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  2. V Extraits des paroles du Maitre Tout се que nous avons dit jusqu’à présent au sujet de sa famille, de l’étrange voie de son père, le prêtre Constantin Deunovski, tout comme de sa jeunesse, de ses études et de la voie que le Maitre Beinsa Douno a suivie jusqu’au jour où il ouvrit l’École, puis quitta ce monde, n’est pas suffisant pour faire comprendre son Enseignement. C’est pourquoi, dans les pages suivantes, nous allons donner un résumé de son oeuvre immense, génératrice de vie, sous forme d’extraits substantiels. Nous, qui avons composé cet ouvrage, nous vivons dans l’espoir que ceux de ses futurs lecteurs qui le prendront entre leurs mains, après qu’en leur âme se soit éveillée la soif sacrée, comprendront que le Maitre de la Fraternité de Lumière sait parler des questions les plus importantes avec cette grande clarté et cette simplicité qui est la caractéristique des créateurs géniaux. CAUSERIE SUR LA RACINE, LE TRONC ET LA GREFFE Nous pensons que notre principale tâche dans la vie est de trouver notre véritable voie.
  3. DÉCEMBRE 1944 Durant les vingt-deux années d’existence de l’École occulte en Bulgarie (de 1922 à 1944), il se passa beaucoup d’évènements, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le Maitre les suivait avec beaucoup d’attention. Souvent sur son visage on pouvait lire un profond souci causé par le comportement humain en violente contradiction avec les exigences de l’Enseignement divin. Pendant ces vingt-deux années, il vint en aide à de nombreuses personnes qui souffraient ; mais est-il nécessaire d’ajouter à ce qui a été dit, car n’était-il pas venu pour enseigner la guérison du corps et de l’âme ? L’hiver de 1944 commença. Le mois de décembre était neigeux et très froid. Les derniers jours de l’année s’écoulaient et, en même temps qu’eux, s’écoulait le temps dévolu à l’existence de l’École. Le Maitre ne se présentait plus aux Conférences et à la Communauté de l’Izgrev, on chuchotait qu’il était malade. Ceci nous paraissait bizarre et même incroyable, étant donné que nous étions habitués à voir dans le Maitre le guérisseur de ceux qui souffraient... mais pas malade. Personne ne savait de quoi il souffrait. Durant les pénibles heures au cours desquelles il devait quitter cette terre et ce corps, à plusieurs reprises il avait prononcé tout doucement ces paroles : « Une petite tâche a été achevée. » Les disciples comprirent qu’il n’avait plus rien à faire sur cette terre, revêtu d’un corps humain. Le 27 décembre 1944, un dernier soupir s’échappa de ses lèvres et le lendemain, le 28, il était couché, comme endormi sur sa couche, pour la dernière fois, tenant d’une main la Bible sur sa poitrine. Dans la salle, une harpe égrenait une profonde et émouvante mélodie pleine de douleur et, tout autour, les disciples pleuraient en silence. En accord avec une communication envoyée par Georges Dimitrov, à cette époque à Moscou, on accorda l’autorisation pour que le Maitre fût enterré à l’Izgrev. Dans une de ses séances, le Conseil des Ministres, par un protocole signé par Anton Yougov (président du Conseil des ministres à cette époque), confirma cette autorisation et le Maitre fut enterré dans le jardin de l’lzgrev. Jusqu’à ce jour, sa tombe est conservée en parfait état. « C’est dans l’accomplissement de la volonté de Dieu que se trouve la force de l’âme humaine. » C’est là l’unique inscription qui entoure le Pentagramme gravé sur la petite plaque ronde, en marbre, sur la tombe du Maitre.
  4. PARMI LES SOUVENIRS DE SOEUR M.P. Dans le recueil de souvenirs de notre soeur M.P., ont été décrits des cas qui font ressortir clairement la faculté qu’avait le Maitre de voir les évènements dans le monde causal — chose inaccessible à l’homme ordinaire — et d’utiliser, sur le plan physique, ce qu’il avait vu, avec une sureté absolue, en attendant sereinement les évènements prévus par lui. Nous ne citerons que quelques extraits des notes prises par cette soeur, car elles sont fort volumineuses. Ainsi, à la page 14, nous lisons : « Cela eut lieu le 12 septembre 1933. Le ministère de l’Instruction publique avait affiché les dernières listes des nominations d’institutrices à Sofia. Mon nom n’y figurait pas. Il me fallait de nouveau retourner à Varna pour y reprendre mon poste d’institutrice. Tout abattue, je me mis en route pour l’lzgrev, afin d’y faire mes adieux au Maitre et voir certains de mes amis. Je fis le tour de la prairie et bus de l’eau de la belle fontaine de l’lzgrev. Les teintes merveilleuses de l’automne embellissaient le déclin du jour. Autour de la fontaine, l’allée était jonchée de feuilles. Sans y penser, je pris le balai de la cuisine de nos frères et je me mis à les balayer. — Ah, tu balayes ! Tu fais bien, Milca ! C’était la voix du Maitre qui s’était approché de moi sans que je le remarque. Je sursautai et me relevai. — Ой еп es-tu avec ta nomination ? me demanda-t-il. — Rien, Maitre, c’était aujourd’hui le dernier jour et je n’ai pas été nommée à Sofia. Je repars demain pour Varna, afin de ne pas perdre non plus mon poste là-bas. — Va immédiatement à l’lnspection, reprit le Maitre, et essaye de nouveau. Le Maitre parlait d’une voix calme, mais convaincante. — Mais, maintenant, l’heure de réception est terminée ! — Malgré cela, je te dis d’y aller, insista-t-il. D’une voix douce, basse, résonnèrent ces mots auxquels je ne pus résister. — Je finirai de balayer, puis j’irai, répondis-je. Puis, je me remis à ma tache. Le Maitre me regardait attentivement. Après avoir terminé, je remis le balai à sa place, baisai la main du Maitre et me mis en route pour la ville. Qui sait comment et pourquoi, mais je me sentis très légère. J’étais joyeuse de ce que le Maitre avait fait preuve d’une telle attention à mon égard. J’entrai dans le couloir sombre de l’lnspection, sans savoir ce que j’y faisais. On ne recevait que de 10 heures à midi... et il était maintenant près de 13 heures ! J’errai quelques minutes de porte en porte, sans savoir ой frapper. — Oh ! Salut, Milca ! Qu’est-ce que tu fais ici ? C’était la voix d’une de mes connaissances, le journaliste A.G. qui sortait du cabinet du président. — Cela fait un mois que je viens ici tous les jours au sujet de ma nomination, lui répondis-je toute surprise. Cet homme savait que ma famille vivait à Sofia, que c’est moi qui pourvoyais à ses frais et que j’étais obligée de travailler à Varna. Sans mot dire, il me fit signe d’attendre et rentra dans le bureau du président. Quelques minutes plus tard, l’inspecteur entra à son tour dans le même bureau. J’entendis que l’on y parlait avec une grande animation. Il ne se passa pas plus de 15 à 20 minutes, et le journaliste apparut à la porte en m’invitant à entrer dans le bureau. — Signez l’acte d’entrée en fonctions, me dit-il. Je signai le document comme dans un rêve. Le journaliste me présenta ses félicitations pour ma nomination et nous sortîmes tous les deux très contents. — Monsieur G., dis-je émue, je vous remercie pour le si grand service que vous m’avez rendu. Comment se fait-il que je ne vous aie pas rencontré jusqu’à présent ? — Et cependant, tu m’as rencontré au moment opportun, expliqua-t-il. Ils ont nommé aujourd’hui une Sofiote, la fille unique d’un architecte d’une famille très aisée. Mais quand j’ai expliqué quelle était ta situation matérielle, ils ont consenti à te nommer toi. Au revoir ! Car je suis pressé d’aller au journal, me dit-il, et il partit. Comme dans un songe, je volai vers l’lzgrev, l’acte de nomination à la main, tout en me chuchotant en moi-même : « Maitre, je suis nommée à Sofia ! Comment saviez-vous à quel moment je devais me trouver à l’Inspection ? Ah ! Maitre, combien peu nous vous connaissons ! Je vous en remercie de tout mon coeur ! » En proie à ces pensées joyeuses, je ne me rendis pas compte comment j’étais arrivée à l’lzgrev. Devant la salle, entouré de frères et de soeurs, le Maitre parlait. Lorsque je me fus approchée du groupe, il eut un léger sourire en me regardant et dit d’une voix douce : — Et maintenant, travaille et apprends ! Parmi les autres, personne ne comprit ce qui était arrivé. « Travaille et apprends ! » Ces mots restèrent profondément gravés dans ma conscience. Je baisai la main du Maitre et je rentrai à la maison pour apporter la bonne nouvelle aux miens. Dans un autre passage, la soeur M.P. raconte ce qui suit : Pendant les grandes vacances, je travaillais sur un terrain de sports pour enfants. Mon seul délassement était d’aller, après le travail, à l’lzgrev. Je décidai d’y passer la nuit pendant tout un mois. Je me trouvai une tente et cherchai à quel endroit la monter. Je résolus de demander conseil au Maitre. — Fais-la monter sur l’emplacement qui appartient au frère Stéphane, me dit-il. — C’est tout près de la forêt... n’est-ce pas effrayant ? répliquai-je d’une voix incertaine, quoique je ne fusse pas des plus peureuses. — Je t’enverrai un gardien, dit en plaisantant le Maitre. N’ayant pas d’autre choix, je consentis. Je pensais que le Maitre allait me garder, même en pensée. Le même jour, qui était un dimanche de nouveau, deux frères montèrent ma tente à l’emplacement indiqué par le Maitre. Ils construisirent devant elle une petite table et un petit banc en bois. Je n’avais jamais dormi dans un tel environnement. La tente était blanche et il me semblait qu’elle était une barque dans laquelle je naviguais, je ne sais sur quelle mer. Le zéphyr soufflait en tourbillons, tandis que, de temps en temps, les arbres balançaient doucement les voiles de ma barque blanche. C’était merveilleux ! Le silence de la nuit et de la forêt toute proche calmait mon âme, la déchargeant de toute sa fatigue. La première nuit, avant de me coucher, pendant que je liais les cordons de l’entrée de la tente, je tressaillis, car je vis que juste devant était couché un grand chien-loup. Un instant plus tard, cela commença à m’amuser. « Comment a-t-il trouvé juste cette place devant ma tente, comme s’il voulait me garder ? » pensai-je. Je me couchai tranquille. À l’aube, le chien n’était plus la. Pleine d’entrain et délassée, je me rendis à mon travail Le soir, je me dépêchais de rentrer dans ma « petite barque ». Je passais de longs moments sur le banc à contempler les étoiles. Il me semblait que mon âme s’était enivrée du silence de la nuit, où l’on percevait à peine un chuchotement mystérieux. Lorsque l’étoile du Berger s’inclinait plus bas, vers l’Ouest, je rentrais dans la tente pour me coucher. Chaque fois que je liais les cordonnets de l’entrée, je voyais toujours le grand chien couché devant. Quelle étrange coïncidence ! Et cela pendant toute la nuit ! Était-ce vraiment dû au hasard ? Pendant tout le mois où je passais mes nuits dans la tente, le chien venait toujours se coucher devant et, le matin, quand je sortais, il n’était plus là. Qui m’envoyait ce gardien silencieux ? Ah ! Quel merveilleux Maitre nous avions !
  5. SANS MENSONGE Durant une de ses dernières années terrestres, le Maitre éprouva un jour le désir de se rendre au Mont Moussala. Il appela le frère Boyan Boev et lui dit : « Pouvons-nous organiser une excursion jusqu’au Moussala ? » Avec enthousiasme, le frère B.B. entreprit aussitôt de faire tout le nécessaire pour accomplir cette tâche. II se rendit rapidement chez le frère B.N. et l’informa du désir exprimé par le Maitre. Les deux frères se mirent à réfléchir. Le problème le plus ardu était de se procurer une auto pour aller jusqu’à Tcham-Koria. Les autos étaient alors soumises à une règlementation sévère par suite du manque d’essence. On faisait des économies et il était extrêmement difficile d’obtenir l’autorisation d’utiliser de l’essence. On ne l’accordait que pour les cas les plus urgents. Le frère B.N. dit à Boyan B. : « J’irai à l’agence pour me faire délivrer un permis. » II y alla et vit que devant le guichet il y avait une très longue queue. Au guichet se trouvait un employé imperturbable, froid et distant comme une idole. Il ne délivrait de permis que pour le transport de malades. Pour tous les autres cas, il restait impitoyable, se contentant d’un « non » bref et catégorique. En attendant son tour, le frère B.N. était fort troublé, ne sachant pas trop quel motif invoquer pour obtenir le permis. Puis, il se mit à penser : « Le frère Boyan est véritablement malade : sa jambe le fait beaucoup souffrir. Cela, tout le monde le sait. » Véritablement, ce motif pouvait servir, mais malgré tout B.N. ne se sentait pas la conscience tranquille. Dans le fond, ce n’était pas tout à fait la même chose... Raisonnant ainsi, il arrivait déjà devant le guichet. Il n’y avait pas d’autre solution. « Une auto pour Tcham-Koria, dit B.N. — Pour quelle raison ? — Il s’agit d’un malade, répondit B.N. » Le permis fut délivré. B.N. le mit dans sa poche et repartit pour l’lzgrev, sans pouvoir se délivrer d’un certain trouble. Quelque chose n’était pas en ordre, se disait-il. En arrivant, il trouva le frère Boyan B. qui l’attendait avec impatience. «J’ai obtenu un permis, dit B.N. à Boyan. » Se précipitant vers la maison du Maitre, Boyan frappa à la porte. Une ou deux minutes plus tard, le Maitre apparut à la porte et Boyan s’empressa de se vanter : « Maitre, nous avons déjà obtenu un permis pour une auto. » Le Maitre, l’air très sérieux, pensif, accueillit la nouvelle très froidement. Il fixa un moment son regard sur Boyan, puis dit : « Je ne monte pas dans une auto obtenue au prix d’un mensonge ! » Après quoi, il se retira chez lui et ferma sa porte. Frère Boyan s’en retourna tout confus et dit d’un air abattu : « Le Maitre ne veut pas d’auto obtenue par mensonge ! » Cette dure réponse tomba comme une masse sur B.N. Sans hésiter, il prit son chapeau et se précipita de nouveau vers l’Agence. Sans s’arrêter devant le guichet, il se dirigea tout droit vers le bureau du Chef de Service. Celui-ci se trouva être un jeune en uniforme, au visage affable et aimable. « Notre Maitre a exprimé le désir d’aller au Mont Moussala, Monsieur le Chef. Nous avons besoin d’une auto pour aller jusqu’à Tcham-Koria. » Sans la moindre hésitation, le jeune homme tendit la main et prit un feuillet d’une pile se trouvant sur son bureau, y inscrivit « oui » et le signa. Au milieu de toute la foule qui se pressait devant lui, le Cerbère du guichet ne reconnut pas ce personnage qui se présentait une seconde fois. Se basant sur l’autorisation de son chef, il délivra un nouveau permis. Cette fois-ci, le frère B.N. vola littéralement vers Izgrev, y retrouva Boyan et, lui tendant le permis, lui dit: « Voici une autorisation obtenue sans mensonge ! » Boyan se précipita à toute allure chez le Maitre. « Maitre, voici un permis obtenu sans mensonge », dit-il dès que le Maitre apparut à la porte. Le Maitre sourit et demanda : « Pourrions-nous nous mettre en route vendredi ? » Il n’y avait plus d’empêchements. Ils préparèrent à la hâte les provisions et les vêtements dont ils auraient besoin et, le vendredi, prirent la route pour la montagne. Ce fut la dernière fois que le Maitre monta au Moussala. Il semblait qu’il allait faire ses adieux au sommet tant aimé, ой il avait tant de fois mené ses disciples et au sujet duquel il avait composé une chanson. Pendant toute la montée, le Maitre était sérieux, taciturne et concentré. Il marchait lentement, s’arrêtant souvent pour envelopper du regard le panorama. Le Maitre qui sait tout faisait donc ses adieux à la montagne. Son regard allait des falaises, aussi formidables que merveilleuses, aux cimes illuminées par le soleil. Il les regardait longuement, tout en aspirant profondément l’arome des sapins et des genévriers, s’arrêtant un instant sur les tout petits ponts et plongeant son regard dans l’eau des torrents à la pureté de cristal. Le Maitre faisait ses « adieux » à ce monde si beau qu’il nous avait fait connaitre et aimer. Ces trois journées, passées sur le sommet le plus beau et le plus haut de la Bulgarie, furent merveilleuses... Chaque matin, tout le petit groupe sortait pour saluer le lever du soleil. Cette visite est « inscrite » là, dans les rochers. Rien ne se perd dans la Création. Les pensées et les sentiments de tous ceux qui accompagnaient le Maitre y sont inscrits, tout comme ceux du Maitre lui-même. Un jour, les clairvoyants liront cet « enregistrement », tandis que les gens ordinaires en ressentiront un bienêtre, une joie inexplicable, ne sachant pas d’où cela provient. Rien ne s’en va irrémédiablement. Tout se conserve dans la Vie du Tout. Le passé, le présent et l’avenir ne sont que l’Unique, l’lndivisible, l’Éternel...
  6. LA PIÈCE DE MONNAIE DE CINQ LEVAS Une fois, au cours d’un de ses voyages, le Maitre se trouvait à Varna. Là, il rencontra le libraire ambulant T.A., très connu à cette époque. T.A. fort exalté par sa rencontre avec le Maitre, decida de l’inviter à déjeuner dans le restaurant végétarien qu’on avait inauguré. T.A. et un de ses proches, qu’il avait présenté au Maltre, se dirigèrent vers le restaurant. Chemin faisant, T.A. fut rempli d’un grand trouble. Il venait de se rappeler qu’en changeant ce matin-là de costume, il avait oublié son portefeuille dans l’autre vêtement et qu’il n’avait pas un sou en poche. Il lui vint à l’idée de retourner chez lui, mais cela leur ferait perdre beaucoup trop de temps. Avouer la vérité lui semblait humiliant et gênant, après avoir lui-même fait cette invitation. Plus le temps passait, plus son anxiété augmentait... et ils étaient déjà en vue du restaurant... Tout à coup, les trois hommes virent briller à leurs pieds une pièce de monnaie de cinq levas. Le Maitre s’arrêta, montra du doigt la pièce de cinq levas et dit tout bas à T.A. : — Frère A., voilà de l’argent pour le déjeuner ! Ne te fais pas de soucis ! T.A. se sentit délivré d’un lourd fardeau, mais ce qu’il ressentit plus fortement encore, et il en était émerveillé, c’était de constater que le Maltre avait perçu ses pensées anxieuses.
  7. UN INCIDENT AU FRONT (Récit de G.R.) Ce récit du frère G.R. nous montre, lui aussi, que le Maitre, dans certaines circonstances, soulevait un pan du voile qui recouvrait son Égo spirituel et donnait la possibilité à certains de ses disciples d’entrevoir ce qu’il cachait avec tant de soin. Le frère G.R., à l’âge de 15 ans environ, vit pour la première fois le Maitre dans la ville de Yambol, en 1908. La réunion dans cette ville, à l’occasion de la présence du Maitre, eut lieu dans la maison de ses parents. Bien que tout jeune encore, il écouta avec le plus vif intérêt la conférence. À la fin de celle-ci, une question qui demeura sans réponse remplit son âme : « Qu’est-ce que c’est Dieu ? » se demandait-il. II avait déjà entendu prononcer ce mot de « Dieu », sans avoir aucune idée de ce que cela pouvait représenter. Un jour, après une de ses conférences données dans sa famille, le Maitre partit ; mais le jeune garçon le suivit, toujours aussi obsédé par cette question à laquelle il ne trouvait pas de réponse. II continuait à marcher derrière le Maitre, toujours sans trouver le courage de lui poser la question qui ne le laissait pas en paix. Tout à coup, le Maitre se tourna vers lui et, sans qu’il lui ait posé la moindre question, lui dit : « Dieu est une Entité dont le centre se trouve partout et la Péripherie nulle part. » Ainsi le jeune G.R. obtint la réponse à sa question, dont il ne put comprendre tout de suite le sens, mais qui devint pour lui un sujet de méditation. Ce n’est que bien plus tard qu’il conçut que l’on ne peut parler de Dieu concrètement, comme d’un objet ou d’un être vivant de notre monde, mais comme de quelque chose qui ne saurait encore être pleinement conçu par la raison humaine. Des années passèrent et le frère G.R. atteignit l’âge où il devait faire son service militaire. Alors il devint la proie d’un grand conflit de conscience provoqué par les exigences du serment militaire et l’Enseignement de la Fraternité, selon lequel on ne doit pas tuer. En 1914, le Maitre vint un jour à Yambol. Le frère G.R. le pria de lui donner une solution à ce dilemme. Le Maitre lui dit : « Si l’homme est en train de dormir et que l’on prononce au-dessus de lui un serment en son nom, l’homme n’en est pas responsable. Le disciple de la Fraternité est en dehors de la guerre. Même si on l’envoyait tout au fond de l’enfer, il faut qu’il sache que là aussi il y a des âmes qui ont besoin de son secours. Si la conscience du disciple n’est pas d’accord avec ce qu’il est obligé de faire, comme, par exemple, le serment prêté en dehors de sa volonté, alors il n’est pas responsable. » C’est ce qu’il advint. La guerre fut déclarée en 1915. Les armées bulgares envahirent la Serbie. Sur le front où se trouvait le frère G.R., les choses s’arrangeaient de telle manière que lorsque le régiment se trouvait sur le champ de bataille, la compagnie de G.R. servait de réserve. Et cela se faisait de soi-même, spontanément, sans nulle intervention de qui que ce soit. Un peu plus tard, le frère G.R. fut transféré sur le front de Salonique, à la frontière serbo-grecque. L’ennemi avait pris position dans la plaine, tandis que nos armées occupaient un emplacement élevé dans la montagne. La nuit, ils devaient se rendre à des postes secrets. Devant nos unités militaires se trouvait un terrain dont la pente était de 30 degrés environ. À gauche, il y avait un rocher escarpé que l’on pouvait atteindre par un chemin presque horizontal, tandis que dans la partie basse, la pente tout au début était faible puis brusquement devenait presque verticale. Tout en haut, un peu à droite du rocher de Petrenick, était installé un poste secret. Une nuit, juste à minuit, le frère G.R. se trouvait à son poste de sentinelle. Tout à coup, notre poste près du rocher ouvrit le feu. Le tir était dirigé vers l’endroit où se tenait G.R. Rien ne se discernait dans les ténèbres de la nuit, mais le frère G.R. comprit que le régiment était en état d’alerte et qu’il avait occupé ses positions. Il n’y eut aucune réaction de l’ennemi. La nuit suivante, pendant que le frère G.R. était de nouveau à son poste de sentinelle, il arriva la même chose. La troisième nuit, le frère G.R. était de nouveau de garde auprès d’un rocher de la taille d’un homme. La lune se leva et il se mit à songer à la grande distance qui le séparait de sa maison et au fléau qu’est la guerre pour l’humanité. Ses pensées se tournèrent vers ses amis de Yambol, puis sur le sort de l’homme dont l’évolution est si éloignée des idées de la Fraternité. À un moment donné, jetant un coup d’oeil vers le Sud, il remarqua au loin des gens qui faisaient des incursions vers le monticule où se trouvait le poste. Cependant, on n’entendait pas de coups de feu de Petrenik : les soldats étaient profondément endormis. À ce moment-là, G.R. n’était pas en état de décider de ce qu’il devait faire. S’il les réveillait, ils allaient commencer à tirer et à mettre le régiment en état d’alerte. Mais s’il s’abstenait de le faire, les troupes ennemies pouvaient les capturer vivants. Dans un cas comme dans l’autre, il y aurait des victimes. Et G.R. ne voulait pas en être la cause. Il se trouvait dans une situation fort pénible. C’était une véritable épreuve dont il pouvait difficilement se tirer, sans violer ses principes de disciple. Et dans cette minute d’angoisse, il se souvint des paroles du Maitre disant que le disciple de la Fraternité Blanche est en dehors de la guerre. Dans cet état d’anxiété, mais aussi de prière, ses regards se dirigèrent droit devant lui et, dans la pénombre de la nuit éclairée par les rayons de la lune, il vit l’image du Maitre qui, jusqu’à la taille, semblait flotter dans I’espace. Il remarqua qu’il portait un cordon sur son vêtement. Il perçut également une voix qui dit à trois reprises : « Ce n’est rien ! » Après avoir entendu ces paroles, G.R. vit l’image disparaitre. Quand tout fut fini, le frère G.R. réveilla la sentinelle qui devait le relayer et ce dernier remarqua, lui aussi, cette incursion de gens venant de la plaine. Les autres soldats se réveillèrent aussi, mais G.R. leur dit de ne pas tirer et qu’il répondrait de tous. Encouragé par cette vision dans la nuit, le frère G.R. dit qu’il descendrait vers la plaine pour vérifier en personne ce qu’il en était. Arrivé au bas de la pente, il constata qu’au pied du rocher il y avait de grosses touffes de fougères qui ondulaient au souffle du vent, créant l’illusion de gens qui s’avancent subrepticement. Il s’écoula beaucoup de temps après cet évènement qui s’effaçait peu à peu de la mémoire de G.R. De plus, il commença à douter de cette vision dans la nuit, se disant que ce n’avait été qu’une illusion ou bien une hallucination. Il continua à exécuter ses devoirs jusqu’au jour où on lui octroya une permission. Avant de partir pour Yambol, il s’arrêta pour une journée à Sofia et passa voir le Maitre, qui habitait alors au 66 de la rue Opaltchenska. Le Maitre le reçut sur le seuil de la porte d’entrée et entama une conversation avec lui. Pendant l’entretien, G.R. eut l’idée d’interroger le Maitre au sujet de cette vision, mais la timidité le retenait d’en parler. Comme le Maitre devait avoir encore d’autres visiteurs, il se décida à le libérer de sa présence. Au moment des adieux, le Maitre lui dit: « Souviens-toi de mon adresse ! » Le frère répondit qu’il connaissait bien le 66 de la Rue Opaltchenska. « Non, non, répliqua le Maitre, en cas de besoin, rappelle-moi de nouveau ! » C’est seulement alors que le frère G.R. se sentit le courage de demander : « Maitre, était-ce bien vrai ce qui m’arriva cette nuit-là ? » — « C’était vrai, répondit le Maitre, et en cas de besoin, appelle-moi de nouveau ! » Le frère G.R. fut stupéfait par la mémoire du Maitre qui avait de si nombreuses rencontres avec tant de personnes de différentes villes du pays. Le Maitre voit et sait, avec une netteté prodigieuse, tout ce qui concerne ceux qui suivent son Enseignement. Nous allons reproduire une autre conversation que G.R. eut avec le Maitre, car elle est très significative. Vers la fin du printemps de 1918, il était de nouveau en permission. En quittant sa ville natale pour Sofia, il était fort déprimé, car il pensait que la guerre allait durer encore très longtemps. Pour comble, il y avait une telle cohue de soldats dans le train et une si grande bousculade, que sa montre fut brisée. Cela l’attrista encore davantage, car il le prit comme un présage qu’il ne rentrerait plus vivant chez lui. Arrivé à Sofia, le frère passa voir le Maitre et le pria de lui dire en toute sincérité si la fin de sa vie n’était pas pour cette fois-ci. Le Maitre garda le silence un moment, puis ses regards se fixèrent bien au-dessus de l’horizon. À un moment, il fut parcouru d’un frémissement et le frère G.R. se troubla, s’attendant à ce que le Maitre lui confirme ses craintes. Au lieu de cela, le Maitre se tourna vers lui et lui demanda : « T’es-tu trouvé sur une hauteur où il y a une clairière au milieu de hêtres ? Et là, dans cette clairière il y eut beaucoup de morts des deux camps ennemis ? — Je suis bien passé par un tel endroit, mais notre régiment y avait combattu deux jours auparavant. Il y a même eu des combats au corps à corps et la clairière était couverte des cadavres de soldats bulgares et serbes. » G.R. attendait avec impatience la suite de ce que le Maitre allait lui dire. Après un court silence, le Maitre prononça ces mots : « Tu iras au front et tu en reviendras ! » Tout joyeux, le frère G.R. le remercia et s’en alla. Le 18 aout 1918, les Français percèrent le front et encerclèrent une grande partie de l’armée bulgare. Des Sénégalais firent prisonniers les soldats bulgares et les emmenèrent à Salonique. On annonça à la famille de G.R. qu’il était porté disparu. Alors le père de G.R. rencontra le Maitre à Tarnovo, au moment du Congrès de 1919. « Maitre, demanda le père désespéré, que se passe-t-il avec mon fils ? Reviendra-t-il sain et sauf à la maison ? — Oui, il reviendra, répondit le Maitre. — Dans combien de temps ? — Combien de temps Joseph est-il resté en prison ? — Deux ans, répondit le père. — En ce moment, il est en train de passer un examen et vous le reverrez dans deux ans. » Deux ans plus tard, le 19 aout, le frère G.R. revint à Sofia.
