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Ani

1914_09_21 Necessite de connaitre Dieu

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La nécessité de connaître Dieu

 

Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi,

le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ

(Jean 17, 3)

 

            La vie est l’élan le plus naturel et le plus intense de l’âme humaine, la richesse qu’elle désire acquérir. Cette aspiration ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte à des milliers et des millions d’années. Et elle est ancrée non seulement en l’homme, mais aussi chez les mammifères, les oiseaux, les poissons, même les végétaux, et ne diffère pour ces créatures que dans les moyens d’acquisition de la vie.

 

            Revenons à l’aspiration humaine à la vie : elle nous concerne, elle est importante pour notre développement. Vous entrez par exemple dans une école de musique, pas seulement pour écouter, mais aussi pour apprendre : on vous donne un violon, un archet, on vous apprend à l’accorder et on vous assigne un professeur pour vous enseigner les règles de base de la musique ; et vous commencez à exercer votre attention, vos mains, vos doigts. De cette façon, peu à peu, vous apprenez à devenir un violoniste virtuose. De la même façon, le Seigneur souhaite nous enseigner la méthode, le moyen d’acquérir la vie. L’homme a jadis possédé la vie éternelle, mais il l’a perdue. Il l’a perdue pour une raison très simple, et il tente désormais de réparer son erreur. C’est cette erreur qui a causé l’apparition de la mort, et c’est seulement en étant confronté à la destruction de son âme, de son discernement, de son cœur, de son organisme et de tout ce qu’il a construit, qu’il a compris ce qu’il avait perdu.

 

            Au premier chapitre de la Genèse il est dit que Dieu a placé l’homme dans le Paradis en lui disant d’exploiter et de se servir de tout, mais en lui interdisant de toucher à un arbre : l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais l’homme a été tenté de désobéir et d’ailleurs, c’est plutôt la femme qui s’y est essayée la première. Il est dit dans ce chapitre que le serpent, enroulé autour de l’arbre, a commencé à interroger Ève : « Comment se fait-il que vous, les prétendus maîtres du paradis, qui disposez de tous les arbres alentour, vous n’ayez pas l’autorisation de manger les fruits de l’arbre qui cache en lui un grand secret ? » La femme a demandé alors : « Quel secret ? – Si vous goutez ses fruits, vous aurez le même savoir que Dieu et vous saurez pourquoi vous vivez, vous connaîtrez le bien et le mal et votre puissance sur terre sera égale à celle de Dieu. » Et la femme, en proie à la vanité, s’est dit : « Devenir comme Dieu, c’est mon désir le plus ardent ! » Elle cueille alors un fruit et le mange, puis s’en va et réussit à convaincre son mari de le goûter aussi. Après cela, selon le Livre, tous deux ont pris conscience de leur nudité : « Ils se sont vus nus. » Quand les hommes se voient-ils nus ? Un père de famille riche meurt et lègue de l’argent, des propriétés, des forêts à son fils ; ce dernier, entraîné par des connaissances diverses dans des sorties et des fêtes, finit par tout dépenser et se met à nu, à cause de sa gloutonnerie, les beuveries, l’oisiveté. Cela suggère l’idée que Adam et Ève ont longtemps mangé de cet arbre et lorsqu’ils ont commencé à hypothéquer le Paradis, le Seigneur leur a dit : « Qu’est-ce que vous hypothéquez ? Est-ce votre propriété ? Sortez d’ici ! À partir de maintenant, c'est à la sueur de votre visage que vous mangerez du pain, pour assimiler cette grande leçon : apprécier la vie que je vous donne. » Un millionnaire américain à qui son père avait légué une vingtaine de millions de dollars en héritage, a eu un faible pour les plantes et il s’est mis à amasser des fleurs des quatre coins de la planète ; il a même fait organiser des excursions spéciales pour certains végétaux extrêmement rares ; il a tout dépensé en quelques dizaines d’années, de manière si définitive, qu’à sa mort il a fallu l’enterrer aux frais de la municipalité.

 

            Mais vous demanderez : « Comment quelqu’un peut-il perdre sa vie ? » Je vous répondrai ceci : vous avez un fils en bonne santé et en pleine possession de ses moyens, avec un bon diplôme ; cependant, contaminé par l’idée de devenir célèbre et d’être décoré d’une médaille, il part en déclarant : « J’irai combattre pour la gloire ! » Un projectile l’atteint : il se couvre de gloire, mais perd sa vie. Adam et Ève ont souhaité obtenir une telle croix de guerre, et le Seigneur les a envoyés sur le champ de bataille ; ils ont quitté le Paradis pour conquérir le monde, mais ils ont perdu la vie éternelle.

