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Ani

1917_01_14 Marthe et Marie

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Marthe et Marie

 

 

 

Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit :

Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ?

Dis-lui donc de m'aider. Le Seigneur lui répondit :

Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses.

Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part,

qui ne lui sera point ôtée.

Luc 10 :40-42[1]

 

 

 

         Beaucoup a été dit sur Marthe et Marie. Elles symbolisent deux principes dans l’âme humaine : le principe actif et le principe passif. En Marthe et Marie nous trouvons deux femmes, deux caractères opposés, deux états du cœur humain. Le premier état est doux, calme, silencieux, une intelligence attachée à un principe immuable, s’appuyant sur une fondation immuable, alors que le second état est comme les vagues marines, comme les petites branches des arbres : une effervescence constante, une agitation permanente. Le Christ cependant montre à Marthe ce qui est essentiel en lui disant : « Tu t’occupes de beaucoup de choses futiles, en dehors de la réalité, alors que Marie a choisi quelque chose de plus important. »

         Beaucoup parmi vous correspondent à ces deux caractères : certains sont Marthe, d’autres Marie. Les Maries sont en général des femmes nobles ; elles sont bienveillantes, ont une belle allure, un beau visage, un regard doux, un front symétrique, un nez droit et leur cœur est tendre, compréhensif, sensible aux souffrances des autres, prêt à secourir. Marie signifie en hébreu eau salée ; Marie sale le monde ; grâce à elle, il ne se détériore pas, ne se gâte pas, ne s’abîme pas. Lorsque vous avez le principe de Marie en vous, votre cœur ne se décompose pas. Marthe tire son origine de Mars qui veut dire amer, intrépide, irascible, de sorte que ce principe amer en vous est toujours mécontent, agacé, en colère. Et cela n’est pas dû à de la malveillance, mais à la nature active de ce principe qui exige de se frayer un chemin où qu’il aille. S’il s’agit de Marthe, vous verrez que le matin, au lever, tous les domestiques sont mobilisés sous les cris et les injonctions ; si elle lève le balai tous s’enfuient ; elle dit : « Tout doit être en ordre ici. » Cette Marthe est dans les églises, les écoles, les tribunaux, elle est partout, elle est indispensable. Mais ne laissez aucune des deux prendre le dessus, ni le principe actif ni le principe passif.

         Je relie deux autres principes à ceux-ci : le principe de ce qui est supérieur et le principe de ce qui est inférieur. Le principe supérieur est symbolisé par Marie : il montre comment servir Dieu et être en harmonie avec les êtres supérieurs, les saints, les anges qui savent plus que nous et qui savent obéir. Grâce à ce principe, nous nous assiérons humblement aux pieds du Maître pour nous instruire. Vous direz : « Combien y a-t-il de Maîtres ? » Je ne connais qu’un Maître, il est Unique. Il peut avoir deux cent cinquante mille cheveux sur la tête, cela ne veut pas dire qu’ils sont deux cent cinquante mille maîtres. Un arbre peut avoir beaucoup de branches, mais la branche n’est pas l’arbre ; pour autant l’arbre et les branches sont animées par une même vie ; c’est ainsi que l’unité doit se faire dans votre esprit. Et lorsque viendra le Maître, l’Esprit qui est en vous, que vous soyez hommes ou femmes, vous devrez écouter profondément cette voix de douceur et d’amour qui est en vous.