  8. PAGES DU JOURNAL INTIME DE LA SOEUR E.J. En ce monde, il se trouve toujours et partout des gens qui vivent dans une constante anxiété au sujet de la question, encore non résolue, de l’immortalité de l’âme. II y a des natures dont le développement spirituel est assez arriéré. Elles vivent leur existence biologique et, même si elles possèdent une certaine culture, elles n’ont pas encore accédé à la question toujours brulante de la mort et de l’immortalité. Pour ces humains, les jours se suivent calmes et paisibles, sans nul conflit. Bien entendu, la vie leur présente toutes sortes de problèmes ; mais ils leur trouvent des solutions selon les méthodes conventionnelles à leur disposition et suivant les exigences de leurs propres intérêts. D’autres natures mènent une vie plus difficile, car, au fond de leur conscience s’est réveillé un feu inquiet, qui vacille, brule de temps en temps leur âme et garde leurs pensées en éveil et leur esprit tendu. II ne leur plait pas que tout semble une grande absurdité, puisqu’il arrive un jour où les richesses, aussi bien que la gloire et la vie tout entière s’effondrent devant la fosse de la mort. Quelques-unes de ces natures, dont les forces de résistance sont plus faibles, chutent plus rapidement, perdent tout espoir et terminent tristement leur vie. La troisième catégorie d’êtres pensants, à la nature plus active, deviennent des âmes inquiètes, qui cherchent éternellement, mais avec persévérance, dans leur désir d’atteindre un point sur leur plan mental et émotionnel où leur hésitation prendra fin, et où elles parviendront à la paix relative face à la question posée par Hamlet: « Être ou ne pas être ? » Les journaux intimes et les notes autobiographiques de certains frères et soeurs — disciples du Maitre — permettent de nettement distinguer ces gens appartenant à la troisième catégorie, et qui dans leur recherche inquiète n’ont trouvé la paix qu’au moment où ils ont rencontré le Maitre. Alors seulement, toutes les contradictions qui les tourmentaient ont pris fin. Bien entendu, leur karma reste toujours en vigueur, car une fois que les lois de l’équilibre universel ont été violées, cet équilibre doit être rétabli; mais la question « être ou ne pas être » ne cesse de subsister. Jetons un coup d’oeil dans le journal intime d’une soeur de Tarnovo et arrêtons-nous sur certaines choses qui y sont écrites. Déjà à l’époque où elle commençait ses études secondaires, elle était poursuivie avec une force fatale par les questions de l’existence de Dieu et s’il y avait d’autres mondes que le nôtre. À cette époque, au Lycée il y avait des cours d’instruction religieuse et chaque dimanche on menait les élèves à l’église. Le rituel et la solennité religieuse du culte orthodoxe suscitaient en elle un sentiment de vénération, mais malgré tout la question fondamentale restait sans réponse. Elle trouvait qu’il n’était pas suffisant d’allumer un petit cierge qui quelques minutes plus tard allait s’éteindre. Quel sens pouvait avoir cet acte devant la face de cet Être suprême ? Elle ne pouvait trouver de réponse à cette question, d’autant plus que les prêtres n’étaient pas eux-mêmes en état de l’affermir dans une foi certaine. Un jour, la soeur E.J., dont nous feuilletons le journal intime, demanda à son professeur de psychologie si l’âme humaine était immortelle. Son professeur lui tapota l’épaule et, avec un sourire d’étonnement, lui répondit : « Mon enfant, jusqu’à ce jour, aucun philosophe n’a réussi à déterminer ce que c’est que l’âme. » À partir de ce jour-là, la jeune fille cessa de se poser des questions. Vivant ainsi avec cette énigme non résolue, elle termina ses études secondaires en 1896 et fit ses adieux à ses amies, ainsi qu’aux belles et inoubliables journées d’écolière. Quelques années plus tard, elle devint institutrice dans la ville de Gabrovo. Deux années plus tard, elle se maria. Le Maitre se rendit à Tarnovo en 1905. II y fit quelques conférences sur la phrénologie. Dans la salle bondée de la Maison de la Culture, le Maitre, à l’aide de schémas, prouvait la justesse des sciences occultes, en montrant d’une manière convaincante que non seulement la structure du corps humain, mais aussi celle du crâne n’est pas arbitrage, mais dépendent du passé des générations dont l’homme étudié est le descendant. II en est de même de sa structure psychique — de ses pensées et de ses penchants. Et réciproquement: la morphologie du corps physique — avant tout la tête et l’expression du visage — donne des indications sur les traits fondamentaux et les tendances de l’individu. Cette corrélation entre l’individu « extérieur » et l’individu « intérieur » fit une forte impression sur l’âme sensible et encore insatisfaite de la soeur E.J. Elle vit dans cette conférence sur la phrénologie un début de réponse à la question qui la troublait tant. Le Maitre entreprit à Tarnovo une série de ces mensurations phrénologiques qui constituent une période intéressante et active de son oeuvre concernant l’étude des traits spécifiques du peuple bulgare au sein duquel il était venu travailler. Dès la première conférence, la soeur E.J. éprouva le désir de remercier le Maitre pour la lumière qui venait d’illuminer sa conscience, étant donné que si cette conférence ne lui avait pas ouvert la porte d’un monde extraordinaire où l’attendait sans doute la réponse à la question qui la troublait, du moins elle l’avait entrebâillée... Quelques mois plus tard, le Maitre revint à Tarnovo. Alors, la soeur E.J., en compagnie de son époux, eut la possibilité de se rapprocher de lui, étant donné qu’il procéda à plusieurs examens phrénologiques dont, entre autres, le sien et celui de son mari. C’est alors qu’elle put se rendre compte de près à quel point le Maitre était un homme extraordinaire et combien son influence était puissante. Cette soeur comprit plus tard les forces et les pouvoirs extraordinaires et surhumains que possédait le Maitre, lorsque son mari, muté dans une autre ville, tomba subitement malade. Restée seule, dans un milieu inconnu, elle se sentit au bord du désespoir. « Maintenant, Dieu seul peut nous venir en aide », se dit-elle. Pendant la nuit, elle entendit en rêve une voix lui chuchoter d’aller demander l’aide du Maitre. Mais son inquiétude ne l’abandonna pas, car elle ne connaissait ni son adresse ni sa « profession » pour pouvoir lui envoyer une lettre. Malgré tout, elle adressa une courte missive au nom du Maitre. II arriva, cependant, quelque chose d’inattendu : quelques jours plus tard, le Maitre arriva dans la même ville et leur rendit visite. « Dieu m’a ordonné de venir chez vous, dit le Maitre, car en couchant le malade dans son lit, vous avez dit: Dieu seul peut nous venir en aide ! » Stupéfaits, ils lui demandèrent comment il était au courant de tout cela. Alors le Maitre leur répondit avec un calme parfait : « Pour ceux qui entendent et qui voient, il n’existe ni distance ni barrière. » Après ces paroles, le Maitre demanda qu’on lui apporte un verre d’eau fraiche. Le soldat qui était l’ordonnance de l’époux de la soeur E.J. apporta un verre d’eau. Alors, le Maitre prit une petite cuillère, la remplit d’eau et la donna à boire au malade. Il s’écoula à peine une demi-beure, et le malade se leva et se mit à se promener dans la chambre. Son estomac était très soulagé et, quoiqu’encore faible et épuisé, dans la soirée il se sentit complètement rétabli. Le Maitre lui dit qu’il pouvait reprendre son travail dès le lendemain. Un moment après ces faits, le médecin de service, chargé de veiller sur l’état du malade, vint dans la maison. Sitôt entré dans la chambre et voyant le patient se promener tout ragaillardi et en bonne santé, il dit : « Seul un miracle peut expliquer cette amélioration si inattendue. Je m’attendais à ce que le traitement dure non pas des jours, mais des semaines entières. » Le médecin fit la connaissance du Maitre et ils conversèrent longuement sur divers sujets. Entre autres, le Maitre lui expliqua qu’outre les moyens médicaux, il existait d’autres facteurs qui peuvent secourir l’homme. À la suite de cette conversation, le Maitre fut invité par le service où travaillait le mari guéri pour y faire une conférence. Ce qui eut lieu. Une fois, pendant un séjour du Maitre dans la maison de la soeur E.J., l’ordonnance de son mari vit par la fenêtre le Maitre prier. Toute la chambre était illuminée par une extraordinaire lumière douce. Le matin, il demanda à sa patronne : « Quelle sorte de monsieur est votre hôte ? Ce n’est pas un homme ordinaire. Ses vêtements brillaient et toute la chambre était éclairée par cette lumière. » La dame essaya de le convaincre que c’était un effet de son imagination, mais il persistait à soutenir le contraire. Il ne restait donc plus à la soeur E.J. que de lui raconter tout ce qu’elle savait au sujet du Maitre. De même, plus tard, durant le mois de février de la même année 1905, la famille de la soeur E.J. devint le témoin de choses et de faits prodigieux qui prouvaient de toute évidence que leur hôte était un homme extraordinaire. Au cours d’une excursion avec l’époux de E.J., le Maitre fit passer ses compagnons de route au-dessus d’un précipice, les amenant sains et saufs à la cime vers laquelle ils se dirigeaient. Au cours de la même excursion, le Maitre manifesta une joie évidente au moment où, à l’improviste, il se mit a neiger, tout comme si cela apportait une diversité au voyage en changeant la monotonie des jours qui passaient. Une fois, arrives à un torrent profond et impétueux, impossible de traverser à gué, il s’adressa à ses compagnons découragés, leur disant : « Ne vous inquiétez pas ! Bientôt arrivera un homme en voiture et il nous fera traverser le torrent. » Quelques minutes plus tard arriva un charriot et le charretier invita aimablement les voyageurs, rencontres par hasard, à monter dans son charriot pour traverser le torrent. Un jour qu’ils escaladaient une montagne, une meute de chiens de berger délaissèrent les troupeaux qui paissaient aux alentours et se précipitèrent vers eux. Ils étaient tellement féroces que J. crut qu’ils allaient être dépecés. Alors le Maitre se plaça devant, tranquillement, et lorsque les chiens s’approchèrent à un mètre environ, ils s’arrêtèrent, jetèrent un coup d’oeil, s’en retournèrent en poussant des gémissements, tout comme si là, autour du Maitre, se dressait une barrière insolite. Une autre chose fit une grande impression sur la soeur E.J., après leur retour de l’excursion. Entretemps, ils avaient changé de résidence et habitaient de nouveau à Tarnovo ; l’attitude du Maitre se transforma lorsqu’il vit son époux scier un abricotier chargé de fruits. Alors le Maitre s’enferma dans sa chambre et refusa de prendre de la nourriture pendant trois jours. Les trois jours écoulés, il dit à la soeur: « Savez-vous qu’abattre un arbre peut vous attirer un malheur ? II faut respecter tout ce qui est vivant et que Dieu a créé. » C’est alors que les hôtes comprirent le motif de ce jeune de trois jours. La soeur E.J. a noté également un autre fait curieux : « Lorsque Stambolov* fut assassiné, le Maitre était chez nous à Tarnovo. Au cours du diner, il s’adressa à nous et dit : « On a assassiné Stambolov ! » Nous avons demandé si cette affreuse nouvelle avait été déjà annoncée par les journaux et il répondit: « Le crime vient d’être commis et les journaux n’ont pas encore réussi à communiquer cette nouvelle. Autant que je m’en souvienne, la même chose se réitéra lors de l’assassinat du ministre Petkov. » La soeur E.J. écrit aussi: « Le Maitre nous a prédit que mon frère, qui se trouvait au front durant la guerre balkanique, reviendrait blessé. “Vous l’accueillerez à Tarnovo, quand Andrinople sera tombé !” nous dit-il. Et c’est ce qu’il advint en effet. » La soeur E.J. a noté encore beaucoup d’autres faits que nous n’allons pas insérer ici, car elle n’est pas la seule. Un très grand nombre de frères et de soeurs ont écrit des choses intéressantes. Cependant, il est impossible de tout insérer dans un seul volume. Pour terminer, nous citerons ces paroles du Maitre : « Si les Bulgares suivent les voies de Dieu, nous possèderons le territoire s’étendant jusqu’à la ligne Enos-Midia ; mais s’ils se laissent entrainer par leur esprit, ils subiront beaucoup d’épreuves. Un jour, les pays balkaniques et les Slaves devront s’unir. C’est selon le plan de Dieu. S’ils ne le font pas, ils seront battus séparément ; quoique, bien plus tard, ils rechercheront des voies d’entente. » * Ministre-Président et grand homme d’État bulgare, à cette époque.
  9. DES MANIFESTATIONS EXTRAORDINAIRES À plusieurs reprises, nous avons mentionné, dans ces pages, la grande et sage modestie avec laquelle le Maitre évitait de montrer et de faire tout ce dont il était capable. De sa si grande et riche entité, il ne manifesta que ce que nous, ses disciples, étions aptes à concevoir et à appliquer. Pourtant, malgré toute sa retenue, il se passa certaines choses qui ne pouvaient échapper aux yeux de nombre de ses disciples. Mentionnons ici, tout d’abord, un cas curieux, bien que d’apparence bien simple. Il y a bien des années, une des soeurs, qui devint par la suite collaboratrice d’un Institut Supérieur, arriva de la ville de Tarnovo, se présenta au Maitre et lui annonça avec joie qu’elle avait terminé ses études secondaires et qu’il ne lui restait plus qu’à se présenter à un examen de langue et de littérature bulgares. Elle se trouvait auprès du Maitre le samedi et lui dit qu’elle devait repartir pour Tarnovo le lendemain, dimanche, étant donné que l’examen devait avoir lieu le lundi. Le Maitre l’écouta sereinement et, heureux de son succès, lui dit qu’il n’était pas nécessaire qu’elle parte le dimanche et qu’elle pouvait rester un jour de plus avec les siens. « Mais, Maitre, comment pourrais-je rester dimanche, quand mon examen commence tôt, le lundi matin à huit heures ? Si je ne me présente pas, je perdrai toute une année scolaire ! — Tu peux passer encore la journée de demain auprès des tiens » ajouta calmement le Maitre et il se remit à son travail. L’âme de la jeune fille fut remplie de sentiments contradictoires et d’inquiétude. Comment rester ? N’allait-elle pas rater son examen ? D’un côté, elle voulait suivre la recommandation du Maitre et, d’autre part, elle se tourmentait à l’idée de perdre toute une année, à cause d’une seule matière, et, de plus, se laisser devancer par ses camarades. En fin de compte, l’attachement et la foi qu’elle éprouvait envers le Maitre prirent le dessus et elle resta à Sofia. Lorsqu’elle arriva le lundi à Tarnovo, se demandant comment réussir à obtenir qu’on l’interroge par exception, on lui annonça que l’examen avait été annulé à cause d’une irrégularité quelconque. C’est alors seulement que la soeur comprit la raison pour laquelle le Maitre lui avait si calmement recommandé de ne pas se presser de voyager le dimanche. La conscience de celui qui vit également dans des mondes d’autres dimensions, là où le passé, le présent et l’avenir ne forment qu’un tout et fusionnent, est d’une autre essence, bien plus vaste.
  10. « LE TESTAMENT DES RAYONS DE COULEUR » (LES POLYCHROMES) II y a des documents et des signes qui, quoique suffisamment voiles par la remarquable modestie et discrétion du Maitre, marquent et dévoilent des moments importants de son activité spirituelle. Des disciples de la Fraternité de Lumière, qui ont suivi l’oeuvre du Maitre dans ses aspects les plus divers, indiquent l’an 1897 comme une étape extrêmement importante de sa voie terrestre. Nous avons déjà parlé de cette année, étant donné qu’entre autres moments importants de la prise de conscience de sa mission spirituelle le Maitre fit paraitre, en un nombre limité d’exemplaires, le livre intitule Le Testament des rayons de couleur (Les Polychromes). La lecture de ce livre montre clairement avec quel soin et quelle profondeur le Maitre a travaillé sur les textes de la Bible tout entière, en vérifiant la véracité de nombre d’entre eux et en les classant de manière à les rendre adéquats et à les inclure dans l’ordre des rayons de couleur. Dans les paroles des prophètes de la Bible, il a réussi à saisir les impulsions créatrices de la Création, étant donné que les Saintes Écritures ne sont qu’une illustration verbale des impulsions rythmiques de l’évolution de l’Homme et du Tout, données à l’humanité par le Sublime Esprit Universel. C’est ainsi que le Maitre, avec sa pénétration spirituelle dans le Verbe de la Vie Vivante, perçoit le sublime processus qui convertit le Néant en Création. Au sujet du Christ, l’humanité ne connait pas de documents plus sérieux et plus authentiques que les quatre Évangiles et, plus tard, les Épitres des Apôtres. C’est précisément sur ces trésors (dont le volume n’est pas des plus grands) que furent édifiées la Culture — quoique pas pleinement appliquée, en raison de sa grandeur intérieure — ainsi que la Civilisation du Christianisme. De même que les Apôtres (il y a près de vingt siècles) transmirent l’image du Christ avec une inspiration supraterrestre, il n’est pas rare que les disciples de la Fraternité — qui en ont tiré une leçon — divulguent selon leurs possibilités les Paroles du Maitre qui développent l’Enseignement du Christ dans des cadres illimités, afin qu’elles deviennent une connaissance actuelle de l’Homme, de la Nature et de Dieu.
  11. À PROPOS DE L’lMAGE SPIRITUELLE DU MAITRE L’Enseignement de la Fraternité de Lumiere possède ses propres traits spécifiques, parmi les diverses variantes de la Science Divine. Nous en avons déjà parlé. Elle consiste en cela que le Maitre a posé les fondations permettant de parvenir à la haute connaissance de Dieu, de la Création et de la Vie, se basant sur le principe du Christ qui remplace en de nombreux endroits le mot « aum » de la philosophie d’Hermès Trismégiste par le mot « amour ». Cependant, s’il nous faut tracer dans ses lignes générales les principes et postulats fondamentaux de l’Enseignement de la Fraternité, il faut convenir que, dans leurs lignes générales, ils ne se distinguent pas de l’Enseignement de la Science Hermétique — Enseignement qui a donné naissance à des variantes telles que l’École de Pythagore et le Judaïsme qui représente la plus puissante forteresse du monothéisme, ainsi qu’aux doctrines ariennes de l’Orient, qui trouvent leur expression la plus puissante dans l’ancienne philosophie hindoue. Dans la science occulte, il y a trois postulats fondamentaux, appelés les trois lois fondamentales, qui suppriment toutes les contradictions dans les lignes générales de la vie humaine. Ce sont: la Loi de l’Évolution, la Loi des Causes et des Conséquences (le Karma) et la Loi de la Réincarnation de l’âme. Pour donner une image plus nette de cette unité de conception entre les lois fondamentales de la doctrine Theosophique et de la Fraternité de Lumière, nous donnons ci-dessous un court extrait d’une conversation avec le Maitre, dans laquelle il est question de l’essence de l’Égo. Un de ceux qui fréquentaient l’Izgrev, s’adressa au Maitre et lui raconta ce qui suit : « Il y a une semaine, après avoir pris mon déjeuner, je me suis couché pour faire la sieste. Avant de m’être endormi, à demi assoupi, je compris que je me trouvais debout dans ma chambre et que je regardais mon corps sur mon lit. Je saisis que j’étais plus grand que mon corps, et quelqu’un qui se trouvait derrière moi, mais que je ne voyais pas, me dit : “C’est toi, là.” Alors je lui demandai: “Si c’est moi qui suis la, alors moi, qui regarde mon corps, est-ce que ce n’est pas moi ?” Je devins la proie d’un trouble. Celui qui était derrière moi dit : “Je vais te montrer qui tu es.” Après avoir dit cela, il m’emmena vers mon corps dans lequel j’ai plongé et puis je me suis réveillé pour de bon. — Celui qui regardait est celui qui est réel, répondit le Maitre, tandis que celui qui était sur le lit était son habitacle provisoire. Le double, qui était hors du corps, a lui aussi des yeux, un nez, une bouche et des oreilles. Ce double était dans la chambre, tandis que sur le lit, c’est ton corps qui était couché. Si une personne expérimentée dans ces choses mettait un morceau de sucre dans la bouche du double, celui qui est sur le lit dirait : “C’est du sucre.” De nombreuses expériences de ce genre ont été faites. — Qu’est-ce qui restera de nous après la mort ? demanda le visiteur. — Quand vous sortirez de votre corps, vous possèderez un autre corps invisible — un corps transparent pour la vue terrestre — dans lequel siègera la conscience. » Pour abréger cette conversation, nous ajouterons que le Maitre continua à parler des corps humains en ces termes : « L’homme a un corps physique, un double éthérique, un corps astral et, enfin, un corps Divin. » Cela correspond à la description de l’homme, donnée par Swami Vivekananda, selon laquelle l’être humain possède un corps astral et un corps causal. La différence consiste en ceci que la philosophie yogiste est basée sur l’hindouisme, tandis que l’enseignement de la Fraternité suit l’Enseignement du Christ. Après avoir terminé sa conversation avec son visiteur, le Maitre continua : « Si vous vivez selon les lois de Dieu, les voies vous seront ouvertes ; mais si vous faites des fautes, naturellement des difficultés s’élèveront. Dans le monde, il existe deux sortes d’ordres : l’un est l’ancien, l’ordre humain, tandis que l’autre est l’ordre Divin. — Comment parviendrons-nous à acquérir les qualités qui sont nécessaires pour vivre selon le nouvel ordre, l’ordre Divin ? demanda un de ceux qui assistaient à la conversation. — De la même façon que le violoniste parvient à acquérir sa virtuosité, répliqua le Maitre. En faisant des exercices et en se rapprochant graduellement de ce qui a été donné pour idéal. »
  12. LA VENUE SUR TERRE DES MAITRES Au cours de chaque cycle déterminé de temps, qui a une durée de plusieurs siècles, sur notre terre vient s’incarner un Maitre dont la mission est de montrer la véritable voie à ceux qui cherchent — ceux qui sont déjà sortis du rêve envoutant des illusions. Ce Maitre trouve ses disciples, travaille avec eux, agit sur le peuple au milieu duquel il est venu, en laissant derrière lui une scintillante trace : une nouvelle inflexion à l’éternelle évolution. Le Maitre de la Fraternité de Lumière en Bulgarie est un de ces envoyés du Ciel qui, d’une manière intrépide et catégorique, dit la vérité sur la vie de son époque contemporaine et indiqua la manière de sortir de la crise de notre siècle et des siècles a venir. Entre autres choses, un tel Maitre représente un transformateur qui transmute les accumulations de pensées et de sentiments négatifs dans l’atmosphère, en pensées rayonnantes, optimistes et pleines d’espoir. S’il n’opérait pas ce processus alchimique en silence et avec tant d’amour, petit à petit, de l’âme humaine disparaitrait tout ce qui est saint, et la vie commencerait à ressembler à une mine spirituelle. Dans l’atmosphère spirituelle ainsi ozonisée, revivifiée, se manifestent les forces positives, évolutives et créatrices d’un peuple. C’est pourquoi — autant que cela puisse vous sembler invraisemblable — avec la venue d’un tel Maitre débute une Culture nouvelle. Le Maitre de la Fraternité en Bulgarie, Beinsa Douno, marque, avec sa venue sur terre, un jalon dans la voie évolutive, et il est le précurseur de la Culture de l’Amour.