 

            Revenons maintenant à la pensée du Christ. Dépenser notre argent, perdre notre vie, c’est dans nos cordes, mais regagner la vie, nous n’y arrivons pas. Le Christ est venu précisément pour nous enseigner comment regagner la vie perdue. C’est cette idée que je développerai devant vous. Le Christ dit : « Je suis la vie ». En quoi la vie diffère-t-elle des autres forces ? C’est une force qui bâtit, élève, unit, assemble, donne la joie et la gaîté à l’âme humaine. Dans le dernier verset du chapitre que je vous ai lu, trois mots sont importants : vie, connaissance et Dieu. La vie est l’objectif que nous visons, la connaissance est la méthode pour y parvenir, alors que Dieu est le milieu ou les conditions dans lesquels nous pouvons puiser cette vie. Cette question est double : je peux vous détailler son aspect purement philosophique, son origine biologique, ses manifestations physiologiques ou psychologiques etc., mais cela ne vous servira à rien, comme il ne sert à rien d’expliquer à un homme affamé comment le pain se prépare, avec quelle farine est faite la pâte, qui l’a pétrie, comment on l’a cuite, quels éléments contient ce pain, comment les chimistes ont élaboré ces éléments en laboratoire, etc., car il dira : « J’ai faim, nourris-moi de pain ; qu’il soit fait de farine ou de tel et tel élément, la seule chose qui m’importe est de manger à ma faim et ensuite seulement je pourrai écouter tes histoires. » Nous dirons de même au philosophe : « Nous ne voulons pas savoir de quels éléments est constituée la vie, comment et de quoi elle est l’assemblage et quelle est son origine ; nous voulons nous nourrir, goûter la vie éternelle et ensuite nous aurons tout le loisir de débattre avec vous sur le reste ; mais pour le moment nous voulons surtout nous affranchir de la mort. » Et je pense que c’est la bonne approche pour cette problématique.

 

            Comment pouvez-vous obtenir la vie éternelle ? Vous ne vivez pas encore. Vous pensez vivre et vous dites : « Je vis » ; et vous avez réellement une vie mais elle n’est qu’empruntée. Demain le créancier se présentera pour vous intimer l’ordre de payer votre dette ; il vous mettra en prison, vous ôtera cette vie, alors vous serez mis en bière et le prêtre ne fera que confirmer le jugement par son discours funéraire et prier le Seigneur de vous accueillir dans Son Royaume, c’est-à-dire de se montrer indulgent envers vous. Et, sur ces chants funéraires on vous enterrera ! Que symbolise l’enterrement ? L’incarcération de l’homme qui doit s’acquitter de sa dette. Tous ceux qui partent rechercher une médaille au lieu de rembourser leur dette, finissent enterrés afin de s’acquitter de leur dette, afin d’apprendre à se réapproprier leur vie. Tous pleurent lorsqu’un proche meurt, mais les pleurs n’aident pas. Celui qui a une créance sur nous ne sera pas apitoyé par nos pleurs, mais dira simplement : « Rembourse ta dette. » Et la mort dit, en se présentant à vous : « Je ne veux pas de vos larmes, mais je veux que vous vous acquittiez de ce que vous me devez. »

 

            Maintenant, il nous faut assimiler la loi essentielle de la vie pour nous affranchir de la mort. Voici un exemple pour l’illustrer : au temps du joug ottoman, à l’époque des janissaires, un turc qui s’était fait brigand a conquis toute une région et a soumis la population entière à des exactions arbitraires. Tous ceux qu’il attrapait étaient battus, blessés, tués ; il se vantait partout de faire régner la terreur. Personne n’osait protester, tous s’en remettaient à Dieu et le priaient de les délivrer de ce mal. Tous les hommes portaient les traces des blessures du brigand sans qu’aucun n’ose relever la tête. Un jour, un jeune berger bulgare, habillé et bien décidé, a traversé cet endroit, un bâton à la main. Le brigand turc l’a intercepté au milieu de la forêt : « Étranger, arrête-toi ! Qui te permet de passer par ici ? – Je suis berger, je fais passer mon troupeau. – Lâche ce bâton. – C’est un cadeau, il est rempli d’or. Ma grand-mère dit que c’est mon grand-père qui l’a apporté du Paradis. Il ne m’a jamais trahi et m’a toujours ouvert la route. – Regardez ce que déblatère cet imbécile d’incroyant ! Tu vas voir de quel paradis vient ce bâton ! – J’embrocherai ta tête dessus ! » Mais le berger intrépide brise en deux l’épée du brigand dès le premier coup, puis il casse son bras droit avec le deuxième coup, et avec le troisième, il coupe en deux sa jambe gauche, ce qui le fait s’écrouler par terre. « Je t’avais dit que mon bâton dit toujours le vrai et vient du Paradis. Pour le moment, ces trois paroles que tu as apprises te suffisent. Dieu rend la justice équitablement. Si je passe une seconde fois, mon bâton me dit que tu apprendras encore trois autres paroles et je t’écraserai la tête. – Je crois, répond le brigand turc, ce que dit ce bâton. J’appliquerai désormais ses paroles. Comment puis-je tenir tête à un tel bâton qui sort du Paradis et dit toujours la vérité ? Que la population chrétienne des infidèles soit libre désormais, c’est la volonté d’Allah. »

