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Ani

1914_10_19 La peur

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La peur

 

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme;

craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne

(Matthieu 10, 28)

 

            La peur est un sentiment qui pèse sur l’âme. Répandue chez les humains comme chez les animaux, c’est un sentiment propre aux organismes vivants : elle est chargée d’une certaine mission. La peur sous-entend que dans notre environnement ou dans nos conditions d’existence, certains éléments sont néfastes et nuisibles pour notre vie. Ce sentiment nous préserve de tout ce qui peut nous anéantir. Quand, à quelle époque la peur est-elle apparue chez les humains ? Selon une idée généralement admise, elle est apparue avec le péché originel ; avant cela elle était inconnue pour l’homme. En réalité, la peur a une manifestation duale : exogène et endogène. Lorsqu’un enfant commet une erreur pour la première fois, la peur envahit son âme. Qui a la conscience paisible et sereine lorsqu’il commet la moindre faute ? Le sentiment de peur surgit tout de suite dans son âme. Donc, l’âme voit entrer des éléments qui la menacent. Supposons que vous ayez une maison avec un plancher en pin ; la peur qu’elle puisse prendre feu et brûler vous gagne rapidement. Il y aurait ainsi dans votre plancher quelque chose, des substances qui pourraient s’embraser et brûler en absorbant ces éléments, et toute votre maison prendrait feu. Ce sentiment, à l’œuvre dans le monde organique depuis des milliers d’années, a rendu les humains et les animaux esclaves de la peur. Mais celle-ci a également un côté positif : elle a permis de développer la vigilance. Beaucoup d’animaux ont pu développer leurs membres, qui sont devenus plus puissants, à cause de la peur ; tout animal avec de longues jambes est peureux – prenez le comme un fait – les pattes arrière du lièvre sont beaucoup plus longues que les pattes avant ; si les pattes avant avaient été aussi longues, il aurait été encore davantage favorisé pour la course.

 

            Maintenant je ne vais pas me lancer dans une explication du rôle de la peur dans l’histoire de l’évolution. Les scientifiques contemporains disent que la religion a été engendrée par la peur. Cette idée est fausse, car la religion existait avant l’apparition de la peur. Le Christ s’adresse ainsi à ses disciples, car il sait qu’ils font partie de cette catégorie d’humains qui ont peur pour leur maison, pour leur corps, et il leur dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme. » Pourquoi ? Si vous avez un capital à la banque et si quelqu’un brûle votre maison, vous n’avez pas à vous faire de souci, car vous en reconstruirez une nouvelle et plus belle. Donc, tant que votre richesse est déposée dans votre âme, vous n’avez rien à craindre.

 

            Prenons maintenant la seconde partie du verset : qui devez-vous craindre ? « Craignez celui qui peut faire périr le corps et l’âme. » Sur cette partie du texte, il y a eu des débats acharnés ; qui est ce second que nous devons craindre ? Certains prétendent que celui que nous devons craindre, c’est le diable. Je vous dirai que celui qui nous devons craindre, c’est Dieu, dans le sens où nous devons éviter de L’affliger, ce qui nous oblige à rester vertueux. Si j’interprétais la loi divine de la vie, je ne vous dirai pas qui craindre ou ne pas craindre, mais je vous dirai comment respecter la loi divine. C’est la forme négative de la peur, alors que la forme positive de la peur apparaît lorsque nous commettons une faute. Celui qui accomplit la volonté divine n’a rien à craindre, mais celui qui ne l’accomplit pas aura toujours le cœur serré par la peur et ne sera jamais libre et en paix. Dans le verset que j’ai lu, le Christ veut indiquer à ses disciples qu’il y a dans le monde certaines lois qui régulent la vie humaine : « Même tous les cheveux de votre tête – dit-il à ses disciples – sont comptés ! » Pas un seul cheveu ne peut tomber par hasard. Si j’accomplis la Loi de Dieu, je serai sous la protection de Dieu, tout comme les oiseaux.