         L’amour n’est pas aigre. Qu’est-ce que vous aimez dans la vie ? Imaginons que le monde ne soit peuplé que de Marthes, toutes brandissant les balais, soulevant la poussière, criant… Quelle musique cela ferait ! Je pense que les maisons seraient bien rangées, bien meublées, tout serait en ordre et nous aurions des allures magnifiques, mais il n’y aurait pas de vie. Et inversement, s’il n’y avait que des Maries, alors il n’y aurait que du sel ; mais sans Marthe, qu’est-ce qu’il y aurait à saler ? Cette Marie a un rapport à quelque chose d’autre, à un principe, à un autre fondement : le principe supérieur. Marie nous montre le chemin pour servir Dieu personnellement. Et c’est en cela que nous trouverons le sens de notre vie. Et nous comprendrons les autres créatures qui vivent autour de nous dans la mesure où nous comprenons le sens intérieur de notre âme. Lorsque nous apprendrons le principe premier, le principe supérieur : obéir à Dieu, alors nous apprendrons l’autre principe également pour soumettre tous les éléments inférieurs, le principe inférieur chez l’homme. Lorsque la science moderne affirme qu’elle cherche à soumettre la nature, j’entends qu’elle veut soumettre Marthe qui fait tout ce bruit. Nous devons apprendre à être de bons maîtres. Celui qui n’a pas appris à obéir, à servir Dieu, ne peut pas être un Maître. Et chacun de nous qui cherche à devenir un Maître, doit apprendre d’abord à être un serviteur, serviteur de Dieu, obéir, apprendre ce principe supérieur et s’asseoir comme Marie aux pieds du Christ. Et le Christ dit : « Cette bonne part de Marie ne lui sera pas ôtée. »

         Je donnerai un exemple pour illustrer cette idée ; c’est peut-être une légende... On raconte qu’un jour, lors de ses voyages en Europe, le grand violoniste Paganini a remarqué sur sa route dans une ville un vieux violoniste avec des mains tremblantes et des yeux éteints. À terre devant lui, une coupelle, mais aussi le violon car il n’arrivait plus à jouer. Paganini s’est arrêté devant le vieux violoniste, a pris son violon et lorsqu’il a commencé à appuyer avec l’archet, toute une foule s’est rassemblée autour d’eux. Il a joué deux, dix, vingt minutes et tous ont commencé à mettre des pièces d’or et d’argent dans la coupelle. Voilà comment Paganini a fait un don au pauvre vieillard. Il restait aux pieds de Paganini, comme Marie aux pieds du Christ et n’a pas dit : « J’attends de voir ce que ça donnera », mais il écoutait ce que le maestro jouait. « Oui, a-t-il dit, je vois maintenant mon grand Maître, Maître de la vie. » La coupelle, c’est un récipient dans lequel s’amassent de grandes et bonnes pensées.

         Lorsque ce grand Maître viendra jouer en vous, votre coupelle se remplira de pensées et de sentiments nobles. Et vous ne serez plus impuissants et timorés, mais jeunes, frais, bons et forts. J’aimerais aussi vous voir agir de la sorte dans certaines situations, et non pas y consacrer toute votre vie. Car le Christ en approuvant Marie veut nous dire : « Je ne veux pas que vous me donniez tout votre temps, mais juste ce que vous ne savez pas utiliser à bon escient, même si c’est infime. Et le reste du temps où vous êtes occupés, soyez libres d’accomplir vos missions dans la vie. » Le Grand Enseignement n’exige pas de nous de délaisser nos missions dans la vie, mais le temps à consacrer pour Marie est dû. Ce Paganini ne s’arrête pas toujours, c’est très rare ; il laisse le violon et s’en va. Ainsi, le Christ s’arrêtera aussi un jour chez vous, dans votre vie, lorsque vous serez surchargés, blasés, lorsque vous penserez que votre vie n’a pas de sens, que vous n’êtes pas utiles, que l’art que vous apprenez est déprécié ; alors Il s’arrêtera et jouera avec votre violon. C’est cela le bonheur - entendre jouer un grand maître et voir dessiner un grand peintre. C’est cet enseignement qu’il faut embrasser : l’enseignement d’admirer Dieu et Lui obéir car, par cette obéissance, nous acquerrons de grands vertus.