 

            Je vous rapporte cette fable relatée sous une forme populaire, pour expliquer une vérité. Ce turc, c’est la mort, et la population soumise, c’est nous, les humains. Y a-t-il un seul endroit qu’elle n’a pas visité, y a-t-il une seule maison qu’elle a épargnée ? Que disent les croix dans les cimetières ? Tous dans ce monde encensent ce personnage effroyable, les pères et les mères transmettent les récits de ses exploits, il y a des volumes entiers qui retracent son histoire, qui le glorifient, tous entament une même chanson : « Il est tout puissant dans notre monde ce guerrier brigand. » Si quelqu’un ose prétendre qu’il est possible de se libérer de lui, on riposte : « Tu es fou, tu as perdu tout discernement, c’est impossible, nous ne croyons pas, ce sont des paroles insensées, des phrases stupides, des rêveries de jeunesse. » Mais il suffit d’un seul jeune berger bulgare et de son bâton sorti du Paradis, qui ne ment jamais, et de ses trois coups portés sur l’épée, sur le bras droit et sur la jambe gauche du brigand turc, pour dénoncer la théorie mensongère de sa toute puissance. Sauf qu’il faut de la hardiesse, de la volonté, pour un combat aussi titanesque.

 

            Mais quelqu’un contestera : « Je ne vois pas quel sens profond recouvre cet exemple simpliste. » Oui, il a raison de son point de vue puisqu’il ne se donne pas la peine d’interpréter les choses. Mais, que diriez-vous alors, si dans cette formule résidait la vérité suivante : si, précisément, ce jeune berger représentait l’homme pur et réfléchi ; si sa grand-mère représentait l’amour divin qui nous enseigne sans cesse que la liberté est un droit humain ; si le grand père représentait la sagesse divine qui apporte le bâton du Paradis, c’est-à-dire les lois divines, pour le confier à cet être intelligent, pour protéger son âme de la soumission. Et si l’épée représentait les forces de la nature opposées au progrès de l’homme ; le bras droit, la volonté humaine pervertie ; la jambe gauche, le cœur humain perverti ? Nous considérons que si nous agissons sur ces forces dans une direction précise, alors nous pouvons neutraliser leurs effets destructeurs.

 

            C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la phrase : « Celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » La victoire est un pré requis à l’acquisition de la vie. Et les paroles du Christ : « Mais personne ne peut entrer dans la maison de l'homme fort et piller ses biens, s’il n’a d’abord ligoté l'homme fort ; alors il pillera sa maison. », sous entendent la même idée. C’est pourquoi il est nécessaire de faire l’apprentissage des lois d’acquisition de la vie. Une femme qui veut tisser doit avant tout savoir laver et essorer la laine ; préparer son métier à tisser, les fils de chaîne et les fils de trame, puis filer les fils de chaîne sur l’ensouple et commencer la filature selon les règles. La navette se glisse à la main dans la foule tantôt de droite, tantôt de gauche pour croiser le fil de trame et les fils de chaîne et ainsi donner la forme souhaitée au tissu.

 

            Pour peindre un tableau de valeur, le peintre doit connaître les lois de cet art, savoir combiner les couleurs et maîtriser son pinceau. Pour sculpter une statue hors du commun, le sculpteur doit maîtriser son marteau. Le bâtisseur doit savoir comment construire une maison jusqu’aux finitions. Le médecin doit connaître parfaitement les ingrédients qui guérissent les malades s’il veut être utile et réputé. Un maître qui enseigne et éduque doit connaître l’âme humaine, le discernement humain et agir en connaissance de cause. Maintenant, le chrétien qui aspire à acquérir la vie éternelle doit connaître l’essence de cette vie et appliquer les lois de son acquisition. La vie peut être comparée à un tissu que nous préparons, puis que nous revêtons. C’est le premier vêtement avec lequel l’esprit humain doit s’habiller. Si nous usons ce tissu, nous nous mettons à nu ; ce dénudement se nomme décadence morale.

