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Ani

1917_04_01 La Clarté

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La Clarté

 

« Vous êtes la lumière[1] du monde »[2]

Matthieu 5:14

 

         Dans la causerie précédente j’ai parlé du sel, le premier élément divin de la vie, et aujourd’hui je parlerai du second élément, la clarté. Je tâcherai de traduire les paroles du Christ dans notre langage contemporain du XXème siècle.

         Que désigne le Christ par le mot clarté ? Chaque mot a son sens. Il n’est compris que lorsqu’il produit un effet dans l’intelligence ou le cœur de l’homme. Si vous prenez une allumette, vous pouvez comprendre son effet uniquement si vous l’allumez, sinon elle est inutile. Par conséquent, les paroles de la langue parlée sont des allumettes et chacun doit avoir son briquet ou sa boîte d’allumettes pour les allumer afin que chaque mot puisse produire son effet. Nous ne devons pas être comme les petits enfants : nous contenter de sortir des allumettes de la boîte, de les brûler et de les jeter, ce n’est pas cela la philosophie. Il y a des écrivains contemporains qui sortent constamment des allumettes pour les brûler et les jeter. Je demande quel effet cherche-t-on à obtenir par ces « allumettes » ainsi brûlées ? Jugez par vous-mêmes quel effet cela peut avoir !

         À l’avenir le verbe doit être salé et contenir en lui la clarté. Vous avez encore une idée confuse sur le mot clarté. En bulgare, les mots lumière et clarté ont la même racine, mais la lumière est le reflet de la clarté. La clarté est cet élément divin qui s’unit à la raison humaine, qui nous fait réfléchir de manière raisonnée, avec logique et cohérence dans les idées. Dans la science moderne, les physiciens débattent sur la lumière : vient-elle du soleil ou d’ailleurs. Certains scientifiques réfutent qu’elle vienne du soleil, mais soutiennent qu’elle est une énergie particulière qui, une fois au contact de la surface terrestre, s’y brise pour produire un reflet de lumière. La clarté est un processus interne, une substance qui peut s’expérimenter à tout moment. La clarté est la chose la plus réelle au monde, mille fois plus réelle que ce monde : elle crée la pensée humaine, les désirs, elle est conductrice dans le monde spirituel et existe sous forme d’éther. C’est une enveloppe de l’esprit humain, du discernement humain et sans elle, personne ne peut penser, ni sentir. Tous ceux qui ont suivi un cursus scolaire au lycée et ont éprouvé des difficultés à résoudre certains problèmes, savent que les solutions ne sont pas visibles immédiatement, mais qu’en travaillant quelque temps dessus, une lumière s’allume soudainement et la solution au problème apparaît ; c’est la clarté qui fait cela.

         Je vous donnerai quelques règles pour le vérifier, car je ne vous livre pas une théorie, mais une science positive qui peut être expérimentée. La clarté, c’est l’état de santé de la raison humaine, l’ambiance dans laquelle elle doit toujours baigner. Lorsque les écrivains perdent cette clarté, ils deviennent improductifs ; lorsque les maîtres la perdent, ils perdent leurs méthodes et ne peuvent plus enseigner ; lorsque les mères la perdent, la patience et l’amour leur font défaut et elles ne peuvent pas éduquer. Si vous n’avez pas de clarté en vous, ni amour ni vérité ne peuvent se manifester.

         Le Christ dit : « Vous êtes la lumière », qui vous ? Le premier élément est le sel : la loi de l’équilibre qui maintient toutes les forces en balance ; le deuxième élément est la clarté : elle élève et amplifie les choses, autrement dit toutes les pensées, tous les désirs croissent dans la clarté et se développent comme il faut. L’homme qui vit dans la clarté est comme un arbre fruitier qui pousse sur un sol fertile : en lui, tous les fruits arrivent à maturité. Lorsque dans votre esprit il y a un intérêt pour des pensées philosophiques, ne vous réjouissez pas encore, ce n’est peut-être que la floraison. Pour vérifier si vous avez la clarté, observez si vos pensées arrivent à la germination et si elles s’enracinent. Lorsqu’un homme n’est pas prêt à mourir pour l’une de ses idées, cela signifie qu’elle n’est pas encore née en lui.