         D’où naissent les conflits d’aujourd’hui entre les gens ? De ce que les gens sont aigres au lieu d’être doux et affectueux. Si tous les hommes étaient doux et affectueux, la vie serait plus heureuse, intérieurement et extérieurement. Si les gens se respectaient mutuellement, s’ils faisaient des compromis, il y aurait une grande harmonie dans la vie. Je n’envie pas les gens qui se querellent tous les jours : ils s’insurgent ainsi tous les jours contre Dieu. J’entends des réclamations : celles des scientifiques, des prêtres, des médecins, des enseignants, des prédicateurs, tous sont mécontents. Les prêtres et les médecins qui reçoivent de l’argent, se plaignent que cela ne leur suffit pas, que le Seigneur donne plus aux autres et pas assez à eux : voici une réclamation. Si c’est un berger, il dira que sa bergerie est trop petite, qu’il en veut une plus grande : c’est une réclamation aussi. Le scientifique se plaint également qu’il n’a pas assez de facultés. À qui la faute ? Toujours au Seigneur. Je ne parle pas uniquement pour vous qui êtes ici, mais aussi pour ceux qui sont au-dehors : ils sont mécontents. La loi de ce qui est supérieur est de toujours faire jaillir la gratitude et l’amour envers Dieu.

         Certains demandent : « Où est le Seigneur, comment Le trouver ? » Même les petits enfants peuvent trouver le Seigneur. Cela fait deux mille ans que les philosophes argumentent pour démontrer où est le Seigneur : au Ciel, dans les étoiles, sur terre ou dans le cœur de l’être humain ? Ils Le cherchent toujours, personne ne L’a trouvé. Les prédicateurs disent qu’Il est dans le cœur de l’homme ; les astronomes, qu’Il est dans l’univers en tant que force gravitationnelle ; certains affirment qu’Il existe, d’autres qu’Il n’existe pas. Je vous donnerai un exemple pour vous faire comprendre la vision de ces philosophes. Imaginez que le Seigneur, comme le soleil, se lève et se couche toutes les vingt-quatre heures, allant d’est en ouest ; imaginez que lorsque le Seigneur se lève, vous vous endormez jusqu’à ce qu’Il se couche, et vous vous levez ensuite pour le chercher toute la nuit. Et comme vous ne Le trouvez pas, vous vous endormez encore à l’aube et au couchant vous Le cherchez encore toute la nuit. Un jour se passe ainsi, deux, un mois, un an, dix ans, le temps s’écoule ainsi : vous Le cherchez et ne Le trouvez nulle part. Je dis : changez uniquement votre rapport aux choses : couchez-vous le soir, et soyez éveillés le matin lorsque le soleil se lève, et vous verrez le Seigneur, vous Le trouverez. Je Le vois chaque jour ; je dors le soir et le matin au lever du soleil, je me lève pour l’accueillir. Voici la philosophie de la vie : le Seigneur se lève comme le soleil. Mais que font les gens aujourd’hui durant la nuit ? Ils vont au concert, au bal, au théâtre et lorsque le Seigneur se lève, ils dorment. Ce sont des aristocrates de « la grasse matinée ».

         Toutes les personnes qui dorment le matin et durant la journée sont de la culture des hiboux, et c’est pour cela qu’ils souffrent. Alors que cette culture de la nuit doit être remplacée par la culture du jour : tu te réveilleras à l’aube, tu te mettras debout et tu attendras au minimum une demi-heure le lever du jour. Le Seigneur se montrera à toi, tu puiseras de la force en Lui, de l’énergie, de la santé, et toute la journée tu seras serein et fort pour te battre. Certains philosophes disent : « Le Seigneur est de sang noble, Il ne reçoit pas tout le monde, il faut être bien habillé devant Lui. » Je vous donne un contre-exemple : lorsque le soleil se lève, tous les animaux, les bons et les mauvais, les beaux et les laids, se montrent comme ils sont. Le Seigneur les éclaire tous : les serpents, les lézards, les moustiques, tous les nuisibles qui font tant de dégâts ; Il ne leur dit pas : « Tu dois rester tapi dans ton terrier. » De même, présentez-vous à Dieu et réchauffez-vous ; c’est le sens de la vie. Nous ne souffrons pas du fait qu’il y a beaucoup de serpents sur terre ; leur nombre est déterminé, ils sont à leur place et s’ils se multiplient davantage qu’il ne le faut, le surplus sera nécessairement éliminé. Lorsque les loups sont un certain nombre, ils sont à leur place, mais s’ils se multiplient, le surnombre sera régulé.