 

            Chez les chrétiens modernes, il y a une conception erronée de nos rapports avec Dieu, avec la religion, ce qui, par la suite, engendre beaucoup de souffrances dans l’âme humaine. Certains considèrent que la religion, c’est aller simplement à l’église, allumer un cierge, faire le signe de croix ; ils se disent qu’être religieux, c’est se contenter de ces choses-là. Mais la religion est quelque chose de beaucoup plus profond. L’essence de la religion, c’est le sentiment d’amour envers Dieu. Si cette loi essentielle était inscrite en nous, nous serions prêts à accomplir des milliers d’autres choses pour le Seigneur. Mais comment manifester son amour pour le Seigneur si nous ne Le voyons pas ? Le Christ dit : « Votre Père est aux Cieux. » Je lève les yeux et je vois qu’Il n’est pas là et je me dis : « Lorsque je sortirai de ce corps, j’irai là-bas. »

 

            Le Christ s’adresse à ses disciples et leur dit : « Ne craignez pas ceux qui sont sur terre et qui tuent. » Qui sont-ils ? Si vous lisez le premier verset de ce chapitre[1],  vous verrez que le pouvoir de tuer les esprits impies est donné aux disciples ; ce pouvoir ne s’étend pas sur les hommes vertueux, mais sur les méchants. Le chrétien moderne dit : « Je veux tenir mes frères sous ma coupe. » Vous voyez que le Christ n’a pas donné aux apôtres le pouvoir de commander aux hommes, mais aux esprits impies. Chacun de nous doit les maîtriser. Les hommes ont différentes méthodes pour chasser ces esprits, mais ceux-ci n’en ont pas peur : ils ne craignent ni le bâton ni les menaces ! Pour avoir le pouvoir sur un esprit impie, tu ne dois pas avoir ses faiblesses ; si tu les as, même si tu es ministre, philosophe, érudit, tu seras son esclave. Ils créent des intrigues, détrônent les rois ; ils sont capables de tout. Si tu n’as pas leurs faiblesses, tu es leur maître. C’est pourquoi le Christ pouvait commander aux esprits : il était pur et s’il leur disait : « Sortez ! », ils répondaient : « D’accord. » Ceux qui engendrent et ceux qui soignent les maladies sont aussi les mauvais esprits. Vous direz : « C’est bizarre ! », n’est-ce pas ? C’est la loi. Si vous empruntez de l’argent à quelqu’un, vous devez le lui rendre ; si vous blessez quelqu’un vous devez payer pour son rétablissement. C’est le diable qui déclenche les malheurs, mais vous appelez le Seigneur pour vous en délivrer. Le Seigneur saisit le diable et lui dit : « Tu as détruit la maison de cet homme, va la réparer ! », et le diable tâche de la réparer.

 

            Maintenant, pourquoi le Seigneur ne répond-t-il pas à vos prières ? Je dirai que c’est votre faute car, lorsque ces ouvriers se présentent au travail, vous ne savez pas les contrôler et ils s’échappent. Il faut, lorsque le Seigneur les envoie, avoir l’autorité sur eux et les commander, les surveiller un fouet à la main car, laissés à eux-mêmes, ils vont tous déguerpir et votre maison restera inachevée. Vous ne devez jamais avoir les faiblesses que ces esprits ont. Certains disent : « Nous ne pouvons pas vivre sans faiblesses. » Si vous ne pouvez pas, alors on vous humiliera, on s’emparera de votre corps, de votre argent, on vous enfermera ; il n’y a pas d’autre issue. Le Christ vient maintenant et dit : « Je vous dirai qui craindre. » Il dit : « N’enfreignez pas la loi divine. » La seconde partie de cette interprétation sous-entend l’accomplissement de la loi divine pour libérer vos âmes et vos corps.

 

            Chacun de nous doit faire une révision de son cœur et de son intellect, et recenser les faiblesses qui s’y trouvent. Si vous aimez tricher, tous les esprits du mensonge sont autour de vous, ils sont vos invités, vous les attirez. Si vous aimez vous réjouir du malheur des autres, tous les esprits enclins à se réjouir des malheurs des humains vous entourent et un clairvoyant verrait leurs hordes envahir vos maisons et ne faire que boire et manger. Si vous haïssez les autres, tous les esprits de haine mangent et boivent à votre compte. Voilà comment les gens dépérissent. Quand ces esprits vous envahissent et s’attardent un jour ou deux, vous vous mettez bien sûr à vous lamenter : « J’ai mal à la tête, j’ai mal aux yeux, j’ai mal aux bras, aux jambes, au ventre, au cœur, aux bronches, etc. » Ces esprits malveillants puisent votre sève et troublent vos yeux, vous rendent aveugle, sourd ; les bras, les jambes se détraquent et un jour on vous prend pour vous emporter dans la tombe. Et quand vous vous présenterez devant le Seigneur, les habits en haillons, Il vous demandera : « Mon fils, as-tu englouti tout ce que je t’avais donné ? – Père, pardonne-moi, nous avons mangé, bu, joui, nous ne ferons plus tout ça désormais. » Et, parce que Dieu est miséricordieux, Il dit : « Pourvu que vous ayez appris la leçon, je vous créditerai de nouveau. »

