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Ani

1916_10_22 Ne la boirai-je pas

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Ne la boirai-je pas


Ne boirai-je pas la coupe que
le Père m’a donnée à boire ?
(Jean 18 :11)
Voici maintenant l'ordre que je donne : tout homme,
à quelque peuple, nation ou langue qu'il appartienne,
qui parlera mal du Dieu de Schadrac, de Méschac et d'Abed-Nego,
sera mis en pièces, et sa maison sera réduite en un tas d'immondices,
parce qu'il n'y a aucun autre Dieu qui puisse délivrer comme Lui.
(Daniel 3:29)


Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? Tous savent ce qu’est une coupe. Dans la vie d’aujourd’hui cet objet joue un rôle important, il est nécessaire pour toutes les fêtes et les divertissements : on y verse du vin, de l’eau de vie, diverses boissons alcoolisées. Les médecins aussi se servent d’une coupe pour y diluer des médicaments et les donner aux petits enfants sans qu’ils soient écœurés.
         Le Christ dit à ses disciples : « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? » Cette coupe représente un processus du développement humain, elle est un symbole. On remarque que les fleurs des plantes à gamètes ont la forme d’une coupe. Boire de la coupe du Christ signifie passer par un processus, intérieur ou extérieur, et ceci sur le plan physique, affectif ou mental.
         Les trois jeunes gens : Schadrac, Méschac et Abed-Nego, jetés par Nabuchodonosor dans la fournaise ardente, représentent trois caractères différents. On rencontre rarement trois personnes de caractère ou d’intelligence égale. Ces jeunes gens se distinguaient par un développement intellectuel, moral et spirituel supérieur, ce qui s’est illustré dans leur vie. Ils sont restés fidèles à leurs convictions. Lorsque les babyloniens ont voulu leur imposer leurs dogmes religieux et sociaux, ils ont refusé de se soumettre. Il y a des principes dans la vie auxquels l’être humain doit rester fidèle, c’est seulement ainsi qu’il peut se développer correctement. Celui qui ne se conforme pas à ces principes porte les conséquences de sa déviance. Cette épreuve ne concerne pas seulement l’individu, mais aussi le foyer, le peuple et toute l’humanité. Ne soyez pas surpris de constater que l’individu, le foyer, le peuple et toute l’humanité sont aujourd’hui mis à l’épreuve. Par qui ? Par la société ou bien par Dieu. Tous subissent l’épreuve des trois jeunes gens ; ces derniers représentent les trois grands principes qui agissent dans l’homme. Si entre l’esprit, l’âme et le corps humain il n’y a pas d’unité, alors rien ne peut être accompli.
         Nombre de prédicateurs ont parlé sur le verset des trois jeunes hommes dans la fournaise ardente, mais d’une manière différente de la mienne. Ces trois hommes sont trois caractères endurants. L’homme véritable est celui qui passe avec succès son examen. L’étudiant ou l’élève obtient un diplôme de fin de cursus lorsqu’il a soutenu ses examens avec succès. La même chose s’observe dans la vie sociale et dans la nature : toutes les créatures vivantes, des plus petites aux plus grandes passent des examens pour se voir ensuite attribuer leur place. Tant qu’ils ne passent pas les dures épreuves de l’existence, les gens portent un regard superficiel sur la vie : ils cherchent des bienfaits, du bonheur sans en trouver. Seul celui qui sait ce qu’est le bonheur peut le conserver pour toujours s’il le trouve. De la même manière les gens recherchent l’amour. Savez-vous ce qu’est l’amour ? Vous direz que vous ressentez l’amour. L’homme ressent des choses, pour certaines agréables et pour d’autres désagréables, mais rien de cela n’est l’amour. Dans le monde, tout est manifestation de l’amour, mais ce qu’il est, peu le savent. Aucun scientifique, philosophe ou écrivain ne peut déterminer précisément ce qu’est l’amour. Vous direz que Dieu est amour. Vous dites que Dieu est amour sans comprendre le sens de l’amour. Cette question est pour l’avenir, c’est dans des milliers d’années que l’homme aura une idée précise de l’amour. Jusque-là, tenez-vous en à la définition de l’amour que vous avez.