         Ainsi, si vous n’attelez pas chaque pensée et chaque sentiment en vous, c’est-à-dire si vous n’avez pas appris à servir Dieu, cette pensée, ce sentiment vous dirigera. Et par la même loi, tout comme vous vous insurgez face à Dieu, vos désirs et vos pensées aussi s’opposeront à vous. Si vous appliquez ce que je vous dis là, vous en constaterez l’efficacité.

         Certains disent : « Éduquons le monde, les humains. » Je ne crois pas à l’éducation en ce sens, car toutes les créatures sont des cellules individuelles de l’organisme divin, du corps divin et chacun doit s’éduquer par lui-même. Je ne peux pas vous commander, ce serait un sacrilège, ce serait mentir à Dieu. Je ne veux pas donner d’ordres, pourquoi ? Parce que ces humains appartiennent au Seigneur, je n’ai pas le droit de disposer de ce qui est à autrui. J’ai le droit d’être le maître seulement de mes pensées et de mes désirs, je peux leur commander, mais je dois être serviteur de tout ce qui est en dehors de moi. Vous aussi, vous devez agir de la sorte.

         Alors, nous descendrons vers les éléments inférieurs, vers ce qui est déraisonnable. Que dit la Bible dans le premier chapitre de la Genèse ? – « Dieu a créé le Ciel le premier jour, puis la terre. » Le Ciel, c’est Marie et la terre, Marthe. La terre était « informe », donc aigre. Les gens érudits disent que lorsque cette Marthe est apparue, l’orage, la tempête, le feu, les éruptions, grondaient autour d’elle. Alors Dieu a dit à Marthe : « Marthe, Marthe, tu fais trop de bruit, le progrès n’est pas là-dedans ; Marie a choisi la bonne part, elle regarde en haut ! » Alors, la terre, Marthe, a regardé en haut et s’est mise à tourner autour d’elle-même et autour du Soleil. Ainsi s’est formée la vie et beaucoup de créatures sont apparues ; puis en fin de compte, l’homme est apparu. Lorsqu’Il a terminé Son travail, le Seigneur a dit : « Tout ce qui a été créé autour de Marthe est bien. » C’est ainsi que le premier jour est arrivé, puis les autres jours.

         Maintenant, certains parmi vous représentent Marthe : ils font du vacarme et des flammes sortent de leurs cœurs et de leurs esprits. Marthe n’a ni lacs, ni rivières et le Grand Maître dit : « Marthe, Marthe, ne sois pas dans la confusion, une seule chose est nécessaire, le Ciel, le raisonnable, le grand dans le monde ; regarde en haut, c’est ce qui te donnera le sens. » Lorsque, vous aussi, vous lèverez les yeux, votre Esprit se mettra à circuler correctement autour de son centre et vous trouverez le sens de la vie. Avoir une vie qui ait du sens signifie avoir un centre autour duquel graviter et qui t’envoie quotidiennement ce qui est utile et indispensable pour toi.

