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Ani

1914_12_07 Les maitres

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Les Maîtres

 

Pour vous, ne vous faites pas appeler « Maître »,

car vous n’avez qu'un seul Maître et vous êtes tous frères.

(Matthieu : 23 :8)

 

            Le Christ comprend ces paroles de Matthieu un peu différemment de la société contemporaine. D’un point de vue purement matériel, le monde a plusieurs institutions qui sont divines, par exemple le père et la mère, c'est-à-dire la famille. Ce sont les premières institutions sur terre ; il n’y a pas plus noble et plus lumineux édifice que le foyer comme il n’y a pas de titre plus haut que celui de père ou de mère. En vérité, il y a beaucoup de pères et de mères sur terre, mais ce sont plutôt des marâtres et des parâtres. Sur un plan génétique, le rôle du père et de la mère est primordial : par leur sang ils font hériter des qualités de leurs âmes à leurs enfants. L’éducation des enfants est conditionnée par les qualités que la mère dépose en lui dès qu’il se forme. Par le mot sang, j’entends celui qui reste inchangé quels que soient les événements de la vie, et non pas le sang ordinaire. Je ne vais pas m’attarder à expliquer cette dualité du sang ; je peux dire une chose : je ne parle pas de ce sang changeant et transitoire, mais de celui qui, semblable à l’essence de rose extraite de la fleur de rose, contient sa vraie valeur. Les nobles essences embryonnaires que la mère dépose dans le sang de l’enfant sont précieuses et leurs effluves se répandent autour de l’enfant qui grandit. Plus tard, rien ne peut plus être déposé, ni semé dans l’homme ; ce que nos contemporains appellent éducation, c’est simplement un dressage. Le processus de l’éducation maternelle est à la base : c’est là qu’elle forme et organise l’intelligence et le cœur. Le dressage n’est qu’un polissage extérieur. Vous pouvez dresser un singe ou un pigeon, mais retournés à leur milieu naturel, ils reprennent leur vie d’avant. Aux États-Unis de grandes expériences ont été menées : le gouvernement a alloué de très grosses sommes pour éduquer les indigènes ; certains parmi eux ont pu obtenir des diplômes universitaires, mais une fois de retour dans leur communauté ils ont oublié ce qu’ils ont étudié et sont redevenus comme avant. C’est seulement s’ils se tournent vers la foi chrétienne et s’immergent complètement en elle, qu’ils peuvent changer durablement.

 

            Sur un plan spirituel, le rôle du Maître est le même : être Maître signifie enfanter quelqu’un. Le Christ ne dit pas : « N’éduque pas », mais : « Ne t’attribue pas le titre de maître », le titre d’une mère ordinaire qui accouchera nécessairement d’un enfant infirme. Si la mère a certaines faiblesses organiques, intellectuelles et spirituelles, l’enfant ne sera pas différent d’elle. Est-ce qu’un professeur peut apprendre à ses élèves comment interagissent l’oxygène et l’hydrogène si lui-même ne comprend pas les propriétés de ces éléments ? Il peut faire des essais, mais les éléments ne lui obéissent pas car il n’est pas encore leur maître. Un autre peut étudier le mouvement des corps célestes, mais demandez-lui de déterminer la trajectoire de ces planètes autour du Soleil à un mètre près, et non pas à quelques centaines de milliers de kilomètres, il ne saura pas vous le dire. Je peux aussi me lancer dans ces calculs, mais ils ne seront pas justes ; un décalage de quelques centimètres, pourquoi pas, mais un décalage de centaines de kilomètres, cela n’est pas compréhensible : ce ne sont que des hypothèses, des spéculations. Vous vous arrêtez souvent pour dire : « Pourquoi certains événements ne se sont pas passés comme ceci ou comme cela ? », mais à qui la faute si vos calculs sont erronés ; dans la vie tout le monde se trompe ! Si vous projetez de construire une maison, vous appelez un architecte pour faire les plans et établir le cahier des charges pour le matériel nécessaire : les parpaings, le bois, le fer, les clous, le sable, la chaux, etc., puis vous achètez ces matériaux, mais si les calculs n’étaient pas justes, votre construction s’écroulera et vous vous retrouverez sous les décombres.

 

            Je vais illustrer ma pensée par une anecdote tirée de la vie. Cela s’est passé dans les années quarante-cinquante[1] : un bulgare des régions du sud, vers Thessalonique, faisait des travaux de maraîchage avec son père. Mais, à vingt ans, il n’avait encore rien gagné. Lassé de manier la bêche, il a voulu trouver un autre métier plus attrayant et s’est mis apprenti chez un tailleur en se disant : « Voici un métier facile ! Je resterai ici pour faire de la couture. » Une semaine après, un pacha turc vint commander un pantalon d’un tissu spécial, exigeant un travail irréprochable ; mais le tailleur, ne pouvant pas s’en occuper à ce moment-là, envoya son apprenti : « Vas-y, toi, j’arrive tout à l’heure. » L’apprenti accompagna le pacha chez lui et attendit son maître une heure, deux heures, en vain ! Alors le pacha finit par lui proposer : « Je vois que tu es jeune et grand, tu dois connaître le métier, sauras-tu me faire ce pantalon ? » L’apprenti répondit : « Oui, je saurai. » Alors, le pacha sortit un grand rouleau de tissu. L’apprenti se mit à mesurer, il tailla de ci, de là… mais le pacha vit bien que le résultat ne ressemblait pas vraiment à un pantalon et lui dit : « Bon, laisse tomber le pantalon mais fais-moi au moins un gilet. » L’apprenti reprit alors des mesures par ci, par là ; le turc se rendit vite compte que même un gilet ne pourrait se faire. À la fin, il lui dit : « Fais-moi au moins une petite bourse pour le tabac, et si tu n’y arrives pas je te corrigerai de mes deux mains ! »

 

            Nombreux sont ceux parmi vous qui, au bout d’une semaine d’apprentissage chez un maître, prennent les ciseaux et le mètre comme ce jeune bulgare et sont prêts à tailler, et à être maîtres. Le Christ dit : « Ne soyez pas de tels maîtres. » Un Maître doit avoir un savoir positif, une approche sans égale des situations, et ce sans exception aucune. Si vous employez un moyen pour guérir et en même temps pour tuer, ce n’est pas un signe de savoir positif ; si vous utilisez un couteau pour amputer la chair gangrénée d’un patient, mais qu’avec le même instrument vous lui coupez la gorge, vous ne pourrez pas dire que vous avez utilisé le couteau à bon escient, car c’est un crime que vous commettez. Mais certains diront : « Nous n’avons jamais commis de tels actes ! » Oh, je connais tant de maîtres qui ont coupé la gorge de leurs élèves ; et combien de fois ils ont coupé des jambes, des bras, des oreilles – sur un plan moral j’entends. Ce n’est pas le Seigneur qui les a ordonnés maîtres, ce sont des imposteurs ! Dans chaque église on voit de tels maîtres, comme ce jeune bulgare de l’anecdote : ils sont partis prêcher après à peine une semaine d’apprentissage.

