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mayakitanova

Sans mensonge

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SANS MENSONGE

Durant une de ses dernières années terrestres, le Maitre éprouva un jour le désir de se rendre au Mont Moussala. Il appela le frère Boyan Boev et lui dit : « Pouvons-nous organiser une excursion jusqu’au Moussala ? »

Avec enthousiasme, le frère B.B. entreprit aussitôt de faire tout le

nécessaire pour accomplir cette tâche. II se rendit rapidement chez le frère B.N. et l’informa du désir exprimé par le Maitre. Les deux frères se mirent à réfléchir. Le problème le plus ardu était de se procurer une auto pour aller jusqu’à Tcham-Koria. Les autos étaient alors soumises à une règlementation sévère par suite du manque d’essence. On faisait des économies et il était extrêmement difficile d’obtenir l’autorisation d’utiliser de l’essence. On ne l’accordait que pour les cas les plus urgents. Le frère B.N. dit à Boyan B. :

« J’irai à l’agence pour me faire délivrer un permis. »

II y alla et vit que devant le guichet il y avait une très longue queue. Au guichet se trouvait un employé imperturbable, froid et distant comme une idole. Il ne délivrait de permis que pour le transport de malades. Pour tous les autres cas, il restait impitoyable, se contentant d’un « non » bref et catégorique.

En attendant son tour, le frère B.N. était fort troublé, ne sachant pas trop quel motif invoquer pour obtenir le permis. Puis, il se mit à penser : « Le frère Boyan est véritablement malade : sa jambe le fait beaucoup souffrir. Cela, tout le monde le sait. » Véritablement, ce motif pouvait servir, mais malgré tout B.N. ne se sentait pas la conscience tranquille. Dans le fond, ce n’était pas tout à fait la même chose... Raisonnant ainsi, il arrivait déjà devant le guichet. Il n’y avait pas d’autre solution.

« Une auto pour Tcham-Koria, dit B.N.

—    Pour quelle raison ?

—    Il s’agit d’un malade, répondit B.N. »

Le permis fut délivré. B.N. le mit dans sa poche et repartit pour l’lzgrev, sans pouvoir se délivrer d’un certain trouble. Quelque chose n’était pas en ordre, se disait-il. En arrivant, il trouva le frère Boyan B. qui l’attendait avec impatience.

«J’ai obtenu un permis, dit B.N. à Boyan. »

Se précipitant vers la maison du Maitre, Boyan frappa à la porte. Une ou deux minutes plus tard, le Maitre apparut à la porte et Boyan s’empressa de se vanter :

« Maitre, nous avons déjà obtenu un permis pour une auto. »

Le Maitre, l’air très sérieux, pensif, accueillit la nouvelle très froidement. Il fixa un moment son regard sur Boyan, puis dit :

« Je ne monte pas dans une auto obtenue au prix d’un mensonge ! »

Après quoi, il se retira chez lui et ferma sa porte.

Frère Boyan s’en retourna tout confus et dit d’un air abattu :

« Le Maitre ne veut pas d’auto obtenue par mensonge ! »

Cette dure réponse tomba comme une masse sur B.N. Sans hésiter, il prit son chapeau et se précipita de nouveau vers l’Agence. Sans s’arrêter devant le guichet, il se dirigea tout droit vers le bureau du Chef de Service. Celui-ci se trouva être un jeune en uniforme, au visage affable et aimable.

« Notre Maitre a exprimé le désir d’aller au Mont Moussala, Monsieur le Chef. Nous avons besoin d’une auto pour aller jusqu’à Tcham-Koria. »

Sans la moindre hésitation, le jeune homme tendit la main et prit un feuillet d’une pile se trouvant sur son bureau, y inscrivit « oui » et le signa.

Au milieu de toute la foule qui se pressait devant lui, le Cerbère du guichet ne reconnut pas ce personnage qui se présentait une seconde fois. Se basant sur l’autorisation de son chef, il délivra un nouveau permis.

Cette fois-ci, le frère B.N. vola littéralement vers Izgrev, y retrouva Boyan et, lui tendant le permis, lui dit:

« Voici une autorisation obtenue sans mensonge ! »

Boyan se précipita à toute allure chez le Maitre.

« Maitre, voici un permis obtenu sans mensonge », dit-il dès que le Maitre apparut à la porte.

Le Maitre sourit et demanda :

« Pourrions-nous nous mettre en route vendredi ? »

Il n’y avait plus d’empêchements. Ils préparèrent à la hâte les provisions et les vêtements dont ils auraient besoin et, le vendredi, prirent la route pour la montagne.

Ce fut la dernière fois que le Maitre monta au Moussala. Il semblait qu’il allait faire ses adieux au sommet tant aimé, ой il avait tant de fois mené ses disciples et au sujet duquel il avait composé une chanson.

Pendant toute la montée, le Maitre était sérieux, taciturne et concentré. Il marchait lentement, s’arrêtant souvent pour envelopper du regard le panorama. Le Maitre qui sait tout faisait donc ses adieux à la montagne. Son regard allait des falaises, aussi formidables que merveilleuses, aux cimes illuminées par le soleil. Il les regardait longuement, tout en aspirant profondément l’arome des sapins et des genévriers, s’arrêtant un instant sur les tout petits ponts et plongeant son regard dans l’eau des torrents à la pureté de cristal. Le Maitre

faisait ses « adieux » à ce monde si beau qu’il nous avait fait connaitre et aimer.

Ces trois journées, passées sur le sommet le plus beau et le plus haut de la Bulgarie, furent merveilleuses... Chaque matin, tout le petit groupe sortait pour saluer le lever du soleil.

Cette visite est « inscrite » là, dans les rochers. Rien ne se perd dans la Création. Les pensées et les sentiments de tous ceux qui accompagnaient le Maitre y sont inscrits, tout comme ceux du Maitre lui-même. Un jour, les clairvoyants liront cet « enregistrement », tandis que les gens ordinaires en ressentiront un bienêtre, une joie inexplicable, ne sachant pas d’où cela provient.

Rien ne s’en va irrémédiablement. Tout se conserve dans la Vie du Tout. Le passé, le présent et l’avenir ne sont que l’Unique, l’lndivisible, l’Éternel...

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