  13. UNE CONVERSATION AVEC T.P. LE CONTE DU PALAIS DE GLACE Le Maitre était extrêmement tolérant envers toutes les doctrines, Écoles ou Sociétés existantes, mais il était catégorique quand il fallait démasquer les mensonges furtivement insérés dans leurs dogmes et instaurés soit dans un but intéressé, soit par suite d’un fanatisme obscurantiste. Une fois, quand il fut question de la littérature et de la doctrine théosophiques, que presque tous les disciples de la Fraternité ont utilisées à cause de leur conformité avec les Vérités d’Hermès Trismégiste (que l’on estime être le fondateur des sciences occultes), le Maitre non seulement ne nia pas l’importance de cette littérature, mais de plus, il la recommanda, toutefois en ne manquant pas de souligner qu’il était indispensable que, dans l’occultisme, tout soit transposé sur la base de l’absolue perfection de l’Enseignement du Christ. La base de cet enseignement est non seulement les connaissances, dont on parle si souvent dans l’occultisme, mais le développement de toutes les Vertus, parmi lesquelles il plaçait en premier lieu l’Amour envers Dieu et l’Amour envers le prochain. Au cours d’une conversation sur ce sujet, un de nos frères, T.P. de la ville de Yambol, parla au Maitre des impressions que lui avait faites le livre Le Crédo chrétien de Leadbeater et plus spécialement du passage où il relate qu’au moment où il consacrait le pain et le vin de l’Eucharistie, il aurait vu le Christ sortir du calice. (On doit préciser que Leadbeater était non seulement un théosophe, mais aussi un évêque de l’Église anglicane.) Le Maitre resta silencieux quelques instants, puis d’une voix sérieuse, mais douce il dit: « Chaque printemps, je vois le Christ sortir des calices des fleurs sur terre et des arbres. Si Leadbeater ne voit le Christ sortir que du calice du Saint Sacrement, c’est peu. » Ces paroles du Maitre contiennent le vaste diapason sur lequel il dispose ses conceptions du monde et de la vie. C’est ainsi qu’il voit et comprend le Christ. Pour lui, le Christ est la réincarnation de l’Esprit Universel qui participe à la vie, non seulement de l’homme, mais aussi de la nature tout entière. Pour le Maitre, le Christ est la manifestation de Dieu la plus complète, la plus grande et la plus universelle dans tous les domaines de la Création. Pour tous les disciples du Maitre et pour ceux qui venaient lui rendre visite, il était clair que l’enchantement que le Maitre éveillait dans l’âme de son interlocuteur provenait directement de sa présence. Ce ravissement se déversait comme un fluide, comme un torrent invisible de forces et de certitude qui guérit l’homme de ses indispositions et aide à surmonter les difficultés et les contradictions. Ce torrent agit de la même façon que les champs de force. Plongé dans cette influence, l’homme acquiert l’assurance que dans le vaste océan houleux où règne le doute et où les paroles de l’homme ne sont le plus souvent qu’un paravent, derrière lequel se cache la tromperie, devant lui se trouve un homme auquel on peut tout dire et qui sait vous dévoiler, à l’aide de mots compréhensibles, des vérités plus de mille fois éprouvées. Avec le Maitre, on pouvait parler tout à fait aisément et sans la moindre gêne, même des évènements les plus ordinaires de la vie. La manière dont il pouvait tirer une sage leçon des choses les plus banales de la vie quotidienne et la suggérer à son interlocuteur par des sentences spontanément énoncées était toujours très intéressante et utile. Ce même frère T.P. racontait ce qui suit: En 1925, un grand nombre d’émigrés russes arrivèrent à Sofia. Toute une série de raisons politiques et personnelles avaient contraint ces gens à rechercher l’hospitalité de la Bulgarie. Un de ces émigrés s’installa dans un logement dans le même immeuble où logeait à cette époque T.P. En principe, le Bulgare est hospitalier et, sinon toujours du moins dans certains cas, il fait preuve de beaucoup de confiance envers ceux avec lesquels il se lie. Avec les Russes, qu’il considère comme proches et de la même parenté ethnique, il est souvent très ouvert et tout spécialement confiant. C’est ainsi que notre ami et frère se lia avec l’émigré russe d’une amitié très cordiale. Un beau jour, le Russe pria T.P. de lui trouver 10 000 levas, car il avait l’intention et une possibilité sure d’ouvrir un restaurant. Pour commencer, notre frère réfléchit longtemps, puis il le prit en pine et, après avoir reçu des assurances pressantes que son argent ne serait pas perdu, il emprunta lui-même 10 000 levas de cette époque, somme pour laquelle il signa des traites. Le Russe Konstantinovitch ouvrit réellement un restaurant et commença à faire de bons bénéfices. Ce restaurant commença à être très fréquenté. Konstantinovitch engagea un ensemble de balalaïkas qui attirait la clientèle. Très rapidement, le piteux émigré commença à éprouver des sentiments de maitre. À plusieurs reprises, notre frère pria son nouvel ami de lui donner un peu d’argent pour qu’il puisse amortir sa dette, mais celui-ci lui répondait à chaque fois qu’il n’était pas en état de se priver de cette somme. Il lui fallait amplifier l’aménagement de son restaurant. Il arriva que T.P. dut s’absenter de la ville pour un certain temps et, à son retour, il eut à faire face à une grande surprise: Konstantinovitch avait disparu de Sofia. Après avoir abandonné son restaurant, il avait quitté le pays ! Et c’est notre frère T.P. qui dut payer tout l’argent emprunté. Un jour, le frère T.P. vit le Maitre dans la prairie de l’« Izgréva » et éprouva le désir de lui confier sa mésaventure et la grande déception qu’il avait vécue. Il se dirigea vers lui et, avant même qu’il commence à lui raconter ce qui lui était arrivé, le Maitre l’accueillit en lui disant avec une vive insistance, mais le visage illuminé d’un doux sourire : — Il n’est pas permis à un disciple de l’École occulte de faire du commerce, sous quelque forme que ce soit. Après cet avertissement, il énonça ces paroles remarquables : — N’offrez pas de festins aux loups ! Ne contractez pas d’accord avec le renard ! Ne vous liez pas d’amitié avec les ours ! N’entrez pas en compétition avec les lions ! Ne jouez pas avec le serpent ! Puis, il sourit, fit un geste de la main et s’éloigna. Après cette conversation, notre frère, quoique dupé, ressentit une grande tranquillité. On ne sait comment, mais depuis ce moment-là il se mit à lui sembler que ces 10 000 levas n’étaient pas une si grande somme perdue, en comparaison de la belle leçon qu’il avait reçue à travers les sentences originales émises à cette occasion. Le frère T.P. se mit à réfléchir et comprit que les loups, les renards, les ours et tous les autres animaux, avec leurs qualités spécifiques, vivent en l’homme en tant que traits spécifiques et parties intégrantes de son caractère. Alors, il se souvint des paroles que le Maitre avait dites dans une de ses conférences : « Sur la terre naissent quatre sortes d’âmes : les âmes angéliques, humaines, animales et sataniques. Faites attention à qui vous avez affaire. » * * * Chaque personne qui avait eu une conversation avec le Maitre devenait convaincue qu’elle avait affaire à un représentant d’un monde supérieur où il n’existe aucun leurre. Chacun recevait la confirmation ou bien l’avertissement qu’une pensée, un sentiment ou une action erronés entrainent inéluctablement la déception, et cela devenait tout à fait évident et ne prêtait à aucun doute. Une telle action ne pouvait être exercée que par la sagesse émanée des mots bienveillance et puissance. L’attitude du disciple envers son Maitre, l’influence silencieusement exercée sur lui, sont d’une nature tellement irrationnelle qu’elles ne se prêtent pas à un examen et ne peuvent pas être traitées comme ces choses de la vie quotidienne qui ne demandent pas de preuves évidentes et banales. Un unique contact avec le Maitre était suffisant pour qu’on comprenne qu’il n’était pas une personne ordinaire. Les disciples ressentaient cela le plus fortement, tandis que ceux qui n’étaient pas initiés aux connaissances spirituelles ressentaient l’extraordinaire en lui comme un charme spécifique de sa nature. Le concevant ainsi — en tant qu’un homme possédant une vie spirituelle riche, puissante et inépuisable et connaissant parfaitement tous les états humains — le peintre Boris Gueorguiev l’a peint les yeux fermés, concentré en lui-même, rayonnant d’une lumière intérieure. Même pour les personnes possédant une sensibilité bien moindre, le Maitre apparaissait comme une lumière leur permettant de lire la dure et difficile écriture de la vie. Par contre, ceux de ses visiteurs qui se rendaient chez lui, avec les portes et les fenêtres de leur âme fermées, dans [’intention de l’observer, afin de pouvoir écrire quelque absurdité dans la « presse jaune », sentaient comment il se renfermait en lui-même et se transformait en un miroir dans lequel ils voyaient leur propre néant spirituel. S’il est nécessaire de donner quelques traits caractéristiques de son apparence, on peut dire que le Maitre était d’une taille moyenne. Son corps était harmonieusement développé et donnait l’impression de répondre à la règle d’or de la Géométrie vivante. Il se tenait toujours très droit. Sa démarche était toujours pondérée, élégante et belle, ses gestes harmonieux et élégants. Lui, dont la barbe et les cheveux étaient devenus blancs, donnait l’impression d’un homme qui avait gardé toute sa jeunesse. Jusqu’à la fin de sa vie, il garda cet aspect. Le Maitre Beinsa Douno avait un regard doux, chaleureux, qui remuait l’âme. La lumière de ses yeux pénétrait profondément son interlocuteur. Cette lumière apportait la paix et la tranquillité. Cependant, dans ses conférences, quand il abordait des sujets concernant le mensonge et la perfidie dans notre vie contemporaine, ou bien s’il évoquait des paroles sacrilèges contre ce qui est Sublime et Saint dans la Création, alors la douce lumière qui émanait de son regard se transformait en éclairs issus des nuées de la noble colère Divine. Le Maitre connaissait toutes les profondeurs de l’âme humaine. II savait immédiatement à quel niveau était parvenu celui qui venait auprès de lui, et il agissait en conformité avec ce que ses yeux spirituels avaient vu, sans porter atteinte à la liberté de cette personne et sans projeter sur elle l’ombre de son autorité. Mettant toujours en pratique les commandements du Christ qui avait dit : « Je ne suis pas venu pour les Justes, mais pour appeler les pécheurs à se repentir », le Maitre accordait plus d’attention à ceux qui, enchevêtrés dans les mirages du péché aux nombreuses facettes, recherchaient leur libération. Pour lui, tout dans cette vie était une parcelle plus ou moins grande de l’évolution et il avait le don d’éclairer et d’expliquer avec sa sagesse toutes les choses qui semblaient de peu d’importance. Le Maitre pouvait faire cela car, bien qu’extérieurement il apparaissait comme un homme ordinaire, il vivait dans des régions inaccessibles pour les non-initiés, et c’est pourquoi ses prévisions, ses conseils, ses décisions et ses actions nous paraissaient souvent surprenants. C’est plus tard, quand les évènements confirmaient tout ce qu’il avait dit, que nous saisissions mieux ce qu’il était. Le Maitre avait libre accès à des mondes étrangers aux personnes ordinaires, et c’est pourquoi il pouvait connaitre le passé, le présent et l’avenir d’individus particuliers, mais aussi ceux de peuples tout entiers. Il savait quelles choses étaient karmiquement inévitables et celles qui pouvaient être conjurées. À cause d’un avertissement qu’il avait fait parvenir au roi Ferdinand de Bulgarie, par l’entremise de personnalités proches de la cour royale, l’avertissement (au moment de la Première Guerre mondiale) que l’entrée en guerre de la Bulgarie amènerait une catastrophe, le Maitre fut interné dans la ville de Varna. Plus tard, les évènements qui arrivèrent prouvèrent clairement qu’il avait vu juste. Pour préciser les traits spirituels du Maitre, nous ajouterons encore ces quelques mots qu’il avait donnés comme réponse : « Certains de mes amis veulent voir en moi les manifestations du Christ. Non, ce n’est pas juste. Vous ne trouverez le Christ que dans Son Enseignement. Si vous désirez savoir qui je suis, je vous répondrai : Je suis le frère des plus petits dans le Royaume de Dieu. Moi, le plus petit, je veux accomplir la volonté de Dieu, sanctifier Son nom et Le remercier avec toute ma gratitude. » « À ceux d’entre vous qui connaissent la vérité des sciences occultes, je dirai ce qui suit: ce qui est caractéristique pour notre époque, c’est que nous entrons sous l’influence du “Verseau”. Les énergies spécifiques de ce signe zodiacal sont dirigées vers notre planète pour y créer une Culture nouvelle. Si conservateurs que puissent être les gens de cette importante partie des habitants terrestres qui cherchent à arrêter la venue des flots de rénovation, leurs efforts resteront stériles. Le plan cosmique est au-dessus de tous les plans humains et les efforts pour conserver l’ancien ordre des choses paraitront ridicules. Si sévères, catégoriques et menaçantes que soient les lois et les sanctions des partisans fanatiques des régimes politiques, insensiblement, tout doucement, mais avec une puissance intérieure, le “nouveau” s’empare de l’esprit et de la volonté des hommes. Partout, dans la pensée philosophique, dans les sciences, dans la littérature, tout comme dans tous les autres arts, on perçoit les éléments d’une nouvelle conception du monde, et celle-ci vient de l’intérieur, comme une visite. Les anciennes conceptions sont inaptes et absurdes face aux pas gigantesques faits par la Science et devant la nouvelle sensibilité de certains individus des jeunes générations. Des vérités qui, jusqu’à présent, étaient considérées comme des crédulités ou des absurdités prennent déjà l’aspect d’une réalité, tandis que le mot même de réalité, insensiblement, mais rapidement, élargit ses limites. » L’humanité parait saturée des explications de la vie, dénuées de fondements, ajustées d’une manière artificielle, ayant pris naissance depuis plus d’un siècle, alors que pendant ce temps la pensée humaine qui avançait devait lutter contre les superstitions et le fanatisme du Moyen Âge. C’est justement pour ce temps que fut créée la doctrine matérialiste qui a déjà vécu et qui est tout à fait inapte face aux besoins de la nouvelle époque. Les défenseurs persévérants de ce qui est ancien, qu’ils soient des dogmatiques religieux ou bien des athées, luttent pour ne pas reculer de leurs positions, car ils savent que le nouveau qui vient va non seulement aérer leurs antres, mais qu’il va emporter dans son souffle leur philosophie. Ils ressemblent à ces souverains au sujet desquels le Maitre nous parlait. Pour mieux illustrer la manière imagée et pleine de véracité de ses paroles, nous estimons qu’il est bon de citer ici l’histoire du « Roi des glaciers » qu’il nous avait racontée au cours d’une conversation impromptue. II y avait une fois un souverain riche et puissant, mais très capricieux, c’était pendant un hiver rigoureux, et la terre était recouverte d’énormes blocs de glace. Cet amateur de glaciers fit appeler des serviteurs et leur ordonna de lui trouver le meilleur artisan pour qu’il lui construise un palais merveilleux avec cette glace. Cet impitoyable souverain pensait que cet hiver, si rude et si glacial, ne s’en irait jamais. Ses conseillers, plus sensés, furent fort surpris. Mais personne n’osa lui dire qu’un palais, tel qu’il le désirait, ne pouvait pas durer longtemps. Ils firent donc venir les plus renommés artisans du pays et, parmi eux, ils choisirent le meilleur. II n’y avait pas moyen de faire autre chose. Les ouvriers aux ordres du constructeur en chef commencèrent à scier les blocs de glace et à les arranger comme il le leur commandait. II ne se passa pas longtemps et, au centre de l’empire du tyran, fut érigé un immense et merveilleux palais. Froid et menaçant, il attirait l’attention des gens, surtout de ceux qui avaient du gout pour la haine. De tous côtés, le pâle soleil d’hiver le faisait resplendir de reflets bleu vert, mais il ne pouvait rien changer à sa splendeur fallacieuse. De son côté la lune, pendant les nuits claires, avec sa lumière phosphorescente, créait des spectacles féeriques. « Quelle splendeur ! Quelle merveille ! » disaient les gens, en regardant les tours et les arches, frangées de guirlandes en givre, qui se dressaient vers le ciel glacial. Mais cela ne dura pas longtemps. Un jour, les nuages ouatés qui recouvraient le ciel se déchirèrent. La lumière se mit à resplendir et, dans les jardins du tyran le merle se mit à chanter. Soudainement, des vents chauds soufflèrent. Alors le splendide édifice en glace commença à se déformer et à perdre sa beauté. «Apportez des chaines et des cordes pour consolider mon palais ! » hurlait le tyran fou de colère, et toutes ces centaines d’ouvriers commencèrent à consolider les voutes, les colonnes et les tours. Cependant le printemps approchait. Chaque nuit le vent du Sud soufflait de plus en plus fort et chaque matin de nouveaux groupes d’oiseaux arrivaient avec de joyeuses trilles et chants. L’édifice de glace devenait de jour en jour plus piteux et s’affaissait d’une manière menaçante. Le souverain hurlait, menaçait, faisait pleuvoir les punitions sur les ouvriers, parce qu’ils n’arrivaient pas à sauver son palais bienaimé, mais cela n’y changeait rien. Une nuit, la douce chaleur du printemps parvint au-dessus du sombre empire, et le palais de glace s’effondra dans un grondement affreux et un grincement des chaines qui le soutenaient. Tout ce fracas réveilla les gens au milieu de leur sommeil. Le lendemain, parmi les mines hideuses, au milieu des cordes et des chaines en fer, les eaux d’un ruisseau murmuraient. II s’élançait joyeusement vers la vallée, sous le soleil souriant avec magnanimité.