         Avant d’approfondir cette question, je vais prendre un exemple dans la vie quotidienne bulgare. J’ai pour mission de donner du contenu et du sens à ces exemples. Il s’agit d’un cas, déjà connu, mais je vais le revêtir de traits nouveaux. On raconte que, pendant la période de la répression des bulgares, un turc a visité un riche propriétaire bulgare. En rentrant dans sa chambre, il a vu trois icônes et à côté, une veilleuse allumée. C’étaient les icônes de la Sainte Vierge, de Saint George à cheval et de Saint Nicolas. « À quoi te servent ces trois images ? a-t-il demandé. – Elles me protègent contre tous les maux et jusqu’à maintenant aucun mal ne m’a frappé, a répondu le propriétaire terrien. – Quelle chose étrange, a dit le turc, j’ai beaucoup de serviteurs, je les paie richement, mais ils ne me protègent pas aussi bien ! Combien valent ces icônes ? »

Il a acheté les trois icônes, les a emportées chez lui et a allumé une veilleuse devant. Il a mis dehors tous les domestiques en disant : « Je n’ai plus besoin de serviteurs, j’ai trouvé des protecteurs fidèles pour garder ma maison. » Mais un soir, des voleurs se sont introduit chez lui et l’ont dévalisé. Il s’est alors avancé vers la Sainte Vierge en disant : « Je n’ai pas à me plaindre de toi, tu es encore jeune et avec un enfant en bas âge, tu as d’autres préoccupations. » Il s’est adressé ensuite à l’icône de Sainte George : « Je n’ai pas de reproches à te faire non plus, tu es un jeune homme, tu dois chevaucher, te faire plaisir. » Il s’est tourné enfin vers Saint Nicolas en disant : « Tu es un vieil homme, sans enfant, sans cheval, c’est toi que je punirai. » Et, effectivement, il a retourné l’icône de Saint Nicolas tête en bas. Par la suite, Saint Nicolas a réussi d’une certaine façon à retrouver les objets de valeur dérobés et sa punition a été levée. Et le turc de conclure : « C’est comme ça que tu me plais ! »

         Que symbolise la Sainte Vierge ? La femme et son cœur ; l’enfant est le cœur qu’elle éduque. L’homme est venu au monde pour éduquer, pour faire renaître son cœur, l’élever comme un enfant. Vous demandez pourquoi les femmes enfantent ? Par la loi de l’enfantement, Dieu vous enseigne comment élever votre enfant, autrement dit votre cœur. Si la mère donne du lait pur à son enfant, il sera sain, mais si le lait est vicié l’enfant périra. Que symbolise l’icône de Saint George ? Saint George symbolise l’intellect humain et le cheval, son corps physique. L’homme doit monter sur son cheval, sinon il le perdra. Il faut bien nourrir son cheval, mais ne pas le gaver. Que symbolise l’icône de Saint Nicolas ? Saint Nicolas représente l’homme avec un discernement et un cœur vertueux qui a atteint la plus haute marche dans la vie, dans la vie divine raisonnable. Il doit s’occuper de l’éducation de l’humanité entière, tous les humains doivent être des enfants à ses yeux, il doit se sacrifier pour les autres comme la mère se sacrifie pour ses enfants. Comme Saint George flatte et nourrit bien son cheval, de même les personnes âgées et raisonnables doivent éduquer les jeunes par leur intelligence et leur cœur, et les encourager à avoir une vie raisonnable.