 

            Le Christ annonce clairement : « La vie éternelle est de connaître Dieu. » Le connaître, voici le secret d’acquisition de la vie éternelle. Mais vous me direz : « Ne connaissons-nous pas déjà Dieu ? » Non, si vous Le connaissiez au sens christique du terme, vous ne mourriez pas. Mais vous m’objecterez : « Qui ne meurt pas ? » C’est bien cela justement qui contredit la croyance populaire que l’on connait Dieu. Vous me direz alors que le Christ aussi est mort. Non, Il n’est pas mort, mais Il a ressuscité et s’est montré à ses bien aimés. Lorsque vous mourrez, est-ce que vous ressusciterez pour apparaître devant les vôtres ? Voilà la question essentielle pour vous.

 

            Vous pouvez avoir une notion de Dieu d’après le dogme d’un philosophe, d’un panthéiste, d’un matérialiste, d’un prêtre, mais cela ne déposera pas en vous la vie éternelle, ce commencement immuable, ce bien être inaltérable que nous poursuivons, qui est notre objectif. En dehors de cela, vous ressemblerez à quelqu’un de maladif, qui la nuit se chauffe aux rayons de la lune, ou à quelqu’un d’affamé qui de loin fixe des pains savoureux, ou à quelqu’un d’assoiffé qui de loin s’imagine s’abreuver d’eau claire en se disant : « Je connais cet eau. » Je vous le dis : « Ce n’est pas une connaissance, mais juste une idée des contours apparents des choses. Lorsque vous aurez la vraie connaissance de Dieu, la vie éternelle se réalisera en vous. Alors, vous accueillerez la mort comme ce jeune berger, et sur votre tombe il n’y aura pas d’écriteau du type : « Ici repose un être jeune et inexpérimenté que la mort a fauché. »

 

            Mais je reviens à notre sujet pour le clarifier par une petite analogie. Toute créature vivante a besoin d’un milieu et de conditions pour subsister : pour les végétaux il faut un sol, de l’humidité, de la lumière ; pour les poissons il faut de l’eau, sans quoi ils ne peuvent pas survivre ; pour les oiseaux, les mammifères et l’homme le milieu indispensable est l’air. Cette analogie est vraie aussi pour nos cinq sens : le milieu de l’œil est la lumière, celui de l’oreille est le son, celui du nez, les odeurs, les fleurs qui sans cesse dégagent ces vibrations éthériques qui constituent la nourriture de ce sens ; le milieu du goût est la nourriture, tous ses éléments organiques qui affluent et donnent la vie. Si maintenant nous continuons plus haut sur cette échelle, nous verrons les autres effets de cette grande loi. L’environnement de votre cœur, ce sont les désirs ; l’environnement de vie et d’épanouissement de l’intelligence humaine, ce sont les pensées. Sans pensée, elle s’atrophie, comme s’atrophie le cœur sans désir. L’environnement de la volonté humaine est la force, l’activité, l’énergie de travailler : sans travail la volonté s’atrophie. Sur cette même base de comparaison, Dieu est l’environnement pour l’âme humaine. C’est pourquoi les Écritures disent : « En Lui nous vivons, nous nous mouvons et nous avons notre existence. » Par Lui, l’âme peut regagner sa vie d’antan et se vêtir d’immortalité. Par conséquent, Dieu est un environnement intérieur, une condition intérieure, une force intérieure dans lesquels nous devons sans cesse puiser. Comme nos yeux sont liés à la lumière, nos poumons, à l’air, notre estomac, à la bouche pour s’alimenter, de même notre cœur et notre intellect sont deux moyens par lesquels l’âme peut accueillir la vie. Ce sont des milieux d’apprentissage de l’environnement divin, de la conscience divine omnisciente dans laquelle est plongée notre âme. Il est vrai qu’à chaque fois qu’une créature perd le contact avec son environnement de vie, elle s’expose à la mort, qu’elle soit un végétal, un poisson, un oiseau, un mammifère ou un humain ; la loi agit toujours de la même façon. Le Christ qui connaissait parfaitement cette loi, nous demande avec insistance de connaître Dieu, ou bien, dit en jargon scientifique, de garder le contact avec notre milieu de vie.