  14. LE PROBLÈME DE LA SANTÉ Les philosophes monistes affirment que le monde est Un et unique. II n’existe pas plusieurs mondes différents. Cependant, des milliers et des millions de témoins diront, au sujet de ce monde unique pour nous, des choses tout à fait contradictoires. Pour les uns, ce monde est une charge pénible, un non-sens et une dure obligation. Pour d’autres, personne ne saurait détourner les autres du sentiment que le monde est tissé de pensées merveilleuses et magnifiques, d’impulsions pures, de haute Sagesse, d’Amour et de Lumière, qui sont les supports éternels d’une vie infinie et éternelle ! Notre vie s’écoule-t-elle d’une manière mineure ou majeure ? Que le monde nous semble sombre ou clair, cela dépend de ces états que nous appelons maladie ou santé. L’issue de tous les conflits dramatiques ou sociaux est déterminée en fin de compte par les forces spirituelles et physiques de l’individu. La santé ou la maladie, la force ou l’infirmité, le progrès ou la décadence, telles sont les directions fondamentales et décisives dans l’évolution de chaque processus vital. Si le Christ n’avait fait que prêcher, sans guérir des infirmes, sa gloire aurait été moindre. La force et la grandeur résident dans les méthodes qu’il a données aux hommes pour transformer la faiblesse en force, la laideur en beauté, la peur et l’abattement en espérance et en joie ; ce qui signifie que les états douloureux et négatifs sont changés en états positifs, évolutifs et salutaires. Chaque mal et chaque trouble dans la vie sont liés à une disharmonie, tandis que chaque Bien et chaque joie sont le produit de quelque perfection élaborée. La plupart d’entre nous se heurtent à des problèmes de médecine et de santé. Voilà pourquoi les conceptions médicales s’élaborent en raison des expériences vécues, non seulement par des chercheurs dans ce domaine, mais aussi par des gens non spécialisés, tels des ignorants et des savants, des paysans et des citadins, des artisans et des professeurs, en un mot, des gens de toutes les catégories. Ce sont des spécialistes, tels les mathématiciens qui s’occupent de mathématiques ; les physiciens atomistes qui s’occupent de l’atomistique. Par contre, c’est seulement dans la médecine que l’on trouve non seulement des médecins spécialisés, mais en outre, des gens des plus différentes professions, catégories et instruction, des plus diverses cultures, qui se mêlent de médecine. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que dans bien des cas, ce sont des guérisseurs issus du peuple, et non pas des médecins professionnels, qui acquièrent un renom pour le plus grand nombre de leurs traitements couronnés de succès. Par ce que nous venons de dire, nous n’avons pas l’intention de sous-estimer la médecine officielle acquise dans les universités et cela surtout dans le domaine de la chirurgie qui réalise des miracles ; cependant, ces exemples nous apprennent que pour agir dans ce domaine purement biologique, il ne suffit pas de connaitre à fond l’anatomie, la physiologie, la pathologie, ainsi que les autres parties de l’art de guérir, mais plutôt d’avoir une perception directe, du doigté, de l’intuition, afin de pénétrer le fond du rythme vital de l’individu. Les présentes pages sont écrites à l’intention de ceux pour qui la vue représente quelque chose de plus que l’optique élémentaire. La vue qui manque de force de pénétration ne saurait profiter de l’étude des problèmes biologiques. La vue qui s’arrête et se fixe sur les points matériels de la vie, ne peut percevoir ce qui est éternellement vivant en elle, ni la grandeur du Cosmos. De même que pour supprimer les causes de dérangements dans les fonctions d’un appareil ou d’une machine il est indispensable de disposer des schémas de sa construction, de même la suppression des troubles d’un organisme exige la connaissance de sa structure et de ses fonctions. C’est pourquoi toute pratique médicale est en rapport avec une théorie médicale déterminée, ainsi qu’avec des conceptions spécifiques dans ce domaine. Selon le Maitre, l’homme est en même temps un corps et une âme. Par conséquent, il est composé d’une substance faite d’une matière à la fois grossière, fine et supersubtile ; et ces trois parties composantes ont des rapports mutuels déterminés et très complexes, mais c’est la composante la plus subtile qui domine, tandis que les autres lui sont subordonnées. Nous exprimerons la pensée du Maitre sur les rapports et liaisons entre la matière, l’âme et l’Esprit par la comparaison suivante : Imaginons que l’homme emprunte un moyen de transport — une auto, un avion ou un navire. Il s’en sert, voyage. Le premier système représente une organisation typiquement matérielle et technique. Le second est l’intellect, les émotions qui dirigent le véhicule, tandis que le troisième, c’est l’idée dirigeant la raison même pour laquelle ce voyage est entrepris. Si nous essayions de percevoir jusqu’au bout cet exemple, sans idée préconçue, nous comprendrions que sans l’esprit, sans la raison, sans la volonté de l’homme, aussi bien que sans l’idée suprême et initiale, le véhicule n’aurait aucune importance, n’existerait même pas et n’aurait aucun sens. La machine ne peut pas se construire d’elle-même, toute seule. Elle est un produit de la raison, des connaissances et de l’art humains. Elle est le produit d’une intelligence. II en est de même pour le corps humain et tous les organismes qui sont le produit d’une intelligence. Le corps humain, ainsi que tous les organismes sont le produit de forces intelligentes créatrices dans l’immense laboratoire secret de la Nature. C’est pourquoi nous appelons évolution vers le spirituel les degrés de la conscience humaine menant à la connaissance de la Vérité. Par contre, nous nommons involution vers la substance grossière ou dense, les degrés menant à un système plus limité et subordonné. C’est la connaissance de cette substance solide qui est d’une importance primordiale pour la Médecine, étant donné que l’organisme du corps humain, ainsi que celui de tout être vivant est créé par l’intelligence et par les facteurs dirigeants merveilleux, toujours dans le laboratoire raisonnable et vivant de la Nature. Le Maitre, qui connaissait la médecine moderne, avait une attitude positive vis-à-vis d’une partie des méthodes médicales de notre époque, surtout en ce qui concerne la chirurgie. Mais il donnait surtout la priorité aux traitements faits par des moyens naturels. Le principe initial est la conception que le processus curatif ne consiste pas avant tout dans l’effet exercé par un médicament déterminé, physicochimique (chimiothérapie), mais dans la possibilité de stimuler l’organe en question afin d’accroitre son activité, d’où il s’ensuivra le rétablissement naturel. Du Maitre venaient comme d’une source vive, des méthodes curatives naturelles, utilisant l’eau, l’air et la lumière, les exercices respiratoires et de gymnastique, qui comprennent également la paneurythmie dont nous avons déjà donné quelques principes fondamentaux. Il faut savoir qu’à l’époque où, en Bulgarie, il n’existait pas même des notions élémentaires sur ces méthodes de thérapeutique naturelle, quand les disciples de la Fraternité sortaient à l’aube faire de la gymnastique au soleil, la société ignorante jugeait qu’il s’agissait d’un culte païen. La rumeur vulgaire s’en repaissait. Cependant, de nos jours, tout ce qui était alors l’objet de moquerie et d’ironie est pratiqué en masse. Les plus âgés parmi les disciples de la Fraternité se souviennent du temps passé, alors que le Maitre conduisait des groupes de ses proches au Mont Vitocha ; on n’apercevait alors aucun touriste sur les flancs de cette montagne. Actuellement, on y voit des masses de touristes et nombre d’entre eux boivent déjà de l’eau chaude qui supprime la fatigue, sans que cela soit considéré comme « l’habitude étrange de gens bizarres ». Le maitre Beinsa Douno est une source particulièrement originale de méthodes psychothérapeutiques. Se basant sur la conception qu’un grand nombre de troubles ont leurs racines dans la vie spirituelle de l’individu, il a donné un nombre impressionnant de combinaisons de ces sortes de traitements. Sur une des pages du carnet d’un de nos frères, nous lisons les lignes suivantes que nous donnons pour illustrer une des méthodes de traitement du Maitre. Quand nous disons « méthodes », cela ne signifie pas que ce soit une thérapeutique accessible à tout le monde. II a donné des méthodes dans des cadres bien plus larges, mais ce que nous présentons ici, c’est le cas d’une guérison que le Maitre pouvait se permettre d’effectuer quand il le jugeait bon, parce que le « patient » le méritait pour toute une série de raisons : « En 1925, écrit dans ses notes notre frère, je contractai une angine de poitrine. En 1922, quand il m’arriva de souffrir d’horribles maux de tête que nul médicament ne pouvait soulager, j’eus recours au Maitre qui m’en délivra. C’est la raison pour laquelle, je décidai de recourir à la “dernière instance”. « Quoique malade, je réussis à me rendre auprès du Maitre, à Sofia, au 66 de la rue Opaltchenska. Je sentais de douloureux élancements dans la poitrine et ne pouvais pas tenir debout. Recroquevillé sur une chaise de rotin, j’attendais le Maitre. Lorsqu’il apparut, je me levai avec de grands efforts, lui baisai la main, puis de nouveau je me recroquevillai sur la chaise. Il me demanda ce que j’avais et je réussis, en haletant et par mots entrecoupés, à lui expliquer de quoi je souffrais et lui demandai ce que je devais faire. « Le Maitre se tenait debout en face de moi et, pendant que je me tordais de douleurs, je remarquai que son visage paraissait joyeux et que même un sourire se jouait sur ses lèvres. Tout à coup, toujours en souriant, il m’ordonna : « “Lève-toi !” « Je réussis à me lever et je fixai mon regard sur lui. « “Respire profondément” ! me dit-il en étendant vers moi sa main droite, dirigée vers ma poitrine, tenant son bras horizontalement, la paume de la main vers le bas, les doigts étendus et réunis. Alors, il s’approcha lentement de moi et lorsque sa main fut à une dizaine de centimètres de ma poitrine, il se mit à remuer les doigts de haut en bas. Je me sentis traversé par un fluide qui en quelques secondes supprima ma douleur intolérable. Ma poitrine, jusqu’alors contractée par les souffrances, se dilata. Je sentis que mes poumons étaient remplis d’air et que je respirais sans aucune difficulté. Je fus rempli d’un sentiment de légèreté et de joie. » « “Eh bien, as-tu des douleurs ? demanda le Maitre. — Oh Maitre !... pas de douleur, aucune douleur !” « C’est ce que je réussis à peine à lui dire, tant j’étais rempli d’une émotion joyeuse. «Je partis en bonne santé, revitalisé, tout joyeux. Mon âme était remplie de quelque chose de merveilleux, de grand. Ce n’était pas seulement de la gratitude. C’était quelque chose que je ne pouvais pas exprimer en paroles... » Nous terminerons ce chapitre par quelques passages des conférences du Maitre qui traitent de questions concernant la santé. « Chaque maladie est la conséquence de fautes commises dans le passé ou le présent. À notre époque, les maladies s’accroissent, au lieu de diminuer. Jusqu’à quand cela continuera-t-il ? Jusqu’à ce que les hommes prennent conscience qu’ils doivent chercher les causes de leurs maladies en eux-mêmes et, quand ils les auront trouvées, les supprimer. Quand on viole les lois de la Grande Nature raisonnable, on tombe malade. Les maladies de l’estomac et du système digestif proviennent des sentiments faussés des gens, tandis que la discordance de la conscience provoque les maladies nerveuses. » « Les gens qui sans cesse se servent du mensonge et de la tromperie commencent à souffrir de maladies spécifiques. Les états maladifs apparaissent dans l’organisme à la suite d’anxiétés, de tourments. Toutes les mauvaises pensées, les mauvais sentiments et actes ont leur répercussion sur la santé par des états maladifs. Si les gens pouvaient supprimer en eux-mêmes la peur, la haine et l’anxiété, ils ne souffriraient pas de tant de maladies diverses. Les états négatifs en l’homme créent des dépôts et des intoxications dans l’organisme. Les gens qui conservent accumulées dans leur esprit des idées surannées et les défendent avec fanatisme sont affligés d’un affaiblissement considérable de la mémoire. Le doute, le soupçon, ainsi que le manque de foi deviennent fréquemment la cause de troubles du foie. C’est pourquoi il est indispensable que chacun trouve en soi-même la force de transformer ces mauvaises conditions, telles la haine, l’envie, la jalousie, la méfiance, et de s’en délivrer comme de poisons dangereux, car en les cultivant sans cesse, on s’expose au danger des maladies. » « Si l’homme vit raisonnablement, il sera en bonne santé, qu’il soit riche ou pauvre. » « Selon mes conceptions, est en bonne santé celui qui garde une disposition d’esprit positive, même quand il a de grandes difficultés ; tandis que ceux qui perdent leurs bonnes dispositions d’esprit lors des difficultés de la vie tombent malades. » « La propreté est la forteresse la plus puissante contre les maladies. » « Faites souvent des excursions en montagne. Cela vous aidera à secouer de vous cette inertie qui mène à l’indolence. Ne laissez pas passer les heures matinales, lorsque l’atmosphère est saturée d’énergie vitale. Les mois d’avril et de mai sont d’une importance toute particulière. » « Celui qui épargne ses énergies est fort et atteint un âge avancé. C’est une règle : Acquérez davantage et dépensez moins. C’est en cela que se cache le secret de la longévité. » « Ne cessez pas de vous développer et de grandir spirituellement, car celui qui cesse d’évoluer vieillit prématurément. »
  15. LA PANEURYTHMIE Une autre forme d’activité caractéristique et originale pour la Fraternité est la paneurythmie. C’est une succession tout à fait particulière de danses et de mouvements rythmiques exécutés en commun le matin, avec accompagnement de musique. La paneurythmie est d’une très grande importance, tant pour la santé physique que pour la vitalisation harmonieuse de l’organisme humain. Le Maitre a précisé le sens véritable de la paneurythmie du point de vue spirituel par la phrase suivante, pleine de signification : « La paneurythmie est un échange raisonnable avec les forces de la nature vivante. » Si nous fixons un regard observateur et perspicace sur le sens profond de la vie humaine et cosmique, nous découvrirons que chaque manifestation de la vie microcosmique est la répercussion ou la résonance d’une vie abondante qui jaillit du macrocosme. L’homme qui s’est réveillé du sommeil de son existence biologique s’est toujours efforcé de donner une expression à cette vie supérieure de l’esprit, aussi bien par les moyens d’expression de la musique, de la peinture, de l’architecture, que par ceux de l’art chorégraphique. Les mouvements de l’homme, même ceux exécutés dans la vie ordinaire, sont l’expression d’une idée. Et si nous avions la patience et l’oeil observateur d’un chercheur, nous pourrions les classifier selon les idées et les états d’âme qu’ils expriment. Tout mouvement est l’expression d’une pensée. L’art chorégraphique devrait être si parfait que l’observateur puisse recevoir, à partir de l’exécution des mouvements, cette pensée vers laquelle ils nous orientent. La répétition d’une figure donnée de danse doit nous amener à l’idée, à la pensée et à ce que l’on ressent intérieurement. Par conséquent, la danse elle-même peut devenir une expression du principe spirituel chez l’homme. Ainsi la danse rythmée nous amène à l’idée du rythme du cosmos. Les vingt-huit mouvements de la paneurythmie, calqués sur la Nature vivante, sont une expression des états ascendants de l’homme. Ils sont paisibles, dépourvus de l’impétuosité enivrante et insistante des émotions, empreints de la grande simplicité des choses utiles et merveilleuses. On les danse de grand matin, aux heures du réveil de la vie, quand le grand don de l’Amour Divin se déverse à grands flots du coeur du monde. La danse en cercle de la paneurythmie est une petite imitation de l’énorme roue universelle à travers laquelle s’effectue l’écoulement des forces de la vie du macrocosme. Dans ces danses sont cachés tous les états positifs que traverse la vie humaine. Ainsi par cet exercice à l’aube, chacun peut parvenir à un accord harmonieux avec les forces bienfaisantes de la nature vivante qui en découlent. Et c’est grâce à l’influence exercée par elle que germent et s’accroissent les petites semences déposées dans l’âme de l’homme. « C’est dans l’heure belle et sacrée, dit le Maitre, lorsque la nature entière frémit de joie, qu’on forme le cercle vivant de la paneurythmie. À l’heure matinale, dans la nature épanouie, on commence les exercices rythmiques, où trouvent leur réalisation les sept principes fondamentaux de la vie Divine. » Voici comment les définit l’Hermétisme : Le premier principe est la Raison. Cela veut dire que tout au monde est raison. En second lieu vient le principe de la conformité. II peut s’expliquer par les mots suivants : II y a une similitude entre toutes choses au monde, une conformité. La philosophie hermétique l’exprime comme suit : « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. » Par exemple : il y a une corrélation entre l’idée, le ton, la forme, le mouvement et le nombre. II existe une harmonie et une corrélation entre les différents plans de la vie : physique et spirituel. Tout ce qui est au ciel se trouve de même sur terre. « La solution d’une série de problèmes d’ordre scientifique, philosophique et spirituel est obtenue de la même façon qu’en géométrie dont on doit connaitre les principes de similitude. » Le troisième principe est connu sous le nom de principe des vibrations. II enseigne que tout est mouvement, que tout vibre. La science contemporaine édifie tout et explique tous les phénomènes à l’aide de la fréquence dont il est question dans ce principe fondamental. C’est comme cela que se déterminent les phénomènes suivants : le son, la chaleur, la lumière, les rayons de Roentgen, les émanations radioactives, etc. Le quatrième principe est le principe de la polarisation. Tout dans la nature est polarisé. Et cette activité ou polarisation est une loi fondamentale de la nature. Il y a des principes masculins et féminins, deux sortes de charges électriques, deux pôles magnétiques et toute une série encore de polarisations dans la nature organique et inorganique. En cinquième lieu est le principe du rythme. Ce principe nous parle de la périodicité de tous les phénomènes. Les saisons ont leur rythme, la succession du jour et de la nuit est un phénomène cyclique, rythmique, les battements du coeur, le flux et le reflux de la mer. Presque tous les phénomènes de l’astronomie sont cycliques, de même qu’il y a des indices de rythmes dans l’Histoire. Le sixième principe est celui des causes et des conséquences. Chaque phénomène est provoqué par une cause, et toute cause dans la vie physique aussi bien que dans la vie spirituelle, porte des conséquences inévitables. Et enfin le septième et dernier principe de l'unicité et de la parenté. Tout dans la nature est apparenté, issu du Grand Tout. Si nous recherchons les traces des différents phénomènes, nous découvrirons qu’ils se réunissent tous dans un foyer, dans une cause génératrice, qu’il existe un lien entre tout ce qui se passe dans la vie, tant dans celle de l’être isolé, que dans le Tout. Donc, on pourrait traiter l’univers tout entier comme un organisme infiniment grand. (Ici le terme « Infini » est employé dans le sens de difficilement concevable et d’un monde encore plus difficile à déterminer par nos notions et nos pensées). Revenons à la paneurythmie. Rien qu’en parlant, l’homme exécute des mouvements. Si nous essayons de transformer un chant, quel qu’il soit, en mouvements, nous remarquerons que ces mouvements exercent sur nous une certaine influence. II semble qu’à l’aide de ces mouvements, les tons et les paroles du chant deviennent plus vivants. C’est de cette manière que sont nées les danses. La paneurythmie est basée sur la loi de la corrélation entre les idées, les paroles, la musique et les mouvements. La paneurythmie met l’homme en contact avec les êtres plus avancés que lui. En second lieu, elle éveille les dons et les capacités latentes en un être donné. C’est par son moyen qu’il devient apte à percevoir les forces vitales dont l’univers est rempli. Elle le fait résonner en harmonie avec ces forces. Quelles sont-elles ? D’après le Maitre, elles sont : le Bien, la Justice, la Raison, l’Harmonie, la Fraternité, la Liberté, ainsi que la possibilité de parvenir à l’Amour cosmique. Dans un appendice à l’édition musicale de la paneurythmie, parmi les autres explications données au sujet de l’importance et de la signification profonde de ces danses, on trouve le texte suivant, dont nous citons une partie : « Pourquoi les exercices paneurythmiques commencent-ils tous les ans le 22 mars et pourquoi les danse-t-on à l’aube ? La réponse à cette question est donnée par une citation du livre : Dans le royaume de la Nature Vivante. Le matin, au lever du soleil, la terre a une polarisation négative. C’est à ce moment qu’elle accumule le plus. Ce fait est d’une extrême importance pour apprécier la signification du lever du soleil. C’est pour cela qu’au lever du soleil l’organisme humain est le plus apte à percevoir l’énergie solaire. Le matin il y a plus de prana, ou d’énergie vitale, qu’à midi. C’est alors que l’organisme absorbe le plus d’énergies positives. » « La terre elle-même est plus négative au début du printemps que pendant les autres saisons ; alors elle absorbe et accumule le plus. C’est pourquoi les rayons du soleil agissent d’une manière plus curative au printemps. Les meilleurs mois pour la revitalisation sont ceux du 22 mars au 22 juin. Pendant cette période, l’homme doit s’ouvrir lui-même et percevoir avec amour la force vivifiante dans laquelle il est plongé. » « L’action de la paneurythmie sur l’homme est énorme et totale. Elle a son importance pour le développement et le métabolisme de l’organisme. Les mouvements de la paneurythmie ne sont pas fatigants, parce qu’ils sont harmonieux et beaux. Au cours de ces danses, toutes les parties du corps prennent part, sans tension superflue. Les muscles se développent, la respiration et la circulation s’intensifient, le système nerveux se stabilise. » « Les mouvements de la paneurythmie ne sont pas fortuits, mais sont le fruit d’une connaissance des forces vitales de la nature qui se réveillent dans l’organisme humain. » Parce que les mouvements des exercices et danses paneurythmiques sont accompagnés d’une musique spéciale, particulière à chaque exercice, cette combinaison exercice-musique crée chez l’homme une joie et une allégresse esthétiques ; cela relève le tonus et crée une bonne humeur. Quand ces danses sont exécutées en grande compagnie, leur effet est plus fort, on se sent inclus dans un processus rythmique qui semble une prolongation du rythme de la nature et du cosmos. À propos de l’effet de la danse sur l’homme, dans l’appendice cité on trouve encore ce qui suit: « L’action des exercices paneurythmiques est triple : 1. Ils accumulent dans l’organisme les forces constructives de la nature et coopèrent à son développement. Ces forces sont vivifiantes. 2. Et comme les mouvements dans la paneurythmie sont en harmonie avec le rythme cosmique, ils réveillent des forces latentes dans l’âme humaine. 3. Au moyen de la paneurythmie on envoie des forces, des pensées et des idées dans le monde qui toutes continuent à travailler dans un sens positif. » II est possible que certaines personnes, ignorant les phénomènes cachés de la vie universelle, puissent penser : « Quel peut bien être le sens de telles danses pour la vie du Tout ? » Une telle question ne saurait être faite que par des gens qui vivent dans l’erreur et dans l’isolement, et qui n’ont pas encore saisi que tout ce qui se passe dans le monde se réfléchit dans la vie entière. Et de fait, les pensées humaines, les sentiments et les actions remplissent un espace rationnel, appelé plan spirituel, qui est parfois si pollué par les pensées, les désirs et les actions négatifs des hommes, qu’il s’impose par nécessité une « ozonisation » pour qu’une vie ultérieure et une harmonie relative y soient possibles. II peut paraitre étrange, mais c’est un fait prouvé, que l’harmonie, l’amour et les pensées optimistes qui règnent dans une famille déterminent à un haut degré l‘état de santé de ses membres. Un peu plus loin dans le texte de l’appendice, il est dit : « Nos mouvements, alors même qu’ils sont inconscients, ne sont pas fortuits. Pour un bon observateur, nos mouvements disent beaucoup de choses. Les mouvements des mains, des jambes, le mouvement involontaire que nous faisons pour porter notre main à la tête ou ailleurs, représentent des mouvements au moyen desquels on se libère de l’énergie accumulée là où elle est en surplus ou bien on transfère de l’énergie là où il en manque. Ce n’est pas par hasard que, quand nous avons mal à la tête, nous y appuyons la paume de notre main, ou si on a mal aux dents, nous la posons sur notre joue. » Il en est de même pour un orateur. Par la diversité de ses mouvements, il montre l’intensité de sa pensée dans les différentes parties de son discours, de même qu’un acteur choisit, au cours de son récital, des gestes qui soient synchronisés psychologiquement avec sa parole. « Toute idée, chaque qualité de l’âme, dit-on dans le texte de l’édition, correspond à un certain mouvement. Il y a des mouvements du Bien, de la Charité, de la Justice. L’Amour a ses courbes de mouvements. La beauté aussi. Toutes les vertus ont leurs mouvements. II faut apprendre cela. C’est sur cette base qu’est construite la paneurythmie. Les gens qui ont mené une mauvaise vie deviennent laids et leurs gestes aussi. Voilà pourquoi il est indispensable d’inclure des éléments conscients dans la vie sous-consciente. » La signification de la paneurythmie devient évidente en ce qui concerne ce qu’on appelle « la corrélation dans la nature ». II existe une corrélation entre toutes choses. Elle est fondée sur l’unité sur laquelle repose la vie tout entière. Dans le système périodique des éléments chimiques, après chacun des sept éléments suivent d’autres éléments qui possèdent des propriétés analogues. II en est de même pour le spectre de la lumière, pour les octaves de la musique. On rencontre la même chose dans l’échelle des vibrations électromagnétiques. On peut mentionner certaines choses des écrits de saint Yves d’Alveydre réunis dans l’oeuvre intitulée L’Archéometre. Cette déviation apparente nous montrera la façon dont a été établi le lien et le rapport entre le ton, la forme et l’idée. D’après cet occultiste français, une forme de l’espace peut être considérée comme cristallisée, figée, sous la forme d’une musique. D’Alveydre affirme que les mesures données dans la Bible dans le livre Exode, chapitre 25, sont les mesures du Tabernacle. Elles ne sont pas arbitraires et, dans leur ensemble, elles forment une symphonie musicale. II fait la même analyse et tire les mêmes conclusions également de la description du Temple de Salomon dans le livre d’Ezéchiel, chapitres 40 à 43. Saint Yves d’Alveydre donne les méthodes d’après lesquelles on peut incorporer une forme musicale dans un édifice ou bien dans un ornement. Cela permet de juger à quel point la sphère de l’influence musicale est vaste. En outre il prétend que de nombreuses formes de la nature représentent de la musique cristallisée. C’est pourquoi les formes des mouvements de la paneurythmie, qui se conforment à certaines périodes du rythme de la vie cosmique, sont considérées comme agissant d’une manière puissante dans le sens positif sur l’organisme et le psychisme de l’homme. Pour conclure, nous dirons : La paneurythmie est une danse dont les formes sont aptes à exprimer, par la musique, le mouvement et les paroles, les nouvelles idées sur la vie qui constituent l’Enseignement du Maitre de la Fraternité de Lumière, et qui est à même de les transmettre non seulement à l’individu, mais aussi à la vie universelle. Le nombre des disciples de la Fraternité augmente bien que les conceptions fondamentales de la science occulte qui recoupent exactement les conceptions des disciples de la Fraternité soient qu’on ne devient un disciple de la Science Divine que lorsque le temps est arrivé ou l’âme se réveille de son sommeil séculaire. C’est le cas de celui qui est déjà passé par les expériences et les épreuves de ses vies passées et présente et qui s’est persuadé de lui-même sans subir ni propagande, ni violence, que cette voie est la voie unique pour son développement, et aussi que c’est la seule conception au monde qui supprime les contradictions fondamentales qui tourmentent l’humanité. II n’existe aucune question, aucun problème de la science et de l’art sur lesquels le Maitre ne se soit pas prononcé et sur lesquels il n’ait pas donné sous une forme compréhensible de précieuses pensées fondamentales et des directives qui servent de voies sures menant à des vérités encore plus sures. Si les gens de spécialités différentes se mettaient à fouiller les centaines de volumes et de conférences, ils y trouveraient des indications uniques, chacun dans sa spécialité. II parlait de médecine, d’histoire naturelle, d’astronomie, d’astrologie, de pédagogie et de musique surtout. Nous n’avons pas la possibilité de donner tout ce qui intéressait le contemporain, avide de lumière sur tout. Cette tâche sera accomplie par d’autres, ayant à leur disposition toute la richesse de la Parole du Maitre, et qui frayeront d’autres voies à beaucoup de problèmes insolubles dans la vie et dans la science. En guise d’illustration, nous donnerons ici quelques pensées et conceptions de base du Maitre concernant la médecine et la santé. (Extraits de ses conférences.)