 

            Comment comprendre ce mot « Maître » à présent ? Il a un rapport avec le monde purement spirituel. Apprendre aux gens à bâtir des églises, à planter des fleurs, des légumes, cela n’est pas enseigner. L’enseignement sous-entend un acte de super conscience, un processus purement spirituel ; entre le Maître et son élève il faut une pleine conscience de la tâche à accomplir, il faut un échange comme celui qui existe entre la mère et l’enfant qu’elle éduque : le Maître enseigne certaines vérités que l’élève utilisera à bon escient.

 

            Je vous donnerai un autre exemple : on raconte l’histoire d’un anglais qui chassait en Inde et qui, sur un sentier, a senti un coup terrible sur le bras gauche, asséné par une tigresse qui s’est contentée de lui casser le bras pour l’empêcher de tirer avec le fusil accroché à son épaule droite. Elle le traina ensuite dans sa tanière au milieu de ses petits en lui maintenant la tête au sol : « Restes docile pendant que j’éduque mes petits ! » Puis elle leur dit de venir l’égorger ; ils tournèrent autour de lui, mais eurent peur d’approcher. Le chasseur essaya à un moment de se soulever pour voir ce qui se passait, mais la tigresse lui plaqua de nouveau la tête au sol : « Je t’ai dit de rester docile : j’éduque mes petits ! » Vous voyez bien qu’elle était aussi une maîtresse. Le chasseur, on ne sait comment, a réussi à s’en sortir, mais par la suite il disait toujours que le plus difficile à vivre avait été d’avoir la tête écrasée contre le sol en attendant que les petits l’égorgent.

 

            Démolir est à la portée de chacun, alors qu’enseigner demande qu’on apprenne à développer son discernement et son cœur, qu’on comprenne le sens profond des éléments qui peuvent nous renouveler, qu’on construise un nouvel édifice spirituel, le corps spirituel avec lequel on ressuscitera un jour, selon les Écritures. Le Seigneur attend que ce corps soit bâti.

 

            Comment mettre les enfants au monde ? Pour être viables, ils doivent naître au neuvième mois de grossesse – dans certains cas ils peuvent naître à partir du septième mois, mais jamais au hasard, ni selon le bon plaisir des parents – c’est la loi : il faut attendre les neuf mois nécessaires pour former le corps. Dans quel ordre le corps se forme-t-il ? D’abord les membres : jambes, bras, puis le cerveau, l’estomac et enfin les poumons ; une fois ces derniers formés, la fonction respiratoire prend le relai et si l’enfant tarde à naître ensuite, il peut mourir. Donc la nature ne forme pas les poumons d’abord, mais les extrémités : les jambes et les bras.

 

Les organes supérieurs se forment selon un même processus : l’esprit de l’homme étudie également dans le ventre de la mère ; il ne sommeille pas mais participe avec l’esprit de la mère à la construction de son corps. Selon la même loi, l’élève et le Maître doivent travailler ensemble à l’aide de l’Esprit.

 

            C’est pour cela que le Christ dit : « Un seul est votre Maître. » Pourquoi les hommes aiment-ils le Christ ? Parce qu’il a donné quelque chose au monde. « J’ai donné la vie à ceux qui ne l’ont pas pour qu’ils aient cette vie en abondance. »[2] Vous désirez être des maîtres. Je vous demanderai ce que vous êtes prêts à donner à celui que vous souhaitez instruire ? Si vous instruisez quelqu’un qui devient encore plus mauvais, j’en déduis que vous ne lui avez rien appris. Chez les chrétiens modernes comme dans les Églises, grande est la tentation d’enseigner. Cet élan n’est pas condamnable en soi, mais il faut connaître les règles de l’enseignement. Les lois ordinaires exigent des professeurs l’obtention d’une licence, un examen devant un jury et ensuite un décret d’entrée officielle dans le poste. Il en est de même dans le monde spirituel : l’homme doit attendre que l’Esprit divin le visite et le guide. Celui qui n’a pas été visité par l’Esprit divin n’a pas le droit d’enseigner car il enfreindra la loi divine. Lorsque nous comprendrons le sens profond de ces paroles du Christ, leur sens extérieur et intérieur (je veux parler de la chrétienté intérieure en particulier, celle qui peut nous lier avec toutes les régions du monde invisible), alors nous comprendrons le sens de l’enseignement du Christ. Si tu veux être maître, alors je te demanderai où tu as étudié, quelle école tu as faite. « Mais j’ai lu la Bible, je connais les Évangiles. – Ce n’est pas suffisant. – Mais je connais la foi chrétienne. – Ce n’est pas suffisant. – Mais je suis de telle ou telle église. – As-tu étudié au Ciel, dans cette université où s’instruisent les anges ? Connais-tu les lois intérieures de la nature ? Connais-tu la structure de l’homme, sa raison, son cœur, le rapport de son âme à son Esprit ? – J’ai lu sur ces choses-là. – Quoi ? – L’âme est ici une notion abstraite, une idée de concordance. – La raison humaine serait une convergence d’aptitudes, mais comment se coordonnent-elles ? » Il pense qu’il connait quelque chose ! Ce n’est pas ce type de concordance, mon ami, c’est une concordance en effet, mais non pas de morceaux disparates.