 

            Mais vous direz : « Nous Le connaîtrons lorsque nous irons dans le monde invisible. » Le monde invisible, c’est Dieu. Ceux qui croient pouvoir aller dans le monde invisible à leur mort ressemblent à ce fils criminel qui se dit, après son incarcération : « Je vais rendre visite à mon père. » C’est dans la prison que vous espérez voir votre père ? Vous irez au purgatoire, et non pas auprès de votre Père Céleste. Pour vous y rendre, il vous faut vaincre la mort, sortir de prison, être libre. C’est pourquoi le Christ dit dans le chapitre de l’Évangile que nous avons lu : « Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. » (Jean 10, 9). Dites-moi si vous êtes déjà entrés par cette porte, si vous en êtes sortis et comment vous vous y êtes pris ? Si je vous questionne sur la maison d’un de vos amis, vous direz : « La porte d’entrée de sa maison donne sur l’ouest, celle de l’intérieur est plein nord ou plein sud » ; et vous décrirez le volume qu’elle occupe, sa couleur et son mécanisme de fermeture. Tous les prêtres disent : « le Christ est une porte. » Puisque le Christ est une porte, éclairez-nous s’il vous plaît : « De quelle matière est-elle fabriquée : de bois, de fer, d’or ou d’argent, de pierres précieuses ; comment est-elle accrochée et sur quelles bases repose-t-elle ? – Mais, direz-vous, c’est au sens figuré ! - Bien, interprétez alors ces propos : qu’est-ce que le Christ, en quel sens représente-t-il une porte ? » Vous direz : « Le Christ nous a délivré. – Comment ? – Il s’est sacrifié pour nous. – Quelqu’un qui est mort, peut-il sauver ? – Mais Il a ressuscité. – Comment ? Grâce à la vie éternelle ! »

 

            Donc, le Christ était uni à Dieu, il connaissait Dieu et par cette connaissance de Dieu, il a vaincu la mort pour ressusciter et venir auprès de nos âmes : il est à présent avec nous. D’abord enfermé pendant trente ans à nos côtés, pour nous apprendre comment sortir de cette prison, comment vaincre la mort et le mal, le Christ est désormais dehors, dans l’autre monde avec le Père de la lumière. Il vient visiter nos intellects, nos cœurs et le monde le verra asséner ces trois coups-là : contre l’épée, contre le bras et contre la jambe. Il abolira tous les enseignements mensongers. Quels sont-ils ? Ce sont ces éléments – pensées, désirs, actes – qui détruisent le bonheur humain, le discernement humain, le cœur humain, l’âme humaine, l’esprit humain, qui répandent la mort, l’anarchie et l’asservissement partout et figent notre vie. Quel est l’enseignement de la vie ? Celui qui apporte le bonheur, le bien être, qui éclaire et élève l’esprit humain, le cœur humain et lui insuffle l’amour envers tout : c’est le Christ vivant. Et c’est pour cela qu’il nous dit : « Pour avoir ces éléments essentiels qui vous donnent une vie éternelle, il vous faut impérativement connaître Dieu. »

 

            Il faut faire la guerre dans le monde, mais contre qui ? Contre la mort ! Mais nous devons appréhender cela correctement, sous peine de rester continuellement dans l’erreur. Je vous dirai comment : une mère bulgare envoie son fils, en Allemagne je crois, pour faire ses études. C’était une femme fortunée qui envoyait tous les mois quatre cents à cinq cents leva à son fils qui trouvait cette somme insuffisante. Un jour, il écrit à sa mère lui demandant mille leva, et il obtient cette réponse : « Je n’ai pas cet argent, tu ferais mieux de te trouver un petit travail. » Mais son fils s’indigne : « Si tu n’envoies pas cet argent, je me suicide ! » Et alors sa mère lui répond courroucée : « Suicide-toi, j’irai cracher sur ta tombe ; je ne veux pas de fils qui soit peureux et oisif, et qui craint la lutte quotidienne d’une vie de travail, préférant vivre comme une vieille femme ! » Les mots ne sont pas forcément exacts, mais de cette teneur. Son fils se ressaisit, et aujourd’hui ce télégramme est accroché dans un cadre. Aux questions des curieux, l’homme répond : « Elle m’a sauvé. »

 