  16. Le violon Nous savions tous que le Maitre jouait du violon. Plus d’une fois, il éveillait notre admiration pendant de longues minutes, et même des heures, lorsqu’il se mettait à jouer, et puis nous avons toujours senti ce qu’il y avait d’extraordinaire dans son interprétation. Son violon dispensait la paix et le calme et, par sa profondeur et son mysticisme, poussait à la méditation. C’est ce que nous comprenions, nous autres profanes. Mais les musiciens, qui cherchent toujours à trouver quelque chose de plus que les autres, avaient saisi en plus des choses liées à la maitrise et aux particularités de l’exécution. II nous semble opportun de donner la description brève d’un de nos frères qui a écouté attentivement tout en l’observant, une interprétation musicale du Maitre. « Durant les années, écrit ce frère, où notre capitale organisait des concerts avec le concours de musiciens de renommée mondiale, que ce soit des violonistes, des pianistes, des chanteurs ou des orchestres, parmi les plus assidus auditeurs des salles de concert de Sofia, il était facile de découvrir la silhouette caractéristique du Maitre. Il tenait en haute estime les interprètes, suivait très attentivement la manière dont ils présentaient le compositeur et puis, après le concert, il donnait son opinion. De pair avec la sureté du sens du rythme, de celui de la mesure, de la pureté et de la beauté du ton, il cherchait l’artiste, l’instrumentiste ou le chanteur né. Il attribuait une grande importance à l’interprétation qui pouvait attirer comme auditeur et inspirateur le compositeur lui-même. Quelque invraisemblable que semble cette affirmation et hors des choses possibles dans l’espace à trois dimensions, c’est une vérité pour ceux qui ont les yeux ouverts. De ce point de vue, les concerts représentaient pour le Maitre une solennité double, tant visible qu’invisible. Le Maitre chantait et il jouait du violon. II avait été à bonne école. Nous ignorons qui a été son professeur et quel a été celui qui l’a initié à l’art du toucher des cordes et à manier l’archet. Cependant dans ses causeries, le Maitre parlait avec enthousiasme du bon pédagogue qui, tout en lui faisant connaitre le violon, pendant les premières leçons jouait lui-même avec une grande concentration devant lui, le jeune élève. Selon toute probabilité ce pédagogue, venu en Bulgarie après la Libération (1878), a dû être un musicien de talent. Pendant qu’il était étudiant aux États-Unis, le Maitre a souvent donné des concerts dans les salles de l’université, à l’intention de ses collègues. Nous avons rencontré le Maitre alors qu’il était un violoniste aux cheveux blancs qui jouait devant ses disciples. Puis, enfermé dans sa petite chambre, il jouait souvent tout seul, comme s’il donnait un concert à des auditeurs invisibles. Il était hors de doute qu’il était en contact avec un monde supérieur, celui de la musique. Les thèmes, les chants et les exercices musicaux qu’il jouait étaient tout à fait originaux, extraordinaires et porteurs d’une grande force spirituelle. Ce qui pouvait être précisé par la notation révélait l’apparition de motifs venus dans la musique pour la première fois sur la terre. Des compositeurs et des interprètes de musique appelaient son oeuvre musicale « un hymne pathétique de l’âme humaine ». La langue musicale avec laquelle s’exprimait le Maitre était très caractéristique et pure. Bien qu’il y eut des airs faisant penser à un Orient lointain, elle était malgré tout quelque chose de tout à fait diffèrent et de neuf. Il interprétait avec une distinction académique ces passages où il y avait une résonance classique, tandis qu’il exécutait la chanson bulgare, joyeuse ou triste, le plus souvent subordonnée à des mesures irrégulières et à des légatos d’archet compliqués, avec une telle vivacité légère, un tel entrain, qu’il nous semblait entendre quelque fameux Bulgare joueur de rebec (ancien violon à trois cordes). Le violon, en tant qu’instrument de musique, était pour lui une des choses les plus parfaites que l’homme soit parvenu à créer. Il contemplait souvent les formes harmonieuses de la structure du violon, la grâce de ses ouïes par lesquelles se déversaient les sons réfléchis dans la boite du violon. Il disait de cet instrument qu’il était le symbole de l’Homme et mentionnait toujours le nom de Stradivarius dans ces cas-là. Le Maitre connaissait dans les moindres détails la technique du doigté et de l’archet. Son jeu qui donnait aux tons un coloris spécifique était rempli de fraicheur et de douceur. II donnait le nom de « conversation orageuse » sur le plan physique à l’exécution bruyante et hardie. Le plus souvent il jouait avec un attouchement doux de l’archet, utilisait les spicatti, l’archet volant, et même certains pizzicatti. Un des jours remarquables d’interprétation musicale fut le dernier concert du Maitre, donné en lieu et place d’un discours dominical du matin, un dimanche de l’année 1943. II entra en classe le violon à la main. Les disciples occupèrent leurs places dans la salle. Après la prière, le Maitre descendit de la chaire et déclara qu’il allait interpréter le motif musical « Le Fils prodigue » qu’il n’avait pas joué depuis plus de 30 ans. Le léger effleurement de l’archet fit résonner quelques quintes, il vérifia si le violon était bien accordé et se mit à jouer. L’interprétation et le contenu du chant ne pouvaient pas être mis en notes. Le tempo en était parfois orageux et les mouvements se succédaient si rapidement que l’on ne réussit pas à les noter. Nous ne faisions tous qu’écouter. Nous étions introduits dans un extraordinaire monde musical. Il était édifié par des tons d’une telle richesse de contenu que seule l’âme de l’auditeur pouvait la saisir. L’interprétation était précise, riche en beauté et en sonorité. Dans la limite de trois octaves, le Maitre narra la vie d’une âme immortelle ayant traversé une existence pleine de drames, par endroits marquée de romanesque et dans d’autres plongée dans la méditation. « Le Fils prodigue » confiait l’histoire de sa vie par l’entremise du langage de tous. Nous avons perçu des conflits, des contradictions et, jusqu’à un certain point, l’apaisement que donne l’espoir radieux d’une vie tissée de lumière et d’amour. Nous avons perçu les tendres élans d’un coeur aimant dans un pianissimo, à peine audible, pareil à un chuchotement. Ce coeur était à la recherche de la paix dans la grande arène de la vie, dépourvue d’amour et de compassion et où ce coeur demeure encore inconnu. Dans les accords en arpège, remplis de dynamisme et de puissance et déroulés dans une harmonieuse ligne ascendante, nous avons ressenti comment la Volonté suprême tend la main au vagabond, dirige son destin de monde en monde et donne à son esprit l’assurance de l’issue heureuse au drame commencé. La narration se termina par quelques accords solennels... Les doigts qui étaient posés sur les cordes et ceux qui tenaient soigneusement l’archet rangèrent le violon dans son étui. Le concert avait pris fin. Et ce fut la dernière grande interprétation du Maitre auprès de ses disciples.
  17. IV Thèmes divers LA MUSIQUE La musique est un des leviers les plus puissants se trouvant dans le travail spirituel du Maitre. Après le thème de l’amour, c’est de la musique dont il a le plus parlé. Le Maitre recommandait à ses disciples de chanter et de jouer de quelque instrument de musique. De plus, il enseignait qu’on doit vivre musicalement. Il y avait quelque chose de remarquable et d’unique dans la manière dont il jouait du violon. L’archet glissait doucement sur les cordes et cet attouchement faisait naitre des mélodies qui, bien que douces, portaient en elles-mêmes une force émouvante. La perception de cette force n’était pas donnée à tous ceux qui étaient dans l’entourage du Maitre, mais aux musiciens de préférence, ainsi qu’à ceux qui ont l’oreille et l’âme sensibles à l’art musical; ils apprirent de lui ce qu’il fallait rechercher et apprécier dans une interprétation musicale. Certains musiciens et le plus souvent des chanteurs cherchent à acquérir la célébrité en tant que grands interprètes, en abusant d’effets extérieurs, qui loin d’élever le sens musical chez l’auditeur, le rabaissent. Certains d’entre eux, doués d’une grande force vocale usent de toutes leurs possibilités et finissent simplement par assourdir les auditeurs. Ce que nous appelons la force de la voix, qualité dépendant de l’amplitude de l’onde sonore, ce n’est pas elle qui porte ce qu’il y a de plus précieux et de plus captivant dans la voix. Ce n’est qu’une valeur physique, et c’est une richesse qui, comme toute autre richesse, doit être utilisée d’une manière cultivée et raisonnable. Le Maitre parlait souvent à l’intention des musiciens. « Si quelqu’un joue et chante comme s’il était en train de donner un concert, il devrait chasser de sa conscience les auditeurs et ne jouer ou ne chanter que pour la musique elle-même et pour son âme. Que les gens écoutent, mais que l’interprète chante pour lui-même. Ce n’est pas de l’égoïsme. Chanter pour soi-même, cela signifie chanter pour le Divin, pour ce qui est au-dedans de soi. Dans ce cas, votre musique se transforme, par des voies inconnues, en une manifestation de l’Amour. » « Les chanteurs doivent tendre à chanter d’une voix basse. Cela ennoblit. Chanter fort c’est plutôt manifester de la volonté. Si vous voulez mettre quelque chose de sublime dans votre pensée et dans vos sentiments, il faut chanter bas. C’est ainsi que vous donnerez un contenu précieux à votre chant. Quand on chante bas, on attire des êtres vivants d’une plus haute catégorie et d’une culture spirituelle plus élevée. » Bien entendu c’est aussi un grand don pour un chanteur que le registre vocal. Avec son aide, on peut manifester de grands effets. Cependant ce n’est pas cela qui touche. « Le registre de même que la force vocale peuvent seulement nous étonner, mais pas nous toucher. » La qualité la plus précieuse de la voix au point de vue spirituel réside dans son timbre. Et cela même pas dans le timbre en tant que valeur physique de la voix, au regard du nombre et de la nature des accompagnants, mais bien dans une autre chose qu’on ne saurait analyser dans un laboratoire de physique, mais qui s’opère dans l’âme de l’auditeur. Nous manquons de termes pour la définir, alors que chacun sent et évalue cela selon le degré de l’émotion et la beauté intérieure qu’il ressent en écoutant le chanteur. Qui sait si la haute culture musicale, si la formation intérieure de l’âme, de l’intellect et des émotions ne se transmettent pas à la voix par des vibrations particulières et insaisissables ? Et c’est donc justement cet insaisissable qui touche et émeut jusqu’aux larmes et qui est un élément d’inspiration. Donc, par son jeu, le Maitre nous faisait gouter justement cet élément de la musique et c’est pourquoi nous ne rattachions pas son interprétation à celle d’une série d’interprètes-virtuoses que nous avions entendus ; nous concevions nettement que ces musiciens sur leur podium d’exécutants possédaient tout ce qu’il fallait d’autre, mais manquaient de l’unique chose que le Maitre, sur son violon, nous démontrait dans sa plénitude. Le Maitre interprétait une de ses compositions appelée « Idylle bulgare ». Elle était d’une telle sonorité et elle avait un tel effet psychologique que ses auditeurs ne pouvaient l’oublier jusqu’à la fin de leur vie. Lorsque nous l’écoutions, il nous semblait que des légions d’êtres lumineux s’avançaient en rangs serrés et marchaient en triomphe pour transformer par leur rayonnement les ténèbres en un jour resplendissant et radieux. Les pas miraculeux de cette « armée céleste » conquièrent un à un tous les coins et recoins de l’univers et ils deviennent part du Royaume céleste. Les chants de la Fraternité ont pris naissance d’une façon très originale. II arrivait qu’au milieu même des cours faits à l’École, le Maitre commençât à chantonner une mélodie qui s’était imposée à son esprit. Peu à peu, elle prenait une forme musicale. Et quelques minutes plus tard, un nouveau chant était né. Nous croyons fermement que ces petits chants, ceux particulièrement que le Maitre dénomma des exercices occultes, deviendraient un jour une source d’inspiration pour des musiciens de l’avenir afin que la nouvelle musique occulte soit créée. Nous considérions la création des chants du Maitre comme un phénomène à travers lequel, par des voies d’alchimie spirituelle inconnues de nous, les idées se transformaient en musique. Et c’est la cause de ce que chacun de ces chants exerce une influence rigoureusement définie sur les auditeurs. Ainsi, dans un recueil spécial, de nombreux chants ont été édités, qui peuvent se répartir en deux rubriques. Dans la première il y en a qui sont du Maitre, en même temps qu’il y a des chants composés par des disciples sur des motifs créés par lui. Ce qui est propre aux chants de la première partie, c’est qu’ils portent la marque des premiers pas de cet apprentissage lors duquel l’âme humaine cherche une consolation dans l’appui plein de dévouement et d’espoir en la pitié céleste. Les exercices de la seconde partie, appelés « exercices occultes », possèdent en eux quelque chose de nouveau, inconnu de la musique contemporaine, une structure de la mélodie et de l’architectonique musicale qui marque une force et une profondeur intérieures. Ce ne sont pas là des chants ordinaires, mais des mélodies qui nous unissent à la Parole, étant donné qu’entre la Parole et la musique il y a un lien étroit qui permet de parvenir à l’unicité. La musique n’a pas occupé une place primordiale dans les écoles initiatiques du passé. Il n’y a pas encore sur la terre une musique totalement occulte. Elle vient seulement maintenant de prendre naissance. Les exercices dont on fait plus haut mention sont des germes pour la future musique occulte. Les exercices sont donnés pour la concentration de la pensée. On ne peut en obtenir un résultat, si la pensée ne parvient pas à la concentration nécessaire. Chaque ton, chaque mot doit passer par la conscience de l’homme, par sa pensée. Il faut introduire ici une remarque. Dans la Fraternité étaient encouragées et continuent à l’être toutes sortes de manifestations d’ordre créateur. Personne ne peut jamais interdire à qui que ce soit de créer dans l’art qui lui plait. Le Maitre se réjouissait de chaque impulsion créatrice et accordait son attention à tout ce qu’on lui présentait. Et c’est de cette façon qu’apparut toute une série d’oeuvres littéraires, musicales et d’art plastique. Certaines d’entre elles sont d’une valeur contestable, mais d’autres peuvent passer avec succès l’examen d’une critique sérieuse. La grande majorité de ces oeuvres de nos frères et de nos soeurs sont des chants. Ils comprennent des textes acceptables ainsi que les mélodies fort agréables, qui pourtant n’ont rien de commun avec la musique occulte dont il est question dans les conférences. II y a des mélodies fort étirées et quelque peu naïves qui font penser aux chansons mélodramatiques, au texte édifiant et aux paroles doucereuses des soirées intimes, mais se trouvant à une distance astronomique des chants du Maitre chargés d’un appel mystique, parfois rigoureux et catégorique; d’autres fois ses chants étaient empreints d’une tristesse profonde, cosmique, aurait-on dit, mais sans nulle trace de la suffisance naïve de ces petites chansons qui rappellent à celui qui chante qu’il est déjà sauvé et qu’il ne lui reste plus qu’à jouir de son propre mérite pour ce « salut ». Des contes, des poèmes et des tableaux virent le jour. Mais peu d’entre eux auraient pu arrêter le regard d’un oeil avise. Personne ne renie ces oeuvres. Cependant les chants, tout comme les oeuvres littéraires et les poésies, doivent porter le nom de leur auteur pour qu’ils ne soient pas confondus avec ce qui est une oeuvre du Maitre ayant pris naissance au cours du processus de travail à l’École occulte. II est bien vrai que le Maitre a fréquemment déclaré qu’il ne voulait pas qu’on le cite littéralement et avec fanatisme, mais tout de même chaque chose qui n’est pas une citation des conférences, placée entre guillemets, devrait porter aussi le nom de son auteur. Cela peut être un « extrait », un résumé personnel, une poésie de « x », un conte de « y », un chant de « z »... un traité philosophique de qui que ce soit ou, enfin, comme c’est le cas de l’oeuvre présente, une oeuvre élaborée par un collectif de disciples, ayant eu à leur disposition certains matériaux de la vie et de l’oeuvre du Maitre. Telle est l’éthique du travail créateur dans le monde entier, dans tous les cas ou l’on traite de questions idéologiques et de la conception de l’univers. Revenons à la musique. C’est pendant une conversation, que nous citons ci-dessous en abrégé, que le Maitre a exprimé ses conceptions fondamentales et originales ; cela résume son attitude envers la musique comme moyen puissant pour l’élévation de l’âme humaine. Ressuscitons donc une de ces journées printanières d’une pureté de cristal, lorsque le soleil ayant traversé le point vernal de l’équinoxe rayonne du haut du ciel sans nuage, pour réveiller chaque petite herbe et toute la vie assoupie pendant les journées et les nuits de l’hiver. Sous l’abri, dans la prairie de « l’lzgrev », s’étaient rassemblés quelques frères et soeurs restés après la paneurythmie. Ils écoutaient attentivement la conversation engagée entre le Maitre et le frère Boyan Boev. Le Maitre était particulièrement de bonne humeur, parce qu’il parlait d’un de ses sujets favoris : la musique. II écoutait patiemment jusqu’au bout les questions de Boev, bien que ce frère fut capable de poser des questions des jours et des nuits durant. — Dites-nous, commença frère Boev, vos pensées fondamentales touchant la musique, non pas en tant qu’art, mais en tant que force puissante pour le développement spirituel. Le Maitre tourna ses regards vers le frère Boev et répondit aussitôt : — La musique, c’est la vie. La où il y a de la vie, il y a aussi de la musique. La où il n’y a pas de musique, c’est le royaume de la mort. Si l’homme cessait de chanter, au sens le plus large du mot, il ne parviendrait à rien. Les hommes ont perdu la véritable musique lorsqu’ils ont quitté le Paradis. Chacun peut faire une expérience avec lui-même. Si vous ne vous sentez pas bien, chantez une chanson. Si votre indisposition disparait, c’est que vous avez bien chanté. Si votre état ne change pas, chantez une deuxième, une troisième chanson et vous verrez qu’il se produira un changement. — De quelle manière la musique influence-t-elle l’organisme humain et l’âme ? — Lorsqu’on commence à chanter, il survient une dilatation des capillaires, la circulation devient plus facile, l’irrigation sanguine des différentes parties et organes du corps est plus complète et, de là, on obtient une amélioration de l’état général. Les douleurs que nous ressentons souvent sont provoquées par le rétrécissement des capillaires. Comme la musique facilite la circulation, les douleurs cessent. En outre, lorsqu’on commence à chanter, on attire l’attention de certaines entités supérieures qui, invisibles, viennent auprès de nous et nous aident. Il en est de même quand durant de longues années on ne parvient pas à accomplir certaines choses, il suffit de chanter quelques chansons pour les achever très rapidement. — Est-ce que chacun peut s’aider au moyen de la musique ? — Oui, chacun. Mais les divers êtres ont développé leur sens musical à des degrés différents. Les uns ont un sens développé du temps, d’autres du rythme, tandis que d’autres encore celui de la mélodie. Un grand nombre de personnes ont, en principe, une belle voix, mais elles ne se sont pas donné la peine de la développer. Lorsque quelqu’un prend l’habitude de chanter et de s’aider ainsi lui-même, alors la loge des ténèbres n’a pas de pouvoir sur lui. Les forces ténébreuses attaquent l’homme dès qu’il cesse de chanter. — Peut-on, continue le frère Boev, aider les gens par la musique ? — Certainement et, de plus, très efficacement. Quand vous vous rendez auprès d’un malade, ne lui parlez pas de sa maladie, mais chantez pour lui, pendant quinze ou vingt minutes, et si vous avez chanté de tout votre coeur, avec amour et le desir ardent de l’aider, alors vous améliorerez considérablement son état. Et si vous persévérez, vous lui ferez quitter son lit. C’est pourquoi on doit prier Dieu de nous accorder en don un art avec lequel nous puissions secourir les souffrances. — Peut-on obtenir des résultats avec n’importe quelle sorte de musique ? — Chaque musique est utile. Mais les disciples doivent savoir avec quelle sorte de musique traiter un état négatif donné. Car chaque état exige une musique correspondante. « Vous ignorez, continua le Maitre, quelle grande oeuvre, quoiqu’invisible, accomplissent les musiciens dans le monde. Peut-être, sans le savoir eux-mêmes, ils transforment l’état des gens. Un peuple entier peut changer, il peut être encouragé et inspiré par les musiciens. Ils sont un bien pour l’humanité. Si vous saviez seulement combien ils ont apaisé les souffrances des gens et combien de personnes ils ont sauvées du désespoir ! Le frère Boev se mit à réfléchir sur ces paroles du Maitre, de même que tous ceux qui écoutaient s’entreregardèrent, avec un sourire attendri. « Si vous connaissiez les lois occultes et si vous étiez des disciples parfaitement dévoués, vous sauriez non seulement changer l’état du temps et détourner un orage, mais même vous rajeunir vous-mêmes. Les serpents aussi se laissent charmer par la musique. Vous est-il arrivé d’arrêter votre attention sur ce fait : comment une mélodie peut endormir le plus terrible des cobras, dont le venin apporte instantanément la mort ? Toutes les bonnes choses dans la vie se concentrent sur celui qui chante. La musique réduit à néant toutes les difficultés. — Est-ce que la musique dont disposent les hommes est suffisante pour qu’ils puissent se venir en aide grâce à elle ? — II faut introduire certains éléments dans la musique de notre monde. Cette musique-Ià est suivie par la musique occulte. Elle n’est pas encore destinée aux hommes, parce qu’ils pourraient en abuser. II y a une musique qui pourrait stimuler la croissance d’une fleur donnée, tandis qu’il y en a une qui saurait dompter un orage. — Chaque homme est-il capable de devenir musicien ? — II y a des génies de la musique qui naissent avec ce don. Cependant chacun peut essayer de chanter et de jouer d’un instrument de musique. Chaque être qui a vécu selon Dieu possède un sens musical et son chant ou son jeu recèle de la force. Celui dont la vie est égoïste et qui n’a jamais aimé que lui-même, manque de sens musical. Le véritable musicien possède de l’abnégation. II a organisé sa vie. La matière elle-même peut organiser sous l’influence de la musique. II faut que vous sachiez que la musique existe en tout. Tout ce que vous faites dans la vie, faites-le musicalement. Parlez de telle façon, qu’il y ait de la musique dans vos paroles. Ainsi les formules que vous prononcez, pour qu’elles aient de l’effet, il faut qu’elles soient prononcées musicalement. Le couturier qui coud les vêtements ou le cordonnier qui fait les chaussures, s’ils ont un sens musical, ils y introduiront quelque chose de beau et les gens qui les porteront éprouveront de la joie. » Le soleil s’était levé et réchauffait agréablement la fraiche journée printanière, des oiseaux survolaient en gazouillant de temps en temps avant d’aller se perdre dans la profondeur verte de la forêt de pins toute proche. II y avait quelque chose de lumineux, de radieux dans cette