         Regardons maintenant le caractère de l’homme. Le caractère sous-entend l’endurance, c’est son trait le plus important. Le caractère endurant ne varie pas quelles que soient les conditions de la vie. Si l’homme change de caractère face aux épreuves, nous disons qu’il n’a pas de caractère. Toutes les créatures sans caractère sont impersonnelles, c’est-à-dire privées d’individualité. Pour développer ce trait essentiel de son caractère, l’endurance, l’homme passe par quatre processus, c’est-à-dire quatre phases de développement : la phase subconsciente, la phase consciente, la phase soi consciente et la phase super consciente ou conscience cosmique, divine. L’homme contemporain a atteint la conscience de soi. Cette conscience contient encore les conditions de sa chute : l’homme souhaite dominer le monde et dit : « Je suis le seul à exister, donc tous doivent me servir ; si je suis bien, alors tout le monde est bien ; si je vais mal, alors tout le monde va mal. » Cette vision de l’homme a engendré les deux enseignements philosophiques : le pessimisme et l’optimisme. Lorsque l’homme est malade et que ses affaires ne vont pas bien, il est pessimiste ; lorsqu’il est en bonne santé et que ses affaires vont bien, il est optimiste. Ces points de vue ne déterminent en rien la situation de l’univers ; ce sont des points de vue subjectifs qui n’ont rien à voir avec les grandes et immuables lois divines. 
Quel est l’objectif final de la vie ? C’est de trouver le trait principal de son caractère, le point d’appui de sa vie, de trouver son Père et de retourner dans la demeure paternelle pour trouver son Maître, et entreprendre le travail qu’on doit accomplir. « Que ferai-je une fois que ce travail sera accompli ? » Poser cette question dénote une incompréhension de l’objectif final de la vie. Le travail ne se termine jamais ; terminer un travail, signifie en commencer un autre. Sachant cela, ne vous demandez jamais quel est l’objectif final de la vie. Aspirez à terminer le travail entamé, ne le reportez pas à plus tard, ce n’est que comme ça que vous serez heureux. Dirigez votre raison et votre cœur vers le travail qui vous est donné. Et lorsqu’il sera terminé, l’homme aura le droit de se demander pourquoi il est venu sur terre. La réponse est simple : tu es venu sur terre pour t’instruire et travailler.
         Le Christ dit : « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? » Chacun a en alternance une coupe amère et une coupe sucrée. Par la coupe amère la vie de l’homme se purifie en permanence. Pourquoi doit-elle se purifier ? La vie humaine est comme une source qui a cheminé longtemps et s’est chargée d’impuretés qui l’ont polluée. Pour se purifier, l’eau doit traverser nombre de couches sableuses, ainsi elle est filtrée et retrouve sa pureté originelle. Voilà pourquoi Dieu vous donne de temps à autre une coupe amère pour purifier votre vie. Lorsque vous passerez plusieurs fois par cette coupe amère, vous comprendrez pourquoi il a fallu en boire. La coupe amère libèrera votre vie de toutes les impuretés. Que représentent-elles ? Les mauvaises pensées et les mauvais sentiments. Ce sont des éléments qui corrompent la vie de l’homme et son caractère, et les détruisent. L’homme perd ainsi sa confiance en la vie et se met à craindre la maladie, la vieillesse, la misère. Et ce qu’il craint se produit ! Quelle philosophie se cache ici ? Dans sa peur, l’homme imagine les choses comme elles ne sont pas.
         Un voyageur s’est retrouvé de nuit dans une région montagneuse. Plus l’obscurité gagnait, plus il se trompait de chemin. À un moment, il a senti son pied se dérober dans un précipice, mais il a réussi à attraper une branche et à s’immobiliser ainsi plusieurs heures. En fin de compte, à bout de forces, il n’arrivait plus à se tenir à la branche. Avant de lâcher prise, il s’est mis à crier, à faire ses adieux à sa famille, puis il a lâché la branche, attendant sa mort. Quelle ne fut pas sa surprise de se rendre compte que le précipice qu’il pensait avoir sous ses pieds n’était qu’une ornière de quinze centimètres.