C’est pourquoi le Christ dit : « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée » : si vous avez la clarté, vous la découvrirez. Si un chiromancien examine votre main, il vous dira si vous avez la clarté ou non, tout comme vous devinez, en vous promenant dans une ville européenne, comment sont ses habitants selon l’urbanisme et les façades. En rentrant dans une maison, vous devinez ainsi ce qu’aime l’hôtesse : si la couleur rouge prédomine, c’est une femme de désirs, changeante. Ceux qui arborent des chapeaux ou des ceintures rouges considèrent que le monde est un lieu de combat et qu’ils doivent lutter. Je ne renie pas la lutte, mais elle doit être fondée sur une loi divine, elle doit bâtir la vie ; si elle la détruit, c’est une anarchie. On lutte pour se libérer, et la clarté a précisément cet objectif : vous rendre libres. Et le mot liberté signifie l’harmonie divine dans nos pensées et nos sentiments : arranger tout dans le monde, que chacun soit à sa place, que chacun utilise les conditions que recèlent son cerveau, son cœur.

Les scientifiques contemporains pèsent les cerveaux des défunts pour diverses raisons. La pensée humaine est localisée justement dans le cerveau. C’est un jardin, et la qualité du terreau dans le cerveau humain conditionne celle de ses pensées. Dans le cerveau humain, les zones sont délimitées comme sur terre : les pensées croissent en lui comme les fleurs sur terre. Chaque pensée a sa forme qui peut porter le caractère d’une brebis, d’un loup, d’un ours, d’un renard, d’un serpent, d’une araignée, d’une fourmi et toutes ces formes sont des qualités qui constituent le caractère humain. Et cette clarté survient selon la même loi que la lumière qui descend d’en haut et élève tout en l’homme : les bons comme les mauvais animaux, qu’ils soient loups ou moutons. Lorsque ces animaux se plaignent à la clarté des souffrances éprouvées, elle leur dit : « N’ayez crainte, je vous recréerai l’année prochaine, travaillez juste un peu. » Lorsque nous nous lamentons face aux épreuves, la clarté dit : « Continuez, je vais créer en vous le nécessaire. » Mais elle ne tolère pas le doute, la lâcheté, l’incroyance ; ce sont des traits négatifs. La clarté est une vie d’harmonie divine et seul celui qui possède cette harmonie peut éprouver la splendeur de la clarté. La clarté est un élément doué d’intelligence.

Au sujet de la lumière, les physiciens contemporains disent : « Si deux lumières de pôles opposés se croisent, en ayant des longueurs d’onde et des vibrations différentes, elles se neutralisent, ce qui crée l’obscurité. » C’est la même chose avec la clarté : l’homme est le premier pôle de la clarté, et la femme le second ; ils s’unissent pour former une harmonie divine. Ils formeront cette harmonie si les longueurs d’onde de leurs vibrations sont identiques. Alors, nous ressentons l’amour ainsi qu’une dilatation de l’intellect et du cœur. Mais tous deux doivent nécessairement produire de la clarté.

Lorsqu’il dit : « Vous êtes la lumière », le Christ désigne tous les humains ; lorsqu’Il dit : « Je suis la lumière », Il sous-entend : « Moi et Mon Père ». Un être humain seul ne peut pas redresser le monde, et si quelqu’un annonce : « Je vais redresser le monde », c’est qu’il ne comprend pas la loi. Il faut toujours des couples : deux, quatre, six, huit et ainsi de suite. Les couples sont les lois de la construction. Ces couples entrent en opposition avec les unités. Rajoutez-leur une unité, vous aurez des triplets qui deviendront des quadruplets, et ainsi de suite vous allez constamment évoluer.