 

            C’est pourquoi le Christ dit : « Je vous dirai qui craindre. » Cette appréhension, cette crainte, c’est la précaution. Lorsque chez l’homme les sentiments négatif et positif s’unissent, le sentiment de précaution et la capacité de discernement, alors naît en lui la prudence. La peur est l’élément négatif de la prudence. Ainsi le Christ veut dire : « Ne séparez pas ces deux éléments l’un de l’autre, car séparés – si vous séparez votre discernement de la peur – ils ne se contrôlent plus, vous perdrez alors votre corps et votre âme. » La géhenne, c’est quoi ? Vous verrez qu’elle consiste dans ces conditions limitées de développement, dans cette vie de souffrances, pour ne conserver en vous qu’une conscience épurée. Savez-vous dans quelle situation se trouve un homme qui vient de mourir ? Un jour, vous éprouverez ce sentiment de façon plus palpable. Lorsque la dépouille se transforme en squelette, son âme tourne autour de lui et dit : « Comme ces os étaient beaux ! » et elle se lamente : « C’était ma seule richesse, tout le verni est parti ! » Les briques et les fondations sont là et quelque temps après les os rétabliront le temple d’antan. C’est pourquoi le Seigneur interroge le prophète Ezéchiel : « Fils de l’homme, ces ossements pourront-ils revivre ? » Le prophète répond : « Seigneur Éternel, tu le sais ! » Le Seigneur dit : « Prophétise sur ces ossements, et dis-leur: Ossements desséchés, écoutez la parole de l'Eternel. »[2] Une fois, Edison a fait une petite farce à quelques-uns de ses amis : il a fait en sorte de faire se mouvoir automatiquement deux squelettes attachés l’un à l’autre par les jambes et les pieds avec du fil métallique ; ils avaient deux gramophones dans les mains et des ampoules électriques dans les orbites des yeux, et ces deux squelettes se sont mis à parler : « Nous étions jadis comme vous : nous avons bu, nous avons mangé et festoyé, et voyez où nous en sommes à présent ! » Les invités se sont tous sauvés terrifiés ! Edison a dû longtemps batailler pour les convaincre qu’il ne s’agissait que d’une farce. Avec la façon anormale de vivre aujourd’hui, chacun se trouvera dans un squelette, incapable de travailler, de penser, d’agir.

 

            C’est pour cela que le Christ se tourne vers ses disciples et leur dit : « N’ayez pas peur. » Pour canaliser ce sentiment, la peur, nous devons nous aligner complètement sur la loi divine, sur notre conscience d’être liés à Dieu. En nous, parfois, apparait une pensée : « Nous voulons apercevoir le Seigneur, nous voulons voir Jésus Christ. » Vous Le voyez chaque jour : lorsque naît en vous ce sentiment d’amour, d’affection, Il est là et vous Le sentez ; vous devez seulement ouvrir vos yeux spirituels pour Le voir. Vous voyez maintenant le côté extérieur des choses, mais pas le côté réel. Chaque jour, chacun de vous est en contact avec le Seigneur : lorsque vous souffrez et lorsque vous aimez. Lorsque l’homme souffre et se trouve dans la situation d’un malade, le Seigneur le soigne et panse ses plaies, ce qui provoque certaines douleurs et le malade geint. Le Seigneur explique les causes de ces souffrances : « Tu souffres parce que tu as enfreint Mes lois, mais sois patient, je te guérirai. – Mais ces douleurs sont insupportables ! – Oui, mais lorsque je te disais de ne pas enfreindre la loi, tu n’as pas écouté. – Mais il faut beaucoup de temps. – Tu apprendras. »