         Souvent, vous aussi vous tenez une branche en criant : « Adieu, je suis fini ! » En tombant, vous voyez que l’‘abîme’ n’est profond que de quinze centimètres. C’est ainsi que l’homme amplifie tout seul ses souffrances. Le Nouvel Enseignement vous dit que l’abîme ne fait que quinze centimètres ; descendez sans crainte pour vérifier que mes paroles sont vraies. Tant qu’il n’a pas atteint la vérité, l’homme a peur et se dit : « qu’est-ce que je vais devenir ? » Il n’y a rien de terrifiant dans la vie, lâche la branche à laquelle tu t’agrippes pour constater que l’abîme sous tes pieds ne fait que quinze centimètres. « Si je péris ? – Il n’y a pas de danger, la profondeur sous tes pieds fait toujours quinze centimètres à peine. Un jour vous verrez par vous-mêmes que la peur qui vous tient si fermement n’a pas lieu d’être : la paix et le calme règnent partout. Essayez le Nouvel Enseignement qui recèle la vérité de la vie. La vérité peut toujours être essayée car elle est vie elle-même. Le Christ, le premier, a compris le sens de la vie, son objectif ultime et il a bu la coupe amère sans regrets. Si le Christ n’avait pas bu la coupe amère, le monde aurait été privé de toute bénédiction.
         Que cache la coupe amère ? L’Amour Divin. Vous direz qu’elle est porteuse de souffrances. Sans souffrances la coupe amère ne pourrait pas subir la nouaison et par conséquent donner le fruit de la vie. Le Christ est le fruit vivant sur l’Arbre de la Vie. Comme ils ne comprenaient pas les lois de la vie, les disciples du Christ disaient : « Maître, ne t’expose pas aux souffrances ! » Ce qui sous-entend : « Maître, ne fleuris pas. » Le Christ savait que le temps était venu de fleurir et de donner des fruits. Sans la floraison et la nouaison, il n’y aurait pas eu de fruit. Le fruit a apporté le bien être à toute l’humanité.
         Ainsi, lorsque le temps de la coupe amère viendra pour vous, vous saurez qu’il est temps de fleurir et de donner des fruits. Par conséquent, ne vous lamentez pas de souffrir, ce n’est que par la souffrance que l’individu, la famille, la société, le peuple et toute l’humanité s’anoblissent. C’est le Christ qui devait en premier fleurir sur l’Arbre de la Vie et donner le fruit vivant qui guérit. Dans ce fruit se cache le Nouvel Enseignement, porteur des éléments de paix intérieure et de quiétude. Ce n’est qu’ainsi que l’homme accède à la conscience cosmique de l’univers vivant, dans lequel toutes les créatures supérieures, tous les anges et le Ciel servent Dieu. Lorsque l’homme est bon, il se sent bien partout, que ce soit en enfer ou au Paradis. Inversement, un homme mauvais se sentira mal même au Paradis. Les trois jeunes gens ont traversé la fournaise ardente sans se consumer ; un quatrième est rentré avec eux, et il ressemblait au Christ.
         Lorsque l’homme passera par le feu, il trouvera le quatrième élément, c’est-à-dire l’Esprit, appelé par les philosophes le Moi supérieur, le commencement divin dans l’homme. Du point de vue des chrétiens c’est l’union avec Dieu. C’est vivre en harmonie, ne pas s’enchaîner à quelqu’un, mais se tenir par la main. Si vous jouez des notes successives, vous distinguerez clairement chacune séparément, mais si vous jouez plusieurs notes harmonieusement accordées, vous allez créer un accord, une consonance, une harmonie. Je dis : entrez dans la vie divine pour vivre son harmonie. Dieu n’a pas besoin de nous, c’est nous qui avons besoin de Lui. Il n’a pas envie de nous engloutir, de nous dépersonnaliser, Son unique aspiration est de nous amener dans le droit chemin et dans la compréhension. Il est le Maître des âmes qui veulent Le comprendre. Ce n’est qu’ainsi que l’homme peut être intelligent, bon, beau, en bonne santé et vivre en harmonie.