         Ainsi, Dieu a créé en même temps en nous Marie et Marthe ; ce sont les deux pôles de l’âme humaine. Je pourrais vous expliquer un jour le sens intime de ces deux principes qui agissent dans le monde. Mais avec trop de discours, le savoir qui s’accumule sans être appliqué crée des dépôts et les gens peinent à agir. Un élève d’une école évangéliste, lors d’une leçon de grammaire bulgare qu’il maîtrisait peu, s’est justifié devant le professeur : « Il y a beaucoup de manuels de grammaire bulgare : celle d’Ikonomov, celle de Grigorov et d’autres encore, lequel choisir ? Une fois comme ça, deux fois, et à la fin le professeur de lui rétorquer : « Écoute ami, je ne veux pas savoir ce que racontent ces manuels, je veux que tu travailles sur ma grammaire à moi. » Lorsque le Seigneur viendra, vous Lui direz : « Il y a des philosophes comme Kant, Schopenhauer, Tolstoï qui disent ceci et cela, mais il y a des contradictions entre eux, lequel suivre ? » Le Seigneur vous dira : « Vous suivrez ce que Je vous dis. » Et lorsque vous voulez suivre la vérité divine, vous devez vous recueillir dans votre âme, alors vous comprendrez la vie autrement. D’autres facultés feront surface en vous, vous verrez autour de vous la présence d’autres êtres qui créent et vous direz : « Comme nous avons été aveugles ! » Je vous demande à vous qui réfléchissez, si vous étiez à la place d’une fourmi et qu’un philosophe vous piétinait que penseriez-vous de ses pieds ? Vous diriez : « Un rocher est tombé sur nous pour nous écraser » ; et ce rocher ne représente qu’une petite partie de ce géant. Un jour vous dites : « Le destin me persécute, me pourchasse », mais ce n’est rien d’autre que le pied d’un grand philosophe qui vous a marché dessus. Vous ne devez pas barrer le chemin des philosophes, des gens érudits, ils ne s’arrêteront pas à cause de vous, ils suivront leur chemin, et si vous vous mettez en travers, le pied du philosophe vous écrasera. Si vous vous plaignez, je vous dirai : « Votre place n’est pas sur ce chemin des philosophes, vous êtes des fourmis, choisissez un autre chemin. » Voilà la philosophie de la vie : lorsque j’observe le malheur de quelqu’un, je lève les yeux et je vois un géant lui marcher dessus et l’écraser.

         Ainsi, le Seigneur a créé le monde, tous les mondes. Il y a dix-huit millions de soleils dans la voie lactée et chacun d’eux suit une trajectoire définie, et entre un soleil et un autre il y a vingt-cinq milliards de kilomètres pour éviter les collisions ; c’est le Seigneur qui a tracé ces trajectoires. Et dans votre vie, Il a aussi tracé un chemin, un espace et Il vous dit : « Ne dépassez pas les limites de votre royaume. » Vous voulez conclure un accord avec un autre royaume : les hommes et les femmes de deux royaumes ont conclu un accord pour former un seul royaume uni et ils se sont querellés. Pourquoi ? Que chacun gouverne dans son propre royaume. « Viens mettre ton argent en commun avec le mien », dit quelqu’un.  Que chacun garde son argent sur soi ; ne le confiez à personne. Sur terre, tous ceux à qui vous le confierez, vous le déroberont. C’est pourquoi le Christ dit : « Amassez votre richesse là-haut.[2] » Là-haut ! Là-haut, c’est le vrai sens de la vie.

         C’est pourquoi nous sommes à blâmer de chercher à dénaturer la vie que Dieu nous a octroyée. Je sais que lorsque les gens détestent quelqu’un, ils apportent cela avec eux partout. Laissez cela, tenez uniquement Dieu, c’est Lui qui éclaire, laissez-Le entrer dans votre sainte demeure. Les gens d’aujourd’hui sont polythéistes : il y a des dieux du travail, des dieux de la gloire, des dieux de la force qu’on encense. Prenez le marteau et débarrassez-vous de ces idoles, brisez-les. Asseyez-vous aux pieds de votre Maître et vous comprendrez le sens intérieur, profond de votre vie. C’est ce que le Christ veut dire : « Le bien que Marie possède ne lui sera pas ôté. Tu t’angoisses pour beaucoup de choses. – J’ai ceci, j’ai cela. – Tu es le maître de ces choses, prends-les et jette-les ! » J’ai observé certains maîtres qui, assis sur une chaise comme moi maintenant, se font servir. Ils veulent être servi de quelque chose qu’ils peuvent se procurer tout seuls, ils remuent la cloche : « Dring ! », mais personne ne se présente. Ils appellent une fois, deux fois et se lèvent enfin pour protester. Mon ami, lève-toi, prends tout seul ce qui te manque, tu peux t’aider toi-même. Ses chaussures sont à cinq pas de lui, et il remue la cloche pour que la servante les lui apporte ; il crie et se fâche. Prends les tout seul car la tranquillité et la paix que tu as sont plus précieuses que le manque d’empressement de la servante. Tu n’as qu’à les attraper tout seul : prends les chaussures, puis fais la morale à la domestique. C’est ce que le Seigneur exige, car elle n’est pas votre servante, mais la servante de quelqu’un d’autre. Je vous dis parfois que je suis serviteur, mais pas de vous, pas des humains, je suis serviteur de Dieu.