 

            A partir de maintenant vous devez, comme les anciens chrétiens, expérimenter pour tenter de sortir hors de votre corps. Votre raison vous dit : « Ce serait une chose fameuse d’en sortir. » Oui, c’est fameux, mais il faut avoir la connaissance. D’abord, il faut te libérer de toutes les faiblesses des esprits qui t’entourent et, en sortant tu leur diras : « Personne ne doit s’approcher de mon corps, sinon vous subirez le fouet. » Mais si les esprits savent que tu as des faiblesses, lorsque tu quitteras ton corps ils viendront s’en emparer. C’est pour cela que nos contemporains sont fortement rattachés à leur corps physique par le Seigneur, car s’ils sortaient de leur corps, ce serait encore pire pour eux, leur évolution s’arrêterait. Le Christ s’adresse ainsi à ses disciples parce qu’ils veulent le suivre pour percer les secrets du Royaume de Dieu.

 

            Et je pense que la recette de la longévité se résume à ceci. Je vais vous donner un exemple : prenez les gens qui souffrent et se tourmentent et traversent beaucoup de tempêtes dans leur existence : celle-ci sera de courte durée. Ceux qui sont paisibles, comme on dit, bien disposés, qui ne se tourmentent pas, ne se mettent pas en colère, ont une longue vie. C’est pourquoi Herbert Spenser dit à un endroit : « Lorsque les forces externes de la nature s’équilibreront avec les processus internes de l’organisme humain, nous aurons la vie éternelle dans le monde physique. » Quelles sont ces forces externes ? Ce sont ces éléments nocifs. Lorsque nous trouverons l’équilibre et que nous réussirons à saisir ce que nous désirons, ce que nous souhaitons et saurons comment réagir face aux éléments nocifs pour les dominer, nous pourrons vivre sur terre autant que nous voudrons : cent, cinq cents, mille ans, et nous pourrons quitter cet endroit à notre guise, cela dépendra de nous. Après avoir vécu quelques milliers d’années, nous dirons : « Nous avons assez vécu et à présent nous souhaitons partir nous promener dans l’autre monde. » Alors, entourés de nos proches et de nos amis, nous serons raccompagnés comme avant de prendre un train. Ce sera un trajet, nous serons libres, nous prendrons un billet pour partir et nos amis ne marcheront pas derrière nous pour dire : « Pauvre homme, la mort l’a emporté. » Non, nous dirons : je vais me promener, visiter la demeure de mon Père et un jour peut-être, je reviendrai. » Et ils nous souhaiteront bonne route.

 

            Le christianisme est une science qui prépare à ce voyage pour une longue traversée. Ne pensez pas que l’endroit où vous vous rendez est très proche : il est tout près et en même temps très loin. Près et loin sont des notions relatives : avec une vitesse moyenne, il vous faut deux cent cinquante ans pour atteindre le Soleil, mais si vous allez à la vitesse de la lumière, il vous faut huit à neuf minutes. En neuf minutes, on ne peut même pas se rendre d’ici au jardin de Boris dans le centre-ville de Sofia ; il me faut au moins vingt minutes pour y aller alors que la lumière du Soleil parcourt quatre-vingt-douze à quatre-vingt-treize millions de miles en neuf minutes. Lorsque nous parlons de l’espace, nous l’appréhendons selon la vitesse à laquelle nous allons. Savez-vous le temps qu’il faut pour atteindre la plus proche étoile, alfa du centaure ? Trente-quatre millions d’années en train, mais seulement trois ans à la vitesse de la lumière. Et si vous décidez de viser la galaxie la plus proche de la nôtre, à la vitesse de la lumière, il vous faudra quatre-vingt-dix millions d’années. Cela dépend donc où vous allez. Si vous allez au Soleil à la vitesse d’un train, et si vos amis vous interrogent sur la date du retour, vous direz : « Deux cent cinquante années aller, deux cent cinquante années retour, cela fait cinq cents ans, et deux cent cinquante ans pour vivre un peu sur place, donc nous serons de retour dans sept cent cinquante ans. » Si vous demandez à celui qui va sur alfa du centaure dans combien de temps il reviendra, il vous dira : « Trente-quatre millions d’années aller, trente-quatre millions d’années retour et autant d’années sur place, je serai donc de retour dans cent millions d’années. » Ce sont des pensées philosophiques abstraites, accessibles seulement aux anges ; vous ne pouvez pas appréhender ce qu’est cet espace : trente-quatre millions d’années ; il vous faut une intelligence angélique pour percevoir la grandeur de Dieu dans cette idée.