 

            Et à cause de l’obscurité dans laquelle nous sommes plongés, nous nous exprimons de façon également erronée sur la raison et le cœur, sans savoir où réside le cœur. Il a trois localisations : la première, physique, vous la connaissez, mais où est le cœur de vos sentiments, le cœur de votre raison ? Vous rencontrez quelqu’un et vous dites qu’il est mauvais ; pourquoi serait-il mauvais ? Dans le passé en Amérique, un buffle est devenu fou et a semé la panique parmi tous les gens des environs ; on a projeté de le tuer, mais il s’est trouvé un garçon sachant lire dans la pensée des animaux ; il a mis une main sur le front du buffle et a demandé : « Qu’est-ce que tu as ? – J’ai une épine dans ma patte arrière, elle me fait souffrir. » On a sorti l’épine de sa patte et le buffle s’est apaisé. Un jour, vous aussi vous devenez comme fou, et les gens alentour vous jettent des seaux d’eau ; je dis : il y a une épine dans votre pied, sortez-la et l’affaire sera réglée ; il n’y a pas besoin d’arrosage ! Des érudits, des professeurs, des docteurs, comme ils sont risibles quand ils décrètent que la raison d’un homme est affaiblie et qu’ils dressent leur diagnostic : « Il y a telle ou telle infection, il faut procéder à une intervention chirurgicale. » Je ne vois rien de plus qu’une légère surchauffe du cerveau !

 

            Il y a quatre ou cinq mois, on est venu me dire que le fils d’un médecin a eu un rhume qui a mal évolué et le médecin a diagnostiqué une suppuration du cerveau et il a préconisé une intervention chirurgicale. J’ai dit : « Surtout ne faites aucune opération, il y a quatre-vingt-dix-neuf pour cents de chances que l’enfant meure en cas d’opération, sinon il guérira. » Ils l’ont opéré et le fils est mort ; bien entendu, l’opération a été jugée « réussie » par les médecins. Je dis que les gens font aussi des opérations sur un plan spirituel : ils amputent certaines parties d’eux-mêmes pour se guérir, mais ce n’est pas un bon traitement.

 

            Les gens d’aujourd’hui considèrent que pour corriger quelqu’un, il faut le gronder : « Tu es un vagabond, un voleur, etc. », et qu’il ne faut plus le frapper comme jadis ; mais pensez-vous qu’avec le bruit infligé à ses oreilles vous le changerez ? Pas du tout ! La loi est toute autre. Avant d’éduquer les autres, vous devez d’abord vous éduquer vous-mêmes. Si tu es mauvais, tous autour de toi te paraitront mauvais. Je peux prédire le caractère du nouveau-né, son destin et son avenir à toute mère qui, étant enceinte, succombe à la colère et à la médisance. Cette mère coléreuse a tort de croire que l’enfant à naître sera un saint et s’occupera d’elle quand elle sera vieille ; un jour il se vengera en disant : « Il aurait mieux valu ne pas m’avoir mis au monde. » Et l’élève dira au maître : « Il aurait mieux valu ne pas m’enseigner. » Le maître dans le sens littéral du terme doit être pur comme de l’eau de roche, être un modèle, sans ombre d’hésitation, de doute, d’incrédulité. Le Christ nous met en garde face au grand danger que nous courons et à la grande responsabilité que nous prenons devant Lui si nous maltraitons certaines âmes. Chaque mère, chaque professeur qui ne sait pas éduquer sera puni.

 

            Actuellement, la compréhension des gens modernes sur les lois divines, le Ciel, les anges est confuse et erronée ; ils n’ont aucune idée de ces lois et du Ciel. Premièrement, le Ciel est organisé de façon très intelligente et agit à bon escient ; ensuite, entre les anges et les hommes il y a des rapports comme entre nous, les plantes et les animaux. Comme nous ne savons pas l’éduquer, nous administrons quarante-cinquante coups de bâton à l’animal de trait qui laboure le champ, et nous pensons nous acquitter ainsi de notre devoir. Le Seigneur dit : « Je t’apprendrai un jour comment utiliser les animaux de trait et labourer un champ. » Certains considèrent que le Seigneur ne peut pas dégrader les gens, les faire revenir en arrière. S’Il a transformé certains anges en serpents et en bêtes à cornes, il peut vous faire pousser des sabots ; Il peut vous transformer en anges et en démons, il peut aussi changer votre forme. Parce que les formes sont importantes dans le monde (elles régulent notre vie), nous devons nous intéresser à elles. Si je vous construis une maison insalubre, sans aucune ouverture côté sud, mais uniquement du côté nord, et que je la bâtisse en sous-sol, six ou sept ans après, savez-vous comment vous vous sentirez ? Plusieurs médecins vous visiteront à tour de rôle. De même, les maîtres qui préconisent de ne pas bâtir de fenêtres sur le monde spirituel sont de grands menteurs. Là est le soleil de la vie. Je dirai même que vos toits doivent être transparents pour que le soleil vous éclaire d’en haut. Avec de telles maisons lumineuses, vos formes évolueront et vous deviendrez très beaux. Ce que je prêche peut être expérimenté par moi-même, mais aussi par vous, et vous verrez des résultats en quatre à cinq ans. Je ne vous enseigne pas de fuir la vie ; ce monde est à mon avis très bon et les hommes sont très bien. Je trouve seulement qu’ils ont une épine au pied. C’est pour cela que l’apôtre Paul le dit et prie Dieu de lui enlever cette épine du pied. Cette épine peut être partout, mais elle est souvent dans le talon du pied car nous sommes chevillés à ce monde par les pieds. Nous devons apprendre à faire sortir cette épine de façon scientifique, car selon ma compréhension le christianisme est une grande science.