Admettons que vous soyez quelqu’un d’intelligent : vous croisez un ami et vous le soupçonnez de quelque chose sans savoir de quoi précisément. Pour étayer une suspicion il faut avoir des faits. Ne nourrissez pas de suspicions sans fondement rationnel. Quelqu’un qui doute dit : « Je ne sais pas pourquoi, mais je ressens quelque chose et du coup j’ai des doutes » ; ce ressenti n’est pas encore une preuve. Un poivrot dit par exemple : « Mon estomac est faible, je vais boire un peu de vin » ; puis, il raisonne ainsi : « Pourquoi ne pas boire un peu plus ? Je viens de boire un coup et je me sens déjà mieux. » Pour autant, ce sentiment n’est pas permanent mais bien fugace, car demain vous vous sentirez mal. En n’appliquant pas la règle qui stipule qu’une faible consommation de vin est bénéfique, vous en abusez et vous détruisez ainsi son effet bénéfique. L’organisme humain est construit de telle sorte qu’il ne tolère rien d’inutile. La chimie nous enseigne que chaque élément interagit avec un autre dans une proportion de poids précise et qu’un élément se combine avec un autre par un nombre d’atomes très précis, ce nombre nécessaire d’atomes pour former un corps chimique stable et robuste, c’est une loi. Les pensées humaines s’unissent ainsi par la même loi de la clarté. Cette clarté a aussi ses nuances dans le monde spirituel. Elles peuvent être passives ou actives : la teinte issue d’un reflet est passive, celle qui provient directement de la source est active. Chaque pensée qui crée dans votre esprit une scission n’est pas de Dieu, mais seulement un reflet de la clarté. Vous aspirez par exemple à construire une maison, à devenir ingénieur, à être écrivain, à étudier la médecine : cette dispersion montre que le projet que vous poursuivez n’est pas pour vous.

Avant la libération de la Bulgarie, lorsqu’il n’existait que quelques métiers, les pères conseillaient à leurs fils de devenir médecins (car ce métier est plus lucratif, il génère plus d’argent) ou bien ingénieurs, mais d’éviter des professions peu rentables. Quel médecin, ingénieur ou curé sera-t-il s’il n’y a pas en lui un élan intérieur vers ce travail ? Il ressemblera à ce médecin du Moyen Âge qui avait un procédé très simple pour soigner : il administrait des saignées et des ablutions d’eau chaude à ses patients, après quoi les patients mouraient. Il s’étonnait : « Est-ce que d’autres médecins arrivent à soigner leurs patients avec plus de réussite ? » Il en est de même pour les médecins contemporains qui donnent un médicament au malade et ensuite, s’il meurt, ils disent qu’il avait un cœur fragile ou évoquent une raison quelconque pour se justifier. Ce médecin doit comprendre l’organisme humain, le tempérament de chacun de ses patients et agir conformément à cela. Le sanguin et le cholérique ne peuvent pas être soignés de la même façon. Pourquoi ? Parce que les deux organismes contiennent des éléments différents, aux réactions spécifiques. À mon avis, toutes les maladies qui existent à ce jour sont dues à la dysharmonie qui se manifeste avec la clarté divine.

Combien parmi vous croient à la vie de l’au-delà ? Vous direz : « C’est ainsi que l’a écrit tel homme illustre, c’est ainsi que s’est prononcé Saint Paul », mais quelle est votre propre expérience de cette réalité ? Vous direz : « Lorsque nous mourrons, lorsque nous irons dans l’au-delà, nous saurons alors s’il y a une vie après la mort. » Pour comprendre cette clarté, il faut avoir une vision spirituelle. Tous ceux qui ont ce sens développé affichent certaines marques au niveau des yeux : autour de la rétine il y a certaines tâches qui témoignent du degré de développement de ce sens en eux. De nos jours, les occidentaux voient se développer cela comme intuition, sixième sens, etc. Un jour se découvrira devant vous aussi un monde grandiose où règne la clarté. Cette clarté vient de l’intérieur et non pas de l’extérieur. Les occultistes modernes disent que celui qui a cette clarté a aussi du magnétisme : un tel homme est doux, conciliant, il a de l’amour et pardonne.