 

            Le Christ, lorsqu’il se tourne vers ses disciples, dit : « N’ayez pas peur. »  Il lève les yeux et ajoute : « Ne craignez pas pour vos petites maisons, ne vous tourmentez pas pour ces petites choses, parce que votre Père a prévu de grandes tâches pour vous. » Veillez à garder votre âme pure et lumineuse ; si vous avez ce capital, vous pourrez franchir ces espaces. Un jour, en partant au Ciel, vous délaisserez votre corps et vous partirez avec votre âme ; vous laisserez le corps sur terre car il est d’ici. C’est une carriole, fabriquée d’éléments de la terre parce que vous êtes au royaume de ces quatre éléments de la terre. Quand vous serez devant un sentier étroit et tortueux, vous laisserez la carriole pour continuer à pied. Le Christ dit aussi : « Lorsque vous arriverez devant le sentier étroit, pour ne pas perdre votre âme et stopper votre évolution, ne craignez pas ! »

 

            Vous voulez dominer. Ne dominez pas vos frères : c’est le plus grand crime pour les hommes d’aujourd’hui, leur désir de gouverner les autres. Ne commandez pas aux hommes ; aux esprits malveillants, oui, vous pouvez et vous devez les commander. – « L’esprit malveillant, vous devez le commander, l’éduquer, mais je ne veux pas que vous commandiez aux hommes. » Voilà ce que dit le Christ. Parfois vous tenez à savoir qui est le plus grand, qui est le plus petit, qui est le plus vieux ou le plus jeune, et alors ! Le Seigneur a pu vous mettre à la queue ou en tête, et alors ! Un jour le Seigneur te mettra à la queue, un jour, en tête, un jour, vers le dos, un jour, dans les jambes, indifféremment ; ces choses sont sans importance. La force est là : avoir le contrôle sur les mauvais esprits, les faire obéir, les soumettre à notre volonté. « Je vais faire peur à ma femme en lui donnant une correction. » Bien, aujourd’hui tu la corriges, demain tu la corriges, mais elle finira par s’enfuir et tu iras l’implorer de revenir. La force de l’homme est en lui, c’est là qu’il doit porter son attention. Chacun de nous doit apprendre à contrôler ces esprits. Je sais que beaucoup sont tourmentés par les mauvais esprits ; beaucoup vont auprès du Christ pour être secourus. Comment les aider sachant qu’Il attache ces esprits alors qu’eux les détachent à nouveau. On ne peut pas venir en aide à ces personnes. Est-ce que le Christ va s’occuper de vos renards, de vos loups ? Mettez-les au travail ! Cette idée est un peu allégorique, mais je vous la donne comme une règle. Vous ne pourrez pas être maître de votre vie tant que vous n’apprendrez pas à contrôler ces esprits.

 

            Il y a sept étapes à franchir pour soumettre les mauvais esprits à sa volonté. Ces esprits impies ont peur de la lumière. La première chose à faire est de vous retourner vers Dieu. Qu’est-ce que ce retournement ? Pour le moment, vous avez tourné le dos à Dieu, votre monde est obscurité ; faites demi-tour, tournez votre visage vers le Seigneur ; sans vous tourner vers Lui, rien n’est possible. Lorsque vous voulez dépoussiérer un habit, ne le retournez- vous pas ? Vous allez donc retourner votre cœur et votre intelligence pour les dépoussiérer de l’intérieur. Le mot retourner a un double sens : se tourner face au Soleil et aussi retourner un habit pour en secouer la poussière.