 

            Une jeune fille veut se marier avec un jeune homme : elle le voit beau, élégant et se demande : « Peut-il m’entretenir ? – Il gagne quatre à cinq cents leva par mois. – Ah, il a donc les moyens ; quel diplôme a-t-il obtenu ? – Tel diplôme ! – Formidable ! » Mais ces choses ne sont pas si importantes ! Que cet homme soit renvoyé demain et ce revenu disparaîtra. Si la femme est intelligente, elle doit se renseigner et observer son cœur et sa raison, être clairvoyante, rentrer dans sa maison, faire le tour des chambres, de la bibliothèque : comment sont rangés les livres, voir sa cuisine, son jardin, visiter le jardin de son amour, de sa charité, de sa justice ; voir quelles fleurs il a plantées, faire un tour et voir comment c’est rangé et, si tout est en bon état, elle peut dire : « Oui, je le prends pour époux ». C’est le vrai mariage. Et l’homme doit agir de même. Beaucoup veulent échanger leur place et débattent sur la question de savoir qui doit être homme et qui doit être femme, et pourquoi Dieu a fait l’homme ainsi, et la femme autrement. Qu’est-ce qu’il y a de mal là-dedans ? Jadis les femmes et les hommes ont enfanté, mais plus tard l’homme a perdu cette capacité et la femme seule a continué d’accoucher. La Bible dit : « Abraham engendra Isaac », mais ne dit pas que c’était l’œuvre de Sara. Lorsque l’homme enfantait, le monde était en très bonne situation et lorsqu’il a cessé d’enfanter, le monde s’est dégradé. L’homme doit enfanter et être un bon maître. La mère peut accoucher d’un enfant, elle peut déposer dans son âme tous les traits nobles, mais si le maître ne sait pas les cultiver, rien de bon n’en sortira. Donc, on a voulu que le Maître enfante.

 

            Le Maitre ne doit pas ressembler à ce curé qui, dans un état anormal lors d’un baptême, après avoir tenu un enfant trop longtemps dans l’eau chaude au point que celui-ci en est mort, a décrété sur le champ : « Passez-moi un autre enfant, celui-ci n’a pas pu rentrer dans la vraie foi. » Pour baptiser comme des Maîtres, votre discernement doit être à sa place : ce baptême requiert de faire descendre l’Esprit divin dans l’enfant que vous instruisez. Le prêtre en tant que Maître doit connaître les lois divines. Vous dites : « Mais c’est l’Église qui l’a stipulé ! » Verser de l’eau sur l’enfant n’est pas un baptême. Les curés d’aujourd’hui, les professeurs, les juristes sont des mercenaires, ils travaillent pour l’argent, pour trois cents à quatre cents leva de rémunération ; en Amérique ils sont rémunérés encore davantage : trois mille dollars, c’est-à-dire quinze mille leva. Selon la compréhension du véritable enseignement du Christ ils ne sont pas serviteurs de Dieu, mais de simples ouvriers. La première chose que le maître spirituel doit faire est de révéler le monde invisible au disciple comme la mère qui, devenue enceinte, dit à l’enfant : « Patiente neuf mois, je t’introduirai dans un monde nouveau pour toi et je te ferai voir ses merveilles ; mais pour le moment ne bouge pas et ne saute pas. » Neuf mois plus tard, elle devient la première maîtresse du nouveau-né, puis d’autres professeurs reprennent l’éducation de l’enfant à l’endroit où elle l’a laissé. Elle quitte sa fonction car l’enfant pénètre dans une nouvelle région qui nécessite un nouveau maître, ce que l’évangile nomme : « Naître une deuxième fois. »

 

            Ma conférence vise à vous inciter à réfléchir davantage sur vous, à ne pas nourrir le désir d’être des maîtres car l’homme souffre d’une grande ignorance. Asseyez-vous comme les commerçants et contrôlez le contenu de votre caisse intérieure : « Avez-vous un proche au Ciel, lui avez-vous adressé une lettre ? – Nous croyons en le Christ. – Mais Le connaissez-vous ? Connaissez-vous Paul, connaissez-vous Pierre ? – Mais l’Église dit qu’il ne faut pas communiquer avec ce monde-là, que c’est un péché. – C’est une grande ignorance : communiquer avec les esprits de l’enfer est autorisé, mais avec ceux du Ciel, c’est interdit ! Envoyer des messages au diable, c’est convenable, mais communiquer avec les saints et leur parler, ça les dérangerait ! Dans ce cas, pourquoi importuner le diable, quelle est cette logique ? C’est un enseignement qui ne repose sur aucune loi. Ce que je sais, c’est que les anciens chrétiens avaient des liens directs avec le Ciel, ils ont communiqué avec Dieu, avec les saints et c’est pour cela qu’ils mouraient avec abnégation. Ce n’est pas comme ceux d’aujourd’hui : « J’attends de mourir pour voir comment c’est. » Tu ne verras rien du tout si ta maison te tombe dessus ; tu attendras simplement d’être déterré et sorti des décombres.

 

            Le Christ décrit à ses élèves les faux maîtres qui ont prêché, vêtus de grandes robes, auxquels Il reproche de tromper les prosélytes. C’est encore d’actualité à notre époque : si le Christ venait maintenant, Il dirait la même chose, Il n’a pas changé d’avis. Le Christ se tait, mais lorsqu’il parlera pour dire la Vérité, nous aurons très mal et toutes nos illusions s’évanouiront.

 

            Je vous donnerai deux exemples tirés de l’histoire grecque : deux artistes ont voulu se comparer pour savoir qui comprend mieux l’art et qui est le meilleur sculpteur. Le premier a créé une grappe de raisin si ressemblante qu’il a trompé les oiseaux qui sont venus la picorer ; le second a sculpté une belle femme qu’il a si habilement recouverte d’un voile, que lorsque son acolyte est arrivé, il lui a dit : « Soulève le voile pour que je voie la statue. » Donc le premier artiste a trompé les oiseaux et le second le maître des oiseaux. Je vous demande : qui voulez-vous imiter, les oiseaux ou le maître ? Pour ma part, je vous dirai le second. Vous voulez vous emparer du monde entier, mais comment y parvenir sans la connaissance nécessaire ; cette connaissance doit reposer sur un fondement spirituel. Les connaissances dans le monde spirituel sont comme une turbine pleine de vapeur : elles sont puissantes ! Les connaissances dans le monde spirituel ont les mêmes correspondances que les forces physiques. Vous voyagez à travers la ville de Sofia, les tramways sillonnent les rues, mais sur leur toit il y a une caténaire, et le tramway s’immobilise dès qu’il se décroche du fil électrique. Donc, il faut un contact à travers lequel passe l’électricité pour mettre le véhicule en mouvement. Est-ce que vos maîtres ont mis la caténaire sur le fil pour vous relier à l’électricité ? Le mécanisme du véhicule de l’homme peut être parfaitement en ordre de marche, mais si la caténaire est décrochée, cela interdit tout mouvement en avant. Les gens cherchent ailleurs la raison de l’arrêt du mouvement, alors qu’il suffirait de réajuster la caténaire avec le fil de contact ; alors le conducteur va tourner la clé, l’électricité va revenir et le véhicule va démarrer.