         Aujourd’hui, ce qui détruit et avilit les humains se résume à sept éléments : la vanité, la colère, la luxure, l’oisiveté, la cupidité, l’envie et la convoitise. La vanité n’est pas de Dieu ; Dieu a créé l’homme pour qu’il Le respecte, mais il s’est éloigné de Lui par la vanité. Un tel homme porte les marques de la vanité sur son visage, ses bras, son nez. Je ne vais pas me lancer à vous expliquer lesquelles, vous devez vous-mêmes étudier ces choses et beaucoup d’auteurs ont écrit là-dessus. Lorsque vous ressentirez de la vanité en vous, considérerez que vous êtes quelqu’un d’important dans ce monde, plantez-vous devant un miroir pour observer les traits de votre visage, de vos yeux, notez votre allure. Lorsque vous avez une disposition d’amour et de douceur, regardez-vous de nouveau. Le Christ dit : « Il n’y a rien de caché en l’homme » ; ce n’est que pour les aveugles que tout est dissimulé.

         Certains disent que je vous ai lu des choses mystérieuses. Pour ceux qui ont des yeux il n’y a aucun mystère. Dans ma bourse il y a une graine de pommier ; le voici, le mystère. Semez-là, et dans dix ans vous verrez ses couleurs, ses fruits et vous comprendrez alors ce mystère. Vous direz : « Il peut y avoir quelque chose d’effrayant dans tout cela ». Les peureux n’entreront pas dans le Royaume de Dieu ! Qu’est-ce qui différencie le bon du méchant ? Celui qui ment parle vite et celui qui dit la vérité parle doucement, calmement et veut que ce qui est dit soit vérifié. Moi aussi je veux que vous vérifiiez toutes ces choses.

         Je peux, au moyen de cette clarté communiquer avec les américains, les chinois, les japonais qui sont avancés, avec vos proches, partis dans l’autre monde, le monde de l’harmonie divine. Puisque tu as de l’amour pour celui qui est parti dans l’autre monde, tu peux parler avec lui intelligemment, raisonnablement. Certains médiums qui ne comprennent pas le langage des esprits se mettent à travestir la vérité et à mentir afin de convaincre les autres qu’ils parlent avec les esprits. Ne mentez pas, dites la vérité car le mensonge se fait vite rattraper. La vérité se déplace très vite et à grandes enjambées pour secourir les esprits malheureux. Lorsque quelqu’un dit : « Mes jambes sont longues », je dis : « Tu es heureux, mais je souhaiterais que les jambes de ton âme, de ton cœur soient aussi longues pour porter cette clarté. » Si cette clarté pouvait se développer en nous, nous éviterions quatre-vingt-dix pour cent des malheurs qui s’abattent aujourd’hui.

         La clarté est l’un des principaux éléments pour l’éducation des fils et des filles. Je préconise cette règle à toutes les femmes : ne pas laisser entrer dans leur esprit des pensées qui cultivent des traits de caractère négatifs. Ceux qui ont perdu le sens de la vie, qu’ils assistent tous les matins au lever du soleil. Contemplez le lever du soleil pendant un mois et observez ce que vous ressentirez. Au printemps, lorsque les fleurs poussent et que les arbres fleurissent, observez-les et vérifiez le résultat : vous y trouverez le sens de la vie. Que font les gens d’aujourd’hui ? Ils dorment jusqu’à dix heures du matin et le soir, au coucher du soleil, ils sortent contempler les rayons qui s’éteignent ; à l’automne, ils sortent se promener au milieu des feuilles mortes. Il faut étudier la nature au bon moment. Et à quoi font penser les gens aujourd’hui ? Quelqu’un lit l’Évangile et se demande ce que le Christ a voulu dire par certains propos. Le Christ a très bien lu le livre de la nature divine. Je lis des livres et je me demande toujours si l’écrivain a la clarté ou non et quelles teintes lui manquent. À la lecture de n’importe quel livre, je suis capable de vous décrire à quoi ressemble son auteur : quelle est la forme de sa tête, son visage, ses mains, ce qu’il pense, etc.