 

            Le deuxième prérequis, c’est le repentir : la révision, l’épuration du compte. On met un panneau devant la boutique : « J’arrête toute transaction, pas de vente, ni d’achat, inventaire annuel en cours. » Tu vérifies les comptes, tu recomptes : tu as tant à prendre et tant à donner, il te reste dix mille levas de dette ; tu dois aller implorer tes créanciers : c’est le repentir. Tu sors tes livres de compte : « Mes amis, je suis un honnête homme, je ne sais pas comment, mais j’ai perdu dix mille levas, pardonnez-moi, faites-moi encore un peu crédit. » Si tu n’implores pas, tu seras emprisonné. Lorsque tes livres de compte seront inspectés et ton honnêteté attestée, ils diront : « Nous avons par le passé eu du donnant-donnant avec toi et nous te pardonnons, nous te ferons de nouveau crédit. »

 

            Le pardon et le salut sont deux choses liées. Ce que le christianisme appelle le salut advient lorsque nous avons franchi les deux paliers du retournement vers le Christ et du repentir. Il dit : « Je te donne un nouveau crédit et je t’envoie dans le monde pour travailler. » Et tu ouvres  de nouveau la boutique : « Le prénommé untel travaille de nouveau, il vend et il achète. »

 

            Le quatrième pas est la régénération. J’expliquerai la régénération à l’aide d’un autre processus issu de l’agriculture : un agriculteur a un jardin, il arrache toutes les cultures, puis il les replante de nouveau ; et lorsque les nouvelles pommes apparaissent, c’est une régénération ; il a l’espoir que le nouveau jardin lui donnera une récolte. Dans le christianisme, après ce processus, la régénération s’opère en nous ; le nouveau a commencé à germer vers le haut. La renaissance est un processus de floraison et de nouaison[3].

 

            Il y a donc le retournement, le repentir, le salut, la régénération et la renaissance, qui est le cinquième pas. Avec la renaissance l’homme se libère de la loi karmique des causes et des conséquences ; vous devenez alors des citoyens libres, des seigneurs, et personne ne peut vous dominer. C’est à partir de cette cinquième étape que vous pouvez régner sur les mauvais esprits ; c’est seulement lorsque vous êtes à la place du Christ que vous pouvez les commander. Vous serez alors un disciple du Christ, ce qui est une très grande distinction. Il a donné à ses disciples le pouvoir sur les mauvais esprits et les a envoyés guérir et ressusciter les gens. Comment donner ce pouvoir si l’homme s’est à peine retourné et n’a pas encore audité ses livres de comptes ? Il n’est pas encore absout, il n’est pas né de nouveau et il veut gouverner le monde ! Ce n’est pas possible. Vous voulez commander aux mauvais esprits, ce n’est pas possible, vous devez d’abord franchir ces quatre étapes et alors vous serez pleinement maîtres de la situation.

 

            Maintenant, vous réfléchissez, mais vous avez toujours en vous une peur de manquer de cette vertu. Il y a deux attitudes extrêmes dans la chrétienté : certains se montrent plus humbles qu’ils ne le sont en réalité, alors que d’autres se sentent plus fautifs qu’ils ne le sont : ce sont des extrêmes. Dites-vous la vérité : « J’ai dix mille levas dans la caisse » et ne dites pas « cinq mille. » Si on en a dix mille, c’est un mensonge. Tu as dix mille levas, mais tu dis « quinze mille » : tu mens encore. Si tu as dix mille levas, marque les dix mille, ni plus, ni moins. Nous devons toujours exprimer la vérité comme nous la connaissons en notre for intérieur, nous devons parler clairement, entièrement, positivement et alors nos relations extérieures avec les gens seront bonnes. Pourquoi ? Parce que ces esprits qui vous gouvernent vivent au Ciel ; lorsque vous réglez vos comptes avec votre esprit, il les réglera avec les autres esprits et ils ne pourront pas vous détester. Ils peuvent dire : « Je te tuerai ! » Vous leur répondrez tranquillement : « Tu ne peux pas, car tu es attaché. » Quelqu’un dit : « Je ferai ça ! –  Impossible, essaie seulement. » Un jour quelqu’un m’a dit : « Si je sors mon révolver, tu vas voir ! – Essaie de le sortir. Et s’il reste dans l’air, collé dans ta main ? – Alors je sortirai un couteau ! – Essaie donc ! Est-ce que tu as déjà sorti un couteau pour savoir ce que c’est ? Cela ne se fait pas comme ça, il faut pour cela une permission d’en haut. »

 

            Si d’en haut on veut éprouver ta ténacité, ta patience, ton abnégation, tu seras mis à l’épreuve et tu devras tout surmonter ; mais s’il n’y a pas de permission d’en haut, même le monde entier peut se soulever, personne ne t’atteindra.