 

            Pour que vos pensées agissent (car elles sont une force motrice), il faut vous unir au monde spirituel. Par le mot capacité, j’entends la forme qui retient une certaine force qui agit dans le monde spirituel ; lorsque la forme se disloque ou s’abîme, la force ne peut plus se manifester. Dans notre cerveau central il y a des régions où sont déposées certaines capacités ; elles sont reliées aux forces du monde spirituel et elles travaillent. Si votre caténaire n’est pas bien accrochée, ces forces n’agissent pas ; d’autres conditions sont également requises : des rails, un conducteur ; plusieurs facteurs se combinent. Et vous, en tant que souverain d’un état, vous devez souvent le sillonner, vérifier que tous les ouvriers sont à leur place et travaillent correctement.

 

            Vous accusez souvent ceux qui gouvernent de ne pas le faire convenablement ; et chez vous, comment se fait cette gouvernance ? Vous dites que celui-ci ou celui-là n’est pas assez intelligent ; et vous comment êtes-vous dans votre for intérieur ? Vos réflexions seront justes si vous êtes intérieurement justes. Nous disons de quelqu’un qu’il est bon, mais en quoi consiste sa bonté ? « C’est parce qu’il est aimable avec nous. » Cela n’atteste nullement de la bonté ; demain, s’il se montre peu aimable, nous dirons qu’il est mauvais. L’homme bon est toujours bon, le mauvais est toujours mauvais ; c’est impensable qu’il soit un jour un saint et un autre jour le dernier des vagabonds. Vous dites que l’homme mauvais peut se repentir ? Savez-vous combien de milliers d’années cela demande ; un enfant naît-il avec le titre de professeur ? Il devra étudier au moins douze ans durant et ses connaissances s’acquerront progressivement.

 

            Lorsque le monde intérieur sera développé, les lois du christianisme seront assimilées. Il a pour but de réconcilier les familles, de créer l’harmonie entre le mari et la femme, le frère et la sœur, le maître et le serviteur. Le monde moderne souffre, non pas parce que l’homme souffre d’être serviteur, mais parce qu’il ne sait pas être un bon maître. Le Docteur Mirkovich disait ainsi : « Je ne veux pas être riche une seconde fois, mais devenir serviteur auprès d’un maître. » Vous voulez dominer, avoir des millions de leva ; oh, alors vous serez les plus malheureux, tels des prisonniers emmurés dans votre argent. Un million de leva sur le dos est un lourd fardeau ; vous enviez ces personnes et voulez leur prendre ce fardeau pour l’avoir sur votre dos. Ce n’est pas un enseignement bien compris ; allez-vous ressembler à cet âne chargé d’icônes : lorsque les passants se sont inclinés devant les icônes, il a commencé à ruer pensant être lui l’objet des révérences. Si les gens vous témoignent du respect et vous envient, c’est à cause des croix et des icônes que vous portez. Quelles sont ces croix ? Les vertus. Remerciez Dieu qu’Il les ait chargées sur votre dos.

 

            Le Christ se tourne vers ses élèves et leur dit : « Ne vous faites pas appeler Maîtres. » Mais quelqu’un va rétorquer : « Je l’ai converti au Seigneur. » D’accord, si tu lui as appris les choses correctement, le Seigneur te bénira ; mais si tu l’as enfanté infirme, si tu as abîmé sa raison et son cœur, que dira le Seigneur ? Il y aura un jugement au Ciel, et tu en répondras. Vous tous, combien de personnes avez-vous abîmées dans ce monde ! Elles apparaîtront dans l’autre monde, avec une jambe boiteuse ou un bras tordu : tous vos descendants se rassembleront pour expliquer au Seigneur quels maîtres vous avez été. Dans les faits, ce sera ainsi, et le Seigneur dira alors : donnez-leur une amende de dix mille talents, et jetez-les en prison jusqu’à ce qu’ils payent leur amende. » Le Seigneur ne plaisante jamais, il est miséricordieux, bon, juste, mais il est sévère aussi : il saisit ces prétendus maîtres et leur inflige une amende de dix mille talents en disant : « Enfermez-le en prison pour qu’il apprenne l’art d’enseigner. » Et lorsque vous paierez votre dette en subissant toutes les souffrances, vous serez par la suite très instruits et de bons maîtres ! Et savez-vous combien de milliers d’années il faut pour cela ? C’est ainsi que s’instruisent maintenant les anges déchus et les hommes.

 

            On dit, parait-il, que l’Église ne fonctionne pas bien en ce moment : montrons-lui le bon exemple. Je veux que vous ayez la force de changer les choses. Regardez Moïse : il a pris le bâton et celui-ci s’est transformé en serpent ; il a eu peur et le Seigneur lui a dit : « Saisis sa queue » ; et lorsqu’il a pris le serpent par la queue, il est redevenu bâton. Vous direz : « Oui, mais il s’agissait de Moïse ! » Peu importe, il a également eu besoin d’étudier d’abord, auprès des plus grands Maîtres d’Égypte. Il n’était pas bête, car le Seigneur ne choisit jamais des gens bêtes pour être guides de l’humanité ou d’un peuple. Il a étudié longtemps pour faire ses preuves, et voyez les miracles qu’il a accompli devant le pharaon. Il s’est d’abord dit : « Ce travail n’est pas pour moi », et il a vécu reclus (pendant quarante ans en tant que berger pour racheter le péché de meurtre), et savez-vous comment il s’occupait ? Il consacrait son temps à la méditation car il était initié à tous les secrets d’Égypte. Pour un meurtre, il devait étudier quarante ans et pendant ce temps il a reçu une seconde initiation. Je vous demande combien d’années vous avez fait paître les moutons ? Être bergers, c’est une grande mission ; c’est cela être des Maîtres.