journée réellement musicale. On aurait dit qu’il y avait une relation entre la conversation qu’on menait et la nature. Les paroles du Maitre sur la musique accordaient musicalement non seulement les auditeurs, mais encore aussi tout l’environ. « II viendra d’autres génies de la musique, continua le Maitre après une brève pause. Ils apporteront à l’humanité une nouvelle musique. On accordera à l’humanité qui vient un nouvel essor musical. C’est alors que certaines âmes vigilantes entendront le choeur des anges qui se compose de 144 000 voix. Lorsque l’homme chante de tout son coeur, de toute son intelligence et de toute son âme, alors avec lui chantent encore en choeur d’autres âmes. — Parmi nos chants quels sont ceux qui agissent avec le plus grand effet ? demanda le frère Boev dont la curiosité ne pouvait jamais être pleinement contentée. — Tous. Mais leur action est différente. Par exemple le chant « Mon âme, bénis le Seigneur », agit salutairement. Avec le chant « Vénir-Bénir », on élimine les esprits qui empêchent l’évolution, tandis que le chant « Aum » est une parole de l’Esprit. — Quels chants recommandez-vous particulièrement ? — Entre autres, le chant « Fir-fur-fen ». C’est un chant revitalisant qu’on ne doit pas chanter n’importe quand. Si vous apprenez à chanter comme il faut le chant “Une aurore merveilleuse se lève à l’horizon”, vous serez visités par toutes les possibilités d’essor et de succès. Sachez donc que nos chants sont en accord avec les lois Divines. II existe également une musique dans la nature. Avez-vous écouté la musique des fleurs, le choeur des arbres fruitiers en train de murir, la musique des eaux vives, celle du vent ? La nature entière est un orchestre grandiose. Les organes du corps humain obéissent aussi et travaillent le mieux sous l’effet des différents tons de musique de la gamme. « La musique représente la vie. Je vous l’ai dit dès le début. Chantez et jouez ! C’est ainsi que vous penserez, que vous sentirez et aussi que vous agirez le plus correctement. Alors vous ne permettrez jamais que dans votre tête pénètrent des pensées qui vous apportent les ténèbres et le trouble. Sachez que Dieu est au-dedans de vous-mêmes. Ayez foi en Lui, ne détruisez pas ce que Dieu a construit. « En aimant Dieu, chantez et jouez. Ce n’est qu’alors que vous aimerez tous les êtres. C’est alors que vous saurez pourquoi vous vivez et pourquoi vous êtes venus sur cette terre. » Le Maitre se leva, tourna ses regards vers l’azur rayonnant, sourit, comme s’il avait entendu le grand orchestre de l’univers et, saluant de la tête, regagna lentement la salle. Par petits groupes, ses disciples le suivirent en compagnie du frère Boev. Ils avaient tous des visages rayonnants. La conversation sur la musique les avait comblés de joie, d’harmonie et de ces dons inestimables qu’on pouvait recevoir lorsqu’on était en contact immédiat avec son Maitre. Un des disciples, parmi ceux qui étaient restés dans la prairie, s’arrêta un court moment. Les autres s’arrêtèrent aussi. Alors, il se tourna vers le frère Boev et demanda : « Frère Boev, y a-t-il de noté quelque part des sentences sur la musique, que le Maitre ait exprimées au cours de ses conférences ou pendant les conversations particulières ? — Il y en a, répondit aussitôt le frère Boev. Je les ai dans ma chambre. Si cela vous intéresse, que quelqu’un vienne les chercher. Si vous avez le temps, vous pouvez les lire tout de suite dans la prairie. » C’est ce qui fut fait. Un des frères se rendit à la chambre du frère Boev qui lui remit le cahier où il avait noté les paroles du Maitre sur la musique. Le groupe, composé en majeure partie de jeunes gens, s’installa à l’extrémité Sud-Ouest de la prairie, où était couché le gros tronc d’un arbre coupé et sur lequel s’asseyaient souvent des amis et des visiteurs. Un des frères prit le cahier et se mit à lire : « Nous ne pouvons connaitre Dieu qu’en tant qu’Amour et la première apparition de l’Amour, ici sur terre, est la musique. » Puis, plus loin : « Les sept tons de la musique sont les sept marches par lesquelles la sagesse conduit l’homme sur la voie de son ascension, étant donné que l’expression la plus géniale de la Raison est encore musique. » « La musique occulte sert la grande Vérité. C’est par la musique que la Vérité peut affluer dans l’intelligence humaine, dans son entendement, car ce qui ne saurait s’exprimer par des mots, peut être dit par la musique. » « Nous introduirons de l’harmonie en nous en chantant et en jouant. C’est alors que nous allons attirer ces forces de la nature qui sont en harmonie avec nous. Si nous chantons de toute notre âme, nous appellerons les Esprits de la musique, qui provoquent un renouvèlement. Alors, selon le degré de perfection de notre interprétation et selon l’inspiration que nous avons, dans notre conscience, se feront aussi les changements respectifs. » « La musique est le chainon d’union entre le monde des anges et celui des humains. C’est le langage des Esprits. Ils connaissent son langage. Si vous voulez invoquer quelque esprit et entrer en communication avec lui de manière qu’il puisse vous comprendre, cela peut se réaliser uniquement si vous chantez ou si vous jouez d’un instrument. » « La musique ordinaire peut être exécutée à n’importe quel moment et dans n’importe quel état. Tandis que lorsque vous exécutez des exercices occultes, il faut trouver pour cela le temps correspondant, ainsi qu’introduire dans chaque ton de la pensée, du sentiment et de la volonté. » « Lorsqu’on chante et que sur le larynx agit la pensée toute seule, la voix sera sèche. Si lors de l’interprétation d’un air n’agissent que les sentiments, la voix sera sujette à un relâchement et sera délayée. Si c’est seulement la partie volontaire de la nature qui agit, la voix ne recevra que du dynamisme. On ne parvient à la véritable manière de chanter que par la coordination harmonieuse de ces trois éléments. » « Tachez de ne pas chanter fort. Chanter fort c’est accomplir seulement un acte de volonté. Si cependant vous voulez mettre quelque chose de sublime, ainsi qu’un élément de noblesse dans votre pensée et dans vos sentiments, il faut que vous chantiez doucement. En outre le chant exécuté à voix basse est plus expressif. En chantant doucement, on peut attirer des entités d’une culture spirituelle plus élevée. » « Dans le monde humain, l’apparition de la musique est liée au réveil de la conscience. Bien que la conscience de soi se soit révélée chez les hommes il y a trois cent mille ans, la musique en tant que manifestation créatrice chez l’homme est d’une date plus récente, depuis trois ou quatre mille ans avant Jésus-Christ. Jusqu’alors la musique n’a pas existé dans le sens actuel du mot. Par exemple, les gens de la race des Atlantes manquaient de sens musical. Cela apparait clairement à l’examen de leurs crânes. » « Chaque homme est construit sur un ton de base qui détermine sa vie. Les gens, par conséquent, ont différents tons fondamentaux. L’un a pour ton de base « do ». L’autre « ré », etc. Il vous faut connaitre le ton spirituel de chaque personne et accorder en conséquence votre comportement envers lui. Chaque peuple a aussi son ton de base. Pour le peuple bulgare ce ton est « fa ». « Il est nécessaire que les disciples sachent que la musique est une méthode pour la transformation des états d’âme humains. Il y a des états qu’on ne peut transformer sans le concours de la musique. » « Si vous chantez sciemment quinze minutes par jour, avec concentration et avec la participation de votre pensée, de vos sentiments et de votre volonté, en un an vous obtiendrez des effets inattendus. Votre situation s’améliorera de 50 % sous tous les rapports. La musique supprime toutes les contradictions personnelles, familiales et sociales. » « Dans la musique actuelle il y a beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de tristesse. La future musique de l’humanité, dont la base contiendra des motifs occultes, agira de manière évolutionnaire et réveillera un sentiment d’essor et d’effort créateur. »
  18. UN GROUPE DE FRANÇAIS EN BULGARIE EN 1939 Quelques Français réalisèrent en été 1939, juste avant le début de la guerre, le projet qu’ils avaient formé d’aller en Bulgarie afin de rencontrer le Maitre P. Deunov et de prendre contact avec les disciples de Bulgarie. Ils connaissaient l’existence du Maitre depuis un ou deux ans. Un Suisse, vivant alors à Paris, et qui avait été du voyage, écrivit à des amis, en novembre 1939, la lettre suivante qui constitue un témoignage émouvant, car on le verra c'est un « premier jet » оù l’émotion, la ferveur, l‘enthousiasme, dispensent de tout commentaire. Lausanne, le 19 novembre 1939 Chers amis, J’avoue que je ne sais trop comment m’y prendre pour vous écrire. Depuis que vous avez quitté Paris, des évènements ont profondément marqué notre vie. La seule chose qui compte maintenant pour nous, vous le devinez, c’est la Fraternité, c’est le Maitre, c’est Rila, c’est Izgrev. II faudrait sans doute que nous puissions vous parler très longuement, de vive voix, de ce que nous avons vécu à Izgrev et à Rila pour vous faire entrevoir qui est véritablement le Maitre, ce qu’est la Fraternité. Ce que nous avons trouvé à Rila et à Izgrev a dépassé notre attente. II y a là-bas comme l’aube d’une nouvelle humanité ; il y a là-bas un Maitre qui est un très grand Maitre, dont le nom doit être prononcé avec respect. Vous m’avez laissé entendre dans votre dernière lettre que ce que j’éprouvais pouvait être une sorte d’estime ou d’admiration intellectuelle pour le Maitre. II n’y a en vérité absolument rien de tout cela. Le Maitre est un Maitre spirituel, son enseignement est entièrement christique. Faut-il essayer de vous raconter ce que nous avons vécu là-bas ? II faudrait un livre entier et je dois le faire en quelques pages... D’abord, quelques mots sur le voyage qui devait être marqué par de multiples incidents matériels. Nous avions une quantité énorme de bagages (nous étions 18) ; nous devions vivre 8 jours à Izgrev, tout près de Sofia, sous un climat comparable à celui de Nice, puis 15 jours à 2 200 mètres d’altitude, à Rila, avec une température nocturne parfois voisine de zéro. À Rila, nous devions vivre en camping, sous des tentes individuelles, chose nouvelle pour 17 d’entre nous ! Cette vie sous deux climats différents exigeait des bagages assez compliqués, surtout dans l’optique de gens aussi inexpérimentés que nous. En plus de nos bagages, nous avions quatre gros colis, et une grande tente pliée (cadeau des Français au Maitre). Nous avions enfin des appareils très lourds pour l’enregistrement des disques de gramophone. Cela faisait en tout plus de 60 gros bagages qu’il était impossible de faire tenir dans trois compartiments, et qui encombraient et obstruaient le couloir du wagon. En plus de cela, il a fallu faire plusieurs transbordements et passer plusieurs fois la douane. Le voyage avait été fort mal organisé par une agence ; nous étions physiquement erreintés. J’ai même entendu un participant murmurer (nous n’étions qu’à Milan) « si j’avais su que c’était ça, je ne serais jamais parti !» Deux jours après, il pleurait de joie et d’émotion tant l’accueil qui nous fut fait à Izgrev était émouvant. Un frère de là-bas nous attendait à la frontière bulgare, de sorte que les dernières opérations de douane passèrent inaperçues, de même que les formalités pour l’introduction de devises qui nous causaient quelques inquiétudes. Puis ce fut l’arrivée à Sofia où une vingtaine de Frères nous accueillirent à la gare et nous délivrèrent du souci de nos multiples et encombrants bagages. On nous conduisit immédiatement dans un grand établissement de bains, au centre de Sofia, ou nous avons pu nous remettre de la fatigue et de la poussière de trois jours et trois nuits de chemin de fer. En autobus, à peine à 20 minutes du centre ville, nous avons gagné Izgrev (soleil levant) un beau parc naturel avec quelques maisonnettes blanches posées sur la verdure. Ce fut donc là notre premier contact avec cet Izgrev dont on nous avait parlé. La plus grande partie de la Fraternité se trouvant à Rila en été, une cinquantaine seulement de frères et soeurs purent nous accueillir à Izgrev. Mais ce premier accueil devait déjà produire une profonde impression sur nous tous. Ces quelque cinquante « ambassadeurs » de la Fraternité étaient groupés à l’entrée et, en guise de bienvenue, ils chantèrent d’une seule voix magnifique des chants composés par le Maitre. Cet accueil était beau et émouvant par sa simplicité. Mais ce qui nous a le plus surpris, c’est de remarquer sur plusieurs visages une expression, un rayonnement, un regard surtout, qui n’appartiennent qu’aux êtres spirituellement très développés, à ceux qui ne vivent pas la vie des gens ordinaires. Nous fumes évidemment logés chez ceux qui pouvaient nous recevoir, et nous avons su que plusieurs d’entre eux avaient quitté leur chambre pour aller s’installer dans un grenier, voire dans une cave. Le soir, nous avions pris notre premier repas bulgare, ou plutôt notre premier repas de la Fraternité. La frugalité de la nourriture des membres de la Fraternité a été aussi pour nous un étonnement. Mais quelle saveur dans cette frugalité. Une soupe épaisse de légumes, assez épicée, avec de l’ail, deux tranches de pain ; parfois il y avait de la pastèque et du fromage comme dessert, et c’est tout. On pourrait les croire sous-alimentés, et pourtant quelle endurance et quelle robustesse, chez les vieux comme chez les jeunes. Après le repas du soir, c’est-à-dire à peine débarqués du train, on a tenu à nous offrir de la musique. Beaucoup parmi les frères de là-bas sont des musiciens, et plusieurs sont des musiciens de premier ordre ; ils vivent dans les chants et la musique du matin au soir (en période de vacances, bien entendu). Le Maitre joue lui-même du violon et du piano ; il a composé d’admirables chants, ainsi que toute la musique de la paneurythmie. Le lendemain, à 6 heures du matin, nous étions déjà tous réunis pour la paneurythmie. À Paris, nous en avions déjà exécuté quelques mouvements, mais nous n’avions pas senti toute la puissance et la beauté de cette paneurythmie. Mais dès ce premier matin à Izgrev, nous fumes tous saisis par l’inexprimable action bienfaisante de ces mouvements, par la beauté noble des gestes et de la musique. Sur le plan purement rythmique, ces mouvements sont déjà admirables ; quand on connait leur sens profond, on ressent encore plus que de l’admiration. L’être, dans son expression extérieure comme dans sa réalité intérieure, se hausse à un niveau esthétique, à une qualité d’harmonie inconnue jusqu’à ce jour de la plupart d’entre nous, je le suppose ; inconnus de moi certainement. Au hasard, le nom de quelques mouvements nous revient sous la plume : éveil, purification, vaincre, élévation, beauté, faire connaissance, tisser, sauter, la joie de la terre, etc. Il y a 28 mouvements ; le tout dure quarante à cinquante minutes. À Izgrev, lors de notre première participation, il n’y avait qu’un petit orchestre de quatre musiciens, tous les autres étant à Rila. Parfois, c’est presque un orchestre symphonique qui joue avec vingt à trente musiciens. Avant la paneurythmie, j’oubliais de vous le dire, nous avions fait les six exercices de gymnastiques, déjà connus de nos amis parisiens. Mais notre premier contact avec Izgrev devait être bref; le surlendemain de notre arrivée, dans la nuit (à 2 heures du matin) nous devions partir pour Rila. La veille au soir, des soeurs étaient venues coudre de grosses toiles autour de nos valises, le transport devant s’effectuer avec des mulets pendant une grande partie du chemin. Donc départ dans la nuit; trois heures d’autocar à travers une campagne aride. Puis, en s’élevant un peu, on trouve des paysages où la végétation devient de plus en plus abondante, des paysages du Jura. II faut alors mettre pied à terre et commencer l’ascension de Rila, à 2 200 m d’altitude. II y a sept heures de marche ; les moins entrainés arrivèrent sans trop de peine au but; l’attente du moment où nous verrions enfin le Maitre donnait des forces à tous. Des frères étaient d’ailleurs descendus jusqu’à mi-chemin, portant un gros chaudron ; on nous fit de l’eau chaude, la fameuse eau chaude (« topla voda »), fameuse comme les six exercices, véritable panacée (universelle ! bien sur et aussi fraternelle). Puis, alors que nous approchions du but, d’autres frères et soeurs venaient à notre rencontre, les plus jeunes ou les plus courageux, ceux qui n’avaient pas peur de refaire la partie la plus raide de la montée pour le simple plaisir de nous accompagner. Au fur et à mesure que nous approchions, d’autres venaient à notre rencontre, de sorte que peu avant l’arrivée nous formions un cortège de plus de 200 personnes. Chaque fois qu’un groupe nous rejoignait, c’était en chantant un très beau chant d’accueil, que nous reprenions tous en choeur, et qui retentissait dans toute la montagne. Cet accueil était émouvant ; nous étions émus, d’abord parce que l’accueil était empreint d’une joie profonde et naturelle visible sur tous les visages, ensuite parce que nous sentions que nous approchions, que nous prenions contact avec des êtres spirituellement plus avancés que nous. Eux aussi étaient émus sans doute, parce que c’était la première fois qu’un groupe déjà important faisait un si long voyage pour venir saluer leur Maitre. Puis се fut l’arrivée sur l’emplacement même du camp, où des chants nous accueillirent. Mais la toute dernière étape n’était pas franchie; on nous rassembla rapidement, et on nous conduisit vers la tente du Maitre. Cette tente domine le camp. II faut encore grimper cinq minutes de pente raide pour y parvenir. Malgré la fatigue et l’essoufflement, c’est ce dernier effort qui nous coute le moins. Le Maitre était debout devant sa tente ; nous nous sommes rapprochés les uns après les autres pour le saluer. Les frères bulgares nous entouraient et chantaient. L’émotion était intense ; beaucoup pleuraient, ceux qui ne pleuraient pas faisaient de grands efforts pour retenir leurs larmes, larmes de joie comme je crois qu’il n’est pas souvent donné aux hommes d’en avoir. Le Maitre prononça quelques paroles très simples sur l’amour, que l’on nous traduisait au fur et à mesure. Je me refuse à essayer de décrire l’impression que nous a faite la personnalité du Maitre. Tout ce que je peux dire, c’est que pour nous tous, ce premier contact avec lui, là haut sur la montagne, est une minute qui marquera un tournant de notre existence. Le soir, il fallut faire nos premières expériences de camping. Toutes nos tentes avaient déjà été montées par nos hôtes, mais il fallut s’y installer ; il n’y avait qu’un petit couloir de 20 cm entre les paillasses ; c’est toute la place dont on dispose pour circuler et loger les valises ; problème ardu ! Le lendemain, à 4 h 30, il fait encore nuit ; une petite sonnerie de clairon nous réveille. Presque à tâtons, à la lueur d’une chandelle ou de lampes électriques, nous nous habillons rapidement. Nous emportons des couvertures, car il fait assez froid, et nous montons au pic de la prière, encore engourdis de sommeil. Face au levant, nous nous asseyons, serrés les uns contre les autres, car la montagne est abrupte, nous sommes nombreux et le replat sur lequel nous sommes n’est pas large. On prie et on médite quelques instants. Le Maitre arrive ; nous nous levons pour le saluer. Puis, lorsque les premiers rayons du soleil paraissent, un magnifique chant s’élève : « Esprit de Dieu, Esprit ineffable... » chante à mi-voix, comme une prière ; ensuite un autre chant, d’après l’Évangile de Saint Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était Dieu »... Ensuite, le Maitre parle, et ce qu’il dit est traduit phrase par phrase, et plusieurs d’entre nous prennent immédiatement cela en note. Toutes les conférences, leçons et entretiens du Maitre sont ainsi sténographiés et imprimées dans un délai très court. Après la prière, nous redescendons, nous repassons par le campement et nous allons sur un grand terrain plat, près du deuxième lac, où nous faisons la paneurythmie. II doit être entre 7 et 8 heures et le soleil commence à nous réchauffer. Nous sommes dans un décor féerique de montagnes, près d’un petit lac aux eaux transparentes, et nous faisons cette admirable paneurythmie. II y a vraiment là de quoi ravir à la fois le coeur et l’âme d’un musicien, d’un artiste, d’un amoureux de la nature et d’un spiritualiste. II n’est pas loin de 9 heures et nous avons l’estomac dans les talons ; nous retournons au camp et chacun dans sa tente prépare son petit déjeuner. Apres quoi, le reste de la matinée est consacre à de multiples besognes : toilette, douche chaude ou froide, arrangement de la tente, achat de provisions, corvée de bois pour la cuisine, préparation du repas de midi, copie des conférences, entretiens particuliers avec le Maitre, etc. Le repas de midi se prend en commun ; le Maitre est au milieu de nous, à une petite table. Dès la fin du repas, il y a des chants que tous nous chantons en choeur ou des exécutions musicales par d’excellents solistes. S’il ne fait pas trop chaud sous les tentes, on peut faire une petite sieste, sinon, il vaut mieux aller en ballade. On peut escalader différents petits sommets d’où la vue sur les sept lacs de Rila est magnifique. Le soir, repas individuel sous les tentes, puis réunion autour d’un grand feu de bois, où l’on fait la veillée, toujours au milieu des chants et de la musique. On va se coucher littéralement fourbu ; on déploie une telle activité physique de 6 heures du matin à 10 heures du soir que c’est vraiment du grand sport qu’un séjour à Rila. Aussi, malgré la dureté des paillasses, le sommeil est-il profond. Nous n’avons pu, malheureusement, vivre que huit jours à peine de cette vie merveilleuse. J’étais parmi les quatre personnes qui ont dû descendre avant les autres à Izgrev pour s’occuper de l’enregistrement sur disque de la paneurythmie, de quelques chants et de divers morceaux du folklore bulgare. Quelques jours après, tout le camps de Rila nous rejoignait. Le Congrès annuel se tient toujours à cette époque et amène à Izgrev beaucoup de monde de toute la Bulgarie, de sorte que les lieux souffraient vraiment de surpeuplement! Mais le moment du retour en France approchait. Notre départ de Sofia fut indescriptible. Entre deux cents et trois cents personnes nous accompagnaient à la gare en chantant tout le long du trajet, en plein centre de Sofia, occupant plusieurs rames de tramway. À la gare, nous sommes montés dans notre wagon les bras chargés de fleurs et de cadeaux, jusqu’à des pots de confiture et un gros récipient rempli d’aubergines frites ! Nous vivons maintenant dans l’intense souvenir de tout ce que nous avons vécu en si peu de jours. II y avait tant de choses nouvelles pour nous là-bas, que nous en avons été fortement secoués. Ce n’est que maintenant que nous réalisons, en profondeur, le splendide message christique que nous apportent les enseignements du Maitre ; ce n’est que maintenant que le travail spirituel se fait, maintenant que Rila et Izgrev portent leurs fruits. Nous nous demandons souvent pourquoi nous plutôt que d’autres avons eu le bonheur immense de vivre ce que nous avons vécu là bas. Sans doute parce que nous devions être parmi les premiers à essayer de transmettre à d’autres ce que nous a apporté ce « quelque chose » de nouveau que nous avons découvert et ressenti en ces instants brefs mais intenses vécus lors de la rencontre du Maitre et de ses disciples dans un cadre et des conditions inoubliables. R.F.