         Alors, pourquoi les souffrances sont-elles nécessaires ? Ce sont des obstacles nécessaires pour instaurer l’harmonie ; sans obstacles l’harmonie est inatteignable. Est-ce que le train peut avancer sur une pente lisse et atteindre son but final ? Si les rails du train sont lisses, ses roues vont tourner sur place ; pour avancer, on déverse du sable sur les voies et le train se met à avancer. Le sable est un obstacle, mais sans lui le train ferait du sur place. Ne pensez pas que vous serez heureux si votre chemin est lisse et sans obstacles. Les Intelligences qui connaissent les lois, sablent immédiatement votre chemin pour que les roues de votre vie aillent de l’avant. Vous direz que votre bonheur a été tronqué, ce n’est qu’apparent. Lorsque vous avancerez, vous comprendrez le sens des obstacles, c’est-à-dire des souffrances. Tu dis : « Les souffrances ont blanchi mes cheveux. » C’est bien aussi, tout dépend à quoi tu te destines. Si tu es un tissu pour vêtement, c’est bien de le blanchir ; si tu es un sol à cultiver, c’est bien de le noircir. Le tchernoziom[1] donne les meilleurs fruits, le meilleur blé ; en ce sens j’aimerais que tout le sol soit du tchernoziom.
         Le Christ dit : C’est la vie éternelle de connaître Dieu, de connaître l’amour.[2] » C’est le fruit divin qui apporte l’harmonie pour toute l’humanité. Seul celui qui est prêt à souffrir va fleurir, nouer et donner un fruit. « Si je suis un fruit, je serai mangé. – Laisse-toi manger, tu as une graine dont tu renaîtras ; c’est dans cette graine que demeure le germe de ta vie. » Tant que le germe ne manifeste pas sa force, l’homme ne peut pas se développer. En le sachant, ne craignez pas les souffrances et les difficultés : tout le monde, toutes les créatures vivantes passent par elles. Seul les surmonte celui qui est prêt à lâcher la branche qu’il tient, pour se rendre compte ainsi que l’abîme qui l’effraie ne fait que quinze centimètres de profondeur. Toutes les difficultés sont franchissables. J’ai vu des gens qui ne savent pas mourir facilement : leur heure arrivée, ils commencent à résister et ne peuvent pas se séparer de leur corps. Je dis : « Relâche-toi, laisse ton âme sortir tranquillement, il n’y a que quinze centimètres de profondeur ! » Les proches du mourant craignent également la mort ; ils lui donnent des médicaments, font des injections pour prolonger sa vie, mais n’y arrivent pas. Lâche la branche, tu n’as que quinze centimètres sous toi ! Mets-toi debout et dis : « Merci Seigneur, je me suis libéré d’un grand malheur. » Les gens d’aujourd’hui qui ne comprennent pas les choses, se rassemblent autour du défunt et disent : « Le pauvre homme, il s’en est allé ! » Je vois que le mort est bien vivant et qu’il se tient à quinze centimètres de sa dépouille.
         Maintenant, quelle que soit ma manière de vous parler, cela vous semble amusant. Et face à une difficulté, vous agrippez la branche et n’osez pas la lâcher. Je dis : lâche la branche et attrape le Seigneur ; ce n’est qu’ainsi qu’il y aura un retournement radical dans ta vie, dans ta vision des choses. Certains écrivains éprouvent une peur bleue de la critique : ils s’émeuvent, s’inquiètent et lorsque cette crise est passée, ils se disent : « Dieu merci, c’est fini. » Je dis : écris ton livre et lâche-toi, dis ton texte et lâche-toi ! C’est ce que le Christ voulait dire avec la coupe que le Père lui a donnée.
         Pierre disait au Christ : « Maître, ne bois pas cette coupe ! », mais le Christ lui a répondu : « La coupe que le Père m’a donnée, je dois la boire. » Chacun porte en lui un Pierre et un Christ. Pierre sort son épée du fourreau et coupe l’oreille du serviteur ; le Christ lui dit : « Pierre, range l’épée, bois la coupe que le Père te donne pour comprendre l’harmonie divine ! » La coupe amère arrive pour chacun de vous : j’aimerais que vous buviez cette coupe avec courage, en vrais chrétiens. Après la coupe amère viendra la renaissance, la vie nouvelle. 