 

            Avez-vous reconnu votre Maître ? Vos père, mère, grand-père ont été des chrétiens depuis deux mille ans, mais ont-ils reconnu le Christ ? Si vous l’avez reconnu, présentez le laissez-passer qu’Il vous a délivré – comme dans l’armée pour vous laisser passer il faut dire le mot de passe. Quel est votre mot de passe, votre serment ? Les gens instruits doivent avoir une devise, et quelle doit être la nôtre ? Servir le Christ. Comment le servir ? En nous instruisant. Comment s’instruire, êtes-vous admis dans l’école ? Tourner autour de l’école, c’est une chose, être dans l’école, c’est autre chose. Où sont vos bulletins scolaires, vos certificats ? Vous n’avez aucun certificat, mais vous désirez être des maîtres. Il en est de même de certains prêtres ou évêques : ils n’en ont pas non plus. Et tout en vivant dans le mensonge, nous espérons l’avènement du Royaume de Dieu ! Le Royaume de Dieu arrive et met en lumière toutes les bassesses de l’humanité. Maintenant les peuples ont décidé de défendre leurs intérêts par la guerre ; défendez le Royaume de Dieu et sa justice ! Chaque peuple doit recevoir selon ses mérites ; et pour chaque personne il en est de même.

 

            Posez-vous sérieusement la question : est-ce que vous connaissez le Christ ? Je ne veux pas de réponse maintenant ; si vous répondiez dans un délai d’un an, ce serait une bénédiction pour vous. Vous pourriez dire : « Nous avons vu le Christ. » Paul l’a vu. « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? »  Ayant entendu la voix du Seigneur, il a dit : « Qui es-tu Seigneur ? » Avez-vous entendu votre Maître ? Lorsque vous fomentez la révolte dans une communauté religieuse ou dans le temple de Dieu, ne persécutez-vous pas le Christ comme le fit Saul ? Il vous dira aussi, comme il le lui a dit : « Saul, Saul pourquoi me persécuter ?... Il n’est pas facile de riposter contre l’aiguillon. »[3] Paul a compris son erreur et le Seigneur a dit : « Parce que tu as agi par ignorance, je t’enverrai chez les païens pour recevoir une leçon. » Et ils l’ont battu trois fois de trente-neuf coups. Ainsi le Seigneur fustige uniquement les adultes, il ne punit jamais les enfants.

 

Trente-trois ans, c’est l’âge du Christ... Lorsque vous subirez trente-neuf coups pour chaque année, vous vous élèverez ; il est nécessaire d’endurer ces coups. Le forgeron qui transforme le fer en couteau ou en un autre instrument, distribue aussi ces coups. Vous êtes sur l’enclume, et le Seigneur vous forge ; Il ne vous bat pas mais Il dit : « De ce matériau, je veux faire un couteau, une charrue ou un stylo. » Si vous faites partie des méchants, il fera de vous un couteau, pour combattre les méchants ; si vous êtes bons, il fera un stylo, pour qu’un écrivain vous tienne dans sa main. La plume qu’utilise l’écrivain a une plus grande intelligence que la charrue qui laboure la terre. Vous direz qu’il n’y a aucune intelligence dans la ferraille. Elle aussi se fatigue : prenez un rasoir, au bout d’un moment il se fatigue, il s’émousse. Chaque chose se fatigue. Un anglais a fait des expériences qui ont montré que les machines aussi se fatiguent ; une machine qui se fatigue émet un nouveau son et le conducteur conclut : « La machine a besoin de repos. » La même loi déclenche la même réaction en l’homme : s’il est fatigué, il aspire au repos. Le grand Maître dit : « Dans ces cas, laissons reposer votre cerveau une semaine et il reprendra son travail ensuite. » Chaque chose a son temps de travail et de repos.

 

            Observez le développement des plantes et la transformation des chenilles en papillon, alors vous comprendrez la loi. Votre pensée peut avoir la forme de la chenille ou celle du papillon. « Pour réussir dans la vie, l’homme doit avoir une seule idée ! » C’est vrai et c’est faux. Il doit avoir plus d’une idée, mais toutes doivent être nobles. Les chevaux ont des œillères pour regarder uniquement devant et ne pas s’effrayer d’influences collatérales ; l’homme aussi ferait mieux d’avoir ces œillères, et rester tendu vers une seule idée noble. Si tu ne peux pas avoir beaucoup d’idées nobles, garde en une pour objectif, elle t’élèvera et te délivrera. Nous disons : « Le Christ nous a délivrés » et même plus : « Il nous a rachetés. » Mais la rédemption a aussi son mauvais côté, car un homme mauvais qui veut profiter des avantages donnés, peut alors tirer une conclusion erronée de sa situation. La connaissance ne doit pas être mise entre des mains ignorantes. Je parle de la réincarnation ; quel est le danger pour ceux qui l’interprètent mal ? Par exemple, la chenille qui a des dizaines de pattes pour ramper sur les arbres, peut dire : « Je n’ai besoin d’aucune philosophie, une feuille me suffit : lorsque je la trouve, je la mange et c’est tout ! » Mais un jour, elle forme un cocon et se mue en papillon et dit alors : « Une feuille ce n’est plus assez, j’ai besoin de fleurs pour en extraire le nectar et les arômes avec ma trompe. » Pour entrer dans le monde spirituel il faut enlever ce cocon qui vous enveloppe comme la chenille. Sans cela, dans le monde spirituel vous n’occuperez que l’espace d’une feuille et comprendrez le monde spirituel autant qu’une chenille.

 

            Je veux que vous entriez dans le monde spirituel, mais je demande si vous avez éclos. Une fois dans le monde spirituel vous comprendrez la signification du bœuf, de l’âne, du loup, du pigeon, du renard, etc. Une idée grandiose préside à chaque forme qui existe dans le monde physique, et celui qui saisit cette idée comprend le sens des choses dans le monde. Le loup a des dents, mais cela ne veut rien dire ! Si le hérisson a des piquants, c’est pour des considérations stratégiques, pour se défendre du serpent ou de toute autre créature qui veut lui nuire : il attrape le serpent par la queue, commence à l’avaler doucement et tant qu’il ne l’a pas gobé, il se protège avec ses piquants. Avec le temps, ce hérisson changera aussi de forme. Comment peut-il changer, demanderez-vous. Savez-vous quelle forme vous avez dans le monde spirituel ? Dans la bible il y a un verset dans lequel le Seigneur appelle Jacob vermisseau ; mais vous direz que c’est au sens figuré. Le Christ appelle ses disciples brebis ; savez-vous ce que cela signifie ? Les brebis, ce sont ces âmes, habitées par les esprits et, comme les brebis dans ce monde donnent le lait et la laine, de la même façon les âmes donnent à l’homme du « lait » et de la « laine » qui sont précieux.