  19. LE MAITRE ЕТ SON ENSEIGNEMENT Exposé de Mara Beltchéva* La première fois que je le rencontrai, le Maitre Deunov me parut âgé. Ses longs cheveux grisonnants viennent rejoindre sa barbe blanche comme la neige. Des yeux bruns, au doux regard qui dévoile une profonde vie intérieure, brillent sous d’épais sourcils grisonnants. Un front serein et découvert. Un nez droit et fin. On pourrait penser que ce visage, si spiritualisé, a servi de modèle à cet Homère en bronze qui est conservé là-bas, dans ce musée de Florence, parmi les chefs-d’oeuvre. Dès qu’il commence à parler, le vieillard disparait, et l’on oublie peine, misère, souffrance et mort. Quelques minutes se sont à peine écoulées que, déjà, on se sent emporté au-delà de l’espace et du temps, dans les sphères les plus lumineuses de son âme. Puis il cesse de parler. De derrière le pupitre descend un homme de taille moyenne, aux mouvements harmonieux. Puis, il vient avec une grande simplicité auprès de vous. II est là, en vêtement gris clair ou blanc. Et l’on se demande : « Est-ce là le Maitre ? Est-ce que c’est bien lui ? » Déjà quelques-uns de ses disciples l’accompagnent jusqu’à son humble demeure, au petit jardin éloquent, au sein duquel rougeoient des roses et se dressent des ruches. Des femmes, des hommes, des vieux, des jeunes, des riches, des personnes en bonne santé, des malades, issus de toutes les couches de la société, entrent et sortent de sa maison à n’importe quel moment de la journée. Certains d’entre eux ne parviennent que jusqu’au seuil et, ayant obtenu silencieusement la réponse, s’en vont contents. D’autres attendent avec patience leur tour et, une fois en sa présence, oublient pourquoi ils sont venus, ayant abandonné loin derrière eux les questions et les soucis mesquins, prêtant l’oreille, là, comme dans un autre univers. *Madame Mara Beltchéva est une poétesse bulgare, amie dévouée du grand poète bulgare Pentcho Slavéikov Souvent on pouvait voir devant sa porte des gens qui, auparavant, avaient été heureux, fiers, remplis d’assurance, qui tournaient tout en ridicule, mais qui, maintenant, abattus par les malheurs de la vie, ayant entendu parler de lui, venaient chercher une dernière consolation. Et quand ils ressortaient, leur visage était lumineux, leurs yeux avaient un regard transformé. L’immense optimisme, dans le jardin duquel pousse la sagesse du Maitre, avait insufflé un sens nouveau dans leur vie remplie d’inanités. Le Maitre guérit le corps par l’intermédiaire de l’esprit. Ce qu’il recommande avant tout, ce sont les rayons du soleil à l’aube et le végétarisme. Ce sont des aliments végétariens que l’on sert sur sa modeste table autour de laquelle il y a toujours des hôtes venus de loin ou de près. II parle avec eux ou bien leur donne des enseignements s’ils le lui demandent. Ses paroles expriment de l’humour et sont parsemées de traits d’esprit. Près de Sofia, la Fraternité possède son propre emplacement, « Izgrev » (Soleil levant). Tout autour se nichent des maisonnettes en briques ou en bois, où les disciples passent l’été. Mais nombre d’entre eux y vivent aussi pendant l’hiver. Sur le lieu le plus élevé est érigée une vaste salle et auprès, la chambre haute du Maitre. C’est là qu’à l’aube, avant que le soleil ne soit levé, avant que chacun commence à s’adonner à ses travaux quotidiens, les disciples se réunissent sur une vaste prairie pour une prière en commun. Devant eux, un paysage merveilleux de montagnes s’offre au regard : le Vitosha, le massif de Rila et de Pirin. On y fait des exercices de gymnastique aux mouvements harmonieux, on y chante des chants. Les paroles et la mélodie de la plupart de ces chants ont été composées par le Maitre. Les autres ont été composées par des musiciens, d’après un modèle donné par le Maitre. Chaque dimanche, de 10 à 12 heures, le Maitre fait une conférence publique, dans un langage assimilable par tous ; en outre, chaque semaine, il y a un cours général, ainsi qu’un autre, spécialement destiné aux étudiants, aux étudiantes et aux autres jeunes. Le Maitre aime les montagnes. Durant toutes les saisons de l’année, accompagné de ses disciples, il fait des excursions sur la montagne Vitosha. Mais pendant l’été, il va sur le mont Moussala. Au cours de ces dernières années, ils passent leurs vacances au bord des Sept Lacs de la montagne de Rila, où ils ont tracé des sentiers, construit des ponts et deux fontaines en morceaux de marbre d’où l’eau jaillit à profusion. C’est à côté du deuxième lac que se trouve le campement. * * * En се qui concerne la connaissance de l’Univers, le Maitre part du même point de raisonnement que tous les écrivains de l’occultisme et щеше du bouddhisme ; mais il ne parle jamais spécialement de cela, car le disciple doit tout vérifier par lui-même : sa foi doit être une connaissance et non pas une superstition. Cette conception qu’il avait de la connaissance de l’Univers n’est pas une hypothèse ou une théorie, mais une réalité supérieure, basée sur l’expérience personnelle. C’est sur cette réalité supérieure que le Maitre construit son Enseignement sur la vie, et c’est à cause de cela que ses paroles résonnent comme une révélation. La nature est vivante et raisonnable. Rien n’est dû au hasard. Tout se fait selon un plan déterminé. La vie est une continuité. La mort, dans le sens que les hommes lui donnent, n’existe pas. La naissance et la mort sont des processus internes : nous mourons et nous naissons quotidiennement. On meurt à une vie pour renaitre à une autre. Le paradis et l’enfer, où sont-ils ? Existent-ils ? « Tous les jours, nous entrons au paradis et en enfer, et nous en sortons. Si vous agissez selon les lois de Dieu, vous êtes au paradis ; si vous quittez Dieu, alors vous êtes en enfer. La vie est en Dieu. Hors de Dieu, c’est la mort; et ce que les hommes appellent la mort ne peut pas faire obstacle au mouvement continu et à l’évolution de la vie : Ce n’est qu’une transformation extérieure, tout comme la glace fond et devient de l’eau. » Généralement et de façon superficielle, on considère l’Enseignement du Maitre Peter Deunov comme celui d’une secte. En réalité, si nous prenons la définition de Tolstoi, chaque religion est une secte, car elle se considère elle même comme le porteur de la Grâce de Dieu ; elle estime que ce sont ses propres dogmes qui sont véritables, accusant les autres religions d’être dans l’erreur. Mais justement, l’Enseignement de Peter Deunov n’est pas celui d’une secte, et il n’est pas une religion. En outre, il n’entre en contradiction avec aucune religion, et n’en récuse aucune, quelle qu’elle soit. « La religion est un vêtement de la Vérité. La religion sous-entend des formes : elle est quelque chose d’extérieur. Les vêtements peuvent être différents, mais la Vérité est unique. On dit qu’il ne doit y avoir qu’une seule religion, un seul parti. Est-il possible à un arbre de vivre avec une seule feuille ? Il doit exister un lien intérieur entre eux, mais non pas qu’ils soient uniques. Dieu n’a créé les hommes ni orthodoxes, ni catholiques, ni protestants, ni occultistes, ni de quelque religion que ce soit, ni d’un certain rang hiérarchique ou social ; tout cela est venu après, et ce qui est venu après n’est pas important ; ce qui est important, c’est ce qui vient de Dieu, et cela, c’est l’homme. L’homme n’est pas créé pour la religion, mais la religion pour l’homme. À quelle religion appartient l’homme, ce qu’il est extérieurement, cela n’a aucune importance ; ce qui est important, c’est ce qu’il est intérieurement. » Et ceux qui veulent suivre le Maitre Deunov ne sont ni baptises, ni inscrits, ni soumis à quelque formalité que ce soit, ni à un rite quelconque. Car son Enseignement n’est ni une secte ni une religion, c’est une école libre — l’enseignement de la vie ; — une université libre, dont les portes sont ouvertes pour tous ceux qui y entrent et en sortent à leur gré. Rien n’est imposé à personne. On peut croire ou ne pas croire, être d’accord ou ne pas être d’accord : c’est à vos dépens. « Pourquoi est-ce que je parle ? Pourquoi le soleil brille-t-il ? Ce que j’énonce, c’est à mes dépens ; c’est seulement là où votre pensée se croise avec la mienne que cela vous sera utile. » Vous pouvez rencontrer auprès du Maitre Deunov des gens de diverses religions, de différentes convictions. Jamais il ne réfute, ne discute avec personne. « Je ne veux pas détruire votre profession de foi. » II n’est même pas contre l’athéisme. Ce dernier n’est aussi qu’une forme, mais une forme de penser. « Dieu se manifeste par l’entremise de chaque personne qui possède un idéal, qui lutte pour le Bien dans le monde, qui vit pour Lui et Le sert d’une manière désintéressée, quoiqu’il n’en ait pas conscience, quoiqu’il se considère comme un athée. » Ou encore : « Si une religion édifie ma vie, je l’accepterai. Si elle m’entrave, je la rejetterai. Votre profession de foi d’aujourd’hui ne doit pas être comme celle d’hier ; ni celle de demain comme celle d’aujourd’hui. Chaque jour, on doit acquérir quelque chose de nouveau. L’apôtre Paul dit: “Nous tous n’allons pas mourir, mais nous transformer.” On doit chaque jour naitre. » Matérialisme ou idéalisme ? « Il y a des gens qui, extérieurement sont des idéalistes, mais intérieurement des matérialistes. Tandis que d’autres sont extérieurement des matérialistes, et intérieurement des idéalistes. L’important est ce que l’homme est intérieurement. Vous dites : “Je ne crois pas en Dieu, je ne crois que dans l’humanité.” Nous pouvons nous entendre tous les deux. » Le Maitre Deunov ne rejette aucune conception de la vie, du moment qu’elle encourage l’homme à se perfectionner spirituellement ; il ne rejette aucune opinion, quelle qu’elle soit, du moment que celui qui la professe puise en elle des forces pour servir le Bien dans le monde, pour servir Dieu. « Tous les hommes, quelque religion et doctrine qu’ils professent, qui portent en eux même un haut idéal, qui d’une manière honnête et désintéressée luttent pour le Bien — pour le sublime dans le monde, pour le bien-être de l’humanité tout entière — doivent se tendre la main. Leurs différences extérieures apporteront seulement de la beauté dans la diversité. » II est clair que dans un tel Enseignement il n’y a pas de place pour le mot secte. Mais en ne rejetant rien, le Maitre Deunov nous indique seulement une voie : la voie de l’Amour. « Seul l’Amour de Dieu apporte la plénitude de la vie. » C’est la voie du perfectionnement intérieur que chacun doit suivre tout seul. C’est là que se fait la synthèse entre l’individualisme et le collectivisme. Votre chemin est tracé par ceux qui sont plus avancés que vous. Et vous aussi, vous devez tracer le chemin pour ceux qui sont plus en arrière que vous. Le grand aide le petit. Ce n’est pas celui que l’on sert qui est grand, mais celui qui sert. » Les Aides invisibles sont à un niveau plus élevé que les hommes. « L’homme est un ouvrier de Dieu. Plus il grandit, plus on lui confie des tâches responsables. » Celui qui cherche le perfectionnement et la prospérité pour lui-même reste au même niveau, car il s’est détaché du Tout, car il est sorti du plan général. Et la vie n’existe que dans le Tout et ce n’est que dans le Tout que l’on peut grandir. L’esprit humain, l’esprit de l’humanité, est celui qui dirige la vie ici sur terre. Tous les êtres humains ne sont que ses organes, seulement les serviteurs de l’humanité: l’homme cosmique. Et parce que les serviteurs se querellent et se battent, parce qu’ils volent et que chacun ne pense qu’à soi-même, alors les affaires du Maitre ne marchent pas ; et, eux aussi, ils en souffrent. Le Maitre Deunov veut faire de ses élèves des combattants de la volonté de Dieu. C’est pourquoi ils doivent annihiler toute peur en eux même. Et pour parvenir à cela, il est indispensable d’avoir une foi absolue, une confiance absolue en la Nature vivante. Et cela dans une vie pure, un coeur pur, une pensée pure, un corps pur. Il faut une équité absolue. Une honnêteté et un désintéressement absolus. « Soyez toujours fidèles, véridiques, purs et bons ! » Le disciple doit tremper sa volonté : aucun obstacle ne doit le faire trébucher. Par exemple, si une excursion a été prévue en montagne et qu’à ce moment il commence à tomber de la pluie, de la neige, à faire très froid, ou s’il y a une tempête, on doit partir à l’heure prévue, sans faire attention aux éléments de la nature déchainée. Dans sa vie, le disciple rencontrera de plus grands orages : il doit apprendre à les supporter. Dans quelque condition où le disciple sera placé, il doit travailler, car dans toutes les conditions il y aura toujours quelque chose de favorable. Ой que vous soyez placés, vous devez travailler. « Le monde appartient aux laborieux. » — « Alternez le travail physique et le travail intellectuel. » Le disciple doit apprendre partout et de tout. — Le Maitre Deunov ne réfute pas la science, mais après la science officielle il y en a une autre que l’homme apprendra de la Nature vivante; même le Maitre puise des connaissances en elle. « On ne peut pas passer dans la classe suivante avant d’avoir terminé la précédente. Tout d’abord, il faut étudier le monde physique — vous apprendrez toutes les sciences qui s’apprennent à l’école et dans les universités et puis, vous commencerez à étudier la science du monde spirituel. » L’amour des études est typique chez ses disciples. Ils terminent plusieurs facultés à l’université. Il y en a de nombreux qui, n’ayant pas été à l’école, font leurs études secondaires et entrent à l’université. Il y a des cas où des gens de 60 ans commencent seulement à cet âge à apprendre à lire et à écrire. «Il n’y a pas de vieillesse. Est vieux seulement celui qui ne travaille pas, qui dit : “Mon temps est déjà passé ! ” Celui qui travaille et étudie est toujours jeune. Je veux que vous soyez toujours jeunes. » Il recommande tout spécialement la musique. La musique est le symbole de I’harmonie dans le monde. Par l’entremise de la musique, on entre en harmonie avec les lois de la nature vivante. Le nombre de ceux qui ont terminé l’académie de musique dans notre pays est proportionnellement très important. La peinture, la poésie ennoblissent également l’âme. Le Maitre Deunov ne repousse pas la vie ; il ne demande pas à ses disciples d’être des ascètes. Ils doivent travailler dans tous les domaines de la vie оù se créent les biens matériels et spirituels — chacun selon ses capacités — mais qu’ils se distinguent par leur honnêteté et leur désintéressement, mais qu’ils soient dirigés par le Grand Amour Divin. — « Soyez dans le monde, mais ne soyez pas du monde. » La vie sur terre est la plus importante. L’homme n’est pas responsable seulement de lui-même, car de son élévation ou de sa chute dépendent l’élévation ou la chute de tous les êtres qui sont au-dessous de lui. La Terre se trouve actuellement dans une sphère d’influences cosmiques des plus favorables. Ce qui arrive maintenant sur notre terre n’y est jamais arrivé auparavant. Le temps est arrivé оù chaque tête va murir. Le monde invisible demande aux hommes d’organiser leur vie selon la loi de l’Amour. Mais s’ils restent sourds, la catastrophe sera inévitable. — « Soyons heureux de ce que nous vivons sur la terre et de ce qu’un jour viendra qui apportera la paix et la joie à tous les hommes. » Ou bien : « Notre tâche est d’instaurer le Royaume de Dieu sur la terre ; de devenir les véhicules des lois de Dieu. — Le péché est une montagne qui sépare la terre du ciel. Le Christ a percé cette montagne, mais peu nombreux sont ceux qui s’engagent sur ce sentier étroit. » Ou encore : « Le père, la mère, le foyer sont les premières institutions sur la terre. Être un Maitre signifie donner naissance à quelqu’un. Tout d’abord, éduquez-vous vous-même. Est libre seulement celui qui est uni à Dieu ; celui qui mène une vie consciente. » Et aussi : « Dieu et le Christ sont les deux Principes. Dieu est le germe de l’esprit, les fondements sur lesquels se bâtit la vie. Tandis que le Christ est le Principe raisonnable qui est issu du Dieu Unitaire et dirige et sauvegarde tous les êtres vivants. » Ou bien : « Dieu — ce sont des pensées agréables en nous. » Ou aussi: « Vous cherchez Dieu au ciel ? — II est avec vous quand vous souffrez. » Et encore : « La première condition pour que Dieu vive avec vous, c’est l’humilité. » Ce qui fait impression, la première fois que l’on écoute les conférences du Maitre Deunov, c’est leur morcèlement. On a l’impression que tout lien en est exclu. Cela provient de ce qu’il s’exprime en images et en symboles. II parle d’une réalité supérieure, dont notre réalité visible n’est que le reflet. Et pour l’exprimer, il utilise des images et des symboles de la vie quotidienne, de la littérature, de la science. Et seul celui qui pendant longtemps l'а écouté ou bien possède la faculté innée de saisir le côté intérieur, spirituel des choses, seul celui qui s’habitue à son langage et à ses symboles, commence à comprendre le lien intérieur entre les différentes images. On sait que le Maitre Deunov a fait des études de médecine. Outre ses connaissances en biologie et en sciences naturelles, ce qui saute aux yeux à travers des exemples qu’il utilise dans ses conférences, c’est son érudition. II connait bien les langues et littératures anglaise, russe, polonaise et bulgare. II connait très bien l’histoire du monde. II a étudié tous les grands philosophes de l’Antiquité, du Moyen Âge et de notre époque moderne. II connait les sciences mathématiques et l’astronomie. II connait très bien l’histoire de la musique. Lui-même est un bon musicien et il joue souvent du violon. Outre les mélodies des chants que ses disciples chantent, il a créé des compositions pour le violon. Elles sont caractérisées par leur douceur et leur pénétration mystique. On exécute très souvent sa Pastorale. Ce qui nous frappe tout particulièrement, c’est sa connaissance des mythologies antiques et orientales. Il est également une source inépuisable d’anecdotes et d’épisodes de la vie des grandes personnalités de tous les siècles et de tous les peuples. Il suit toujours tous les évènements politiques et sociaux, tant dans notre pays que dans le monde entier; aussi bien que les nouvelles découvertes dans les sciences, la technique, la médecine. — De tous ces domaines, il puise ses images et ses exemples, afin d’exprimer ses idées. C’est pourquoi il dit souvent : « Ne prenez pas mes paroles à la lettre, mais interprétez-les. » Souvent, il fait lui-même ces interprétations. Le Maitre Deunov ne cherche pas la popularité, mais cependant d’année en année, ses disciples croissent en nombre. Seulement en Bulgarie, il a presque 40 000 disciples1. Il en a en Amérique du Nord et du Sud, dans plusieurs pays des Balkans et d’Europe. Des conférences ont été traduites en français, en italien, en anglais et aussi en espagnol, en allemand, en espéranto, en japonais, etc. Près de la Fraternité de Sofia, il y a une école où l’enseignement se fait selon une méthode pédagogique nouvelle, en conformité avec la Nature. * * * Ce que l’on dit à propos de l’Enseignement du Maitre Deunov n’est qu’un grain minuscule. Il est absolument impossible de l’embrasser, de l’enfermer dans le cadre d’une définition, ou bien de le rattacher à une catégorie. C’est une mine inépuisable de Sagesse et de savoir générateur de vie, où chacun, suivant son développement, prend ce qu’il veut. C’est une mine inépuisable de Sagesse où chacun peut puiser, à la condition qu’il ne soit pas animé dans sa vie par la stimulation d’une vulgaire cupidité ; qu’il soit croyant ou incroyant, idéaliste ou matérialiste dans sa conception de l’univers — cela est égal, il suffit que ce soit un homme à la pensée pure. 1. Chiffre datant d’une cinquantaine d’années. Il n’est pas possible de faire une évaluation actuellement. Quand le Maitre parle, on a l’impression qu’il est assis au bord de la mer, qu’il puise dedans et remplit les petits récipients de ses auditeurs, selon leur volume. Et l’on ressent que cette abondance ne peut jamais cesser. Mara Beltchéva
  20. COMMENT J’AI TROUVÉ LA VOIE MENANT À LUI II y avait des jours où je ressentais une inexplicable anxiété de mon profond attachement envers un de mes enfants. J’aimais mes quatre enfants, je tremblais également pour chacun d’eux, je les entourais des mêmes soins maternels et, de la même manière, il m’arrivait que mes pensées s’arrêtent sur certains éventuels dangers. Ce sont là les phobies de quiconque aime et dont l’attachement est irrésistible et ardent. Ce sont là les craintes d’une mère par lesquelles elle se tourmente elle-même. Cependant j’éprouvais quelque chose d’autre, quelque chose de plus grand que l’amour maternel envers ma fille Annie. Je considérais son apparition dans notre maison comme un don exceptionnel et comme une attention spéciale du ciel qui me décernait une distinction, et je ne savais pas si je la méritais. Je considérais mes autres enfants (deux autres filles et un fils) comme de bonnes créatures, mais qui n’avaient rien d’extraordinaire. Eux, je les grondais plus souvent et même je les jugeais sévèrement quand je pensais qu’ils avaient tort. Je ne pouvais pas me comporter de la même façon avec Annie. Même à l’époque où elle n’était qu’un tout petit enfant, je me sentais coupable envers elle pour chaque chose qui arrivait. Un respect profondément enraciné dans mon âme ne me permettait pas d’être sévère et autoritaire. Un jour que j’étais énervée par toute sorte d’ennuis, je lui criai quelque chose d’un ton plus irrité et un peu coléreux et je ressentis un profond mécontentement de moi-même. J’eus l’impression qu’à travers ses yeux profonds et doux me regardait quelqu’un de plus grand, plus sage, infaillible. Alors je commençai à faire mon autocritique et même je me sentis irritée du respect que m’imposait cet être que j’avais mis au monde. Beaucoup de temps s’était écoulé. Les enfants continuaient à grandir et dans ma chevelure commencèrent à apparaitre les premiers fils blancs. La différence d’âge entre mes enfants n’était pas grande. Un jour, jetant un coup d’oeil vers eux, j’eus l’impression qu’ils avaient muri, grandi... mais Annie, d’une manière tout à fait différente. Sa supériorité sautait immédiatement aux yeux, ses remarques remplies de sagesse et sa douce force à laquelle les autres se soumettaient. J’avais l’impression que mes autres enfants aussi la voyaient du même oeil que moi. — C’est toi qui fais toutes les bêtises et tout le mal ! m’écriais-je parfois, étant hors de moi, en grondant mon fils Christo. Cependant Annie, de sa voix douce, me disait: — Ce n’est pas de sa faute, maman, j’ai vu comment tout est arrivé. J’acceptais ses paroles avec confiance, mais malgré tout je vérifiais et analysais « l’accident » enfantin et je voyais qu’Annie avait raison. Elle avait toujours et en tout raison. Dans notre maison, Annie était « l’étalon » absolument pour tout, et moi, je n’étais que le gérant officiel, bruyant et perplexe, tandis que l’esprit d’Annie — la silencieuse, la douce, l’invincible — était invisible et toujours infaillible. Mon mari était absorbé par son travail. II arrivait et circulait comme un invité, toujours étranger aux petits incidents, toujours préoccupé de quelque chose et mécontent. Mes relations avec lui étaient bonnes, mais il se tenait avec nous comme s’il avait accompli son devoir envers nous, comme si une autre affaire importante et essentielle l’attendait et comme s’il n’avait besoin de cette maison que pour y passer la nuit, et lui laisser ce qu’il lui devait en tant qu’honnête homme, régulier. Parfois il lui arrivait seulement de faire une réprimande au sujet de quelque chose qu’il considérait comme mauvais et il sortait du même pas, que je connaissais depuis des années, qui résonnait sur le dallage menant à la porte d’entrée. Ma fille ainée, Lili, termina ses études secondaires. Je l’observais et je me disais qu’elle deviendrait une bonne maitresse de maison. Mais pour mon autre fille, je pensais différentes choses et je compris que mon intuition de mère ne me trompait pas. Parfois, la mère, avec son intuition et ce qu’elle observe chez ses enfants, peut saisir la valeur de ce qu’il va leur rester durant toute leur vie. Je voyais que le garçon possédait un don, sans savoir exactement en quoi il consistait. J’avais déjà foi en sa raison, en la justesse de son jugement sur beaucoup de choses et dans l’habileté de ses mains. Seulement pour Annie, je ne pouvais rien dire de défini. Je ne sais pourquoi, mais je n’arrivais pas à pénétrer au fond d’elle-même. Quand elle devint étudiante en langues étrangères, je m’éloignai encore davantage de son monde à elle. II me semblait qu’avec cette langue étrangère, elle s’élevait au-dessus de moi et que je devais la traiter avec une attention encore plus grande. La seule chose qui me liait à elle était mon amour pour elle, qui était arrivé à l’adoration et cette inexplicable peur de ce qu’il allait advenir d’elle. Un jour que j’étais restée seule à la maison, je me mis à la fenêtre, levai les yeux vers le ciel et m’écriai : — Seigneur, découvre-moi le secret pour lequel Tu m’as envoyé cette enfant et pourquoi mon amour infini est plongé dans l’anxiété pour elle ? Qui me l’a confiée pour que je la garde comme un bijou émaillé de pierres précieuses et ne va-t-on pas me demander de la rendre de nouveau ? Alors, pour une cause confuse, mon âme fut remplie d’une solennité extraordinaire, dans laquelle il y avait une joie céleste et une sombre souffrance terrestre. Une voix lointaine, qui résonnait comme en moi-même, répétait le mot: destin, destin ! Un jour, j’éprouvai de la peine à rester chez moi. Je décidai d’aller rendre visite, avec deux de mes enfants (Lili et mon fils Christo), à un de mes parents qui avait un restaurant près de Diana Bad (une piscine dans la forêt). Je voulais que mon fils respire un peu d’air pur. Il faisait beau. Christo était très souvent malade et, dès qu’il attrapait le moindre coup de froid, sa température montait jusqu’à 39°. J’espérais fortifier son organisme avec cette promenade par un si beau temps. Nous nous rendîmes dans ce restaurant, primes place à une table, rencontrâmes mes proches et primes notre repas. — En rentrant, me conseilla mon parent, passe par la cour et le jardin des « frères », me dit-il en martelant ses mots, avec un ton et une expression particulière. Cela s’appelle « Izgrev ». C’est très beau, très pur et tu pourras échanger quelques paroles avec les gens. Tu y entendras quelque chose de plus spécial, de plus intéressant. Je suivis son conseil. De toute façon, les enfants voulaient rester au grand air. Nous entrâmes dans la cour de l’Izgrev. C’était très agréable. Nous nous assîmes près des tables devant la salle, auprès de beaux buissons de noisetiers. Qui sait pour quelle cause mon fils se sentit brusquement très mal ? II se peut que la viande qu’il avait mangée dans le restaurant de mon parent n’ait pas été de très bonne qualité. Mon fils devint livide, sa tête s’affaissa et j’eus très peur. Une des soeurs que je ne connaissais pas, s’empressa de lui apporter un verre d’eau. L’enfant en but quelques gorgées et immédiatement il se sentit mieux. Pendant ce temps, je vis apparaitre du côté du jardin un groupe d’hommes et de femmes, parmi lesquels se trouvait le Maitre Beinsa. C’est alors que moi, qui avais entendu parler de lui, je le vis pour la première fois. II me fit une impression extraordinaire. II marchait le corps droit, alerte et il semblait irradier de la lumière. II était vêtu d’un complet blanc. On entrevoyait une chemise de soie blanche. Je ne pouvais détacher mes yeux de lui. Alors la soeur qui avait apporté de l’eau à Christo me dit : — Emmène l’enfant auprès du Maitre. Avec un groupe de disciples, il revient du jardin où il a aidé un jeune arbre à ne pas se dessécher. Il va venir en aide à ton fils aussi. Brusquement, mue comme par un ressort, je sautai, m’approchai du groupe, poussai l’enfant devant moi et, tout émue, dis : — Maitre, il est malade ! Le Maitre Beinsa s’arrêta, me regarda d’un air bienveillant et je vis le serein silence dans ses yeux. Puis il tendit la main, caressa la tête de Christo et poursuivit son chemin silencieusement. Une demi-heure plus tard, nous rentrâmes. L’enfant était plein de vigueur et en parfaite santé. Je m’attendais, à notre retour à la maison, à ce qu’il ait de la fièvre. Mais, à