 

            Un anglais qui avait quarante chiens de la race des bouledogues se vantait en disant : « Il n’y a pas de chiens plus féroces que les miens, personne ne peut les approcher ! » Il parie quatre mille livres avec un autre anglais. Ce dernier prend le pari et dessine un cercle autour de lui pendant que le premier lâche ses chiens sur lui ; mais ils ont tourné le long du cercle sans le franchir ! À la fin le second anglais a fini par siffler d’un drôle de façon et les chiens se sont dispersés en courant à travers la foule. Avec quoi leur a-t-il fait peur ? Avec une certaine force qu’il avait en lui. Sans fusil, ni bâton, il avait seulement employé une force pour les faire fuir. Je vous demande où est votre force ? Un jour un esprit impie peut proclamer : « Je vais lâcher mes chiens ! – Lâche-les ! Je vais faire un cercle et lorsque je sifflerai ils fuiront aussitôt. » La force est dans ce sifflet divin et celui qui l’a est toujours libre et puissant.

 

            Voilà, maintenant vous savez comment gouverner sur les mauvais esprits et ne pas avoir leurs faiblesses. Si vous avez peur, tous les esprits de la peur seront autour de vous. C’est pourquoi vous devez chasser ces faiblesses. Vous dites : « Mais je ne vais plus faire ceci, je ne fumerai plus de tabac » et dès le lendemain vous refumez. Faites-le sans l’annoncer. « J’ai décidé de planter ! » Mais tu n’as encore rien planté. Plante d’abord et appelle ensuite tes amis pour leur dire : « Venez, mes amis, pour voir ce que j’ai fait ! », et ils vont se réjouir. Vous dites : « J’ai décidé d’être bon, venez voir mon plan : je ferai ceci, je ferai cela ! » Tu ne feras rien, j’ai vu des millions de plans ; le purgatoire est rempli de plans ! Si vous envisagez de faire quelque chose, n’en parlez pas, mais dites seulement : « Seigneur, aide-moi ! » Et lorsque votre jardin se développera et donnera des fruits, appelez vos amis et dites-leur : « Mangez, buvez et réjouissez-vous ! » Alors le Seigneur vous bénira. Voilà ce qu’est le christianisme.

 

            Et lorsque le Christ vous dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ceux qui font périr l’âme », il veut dire que ce qu’ils te prendront, peut être pris, comme dit le proverbe : « Même à Pâques, le délai d’un jour à peine expiré, et vous serez dessaisis ! » Tu es charretier : on te prendra ta charrette et tu diras : « On m’a chassé de ma maison. » Et pourquoi pas ? Remercie plutôt qu’ils aient eu la bonté de te supporter de si longues années. Les esprits gouvernent les éléments que vous avez sur terre, ce sont les leurs. C’est pourquoi les Écritures disent que nous sommes des envahisseurs sur cette terre où nous vivons, qu’elle n’est pas à nous : le Seigneur nous a envoyés pour nous en emparer de force. Si vous voulez la conquérir et être des seigneurs, alors emparez-vous d’abord des esprits, car chaque élément a son maître. Vous ne pouvez pas être seigneurs de l’eau si vous n’arrivez pas à conquérir les esprits de l’eau ; vous ne pouvez pas être seigneurs de l’air tant que vous ne conquérez les esprits de l’air ; comme vous ne pouvez pas être les seigneurs du feu si vous ne vous emparez pas des esprits du feu etc… Par conséquent, le Christ nous donne  une loi que nous devons appliquer : d’abord être pur pour nous retourner vers Lui.