            Dans la vie, vous devez donc lutter contre les ingrédients de la mort. Et comment réussir ? Uniquement grâce à la connaissance de Dieu, le commencement de la vie. Vous me demanderez alors : « Comment atteindre ce commencement ? » C’est la chose la plus facile. Prenons l’exemple, d’une crise d’étouffement ; que faites-vous ? Vous ouvrez la bouche et vous respirez pour reprendre de l’air. Ainsi, pour avoir la vie, nous devons avoir la connaissance et, pour avoir la connaissance, nous avons besoin d’un discernement limpide qui assimile et agit. Et lorsque vous recevez constamment avec votre intellect ces pensées élevées et vertueuses, tout comme vous respirez constamment par le nez, vous êtes en train de trouver cette vie éternelle que vous recherchez. Si vous menez la petite expérience de forger votre volonté et de chasser systématiquement les mauvaises pensées et les mauvais désirs qui vous assaillent, ne gardant que les bons, en un an, vous pourrez faire en vous des miracles. Aucun obstacle ne résistera à cette détermination.

 

            Maintenant, bien entendu, celui qui veut obtenir l’immortalité doit avoir une volonté forte au sens littéral du terme. Mais vous direz : « Je ne peux pas. » Celui qui ne peut pas, ira là-bas en prison : c’est ce qui est écrit dans le livre divin. Quand vous déclarez : « Je ne peux pas », Dieu dit : « Enfermez-le, Je lui apprendrai à y arriver. » Il n’y a pas d’autre issue, c’est notre destin. Si nous souhaitons nous unir à Dieu, vivre avec Lui, acquérir la vie éternelle, nous devons impérativement Le servir. Autrement, nous allons quand même demeurer serviteurs, mais de qui ? Des démons, des puissants de ce monde qui nous asserviront. Le diable nous forcera, une cravache à la main : « Allez ! » Et si tu ne veux pas travailler pour le Seigneur, tu subiras les coups de fouet. Enfin, tu diras : « Il n’y a rien à faire, il faut travailler ! » Bien entendu, cela sous l’effet du bâton et des coups ; et si on s’arrête, le fouet assène de nouveaux coups. Ce sont les deux chemins. « Je ne veux pas servir le Seigneur. – Si tu ne veux pas servir le Seigneur, tu auras un autre seigneur. – Je veux rester libre – Vous vous leurrez, une telle liberté n’existe pas. La liberté est uniquement pour celui qui est uni à Dieu ; celui qui vit de manière consciente, demeure libre. » Parfois vous dites : « Je me suis mis en colère et je lui ai dit ceci et cela… » Et vous pensez que vous avez agi intelligemment, que vous l’avez dominé. « Qui a dominé qui ? – Je l’ai battu. – Qu’est-ce que cela vous a rapporté ? Rien ! Demain ce sera vous celui que l’on battra. » Quelle est cette liberté ? Aujourd’hui tu bats quelqu’un, demain c’est toi qui seras battu ; aujourd’hui tu étrangles, demain c’est toi qu’on étranglera ! Cela n’est pas la liberté.

 

            Le Christ dit : « Vous devez apprendre le principe essentiel de la connaissance. » Je veux que vous appliquiez ce que je vais vous dire. Vous allez à l’Église, vous vous mettez debout, vous joignez les mains, vous fermez les yeux et vous vous élevez en priant Dieu ; puis vous sortez et oubliez tout cela. Les gens dehors se prononcent : « Cet homme va à l’Église, il est croyant ; mais il en sort et sa vie est toute autre. » Donc, vous n’avez pas réellement trouvé le chemin de la délivrance. Pourtant, on soutient : « Le Christ est venu et nous a sauvé. » Le Christ délivre les bons et les intelligents, il ne délivre jamais les imbéciles et les méchants. Il délivre les bons et les intelligents qui écoutent et suivent son enseignement. En premier lieu, le Christ nous enseigne comment travailler pour nous-même. Il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Le chemin, c’est la méthode ; la vérité, c’est le discernement qui nous permet d’apprécier les choses : celles qui sont bonnes, celles qui sont mauvaises ; la vie, c’est un art qui nous apprend comment fabriquer le tissu et nous habiller avec.