         Certains veulent savoir qui je suis. Je suis ce que je vous dis. Si je vous dévalise, je suis ainsi ; si je vous soigne, je suis ainsi. Vous direz : « Pourquoi il nous soignerait ? » Peu importe qui vous aidera, moi ou quelqu’un d’autre. Selon moi je dois donner à quelqu’un le surplus de mes connaissances, de ma vie car elles ne sont pas miennes ; cette clarté qui vient de l’intérieur, je dois la propager à l’extérieur.

         « Vous êtes tous la clarté. » Les chrétiens lisent ce verset depuis deux mille ans sans le comprendre. Alors prenez votre Saint Nicolas et tournez-le tête en bas. Il est tenu de garder votre maison et vos avoirs car c’est votre intelligence, alors dites-lui : « Ou bien tu raisonneras juste ou bien je te tournerai tête en bas. » Vous demandez ce qu’est la clarté. Lorsqu’elle rentrera dans votre âme, votre visage sera beau, vos yeux seront brillants, vos mains dégageront une chaleur agréable, vous sentirez bon. Et comment sentent les gens d’aujourd’hui ? Mauvais, très mauvais. Les violettes et les autres fleurs vous aident à masquer votre odeur naturelle. C’est pourquoi la violette que vous employez dit : « Dieu se manifeste dans l’humilité de la vie et non pas dans la vanité ; si vous êtes une vallée avec un bon terreau, Dieu sèmera en vous les meilleures graines, mais si vous êtes un sommet nu et orgueilleux, il n’y aura sur vous que des neiges éternelles. » Voici le langage des violettes et les humains qui utilisent leur parfum doivent apprendre ce langage. Je ne vous accuse pas pour autant ; je souhaiterais que vous ayez tous l’arôme et la teinte d’une fleur telle la violette. Lorsque vous prononcez un mot ou écrivez quelque chose, il faut qu’il y ait en lui un parfum exquis. Selon la logique de la clarté, tous les humains sont des couleurs. Qu’est-ce qu’un maître, un prêtre, un agriculteur, un père, une mère, un frère ou une sœur ? Ce sont des fleurs divines sublimes. Avez-vous compris quelle est la couleur de la mère ? Lorsque vous entrerez dans la vie de la clarté vous comprendrez la couleur de la mère. Il n’y a pas de couleurs plus sublimes que celles d’une mère, d’un père, des frères et des sœurs, des proches. Avez-vous ces couleurs en vous ? Qui n’a pas déjà chassé dix fois la clarté de lui, qui n’a pas avili les couleurs de sa mère, de son père, de ses proches en lui ? À partir de maintenant nous devons bâtir, bâtir.

         Si vous voulez élever le peuple bulgare, vous devez bâtir. La Bulgarie a besoin de sel et de clarté qui subliment les choses, et les gens érudits doivent réfléchir là-dessus. Sans sel ni clarté il n’y a pas de Bulgarie. Le peuple bulgare a une racine en bas dans la terre et une branche dans le monde divin ; ce peuple doit donner des fruits sur sa branche supérieure. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut caractériser un peuple ou une âme. Les âmes sont individuelles, c’est vrai, mais en même temps collectives ; le collectif est la loi de l’harmonie. La clarté peut être ressentie avec son âme, son cœur, sa volonté.

         La colère est une autre chose qui détruit la clarté. L’homme colérique est sans volonté. Les Écritures disent à un endroit : « Indignez-vous, mais ne péchez pas.[3] » La colère est une sorte d’énergie mal utilisée ; chacun a déjà ressenti un affaiblissement après une colère, ce qui indique un phénomène de démagnétisation.

         Un troisième élément qui entrave la clarté est la luxure ; c’est la tombe de l’amour : combien de jeunes hommes et de jeunes filles sont allés dans la tombe avant l’heure à cause d’elle ! L’amour est harmonie, mais la luxure du poison.