 

            Maintenant, le Christ vient dans ce monde, comment vous trouvera-t-il ? Bien entendu, il trouvera certains riches et d’autres pauvres. Il est dit : « Or, si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l'œuvre de chacun sera manifestée; car le jour la fera connaître, parce qu'elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu'est l'œuvre de chacun. Si l'œuvre bâtie par quelqu'un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense Si l'œuvre de quelqu'un est consumée, il perdra sa récompense ; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu. »[4] Et celui qui ne cultive pas la pureté et n’a pas en lui la crainte du Seigneur, « nous livrerons cet homme à Satan pour anéantir sa chair, pour que l’Esprit soit libéré le jour du Seigneur Jésus. »[5] Si vous avez œuvré des milliers d’années, si vous avez souffert, si vous avez tenu haut le drapeau de la vérité, sans craindre ceux qui font périr le corps, en vous sacrifiant pour le triomphe de la justice et l’avènement du Royaume de Dieu, le Seigneur vous élèvera de nouveau et vous ressuscitera.

 

            Et c’est pourquoi le Christ dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. » S’ils tuent votre corps, votre âme sera libre et c’est ce qui est précieux dans la vie. Tout autre chemin qui vous éloigne de la vérité est mortifère pour le corps et pour l’âme. Car les peureux, les poltrons ne seront pas admis au Royaume de Dieu. Dans l’œuvre juste du Seigneur, dans l’œuvre juste de l’humanité, dans l’œuvre juste du peuple, dans l’œuvre juste de la communauté, dans l’œuvre juste du foyer, dans l’œuvre juste de l’âme individuelle, il ne faut avoir ni peur, ni appréhension, ni hésitation, ni couardise, ni reculade face au grand commencement de la vie. Ce qui est juste, est toujours juste. Amour et peur ne peuvent coexister dans l’esprit de l’homme, dans l’esprit de l’homme véritable. Là où est l’amour, il n’y a pas de peur et là où est la peur, il n’y a pas d’amour. L’amour est le signe de la plénitude, de l’unité entre toutes les forces, tous les sentiments et toutes les capacités de l’esprit humain ; alors que la peur est le signe de l’absence et de la perte de cette harmonie intérieure, de notre paix spirituelle.

 

            Par ces derniers mots j’entends le sublime, le noble, le bon chez l’homme. Je n’entends pas cette insolence, cette brutalité, cette dureté de cœur, cette insensibilité, souvent considérés comme témérité et courage. L’idéal de l’héroïsme est de pouvoir supporter avec magnanimité toutes les souffrances, toute l’ignominie, tous les avilissements, toutes les moqueries et toutes les accusations des autres, et même de la part du monde entier, au nom de l’œuvre juste, pour pouvoir dire à sa Mère : « Pour Toi qui m’a mis dans ce monde divin, je sacrifie tout. Dans Ton Amour, je trouve le suprême appui pour mon âme. La peur du monde, la peur de ceux qui tuent mon corps n’est plus. Je n’ai pas peur, car je Te connais. Que tu me donnes la mort ou la vie, je les accepterai avec une égale gratitude. Avec Toi, il y a un sens  dans la mort ; sans Toi, il n’y a pas de but dans la vie. Dans la mort ou dans la vie, sois toujours une couronne de lumière pour mon esprit. »

 

Sofia, 1 novembre 1914

 

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[1] « Ayant fait venir ses douze disciples, Jésus leur donna autorité sur les esprits impurs, pour qu’ils les chassent et qu’ils guérissent toute maladie et toute infirmité. » (Mt 10, 1)

[2] Il me dit : "Fils de l'homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? " Je dis: "Seigneur Dieu, c’est toi qui le sait." Il me dit: "Prononce un oracle contre ces ossements ; dis-leur : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur !  (Ez 37, 3-4)

[3] Nouaison (terme botanique) – En arboriculture ce terme désigne le stade du cycle végétatif d'un arbre fruitier qui marque le début du développement du fruit après la fécondation.

[4] Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ. Si l'on bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l'ouvrage de chacun sera manifesté; car le jour du Seigneur le fera connaître, parce qu'il va se révéler dans le feu, et le feu même éprouvera ce qu'est l'ouvrage de chacun. Si l'ouvrage que l'on aura bâti dessus subsiste, on recevra une récompense ; si l'ouvrage de quelqu'un est consumé, il perdra sa récompense ; lui pourtant sera sauvé, mais comme au travers du feu.  (1 Co 3, 11-15)

[5] Qu’un tel homme soit livré à Satan pour la mort de la chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus.  (1 Co 5,5)

 

Traduit par Bojidar Borissov

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