affaires, de grandes pensées. Comment se reposer s’il porte un sac à dos avec dix, vingt, cinquante kilos d’or ? Lorsqu’il n’y laissera qu’un seul louis d’or, il pourra se reposer.

 

Maintenant, le Seigneur vient nous dire : « À bas les sacs à dos ! Libérez-en le monde ! À bas l’arsenal qui détruit votre discernement et votre cœur ! Vous devez tous redevenir des enfants, et ne pas mépriser les petites choses que j’ai créées. » Le Seigneur souhaite faire revenir les gens vers cet état pur, originel que nous appelons le retour à l’état sauvage, mais qui en réalité n’en est pas un. Je souhaite que les gens redeviennent sauvages dans ce sens. Sauvage signifie en sanscrit pur. Devenons purs et approchons-nous de Dieu au lieu de devenir méchants et brutaux. Je souhaiterais que le monde entier redevienne « sauvage » plus vite, c’est-à-dire plus pur, plus noble, pour ne pas mépriser les petites choses que Dieu aime. Et qu’il mette l’Amour, la Justice, la Sagesse, la Vérité et la Puissance très haut, à cette place qui est la leur. C’est là le salut.

 

Sofia, 16 août 1914 

 

Traduit par Bojidar Borissov

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