         Il existe une analogie entre la vie du Christ et celle des trois jeunes gens que Nabuchodonosor ordonne de jeter dans la fournaise ardente. Cette fournaise était si brûlante que le bourreau qui les a jetés dedans s’est consumé. Il est dit que Dieu est un feu qui brûle, mais celui qui vit en accord avec l’amour divin et l’esprit du Christ est en sécurité. La force divine se manifeste dans les moments difficiles de la vie, non pas lorsque l’homme est pauvre, mais lorsqu’il est fortuné. L’enrichissement est un engraissement de l’intérieur vers l’extérieur alors que l’appauvrissement est un processus de l’extérieur vers l’intérieur. La richesse doit se transformer en terreau et la pauvreté, en labeur honnête. Sans richesse rien n’est possible, mais sans la pauvreté non plus : ce sont deux processus qui œuvrent ensemble pour le développement de l’homme. Tant qu’il ne perd pas tout dans ce monde, l’homme ne peut pas trouver Dieu, ne peut pas être heureux. Le bonheur est une essence extraite du savoir et de l’expérience de milliers de générations, comme l’essence de rose est extraite de la fleur. Il vous faut distiller trois à quatre mille kilos de fleurs de roses pour obtenir d’elles à peine un kilogramme d’essence de rose. Cela signifie que nous devons transformer le bonheur terrestre en bonheur céleste. Autrement dit, si la vie terrestre n’est pas sublimée en vie spirituelle, l’homme ne peut pas trouver le véritable bonheur.
         « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? » Le Christ a bu cette coupe et est devenu un esprit glorieux. Il s’est uni à Dieu et a dit : « Mon Père et moi, nous sommes un. » C’est en cela que consiste sa force. Il dit : « Je ne suis pas venu accomplir ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. » Si le Christ n’avait pas accompli la volonté divine, il serait semblable aux hommes. Souvent les religieux se demandent lequel est le plus pieux, le plus érudit parmi eux ; ce sont des choses relatives. Lorsque j’étudie nos contemporains, je vois qu’ils ne peuvent pas aimer plus d’une personne. S’ils aiment en même temps deux personnes ou bien ils se disputeront ou bien ils seront contraints de mentir. Tu aimes deux personnes à la fois et tu te mets à mentir soit à l’un, soit à l’autre, tu n’es pas sincère. Est-ce de l’amour ? C’est la manifestation de l’égoïsme humain, de la conscience  humaine de soi. L’homme dans son égoïsme se manifeste comme une petite divinité cruelle, soit sous la forme d’un fils ou d’une fille soit  sous la forme d’un amoureux ou d’une amoureuse, chacun a expérimenté cela. J’ai vu comment cette divinité martyrise son amoureuse ou son amoureux, parfois le fils bat le père, la fille bat sa mère. Tant que cette divinité ne descend pas profondément dans l’abîme pour se dépouiller de tout ce qui est terrestre, elle ne peut pas comprendre le sens intérieur de la vie divine. Cette petite divinité est ce qui tourmente continuellement l’homme et le rend mécontent. C’est Pierre qui rend l’homme insatisfait. Lorsqu’il est satisfait, le Christ se manifeste alors en lui. Un jour tu es mécontent et en colère, c’est Pierre qui t’a rendu visite ; le lendemain tu es satisfait, bien disposé, c’est le Christ qui t’a rendu visite, Il te dit : « Cette coupe doit être bue. » Dans le premier cas, l’homme parle d’idéaux, du bien de l’humanité, mais sans tenir les engagements proclamés.
         Dans une ville américaine, près de la faculté, vivait une femme noire âgée de quatre-vingt ans. Souvent la vie lui paraissait lourde à porter, et pour se libérer de ce poids elle commençait à prier Dieu de prendre son âme. En passant à côté de chez elle, des étudiants ont entendu sa prière et ont décidé un jour de lui faire une farce. Un soir deux d’entre eux se sont rendu chez elle et ont frappé à la porte. Elle a demandé de l’intérieur : «  Qui est là ? – C’est l’Archange Michaël. Dieu a entendu ta prière et m’a envoyé prendre ton âme. – Dites-lui que celle qu’il cherche ne se trouve pas ici, a répondu la femme effrayée.