 

            Essayez cet enseignement. Pourquoi êtes-vous dans ce monde ? Mettez votre intelligence au travail. La première chose à apprendre, c’est de faire disparaître le doute pour être en communion avec le monde spirituel, et si vous pouvez le projeter, vos amis vous aideront tout de suite. Comment est votre foyer intérieur ? S’il est très chaud, c’est-à-dire si vous avez cette force, vous pourrez embraser n’importe quelle pensée. Si votre cœur n’a pas la chaleur nécessaire, votre prière ne s’élèvera pas ; c’est du cœur que dépend la façon de diriger votre prière. « J’ai prié ! » Mais moi, je vois cette prière stagner à deux coudées au-dessus de votre tête. Vous prierez cinq, dix, cent fois du fond du cœur jusqu’à réussir à envoyer votre demande au Seigneur ; et lorsqu’elle arrivera à Ses oreilles, alors Il répondra. Comment répondrait-il à une demande qui ne Lui arrive pas ? Lorsque vous priez, vous devez vous concentrer, oublier tout ce qui est autour de vous et vous transporter jusqu’à ce que seule la prière occupe votre esprit. Je demande maintenant si le foyer de votre cœur, de votre raison est assez chaud pour envoyer vos prières en haut ? Ah, mais des enfants turbulents vous entourent ; le Seigneur les a envoyés sur terre pour s’éduquer car ils n’étaient pas sages non plus au Ciel et Il les a rétrogradés. Le Seigneur ne veut pas de ceux qui font du bruit au Ciel ; ils apprendront à labourer, à retourner la terre, à faire des souliers et après un certain temps, lorsqu’ils auront appris la leçon, ils pourront devenir des fils de roi. Avant d’entrer au Ciel vous passerez devant un jury d’examen pour répondre à des questions : quels sont vos sentiments et vos pensées, quelle est votre charité, votre amour envers autrui et envers Dieu, et beaucoup d’autres questions encore. Le Christ vient et les livres de la vie seront ouverts pour juger si les gens sont dignes ou non de passer en classe supérieure ou de monter au Ciel ; chacun recevra sa juste rétribution.

 

            C’est pourquoi le Christ se tourne vers vous et vous dit : « Un seul est votre Maître : le Christ. » Je veux que vous tous, vous vous souveniez de ce Maître venu il y a deux mille ans pour vous racheter du péché, mais vous Le cherchez encore ! Est-ce que le Christ a gravé au moins une fois son nom dans votre cœur, dans votre âme ? S’Il l’a fait, je vous félicite ; sinon, tâchez de Le rencontrer et de Le prier de le faire. Et lorsqu’Il inscrira son Nom, n’allez pas pavoiser et clamer partout : « Le Christ a inscrit son Nom dans mon carnet. » Ce n’est pas utile ici, mais au Ciel ; une fois là-bas, les anges vous demanderont : « Montrez-nous votre carnet » ; et si le Seigneur a signé dedans, ils vous diront : « Vous pouvez rentrer. » Alors le Christ, les saints, vos grands et petits frères vous accueilleront avec des lauriers et grande sera la joie de vous retrouver.

 

            Autrefois, dans l’école de Pythagore, on appliquait la règle suivante : chaque disciple était soumis la première année à de terribles moqueries et humiliations et n’était admis qu’à condition de les endurer sans broncher. Le Christ aussi a envoyé certains sur terre pour vous railler. « Il veut être un saint, mais il a un grain, il est un peu dérangé, il n’est pas bien dans sa tête, c’est un âne ! » C’était la méthode de Pythagore pour sélectionner les vrais disciples. Si vous endurez ces railleries, sachez que vous avez passé l’examen avec succès et vous serez admis. Si par contre vous vous échauffez face à ces moqueries et dites : « C’est moi que tu traites ainsi ? Attends pour voir !», vous êtes perdus. Vous dites : « Mon mari est méchant. » Comment savez-vous s’il n’est pas mis là exprès par le juge pour vous éprouver ? Patientez un an pour avoir l’examen, et le Seigneur dira alors au mari : « Tu ne railleras plus ta femme et tu ne lui nuiras pas. » Et vous verrez comment il deviendra doux comme un agneau, mais seulement une fois l’épreuve endurée, lorsque le Christ le lui dira. Gardez cet enseignement, je n’aborde que son côté extérieur ; ce sont des pensées données dans le désordre, juste pour vous permettre de discerner ce qui est noble de ce qui est trompeur.

 

            Lorsque vous entrez dans l’enseignement du Christ, il vous élève : vous connaîtrez les gens, vous verrez leurs âmes. Souvent, deux personnes se croisent et s’interrogent : « Je suis chrétien et toi, crois-tu dans le Christ ? » Si vous êtes chrétien, pourquoi poser la question ? Cette question démontre qu’il n’y a aucune chrétienté en vous. Je ne demanderai jamais quelle est telle ou telle fleur ; par l’arôme, je saurai si c’est une rose ou un œillet : mon nez fonctionne bien. Si mon odorat est grossier ou hors de service, ou bien si je suis aveugle et que je ne vois rien, je peux alors demander, mais si tous mes sens sont éveillés, je pourrai par l’arôme ou la vue de la fleur deviner ce qu’elle est. Ainsi chaque âme se manifeste par ses apparences extérieures, ses actions. Je vous vois comme des œillets à l’intérieur - certains n’ont pas encore fleuri, d’autres ont des bourgeons, d’autres encore portent la promesse de se développer plus tard. Je ne veux pas seulement que vous fleurissiez, mais aussi que vous fructifiiez. Les anges viennent comme des abeilles, pour féconder les fleurs dans nos âmes ; si vous fleurissez, vous êtes en communion avec eux.