         Un quatrième élément qui met à mal la clarté est l’oisiveté. Si vous allez en Amérique, vous verrez qu’à l’école, en plus des leçons, les enfants apprennent des métiers. Chacun travaille là-bas, chacun gagne sa vie tout seul en considérant l’aumône comme une humiliation ; là-bas on respecte les jeunes qui travaillent. Je souhaiterais que chacun aspire au travail en Bulgarie ; ceci s’adresse aux citadins pour qui le danger de l’oisiveté est réel, et non pas aux paysans.

         Un cinquième élément qui anéantit la clarté est l’envie. L’envie et la vanité sont frères et sœurs : l’envieux est également vaniteux. Celui que l’envie dévore se délecte de la souffrance des autres. Souvenez-vous ce drame de Shakespeare[4] où le marchand cupide a exigé qu’on découpe la chair du débiteur, même si ce dernier avait fini par être de nouveau solvable. Il existe beaucoup d’autres exemples qui font apparaître l’envie : deux personnes s’affrontaient au tribunal et le jury a stipulé après les plaidoiries que l’un subisse une punition deux fois plus sévère que l’autre, puis leur a demandé quelle punition ils souhaitent se voir infliger. Celui qui était sous la menace d’une moindre punition a proposé qu’on crève les yeux de l’autre. « Oui, mais toi aussi tu auras un œil de moins – a dit le juge. – Oui, a-t-il répondu, mais l’autre aura ses deux yeux crevés. »

Quelqu’un d’une telle cruauté ne peut avoir de clarté. L’envie se manifeste aussi chez les hommes politiques ; il y en a beaucoup en Bulgarie. Donnez la place aux gens nobles !

         Si quelqu’un a ces cinq vices, freinez-le, il n’est pas à sa place. En disant : « Vous êtes la lumière », le Christ désigne les gens du futur. Lorsque le Seigneur a créé le monde avec ses étoiles, la lune, le soleil, Il a dit : « C’est pour les gens du futur. » Quelqu’un me dit : « Dis-moi quelle était ma vie passée ? » Elle est inscrite sur toi. Il se peut que tu aies maintenant un organisme indisposé, cela ne signifie pas que tu es malade ; lorsque les circonstances qui entravent la clarté disparaîtront, cette indisposition s’estompera.

         Un autre vice qui empêche la clarté est la convoitise, le désir d’avoir beaucoup. Je vous donnerai un exemple de convoitise : en Espagne, il y avait un millionnaire qui avait assujetti des régions entières. Comme tous se sont plaints de lui, le roi d’Espagne a ordonné de l’enfermer. Et en prison, lorsqu’il demandait de l’eau ou du pain, on lui prenait 1000 leva pour un verre d’eau ou un bout de pain. « C’est la plus grande cruauté, qu’on puisse m’infliger, a dit le prisonnier. – C’est ta punition, a répondu le roi. Va-t’en maintenant, et ne fais plus aux autres ce que tu ne veux pas subir toi-même. »

C’est pour cela que Dieu vous envoie toutes ces épreuves. Vous dites pour quelqu’un : « Il est né simple d’esprit ». Ce n’est pas vrai que c’est à cause de son père et de sa mère, il est lui-même sa mère et son père. Deux théories circulent à ce sujet : l’une prétend que les mères transmettent leurs qualités à leurs enfants, l’autre, que l’enfant existe en tant que créature raisonnable dans le monde invisible et se choisit une mère convenable, un environnement convenable et influence sa mère en lui inculquant de bonnes pensées. Une femme enceinte peut déterminer comment sera son fils selon les pensées qui l’assaillent. Nous pouvons nous arcbouter face au monde divin, mais lorsque sa loi agira, sa force annihilera nos résistances. Vous, hommes et femmes qui êtes ici, vous êtes clarté. Pour moi le mal n’existe pas ; j’entends que le mal n’existe pas dans l’harmonie divine ; il n’existe qu’en dehors d’elle. Si vous décidez de mener une vie noble et vertueuse, vous aurez cette clarté, elle sera avec vous. Cette clarté est intelligente, et tous les anciens mystiques qui avaient cette clarté voyaient un monde infini rempli des plus belles couleurs, et qui remplissait aussi leur âme. Lorsque vous êtes bien disposés, vous avez cette clarté, mais vous ne savez pas la retenir longtemps.