         C’est la situation de nos contemporains : ils parlent d’idéaux, d’exploits, du bien, mais lorsque l’archange Michaël apparaît, ils disent : « Dites-lui que nous ne sommes pas là. » Ainsi les gens parlent-ils d’idéaux, de choses grandioses, mais lorsqu’il faut les appliquer, ils disent : « Pourquoi être les seuls à travailler, les autres aussi doivent travailler. » On a demandé à quelqu’un de porter un poulet grillé, du vin et des poires et il les a porté en silence sans se plaindre ; lorsqu’on lui a demandé d’aller labourer le champ, il a dit : « Que quelqu’un d’autre le fasse, je ne serai pas le seul à travailler. »
         Rappelez-vous : tant qu’il est sous la loi de l’évolution, l’homme maniera la bêche, c’est-à-dire la souffrance, et labourera son champ. Dans la vie, la souffrance mène vers le grand bonheur. Tant qu’il est sous la loi de l’évolution, l’homme boira la coupe amère qui apporte la bénédiction à son âme. La coupe amère apporte la souffrance et la joie. Lorsque l’homme apprendra comment boire de cette coupe, il comprendra le sens profond de la vie. Notre Père donne la coupe à chacun, et l’important est que chacun découvre le trait principal de son caractère. Pour cela il lui faut le courage qui insuffle paix et quiétude dans l’âme humaine. Ce n’est qu’ainsi qu’il peut accomplir le travail qui lui incombe.
         Chaque jour, l’homme se met en colère pour rien et explose : il est en colère contre sa femme, la femme contre son mari. Quand se met-on en colère ? Lorsque quelque chose écume en soi. Lorsqu’une femme prépare une confiture, il se forme d’abord une écume, puis le sucre se met à bouillir, et l’écume est enlevée et mise de côté avec une cuillère. Lorsque la femme se met en colère, que l’homme prenne la cuillère pour enlever l’écume et la mettre de côté. L’écume est un concentré de la vie. Lorsque l’homme et  la femme se débarrassent de ce concentré, ils deviennent bons, gentils, aimants. Aujourd’hui, l’homme écume de colère, la femme écume de colère, le fils écume de colère, la fille écume de colère, que faire ? Prenez la cuillère et enlevez la mousse. Plus vous l’enlevez et plus vous devenez purs et bons. Ce n’est pas une allégorie, mais la réalité de la vie. Voilà pourquoi, lorsque vous vous retrouvez face aux scories de votre vie, ne vous en inquiétez pas : prenez la cuillère et enlevez l’écume. Dieu, qui a créé le monde, a son dessein, et sait ce que deviendra chaque être. Il a précisément défini le chemin de chacun. « Dieu s’occupe de mon cas ? – Il s’occupera de toi comme il s’est déjà beaucoup occupé de toi par le passé. Il a déjà tracé ton chemin et quoi qu’il arrive, ne doute pas, avance sur ce chemin et aie la foi que le plan divin s’appliquera comme il est prévu. » C’est la patience qu’il vous faut.
         Un jour Mohamed fuyait ses ennemis qui le pourchassaient à cause de son enseignement. Il a réussi à se cacher derrière un arbre. Là, il a observé une fourmi en train de porter une lourde charge : quatre-vingt-dix-neuf fois elle l’a laissée tomber par terre et ce n’est qu’à la centième fois qu’elle a réussi à l’emporter à l’endroit souhaité. Etonné de la grande patience et de la persévérance de la fourmi, Mohamed s’est dit : « Si une fourmi peut réaliser ses désirs, combien plus le pourrai-je, moi. » Dieu aide toutes les créatures. Lorsqu’il voit les difficultés et le labeur de l’homme, Dieu le bénit, Il transforme la coupe amère en coupe douce et le bénit. Dieu porte le même regard sur tous : les justes et les pécheurs, les érudits et les incultes, les hommes et les animaux. Ce que disent les scientifiques et les philosophes au sujet de Dieu est une autre question. Accrochez-vous à l’idée que Dieu est immuable. On parle de la colère de Dieu : Dieu est en colère uniquement lorsqu’il vous met sur le feu ; sa colère c’est le feu, la force active qui purifie. Vous criez, vous priez, mais Il dit : « Encore un peu et je vous purifierai. – Combien de temps nous laissera-t-il sur le feu ? – Tant que vous ne serez pas purifiés et tant que vous n’arrêterez pas d’écumer. » C’est alors que Dieu vous enlèvera du feu, sourira et dira : « Je suis content que vous soyez purs désormais. » La pureté est une qualité indispensable à la vie.