         À Londres, un prédicateur baptiste rendait visite à un autre prédicateur nommé Spurgeon, et pour se donner de l’importance, il marqua sur sa carte de visite : « Un de tes frères dans le Christ t’attend dehors pour te rencontrer. » Spurgeon écrivit sur le verso de la carte : « Dites-lui que je suis en train de m’entretenir avec son Maître. » Si quelqu’un t’interpelle : « Ton frère dans le Christ t’attend dehors », dis-lui que tu converses avec son Maître. Et la domestique que tu appelais pour avoir tes chaussures, était aussi en train de s’entretenir avec son Maître et Il te tirerait l’oreille si tu t’immisçais dans son silence. Voici la plus grande philosophie que nos contemporains doivent apprendre : être serviteurs de Dieu. Lorsque nous apprendrons cette grande loi, les rapports entre nous s’amélioreront.

         J’observe les gens : si tu es bien disposé, tous te sont agréables ; si tu es mal disposé, mal réveillé, tu les regardes tous de travers, et cet état d’esprit peut durer une semaine, un mois ; nous considérons cela comme une nouvelle philosophie, celle du pessimisme, et nous traitons ces gens de pessimistes. Vous dites : « Il est pessimiste, selon les dires de Schopenhauer. » Vous êtes tous des philosophes. Les Bulgares se placent même plus haut que Schopenhauer ; il y a chez tous cette teinte de pessimisme. Le Bulgare se décourage, désespère et alors survient la philosophie de Schopenhauer, survient Marthe. Je dis seulement une chose : tu dois obéir à Dieu. Tu ne Le sers pas et c’est la raison de toutes tes épreuves ; il n’y a aucune autre fatalité. Le jour où tu obéiras à Dieu, à ton destin, tous les autres se soumettront à toi. C’est l’enseignement de Marie et de Marthe. Marie, c’est le Ciel, Marthe, la terre ; Marie, c’est le cœur supérieur, Marthe, le cœur inférieur ; Marie, c’est l’intelligence supérieure, les théosophes l’appellent le manas supérieur ; Marthe, c’est le manas inférieur. Quant à vous qui allez rentrer chez vous, dites-vous : « Viens Marthe, viens Marie – je les vois, elles sont majestueuses –, vous êtes deux sœurs bienveillantes. »

         Le Christ, c’est l’Esprit supérieur, le principe supérieur. Si Marie répondait à Marthe, elle devrait dire : « Laisse-moi écouter un peu, ensuite je t’aiderai. » Le Christ parlait et c’est pourquoi Marie ne travaillait pas. Si vous rentrez maintenant à la maison et que vous vous fâchez, vous direz : « Marie, sais-tu ce que dit le Maître : tu dois obéir. » Marie doit être noble, délicate, fraternelle et dire : « Attends un peu ma sœur, je te servirai ensuite. C’est ainsi que doit parler Marie. Et lorsque sa sœur la réprimande, elle dira : « Comme ta voix est douce et agréable ! » car il y a une certaine harmonie entre le noble et le non noble, il y a des traits similaires entre l’amour et la haine. Je les connais ces deux sœurs ; mais, celui qui se place entre elles est étouffé par leur affection : elles l’étouffent et lorsqu’il meurt, elles disent : « Qu’avons-nous fait ! » Mais l’amour dit : « Maintenant, ressuscitons-le. » La haine dit : « Je vais l’enterrer. – D’accord », dit l’amour. Ils l’ensevelissent, mais ensuite l’amour revient, le réchauffe et il réapparait : il est ressuscité. La haine et l’amour travaillent constamment dans le monde, alors que vous avez une si mauvaise opinion de la haine, de l’envie. Ce sont des serpents, des lézards qui sont parfois avenants. Comment serait le monde sans lézards, sans serpents, sans moucherons, etc. ? Montrez-le moi cet autre monde, où est-il ce monde prétendument meilleur ? Non, notre monde comme il est fait, est grand par ses desseins, grand par ses manifestations. Alors que ce dont vous vous plaignez constamment, c’est la dysharmonie qui est en vous, c’est Marthe, la terre non structurée, ce bruit qui sévit sans cesse en nous et qui détruit l’harmonie. L’Esprit divin doit descendre et se manifester.