 

            Faites un petit test : vous êtes malade, nerveux, indisposé, vos enfants ne vous écoutent pas ; laissez-les tranquilles, ne vous en faites pas pour eux, concentrez-vous sur vous-mêmes, sur votre nervosité, votre indisposition qui ont des racines profondes. Si vous me dites : « J’ai soif », je vous dirai : « Désaltérez-vous. – J’ai faim. – Rassasiez-vous. – Mais comment boire, il n’y a pas de tasse. – Agenouillez-vous à cette source de montagne, c’est l’endroit où vous pouvez vous désaltérer. – Je ne veux pas m’agenouiller. – Il le faut, sinon tu resteras assoiffé. – Mais je salirai mon pantalon tout neuf. – Si tu ne veux pas salir ton pantalon, tu resteras assoiffé. Il vaut mieux s’agenouiller et se salir, mais sentir le bienfait de l’eau de source. – Je suis affamé. – Viens avec moi. Je le conduis dans une pièce : voici du pain, assieds-toi par terre pour te nourrir. – Je ne suis pas habitué à manger sans fourchette, sans couteau, sans assiette. – Laisse de côté la fourchette, le couteau et l’assiette, prends simplement le pain et romps-le avec les mains pour manger. – Mais si quelqu’un me voit manger de la sorte, j’aurai honte. – Si tu as honte, tu resteras affamé ; si tu as honte d’aller à l’école avec un abécédaire, tu resteras ignorant. »

 

            De même, si un homme est appelé à suivre le Christ, il ne doit pas songer au « qu’en dira-t-on » mais il devra s’approcher du Christ, appliquer son Enseignement et devenir puissant. Le diable nous menace car nous sommes faibles. Je ne veux pas que vous soyez faibles, mais que vous vous nourrissiez. Comment ? Nourrir votre discernement, votre cœur, acquérir la vie éternelle, c’est savoir nourrir non seulement votre corps, mais aussi votre cœur, votre discernement, votre âme et votre esprit. C’est la méthode pour se nourrir selon l’enseignement christique profond. Et ce matin je mettrais cet intitulé à ma conférence : « Comment apprendre à se nourrir ? » Vous avez appris uniquement à mâcher et vous maîtrisez parfaitement ce procédé. Allons maintenant plus loin : prenez la nourriture pour alimenter votre cœur, votre intellect, votre esprit. Et si vous vous nourrissez de la sorte, je vous dirai que vous êtes très intelligents et que vous avez assimilé l’enseignement du Christ et que vous allez acquérir une vie éternelle, car vous savez vous unir avec Dieu.

 

            Je traite cette question sur la base d’une expérience réelle, j’aborde des choses que je comprends et que j’ai moi-même expérimentées. La seule chose qui vous freine est votre indécision, vos doutes sur ce sujet. Lorsqu’on aborde la vie pratique, il n’y a pas de place pour la théorie. Vous avez fait appel à une femme pour apprendre à tisser : « Mais je ne sais pas faire. – Tu sauras ! » D’abord cela ne se fera pas selon les règles de l’art, mais peu à peu, jour après jour, une semaine après, un mois après, votre tissage sera plus fluide. N’imaginez pas que tout ira pour le mieux dès le début, il y aura des obstacles, mais si vous persévérez, vous apprendrez. Votre première expérience sera la suivante : tâchez de garder votre esprit libre une ou deux minutes et ne pensez-plus aux choses habituelles du quotidien. Vous dites : « J’ai cessé de penser, je ne pense à rien », mais votre esprit est encore traversé par votre grand-mère, vos enfants, les poules, les vaches, les arbres, les pierres, et vous pensez que vous êtes libres ! Dans votre esprit règne un tel chaos : la grand-mère, la mère, les enfants, tous y sont sans exception. Dites-vous enfin : « Je veux être libre, aujourd’hui je penserai au Seigneur, le grand amour de la vie ; tous les autres, allez vous occuper dehors dans le jardin et laissez-moi libre, car j’ai un travail très important ». Essayez cela une première fois, juste deux petites minutes. « Mais les enfants vont débarquer, se chamailler, pleurer. – Qu’ils se chamaillent et qu’ils pleurent, oubliez-les pendant deux minutes pour consacrer ce petit laps de temps au seigneur de l’amour. Voici l’art le plus élémentaire. – Mais, direz-vous, c’est une chose très facile. – Ce n’est peut-être pas si facile ! » Ensuite, expérimentez la même chose sur cinq minutes, puis sur dix minutes…

 