         La vie dans laquelle nous entrons maintenant exige une idée juste et lumineuse qui soutienne tous les hommes. La pensée juste exclut toute anxiété. Tant qu’il est anxieux l’homme est exposé à diverses maladies. Certains ne craignent pas les maladies, ni la mort ; ils ne croient pas en Dieu, ne croient pas à une autre vie et disent : « Profitons de la vie, c’est tout ce que nous avons, la vie est sur terre et il faut en profiter. » Certains vivent peu, d’autres plus, à chacun est impartie une durée de vie donnée. La vie sur terre est bien, mais meilleure est celle au Ciel. Quelqu’un dit : « Y a-t-il une autre vie ou non ? », ce qui signifie : « Y a-t-il de la lumière ou non dans mon esprit ? Dieu existe-t-il ou n’existe-t-il pas ? » Si vous fermez les volets de vos fenêtres, l’obscurité envahira la chambre, mais cela ne démontre pas que Dieu n’existe pas ; Dieu est en même temps dans la lumière et l’obscurité, les joies et les chagrins, l’amour et la haine, Il est présent dans toutes les manifestations de la vie. La haine est temporaire et l’amour éternel. La haine se transforme en amour, c’est pourquoi le Christ dit : « La coupe amère sera plus tard un grand bienfait et c’est pour cela que je dois la boire. » Si les disciples du Christ et ses élèves appliquaient l’amour, le monde serait ordonné. Ils ont introduit la haine dans le monde ; elle se transformera en amour plus tard. Alors, tous les érudits, les philosophes, les écrivains écriront dans ce nouvel esprit, l’esprit du Nouvel Amour.
         La nouvelle vague de l’amour est déjà déclenchée. Elle transformera les malheurs du passé en terreau fertile sur lequel vont croître, fleurir et mûrir les bienfaits de l’amour qui nourriront toute l’humanité. Sachant cela, ne craignez pas la mort, ne craignez pas l’abîme au-dessus duquel vous êtes suspendus. Qui est responsable de cela ? L’environnement ? Vos pères, vos mères, votre mari ou votre femme ? Pour être apaisés, lâchez la branche à laquelle vous êtes suspendus. Si vous êtes en colère, dites : « Je lâcherai la branche que je tiens. » Si tu n’es pas bien disposé, lâche encore la branche ; si tu doutes de quelqu’un, lâche la branche.
         Pourquoi les gens ne réussissent-ils pas dans leurs vies ? C’est parce qu’ils se servent de formules négatives. Ils disent : « Ne haïssez pas, ne mentez pas. » Les forces négatives ne peuvent pas agir sur les gens. C’est pour cela que je dis : aimez-vous, dites la vérité, aimez-vous, faites le bien pour forger votre caractère. Celui qui ne corrompt pas ses proches a un caractère endurant. Si la mère laisse sa fille chez un jeune homme et qu’il ne la corrompt pas, cela démontre qu’il a du caractère ; et la jeune fille aussi a un caractère endurant si elle ne corrompt pas le jeune homme. Libérez votre esprit de toute pensée intéressée qui puisse insuffler la haine dans votre cœur. Protégez-vous des mensonges, des vols qui insinuent la haine dans l’homme. Le mensonge, le vol démontrent une instabilité du caractère. Peut-on dire de quelqu’un qu’il a du caractère s’il profite de la richesse d’un autre ou de la femme d’un autre ? Boire la coupe amère signifie rendre aux gens ce que tu leur dois, mais aussi les secourir. Aimer, signifie aider l’homme dans toutes les nécessités de sa vie.