         Ainsi, l’Esprit est descendu, Il met de l’ordre, Il travaille. Ayez une foi inébranlable dans ce grand principe qui vit en Marie ; ayez foi aussi dans le principe qui vit en Marthe ; ayez foi dans le Christ, car le Christ qui est logé en elles les unit. Vous aussi, unissez ces trois-là : votre esprit, votre Marie, votre Marthe et commencez ainsi la nouvelle année.

         Je ne conclus pas, je laisse de grands vides entre tout ce qui a été dit pour voir comment vous allez résoudre le rébus. Je suis clairvoyant et en me penchant sur votre avenir, je vois les uns se lever, d’autres tomber, les uns marcher sur le chemin, d’autres zigzaguer, mais tous finiront en fin de compte par y arriver au prix d’hésitations et de retards. Lorsqu’ils embarquent sur un grand paquebot transocéanique, certains ont mal au cœur à cause de la houle, d’autres non. Comme ils sont intéressants ces aristocrates au milieu de l’océan ! Le premier jour, ils sont guindés, habillés, parés de bagues et de colliers, ils sont tous joyeux et satisfaits ; mais lorsque le bateau largue les amarres, ils deviennent tous pensifs comme des philosophes, comme s’ils écoutaient un prêche important. Le deuxième jour, ils commencent à avoir une sensation nauséeuse dans le ventre, et se mettent à manger des citrons, à se coucher sur le sol et à vomir. Mais lorsqu’ils atteignent la terre : « Comment était la traversée ? – Sans accroc ! » Oh, cet océan entre la terre et le Ciel, combien de fois vous allez avoir la nausée avant de finir la traversée ! Vous direz : « C’est une épreuve très pénible ! » Mais lorsque vous irez sur terre, vous aurez un excellent appétit car vous serez bien nettoyés. Cette Marthe dans l’océan fait un bruit assourdissant, secoue les bateaux, déclenche des cris et des pleurs, mais lorsque vous atteignez la terre, lorsque Marie vient, vous dites : « Dieu merci, nous avons fait une traversée sans accroc. »

         Ne craignez rien, soyez toujours auprès de votre Grand Maître pour résoudre la question de la vie. Vous avez des problèmes très ardus à résoudre dans la vie : l’éducation des enfants, les rapports mutuels de l’homme et de la femme, le rapport à la société, le rapport à l’humanité. Vous avez beaucoup de devoirs : comment les assumer ? Certains considèrent qu’une fois devenus chrétiens, ils n’ont plus d’obligations. Mais c’est précisément le contraire ! Le chrétien a plus d’obligations et doit s’en acquitter parfaitement bien. Et lorsque le jour s’achève, il doit ressentir une grande quiétude d’avoir accompli ce qu’il avait à accomplir et mettre sur son agenda pour le lendemain ce qu’il n’a pas encore accompli. Un jour vous serez Marthe, un autre jour Marie, mais lorsque vous serez aux pieds de votre Maître, que Marthe et Marie s’apaisent toutes les deux, que tout s’apaise pendant une heure. C’est l’enseignement et les idées que le Christ apporte. Apprenez à servir ce qui est supérieur pour pouvoir gouverner ce qui est inférieur.

Sofia, 14 janvier 1917


[1] « Marthe s’affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service? Dis-lui donc de m'aider. " Le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Luc 10, 40-42)

[2] Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. (Matthieu 6, 20-21)

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