            C’est pourquoi le Christ vous demande d’abord de chasser de votre cœur les bœufs, les poules, les chevaux, les loups et les renards qui ont sali votre sanctuaire.  Savez-vous qui sont ces loups et ces renards ? Il y a en vous des loups et des renards, je les vois avec de longues queues, un pelage roux, de grandes griffes et de grands crocs. Votre haine, c’est un loup ; votre hypocrisie, c’est un renard. Pourquoi garder ce renard, quel bénéfice en tirez-vous ? Aucun. Chassez les dehors et mettez de l’ordre en vous. Et alors, vous appellerez votre prêtre intérieur : « Viens, serviteur du Dieu vivant, mets ta robe, prends ton encensoir pour célébrer Dieu. » Vous appellerez aussi l’évêque de votre vie ; et qui est cet évêque ? Votre esprit. Vous appellerez les chanteurs ; qui sont-ils ? Vos bonnes pensées et vos bons sentiments ; vous direz : « Venez chanter et servir Dieu dans ce nouveau temple. » Et alors, le Christ viendra dans ce lieu de rassemblement, libre des marchands, et il dira : « Que la Paix soit avec vous, il est venu le jour de votre résurrection, aujourd’hui vous serez avec Moi au Paradis. » Savez-vous le sens profond des paroles de ce brigand, crucifié à droite de Jésus : « Seigneur, accueille-moi dans ton Royaume ! » C’était quelqu’un qui avait chassé toutes les bêtes avec son fouet, et c’est pourquoi Jésus lui a dit : « Tu es quelqu’un qui viendra aujourd’hui avec moi au Paradis. » Chassez hors de vous toutes les bêtes : les porcs, les renards, les loups. L’autre brigand, crucifié à la gauche du Christ, lui disait : « Si tu es vraiment le Fils de Dieu, descends et libère-nous. » Comment le libérer s’il n’a pas chassé de lui toutes les bêtes, s’il est toujours esclave de son égoïsme ?

 

            Je pense que vous me comprenez : je vous parle de façon claire. J’aimerais m’adresser à vous comme personne avant ne l’a fait. La première chose, c’est d’apprendre à aimer le Seigneur et cette affection vous liera à Lui. Vous avez mille opportunités de vous lier à Lui et de vivre heureux. En vous liant à Lui et en entrant dans la vie éternelle, tout en vous se transformera et se mettra à sa juste place. Ainsi, tâchez tout d’abord pendant deux minutes, puis cinq minutes, de chasser les pensées étrangères hors de vous. Et une fois détaché du reste, vous pouvez méditer dans une profonde contemplation sur ce problème grandiose de la raison de votre existence sur terre, de vos inquiétudes, de l’absence de pensées ou sentiments nobles, de l’absence de volonté pour résoudre telle ou telle question. Et le Christ vous répondra. Il répondra sous cette forme : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Donc vous chasserez tout en dehors de vous pour m’accueillir en vous, et lorsque vous reconnaîtrez comme Dieu, mon Père qui vit en moi, qui m’a donné la vie éternelle, Il vous en fera également le don. »

 

            Nous devons accueillir le Christ en nous pour nous lier à Dieu. Et la chrétienté n’a de sens que lorsque nous savons vaincre cette vie ordinaire pour acquérir celle qui est précieuse pour nous. Car elle apporte connaissance, puissance, noblesse des pensées et des sentiments, et elle donne la force à l’esprit de tout surmonter. Faire cesser la peur de la misère, c’est l’enseignement du Christ. Vous avez peur de la mort ; affrontez-la en disant : « Nous la combattrons ! » Il se peut que vous finissiez en prison ; dites-vous : « Nous combattrons celui qui est porteur de la mort par la puissance de celui qui vit en nous, par le Dieu véritable et unique. » Le monde entier peut se dresser menaçant contre vous, ne soyez pas craintifs. Le craintif ne peut devenir citoyen du Royaume divin. Maintenant, vous combattez dans le monde et, en allant au Ciel, on vous donnera une médaille, ce sera une croix vivante. Vous reviendrez et le Christ vous dira : « Viens, mon serviteur accompli qui as lutté sur le champ de bataille. »

 

            L’homme a souffert pendant des milliers d’années, mais il ne souffrait pas pour l’humanité, pour la justice ; il ne souffrait alors que pour lui-même, ses bœufs, ses chevaux, etc. Le temps est venu de souffrir pour le Christ ; dans cette souffrance vous trouverez la vraie vie. C’est pourquoi l’apôtre Paul dit : « Si nous nous identifions à Jésus-Christ dans ses souffrances, nous nous identifions à lui aussi dans sa Résurrection. » Parce que Dieu nous ressuscitera de la même façon qu’il a ressuscité le Christ, si nous vivons pour Lui. Laissons s’incarner en nous l’Esprit christique pour connaître le Dieu véritable et acquérir la vie éternelle. Alors, nous irons travailler pour nos plus jeunes frères et sœurs et nous leur apprendrons l’art de s’enrichir de cette vie divine.

 

Sofia, 4 octobre 1914

 

Traduit par Bojidar Borissov

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