 

            Comme cette science est profonde, et combien de choses encore vous pourriez apprendre ! Il faudrait vous donner encore dix conférences. Mais vous raconter tout cela est très ennuyeux ! Vous me direz que ce n’est pas intéressant et vous vous endormirez. Et vous avez raison car vous n’êtes pas prêts pour cela ; ce temps viendra. Si par exemple vous mangez trop de miel, vous allez être saturés. Pourquoi ? Parce que vous serez blasés. Vous êtes ami avec un homme bon, et vous puisez de lui sans cesse, mais vous finissez par dire : « Qu’il aille ailleurs, je ne veux plus le voir ! » Il faut que vous mangiez du miel ou que vous soyez ami avec cet homme, sans aller jusqu’à la saturation. Vous aussi, ne donnez pas trop de votre miel ; il suffit d’une cuillerée et non pas d’un pot entier pour ne pas saturer l’invité. Un proverbe bulgare dit : « Le trop grand saint n’est pas agréable même aux yeux de Dieu. »

 

            Vous lisez, lisez et vous vous ratatinez. Ne prenez qu’un seul verset, arrêtez-vous sur lui et réfléchissez. « Dieu est amour. » Méditez-en le sens : Il est amour, ressentez cet Amour en vous. Ce ressenti ne doit pas être celui d’avoir mangé une pomme ou celui d’un chat qui a mangé une souris. Aimer une personne, cela signifie entrer en elle ; m’aimer, signifie entrer en moi. Lorsque vous avez la photo d’un ami, vous la mettez dans un endroit visible. Le cœur représente le monde astral ; l’esprit, le monde purement spirituel. Si votre raison peut s’élever à un certain niveau, voilà le monde spirituel ; ce qui se passe dans le cerveau est un reflet du monde spirituel. Chaque pensée a une forme dans le monde spirituel, je veux dire chaque noble pensée (les pensées aussi se distinguent par la forme et le contenu). Chaque noble pensée génère joie et gaîté. Si vous élevez votre raison et votre cœur vers le Christ, Il vous prendra par la main et vous introduira dans le jardin de Dieu, vous amenant à la source de l’amour pour le goûter. Vous goûterez les choses ; il n’y aura pas d’instant plus heureux pour vous. Et en y entrant, ne dites pas : « Il faut que mon mari vienne aussi ! » Non, chacun doit entrer par lui-même, il ne faut pas intercéder pour quelqu’un d’autre ; une envie profonde doit animer chacun pour y entrer. S’il en est capable, vous l’aiderez pour entrer, mais les incapables, les infirmes doivent rester dehors tant qu’ils ont besoin de soins dans ce monde qui est pour les gens infirmes. Ceux qui doivent entrer dans l’école du Christ, doivent être purs : une pureté dans les pensées et les sentiments. Un désintéressement total est aussi indispensable, puis de l’abnégation ; c’est le degré ultime, c’est la réussite de l’examen.

 

            Maintenant, la première chose qu’on exige de vous, c’est la pureté dans les pensées et les désirs, et la foi inébranlable qu’il adviendra ce que Dieu a ordonné. Lorsque tu mets le Seigneur à la première place pour quelque travail que ce soit, il est inutile de te demander si tu réussiras. Que tu sois professeur, juge, prêtre, agriculteur, si tu accomplis ta mission, il n’y a pas de force au monde qui t’en empêchera. Vous aurez des obstacles, des épreuves, des entraves, mais ils sont nécessaires à votre développement ; les souffrances envoyées sont une bénédiction.

 

            Je vous laisse maintenant avec cette pensée : connaître votre Maître, le Christ. Si vous connaissez votre vrai Père, alors les anges seront vos frères, non pas un ou deux, mais des milliers. Des milliers d’années durant ils vous feront visiter leur demeure céleste. Il y a là-bas des choses admirables : de longues promenades, des écoles d’excellence, de nouveaux soleils, de nouvelles créatures et encore tellement de merveilles ! Vous direz alors : « Nous comprenons maintenant le sens profond de la vie, pourquoi elle doit être vécue. » Et cela arrivera lorsque vous aurez un seul Maître. Si vous en avez plusieurs, vous n’apprendrez rien : un enfant ne peut pas avoir deux mères, un homme non plus ne peut pas avoir plus d’un vrai Maître ; si vous me dites que vous en avez deux, je vous dirai : « Vous me mentez à moi et à Dieu. » Il y a une seule mère sur le plan physique, un seul Maître sur le plan Spirituel, un seul Père qui est le Seigneur sur le plan Divin. Ils sont trois : un sur terre, le Maître parmi les anges, et Dieu parmi les divinités. Lorsque vous passerez par ces trois plans, chacun de vous saisira le sens profond, intérieur de la vie actuelle, et vous endurerez toutes les souffrances avec joie ; il n’y aura aucune souffrance pour vous dans la vie, et les relations entre les hommes et les femmes, les parents et les enfants et entre tous les peuples s’arrangeront.

 

            Alors on ne s’interrogera plus sur le devenir du peuple bulgare. Que tous les Bulgares se tournent vers Dieu, alors je leur garantis que tout s’arrangera. Mais avec leur mentalité d’aujourd’hui, ils vont recevoir trente-neuf coups de bâton, comme décrit dans le livre divin. « Oui, mais la Russie agit de telle et telle façon. » La Russie aussi, si elle suit le Seigneur, elle sera bénie ; sinon elle aura trente-neuf coups de bâton. De même pour l’Allemagne, la France, l’Angleterre, pour tous : le Seigneur les corrigera tous sans exception. Nous tous sur terre, nous devons accomplir la Volonté de notre Maître, de notre Père ; je crois qu’il y a en vous ce grand désir de l’accomplir. Je vois que vous êtes devant une nouvelle feuille blanche et vous dites comme le fils prodigue : « Notre père, pardonne-nous, nous avons péché et nous avons bu et mangé ce que Tu nous as donné ; nous ne ferons plus ces erreurs, reçois-nous comme serviteurs dans Ta demeure. » Soyez certains que votre Père effacera tout, vous habillera et sacrifiera son veau le plus gras pour vous rassasier. Et chez lui, on se réjouira parce que son fils prodigue est revenu. Il lui mettra une nouvelle bague au doigt et lui dira : « Va à l’école mon fils, vas-y pour t’instruire de nouveau ! »

 

Sofia, 20 décembre 1914

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[1] 1840-1850

[2] Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l’aient en abondance. (Jn 10, 10)

[3] Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon. (Ac 26, 14)

 

Traduit par Bojidar Borissov

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