         En quoi se résume l’amour ? Certains estiment qu’il se résume par des caresses, des embrassades, des baisers. Selon moi ce n’est pas de l’amour. Lorsqu’un homme bien portant embrasse une femme bien portante, ou qu’une femme bien portante embrasse un homme bien portant, ce n’est nullement de l’amour, ce n’est nullement un bien. Si un homme et une femme bien portants se prennent par la main, ce n’est pas non plus de l’amour. Le vrai amour relève les malades, les faibles, les souffrants. Si tu as de l’amour, embrasse le malade pour qu’il guérisse, embrasse le faible, le déchu, pour le relever. Si tu es un père aimant, embrasse tes enfants faibles et infirmes. Ne donne pas de baiser comme celui de Juda au Christ ; lorsque tu embrasses un homme bien portant, tu le trahis. L’homme doit savoir qui embrasser et comment embrasser, c’est cela avoir du caractère. Je ne dénonce pas ce que vous avez fait autrefois, mais je dis ce que vous devez faire désormais. « Tu ne m’aimes pas. –  Je ne t’aime pas car tu es riche et bien portant ; sois misérable et malade et je t’aimerai. » Donne les baisers de l’esprit. Lorsque les gens s’aiment, leurs âmes doivent être proches, mais leurs corps éloignés. Si un homme et une femme ne vivent pas bien, Dieu les sépare, Il prend dans l’autre monde soit l’homme, soit la femme. Lorsqu’ils sont séparés, celui qui reste sur terre se met à idéaliser l’absent ; loin l’un de l’autre, ils s’aiment et se comprennent.
         Un américain a voulu inviter à déjeuner chez lui un ami qu’il n’avait pas revu depuis dix ans. Il en a informé sa femme pour qu’elle prépare le repas, mais aussitôt elle lui a rétorqué au téléphone : « Ne t’avise pas de te ramener avec ce type, je ne veux pas le voir. » En entendant ces mots, l’américain s’est dit : « Même au téléphone, j’ai compris que c’est ma femme qui me parlait. » Il connaissait son langage !
         Vous aussi à présent vous parlez de Dieu, mais en fin de compte vous pensez : « Ne L’amenez pas dans notre maison, à chaque fois qu’Il est venu, Il nous portait malheur. » C’est une idée mensongère, abusive, vous vous mentez à vous-mêmes. Lorsque les francs-maçons accueillent un nouveau membre dans leur société, ils le soumettent d’abord à un examen pour voir s’il peut le réussir. S’il échoue, il n’est pas admis. Le premier examen est celui du courage : face à lui surgit un homme avec une épée, prêt à le transpercer. S’il a peur, il échoue à l’examen. L’épée est en papier, si elle le touche, elle se plie en deux. De la même façon, Dieu nous éprouve avec des épées en papier. Les souffrances, ce sont ces épées en papier qui, affrontées sans peur, se plient contre votre poitrine et tombent par terre, vous restez indemnes. Les plus grandes souffrances humaines ne peuvent se comparer à la splendeur future qui vous attend ; commencez dès maintenant à vous y préparer. Sachez que les souffrances sont des épreuves qui vous amènent à la splendeur future.
         Que deviendra le peuple bulgare ? Un futur glorieux l’attend. Il doit croire en le Seigneur vivant et dire : « Puisque Dieu est avec nous, personne n’est contre nous. » Le Seigneur vivant nous gouvernera ; Il instaurera l’ordre et l’harmonie entre tous les peuples. Il effacera toutes les erreurs, tous les crimes, et Il aplanira toutes les difficultés.
         Tout ce que je prône, se réalisera. Un grand bien vient pour tous, Dieu apporte ce bien du Ciel. Une seule chose vous est demandée : être de vrais Bulgares. Si vous ne songez pas au mal et si vous appliquez le Nouvel Enseignement, Dieu sera avec vous. Il est tout-puissant, omniscient et bon. Ne craignez pas les souffrances, car l’‘abîme’ sous vos pieds n’est profond que de quinze centimètres.

Sofia, 22 octobre 1916


[1] Terre noire typiques des steppes de l’Est européen.

[2] « Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé,  Jésus-Christ. » (Jean 17, 3)

 

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