Quelque fois, vous pensez que je prêche bien, mais vous dites : « Qui sait quel but il poursuit ? » Mon but est d’accomplir la volonté divine. Je ne suis pas de ceux qui mentent, je n’ai menti à personne, personne ne m’a menti. Vous ne pouvez m’acheter qu’avec le bien, la vérité, l’amour et la sagesse. Si vous voulez servir Dieu et décidez de le faire, c’est alors seulement que Dieu, dans Sa grandeur, s’abaissera et fera de vous des hommes de bien et de grands esprits. Je prêche sur le Seigneur vivant, le Seigneur du XXème siècle qui démolit les prisons, libère les prisonniers et apporte l’harmonie, l’ordre, la gaîté et la joie. Il apporte des bienfaits que les humains ne soupçonnent même pas. Il transformera cette terre en jardin d’Éden et vous, les bulgares, vous y habiterez. Vous serez tous en vie, je vous croiserai de nouveau et vous verrez si ce que je vous dis est vrai ou non ; ce ne sont pas des illusions comme certains peuvent le penser. Les illusions se caractérisent ainsi : par exemple, vous pouvez nourrir quelqu’un d’illusions en lui disant que vous lui donnez à manger, mais quarante-cinquante jours après il aura maigri et périclitera. L’homme s’abêtit et s’affaiblit avec les illusions, mais si votre âme se nourrit, se revigore, vit d’une pensée, ce n’est pas une illusion. Je souhaiterais que tous les bulgares soient grands par la vertu, par l’amour, par la justice, par la sagesse, par cette vérité divine de la clarté dont je vous parle. Méditez sur la clarté : elle est en vous, essayez-là. Soyez autonomes, entrez comme les abeilles dans chaque fleur pour recueillir du nectar. N’y restez pas toute la nuit – c’est de la luxure –, mais prenez le nectar et retournez dans votre ruche.

         C’est ce que le Christ a voulu dire par les mots : « Vous êtes la lumière » et « Une ville sur une montagne ne peut pas être cachée. » Lorsque vous entrerez dans cette ville, vous comprendrez le sens de votre vie terrestre. C’est la même chose avec un cocon qui renferme tous les éléments nécessaires à sa transformation en papillon. Il ne se passera pas beaucoup de temps pour que vous soyez comme ce papillon. Maintenant, vous allez sur terre, droit devant vous, et vous vous demandez s’il existe une autre vie ; une fois papillons vous saurez qu’il y a une autre vie. Et avec vos ailes, votre intelligence et votre cœur, avec la clarté, vous vous poserez sur le plus bel arbre divin, l’Arbre de la vie, vous en comprendrez le sens et vous serez gais et joyeux.

 

Sofia, 1 avril 1917


[1] En bulgare il existe 2 mots « svetlina » (de la racine « svet » qui désigne « le monde » et « videlina » ( de la racine « vidia » pour le verbe « voir ») pour désigner la lumière. Dans cette traduction, « videlina » a été traduite par « clarté » et « svetlina » par « lumière » ;

[2] Vous êtes la lumière du monde : une ville, située au sommet d'une montagne, ne peut être cachée. (Matthieu 5, 14)

[3] " Êtes-vous en colère, ne péchez point ; " que le soleil ne se couche point sur votre irritation. (Ephésiens 4, 26, citant le Psaume 4, 5 : « Frémissez et ne péchez pas ; sur votre lit réfléchissez et taisez-vous. »)

[4] Il s’agit de la pièce « Le marchand de Venise »

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