ma grande joie, rien de tel ne se passa. Son visage était frais et ses joues roses. Le thermomètre indiquait 36,4° C. La santé de Christo se rétablit. Quoiqu’à cette époque il n’était qu’un petit enfant, pendant toute son adolescence et son âge adulte, jamais il n’oublia le Maitre Beinsa, même quand il était sur le front. Quand il faisait ses prières, jamais il n’oubliait de prier aussi pour le Maitre qui, après avoir guéri l’arbrisseau, l’avait guéri lui aussi. Un de ces jours de guerre pleins d’anxiété, au moment de l’atroce bataille de Stratsine, à laquelle participait Christo, et où les Allemands déchainés livrèrent un rude combat à notre armée, j’allai trouver le Maitre, lui fit part de mon anxiété et de la situation terrible dans laquelle se trouvaient nos jeunes gens. Le Maitre se recueillit et au bout d’une minute, il me dit que mon fils allait revenir. Christo désirait devenir ingénieur, mais, sur les conseils du Maitre, il s’inscrivit à l’académie de médecine et devint un très bon médecin à Sofia. Le printemps fleurissait et, en même temps s’épanouissait la beauté d’Annie. Dans le jardin, les arbres fleuris semblaient revêtus de leurs atours de fête. J’avais envie d’élever Annie tout comme ces arbres fruitiers fleuris, pour lesquels j’éprouvais de la peine quand une bourrasque emportait leurs fleurs. Un matin, vers la fin du printemps, quand les hirondelles s’étaient déjà installées dans leurs nids sous la toiture et que le soleil déversait ses chauds rayons caressants sur la terre, Annie se réveilla dans un état inaccoutumé. Elle me dit qu’elle se sentait sans forces et que tout son corps lui faisait mal. Elle avait le vertige et était terriblement pâle. Je pensai que c’était un refroidissement de printemps et je lui recommandai de ne pas aller à ses cours ce jour-là. — Non, maman, me répliqua Annie, je ne veux pas rater mes cours d’aujourd’hui. Je sens que je me sentirai mieux si je sors. Mais avant cela, j’aimerais te raconter ma nuit. Maman, c’est un véritable conte ! Je ne peux pas l’oublier et ce que j’ai vu est en moi comme une réalité vécue. Brusquement, Annie se raviva. Son visage s’éclaira et, avec un regard dirigé vers le lointain et rempli d’une fascination céleste, me dit ce qui suit : — Est-ce que tu te souviens, maman, de ce que je t’ai raconté une fois au sujet de cet homme âgé que j’ai rencontré dans le tramway et qui m’avait fait une si profonde impression ? II était vêtu de vêtements clairs. Ses cheveux presque entièrement blancs retombaient des deux cotes de son visage et dans son regard il y avait quelque chose de très doux, de rayonnant, de lumineux que je n’avais jamais vu jusqu’à ce jour. Il me fit une très grande impression et moi, comme j’étais debout de côté, je l’observais furtivement. Quelques minutes après que j’étais montée dans le tramway, le receveur s’arrêta auprès de lui pour son ticket. Cet inconnu âgé tendit le bras en arrière, où se tenait un jeune homme qui fit immédiatement deux ou trois pas en avant et paya deux tickets au receveur. Il était évident que le jeune homme accompagnait cet homme vêtu de blanc. J’ai toujours gardé le souvenir de cet incident qui dans le fond n’avait rien de particulièrement remarquable, mais il me semble qu’à mon retour de mes cours, je t’en ai parlé. — Tu m’as raconté quelque chose, répliquai-je, mais je ne me souviens pas des détails. Dans tout cela il n’y a rien de spécial. — Pour cet incident, c’est vrai. Mais, écoute, maman, je vais te raconter maintenant le rêve que j’ai fait cette nuit. — Raconte, je t’écoute. — J’ai rêvé que sur ma poitrine il y avait un papier plié qui bruissait à chacun des mouvements que je faisais. Je me demandais ce que cela pouvait être et je le sortis. Je vis que c’était une enveloppe rose dans laquelle il y avait une lettre écrite sur du papier de la même couleur rose. Je n’arrivais pas à m’imaginer comment cette lettre se trouvait là. J’ouvris l’enveloppe et je sortis la lettre. Je me mis à la lire et ne pouvais en croire mes yeux. La lettre commençait comme cela : « Je suis le Maitre Beinsa. Tu ne me connais pas personnellement, mais moi, je te connais très bien. Annie, lève-toi, revêts tes plus beaux vêtements, la robe que tu aimes le plus. Après cela, fais-toi une belle couronne avec les différents ornements que tu trouveras chez vous et mets-la sur ta tête. Je viendrai te chercher, Annie. Reçois mes salutations les plus cordiales. » Ton Maitre. Pendant qu’Annie racontait son rêve, sur son visage apparut une lumière, ses traits se transformèrent et je vis une beauté extraordinaire dans ses yeux. Je fus un peu troublée par ce rêve, mais j’attendis qu’elle me le raconte jusqu’à la fin, car je compris qu’elle avait rêvé du Maitre Beinsa. — Ensuite, maman, je me suis levée, je me suis lavée, habillée et coiffée, je posai sur ma tête une belle couronne de fleurs qui, je ne sais comment, se trouva dans mes mains. Sans rien dire à qui que ce soit chez nous, je sortis et me mis à attendre devant le seuil de la maison. Peu de temps après, je vis apparaitre au lointain un beau et grand cheval blanc. Celui qui le montait, et dont je vis le visage quand il se rapprocha de moi, était un beau jeune homme, aux cheveux bouclés d’un blond scintillant et aux yeux bleus. Dès qu’il arriva près de moi, il fit tourner son cheval et me tendit la main. Je pris sa main et, du côté des étriers, je sautai sur le cheval, légèrement, comme si je volais. La première chose que je dis, en montant sur le cheval, fut que j’avais mal à la tête. Le jeune homme posa sa main sur mon front et mon mal de tête disparut. « Me reconnais-tu ? » me demanda le jeune homme blond. « Je gardai le silence, essayant de me rappeler si je l’avais vu quelque part, mais, sans attendre ma réponse, il dit: « Je suis celui que tu as vu dans le tramway, mais mon visage, actuellement, est différent. Ce que tu vois maintenant, c’est ce que j’étais au temps de ma jeunesse. L’homme se transforme extérieurement. Telles sont les lois de ce monde. Mais dans l’homme il y a quelque chose d’autre qui ne change jamais. » «Au début, je me sentais remplie de honte, craignant que quelqu’un me voie montée sur ce cheval avec ce jeune homme. Mais brusquement il se produisit en moi une transformation. Tous les préjugés des moeurs humaines disparurent. Je me tournai vers le jeune homme et, avec une certaine confiance, je lui dis: « Mène-moi оù tu veux ! » « Nous partîmes. Le cheval se mit à trotter à une vive allure sur la route et j’avais le sentiment d’être comme une fée dans un conte, cependant que le soleil brillait et que le jour et le rêve étaient rayonnants de lumière... ! « Quand je me suis réveillée, j’éprouvai seulement du regret que ce soit fini et que la vision ait disparu. Mon âme était en fête. Elle était remplie de joie. Je désirais fortement savoir ce qui arriverait par la suite et, à ma grande joie, je me rendormis. Le rêve continua. Je me trouvais dans une petite chambre blanche, quelque part derrière la forêt de pins. J’étais revêtue de vêtements d’hiver. Dehors, il avait neigé. Tout était recouvert d’une blanche couverture. J’étais assise sur un lit et je me sentais ni vivante, ni morte, dans un état à la frontière de ce monde-ci et d’un autre monde. En face de moi, sur une large chaise en rotin, c’était lui, il était assis, mais à l’âge qu’il avait quand je l’avais vu dans le tramway. Ses cheveux, de couleur poivre et sel, de nouveau entouraient son visage. C’était la véritable image d’un sage, d’un saint homme qui connait tous les secrets de la terre et du ciel. « Je gardai le silence, plongée dans une méditation et j’attendais que toi, maman, tu viennes et que tu me voies. Tout à coup, tu ouvris la porte de cette merveilleuse chambre blanche et tu entras. » — Où ne t’ai-je pas cherchée, Annie, mon enfant ! J’ai fait le tour de tous les endroits où je pensais que tu pouvais te trouver, de tous les parents et amis, tandis que toi, tu étais venue ici, dans cette petite chambre que je ne connais pas ! « J’éprouvais de la honte devant le Maitre à cause de tes paroles, mais il se tourna vers toi et dit : « Emmène-la avec toi, elle est en bonne santé. » « Nous rentrâmes à la maison. Je ressentis qu’il s’était effectué en moi quelque chose de très important, concernant ma vie aussi. » De nouveau mon âme fut pénétrée profondément par cette anxiété inexplicable pour mon enfant favori, Annie. Que signifiait ce rêve ? Ne serait-ce pas un présage ? J’avais beaucoup entendu parler du Maitre Beinsa, mais que signifiait le fait qu’il l’avait prise avec lui et l’avait emmenée vêtue comme pour un mariage ? C’est seulement plus tard que j’appris qu’il y a des choses inéluctables qui sont inscrites dans l’éternel Livre de la Vie et qui attendent le moment de leur réalisation inévitable. Est-ce qu’il n’était pas déjà ouvert à la page où était inscrit le destin de mon Annie ? Je fis tout mon possible pour oublier ce rêve et pour ne plus penser à tout cela, source de mon anxiété. Les jours s’écoulèrent, sans évènements spéciaux, pendant ce printemps paré de fleurs merveilleuses et rempli du gazouillis enchanteur des oiseaux. Un matin, vers la fin du mois d’avril, Annie quitta son lit et s’assit sur une chaise en se tordant de douleurs au ventre. Elle devint morne, se laissa aller et son visage devint livide. Ses souffrances se reflétaient dans ses yeux. — Qu’est-ce que tu as, Annie ? lui demandai-je. Elle murmura avec peine que depuis quelques jours elle ressentait des douleurs lancinantes au ventre. Au début, je pensais qu’elle avait attrapé froid ou bien qu’elle souffrait d’une indigestion. Puis, il me vint à l’idée qu’elle avait l’appendicite, ce que le médecin confirma, après l’avoir auscultée. — II faut attendre quelques jours, dit le médecin en partant. Le lendemain, après l’avoir examinée de nouveau, le médecin fut catégorique. — C’est une péritonite, dit-il, il n’y a aucun doute. — Que faut-il faire ? demandai-je. — Suivre le traitement prévu pour ces cas-la. On commença à la soigner. Nous fîmes tout ce qui pouvait être fait pendant cette année de 1941, si dure pour notre pays, mais les prévisions pour la guérison d’Annie n’étaient guère des meilleures. L’été arriva. Tout le temps de sa maladie, jusqu’au mois de juillet, fut très pénible. Il n’y a pas de mots humains qui puissent exprimer toute la souffrance, la crainte, les nuits blanches passées dans les tourments des pressentiments que le souffle glacial de la mort approche. Je ne veux pas en parler. Le 12 juillet, au cours de cette année si fatale pour notre famille, le jour de la fête du Maitre, Annie était couchée dans le cercueil, prête à être enterrée. Était-elle partie, montée sur le cheval blanc à côté de celui qui l’avait appelée et qu’elle avait suivi, en toute confiance, comme une petite princesse toute blanche, coiffée d’une couronne qu’elle avait elle-même posée sur sa tête ? Je me sentais complètement perdue, après ce jour-là qui fut le point culminant de ma plus grande douleur. Cette souffrance était une part de celle de notre terre, qui a fait chauffer à blanc nombre de coeurs humains. Je n’avais même plus le temps et la possibilité de me souvenir de ce qui m’est arrivé dans cette maison d’où la plus belle fleur était partie. Je ne pouvais pas vivre ma douleur comme les autres personnes, car, à partir du jour où elle disparut, j’entendais sans cesse sa voix. Elle résonnait dans mes oreilles, non seulement comme une voix, ou bien comme un cri inarticulé, mais j’entendais des mots, des paroles, tout comme si elle était quelque part tout près, et, avec insistance, voulait me consoler. Durant quarante jours, j’entendais ce langage lointain et en même temps proche, ces émouvantes paroles de consolation qui élucidaient mes liens réels avec elle : celle que j’aimais le plus de tous mes enfants, Annie. II y avait des moments où je pensais que je devenais folle, que la douleur avait égaré ma raison ; mais plus le temps passait, plus je me convainquais que c’est une vérité que nous, les humains sur cette terre, nous ne comprenons pas. Sans cesse, elle me parlait de la lettre rose, du splendide cheval blanc sur le dos duquel elle avait quitté notre maison et combien il avait été beau dans sa jeunesse cet Homme extraordinaire qui était venu sur terre avec une mission — un homme modeste, cachant la puissance de ses possibilités et de ses connaissances, car il n’y avait personne à qui il puisse les confier. Ce fascinant jeune homme que les ans, les lois et le temps qui s’écoule sur terre avaient transformé en vieillard chenu... Je ne cessais d’entendre la voix de ma charmante et adorée Annie que le jour où je décidai d’aller trouver le Maitre Beinsa. « C’est absolument indispensable, maman, insistait-elle de cette voix que j’entendais dans mes rêves, tout autant pour moi que pour toi. Il faut que tu ailles auprès de lui. C’est ton destin, ta voie à l’avenir et ta tâche. J’attends que tu fasses cela. » Quand quarante jours se furent écoulés, depuis le jour le plus malheureux de ma vie, je m’acheminai, avec l’aide d’amis, vers cette maison blanche, vers cette même chambre blanche dont Annie m’avait parlé. Le Maitre Beinsa, plein d’amabilité, m’invita à prendre place dans un fauteuil en rotin, sur lequel était posé un petit coussin, peu épais, et s’assit en face de moi. Je l’observai en silence et, lui aussi, pendant un long moment, ne prononça pas un mot. Tout à coup je me sentis en proie à une douleur profonde et insurmontable. Le Maitre Beinsa gardait toujours le silence, mais je compris qu’il attendait que mes larmes cessent de couler. Après avoir pleuré amèrement, mes larmes se séchèrent et, je ne sais pourquoi, je lui souris tristement. II me regarda et son visage était éclairé d’un demi-sourire. Ayant repris un peu de courage, je pris la parole : « Maitre, pourquoi fallait-il que ma très chère, si bonne et bienaimée Annie meure ? Je suis venue en quelque sorte sur sa demande pressante pour vous raconter un de ses rêves, comment elle est tombée malade et a quitté ce monde-ci le jour de la Saint-Pierre. » Le Maitre écouta attentivement le rêve d’Annie, hocha la tête avec le mouvement de quelqu’un qui est au courant de ce que l’on lui raconte. II ne dit rien. Mais quand, amèrement et avec une voix pleine de désespoir, je me mis à crier : « Annie, mon adorée, elle est morte ! » le Maitre me regarda avec un étonnement serein et, le visage illuminé, me dit : « Elle est vivante ! — Comment cela, vivante ? N’est-ce pas moi qui l’ai fait enterrer ? » Alors il se leva, se dirigea derrière un paravent et, une minute plus tard revint, posa un verre d’eau sur la table et un morceau de sucre. II s’assit de nouveau, prit le morceau de sucre dans sa main et dit : « Cela représente la forme d’un corps physique, tandis que l’eau représente la vie intégrale. Jetant le morceau de sucre dans l’eau, il continua : — Voici le morceau de sucre disparaitre devant nos yeux, mais la douceur du sucre reste dans l’eau. Pour la vue, elle est inaccessible, mais pour le gout, elle est perceptible. Dans la vie intégrale, rien ne se perd. — Maitre, lui dis-je, pourquoi n’ai-je pas amené ma fille auprès de vous pendant qu’elle était encore de ce monde ? Comme je souffre à cause de cela ! — Parce que vous ne possédiez pas la lumière. Mais elle, votre fille qui est partie, est une âme libérée, et si vous saviez comment l’appeler, elle viendrait vous rendre visite. » Je m’apprêtais à partir, sachant que d’autres personnes attendaient une entrevue avec lui; mais, avant cela, je lui demandai: « Mais moi, Maitre, que vais-je faire ? » La réponse que j’obtins me sembla, de prime abord, invraisemblable, bizarre. Je fus peinée, car je pensai qu’il m’avait dit une plaisanterie. « Vous allez vous acheter un violon et vous allez commencer par le début, par faire des gammes. » Stupéfaite, je levai les yeux vers lui, mais je vis que son visage était des plus sérieux, même avec une expression de recueillement. Je compris qu’il ne s’agissait nullement d’une plaisanterie. « Mais, de toute ma vie, je n’ai jamais même effleuré un violon. Pourquoi me donnez-vous ce conseil si inexplicable ? J’ai déjà près de 50 ans. Et maintenant, après tout ce que j’ai vécu, je vais trouver en moi-même le courage et la force d’étudier le violon ? — Ta peine n’est qu’une peine. C’est avec elle que tu vas jouer do, ré, mi... et tu ne maudiras pas Dieu. Tu ne connais pas les lois de la vie ni qu’elles sont les causes pour lesquelles il advient tout ce que nous voyons sur terre... » Je partis en proie aux idées les plus diverses et contradictoires. Je pénétrai dans la forêt et, concentrée dans la méditation, je m’assis sur un banc. Je commençai à me parler en moi-même : «Seigneur, quelle grande épreuve et quel incommensurable héroïsme sont exigés de moi, car toute ma vie durant je devrai porter en moi ce tourment et ce chagrin. Quelle consolidation m’a apportée le sage Maitre Beinsa ? II m’a dit qu’elle était vivante et qu’elle ne disparaitrait jamais, de la même façon que le sucre se transforme en eau sucrée. II me recommande d’apprendre à jouer du violon pour ne pas maudire Dieu... » Tout comme les voies et les oeuvres de Dieu sont insondables, de même l’âme humaine est secrète et impénétrable. Jamais je n’aurais pu admettre, ni même m’imaginer après ce grand malheur que j’avais subi qu’il allait m’arriver de telles choses que je serai capable de faire. Sur cette terre, nous sommes les esclaves d’habitudes, de coutumes et traditions. Pour la joie, tout comme pour le chagrin, nous possédons des formes d’expression établies. Dans la douleur, nous revêtons des vêtements noirs, nous nous renfermons en nous-mêmes, nous détournons notre regard du monde et évitons d’écouter ou de nous occuper de musique. Nous ne savons pas ce qui convient le mieux à ceux qui sont partis dans l’au-delà. Les gens qui n’ont pas la foi et ceux qui sont des faibles dans le chagrin se mettent à boire ou s’adonnent à d’autres habitudes tout aussi illusoires. Ceux qui ont la foi, par contre, pensent que c’est seulement des soupirs et des prières qu’ils doivent adresser à leurs défunts. Comme c’est regrettable que les gens ne sachent pas quel plaisir nous pouvons procurer aux âmes des défunts avec de la musique, de la poésie, ou bien n’importe quel art au moyen duquel nous exprimons notre amour envers elles ! Mais qu’allaient dire ma parente, mes amis, mes connaissances, en apprenant qu’une femme comme moi, qui venait de perdre son enfant le plus chéri, assistait à des concerts symphoniques, jouait des morceaux de musique, ou bien chantait ? Et les gens n’allaient-ils pas penser et se chuchoter à l’oreille que la douleur m’avait fait perdre la raison, s’ils apprenaient que je m’étais acheté un violon et que, tapie dans un coin de ma maison, éperdue de douleur, j’apprenais à jouer la gamme ? Pas une seule des milliers et des millions de mères qui vivaient dans la douleur, ayant perdu un enfant soit à cause de la guerre, d’une maladie ou d’une catastrophe, n’hésiterait à penser que je suis devenue complètement folle, si on lui disait qu’après avoir perdu mon enfant favori, je m’étais acheté un violon et que, enfermée au fond de ma maison, je raclais avec mon archet sur les cordes tout comme une jeune écolière ? Mais cela n’est pas ainsi. J’avais déjà pris une quinzaine de leçons auprès d’une soeur de la Fraternité qui savait jouer du violon, mais je n’osais jouer ni devant mon mari, qui m’aurait regardée avec mépris, ni devant mes deux filles et mon fils qui était encore petit. Tous sans exception auraient pensé que j’étais une excentrique démente, ou bien sans aucun doute quelque phénomène pathologique. À qui pouvais-je expliquer que j’avais déjà appris à tirer de mon violon des sons plus harmonieux, que j’étais convaincue que, telles des plaintes déchirantes, ils parviendraient à l’ouïe de mon Annie adorée, dans cet Égo inconnu, dans le monde merveilleux des âmes ? Je remarquai qu’en écoutant ces sons encore rudimentaires, mais émouvants, ma douleur ne diminuait pas, mais prenait en quelque sorte un sens. Je m’imaginais qu’Annie était assise quelque part, dans un coin sombre de la pièce et écoutait la musique du chagrin inconsolable, mais qui avait déjà trouvé un sens, de sa mère. Quand je restais seule, je me rendais auprès du Maitre Beinsa pour lui raconter les choses que j’avais vécues. II m’écoutait attentivement et son visage prenait l’expression d’une concentration dans la prière. Seul le Maitre pouvait me comprendre et ne pas penser du mal de moi, lui qui réussit à me convaincre, à mon âge, de remplacer mes pleurs incessants — qui selon lui ne plaisaient pas aux âmes — par des mélodies, quoique tirées avec peine et inhabilité de mon violon. Deux fois par semaine, je me rendais là-haut, dans la forêt de pins, écouter les paroles du Maitre. Quand il m’arrivait de manquer d’y aller, ou bien de cesser de jouer du violon pendant un certain temps, je ressentais comme dans un souffle les reproches que me faisait Annie, et déjà même ceux de mes autres enfants qui avaient appris que c’est de cette manière que j’exprimais mon chagrin. Et pendant ces jours-là, on sentait un malaise dans la maison. Les poutres du plafond craquaient d’une manière particulière et les armoires semblaient remuer leur dos desséché. Des années passèrent. Je ne pouvais plus vivre sans les paroles du Maitre, sans la consolation et le sens que je trouvais dans l’enseignement de la Fraternité. On dit que le temps fait passer la peine. Ce n’est pas vrai. Le chagrin reste. Mais ce que le temps fait, c’est de vous rendre capable de supporter et même d’aimer ce chagrin ; et quelque chose d’encore plus étonnant, de croire qu’il avait été absolument indispensable et inévitable que l’on change radicalement ses manières de vivre. Les voies qui mènent à l’éveil de l’âme humaine sont diverses. Une de ces voies est la souffrance.
  21. TÉMOIGNAGES Le Maitre et l’enseignement de la Fraternité dans les impressions et les souvenirs de ses auditeurs « Je le connais depuis 1930, bien que j’aie entendu beaucoup parler de lui auparavant, et cela non par d’autres personnes, mais par des gens de ma famille. Tous parlaient avec respect de lui. » C’est ce qu’écrit un des admirateurs du Maitre, devenu plus tard son disciple. « Mon père, ma mère, ainsi que mes grands-parents le connaissaient depuis le temps où il faisait le tour des villes et des villages en Bulgarie, en y faisant des observations phrénologiques et anthropologiques. Durant l’époque allant de 1905 à 1910, Petko Goumnerov, du village Tzerovo dans les environs de Pazardjik, était devenu proche du Maitre. C’est de lui que mes parents ont appris beaucoup de faits caractérisant le Maitre. » « Mon père a été aussi l’objet d’examens et d’analyses. II se rappelait et savait nombre de choses touchant à son travail. Son opinion, solidement affermie, était que le Maitre avait un esprit large, pas du tout dogmatique, indépendant, profond et original. » « J’ai trouvé une autre source d’informations — écrit dans sa lettre le même admirateur — en la personne de Stoyan Krastev Vatralski, un condisciple du Maitre en Amérique. Vatralski était audacieusement objectif. En outre, il était doué et avait reçu à l’université de Harvard un prix pour son travail littéraire. Il avait les conceptions d’un individualiste accompli. Connaissant ses qualités et sachant à quel point il était exigeant, précis et d’un sens critique incisif, indépendamment de ce qu’il était chrétien, je m’attendais à ce qu’il exprimât quelques remarques critiques, ne fut-ce que sur certains sujets extrêmement minimes concernant l’enseignement. « Je lui ai rendu visite un jour avec un ami et nous l’avons prié de nous raconter quelque chose au sujet du Maitre ; alors il est sorti pendant une ou deux minutes pour rapporter de son bureau la brochure intitulée “Qui sont et ce que sont les Frères Blancs”. Dans cette brochure il avait exposé très objectivement ses impressions sur l’lzgrev, en donnant une définition hardie de l’Enseignement de la Fraternité, qu’il qualifiait de “Christianisme audacieux, radical et authentique” ». Ce qui m’impressionna profondément, c’est que Vatralski, outre une objectivité rigoureuse et critique, exprimait dans son exposé ce qu’il y avait de beau et de spontané, qu’il ne cherchait pas consciemment et avec préméditation les côtés négatifs de l’Enseignement, comme le faisaient de nombreux contemporains du Maitre. Toujours dans ce temps-là, j’ai eu aussi quelques entretiens intéressants au sujet du Maitre, avec un autre de ses condisciples, le pasteur Dimitar Nikolov Fournadjiev. Le pasteur était de même un éminent militant évangélique, un Bulgare éclairé de la Macédoine du Pirine. De longues années durant, il fut le représentant de l’Évangélisme bulgare au concile oecuménique des Églises chrétiennes en Suisse, de même que le représentant de la « Société de bienfaisance évangélique bulgare ». Cette même société publiait le journal Zormtza (L’Étoile du matin) qu’une grande partie du peuple bulgare lisait, un des plus anciens hebdomadaires bulgares, qui avait commencé son oeuvre déjà à l’époque de la domination turque. Le pasteur Fournadjiev était aussi le plus ancien militant de la chaire de la plus grande Église Évangéliste en Bulgarie, dénommée « Première Église Évangéliste » à Sofia, rue Solounska (présentement rue V. Kolarov). Le pasteur Fournadjiev connaissait le Maitre déjà à l’époque de ses études en Amérique. Il se rappelait qu’en ce temps-là déjà, le Maitre avait élaboré des conceptions spirituelles précises et clairement définies. Il s’agissait d’un mysticisme chrétien approfondi. En outre, le Maitre avait déjà pris conscience de sa mission spirituelle. C’est du pasteur Fournadjiev que j’ai appris que le Maitre faisait preuve des ses jeunes années d’un approfondissement exclusif des problèmes philosophiques et d’ordre spirituel en général. Il exprima aussi une opinion très flatteuse au sujet de sa personnalité. Ce que j’ai entendu dire par le pasteur Fournadjiev avait beaucoup de valeur pour moi, vu que ce n’était point l’appréciation du premier venu, mais celle d’un représentant hautement cultivé de l’Évangélisme chez nous, d’autant plus que c’était celle d’un homme qui, du point de vue humain, n’avait aucune raison de louer un autre militant du même plan spirituel, mais ne se trouvant pas dans son Église. Nous savons que le Maitre avait fait à Svishtov des études à l’école théologique secondaire et, plus tard à Madison, à l’Université de Théologie Évangéliste de New Jersey, c’est pourquoi une partie considérable de ses disciples était issue des mêmes milieux. La façon dont il faisait ses conférences, en débutant par une prière et par la lecture d’un texte de l’Évangile, et la causerie se terminant encore par une prière, cela porte à croire qu’il avait apprécié et observé les formes d’expression extérieures des différentes Églises et que la formation extérieure de la Fraternité rappelle celle de l’Évangelisme, plutôt que celle de certains autres cultes. Quoique ces choses soient liées extérieurement aux traditions évangélistes, cela n’empêche pas un observateur avisé et perspicace, de comprendre immédiatement ce qui, dans son activité et dans ses paroles, est tout à fait nouveau, différent, original, d’une autre profondeur, avec d’autres dimensions et des orientations nouvelles. Parmi les nombreuses choses qu’on peut dire pour retracer la personnalité du Maitre, il faut parfois tenir compte des impressions de gens qui faisaient pour la première fois sa rencontre et qui ont gardé dans leurs souvenirs certains faits de minime signification en apparence, mais qui sont très importants et expressifs pour compléter l’image de sa personnalité spirituelle. Comme exemple caractéristique d’une appréciation, nous allons citer ici une lettre de D.K., dans laquelle on retrouve des éléments précieux, fournis par un observateur cultivé. Voici le texte de la lettre : Cher X... J’écris la présente lettre en réponse à ta demande de te dire ce que je sais à propos du Maitre de la Fraternité, de sa parole, ainsi que de son enseignement. Tu m’avais écrit une autre fois encore que tu t’intéressais beaucoup à ce sujet. Je me suis pourtant abstenu de t’en informer, sachant que le plus souvent les gens sont poussés plutôt par un intérêt banal de savoir ou même par simple curiosité que par une vraie soif spirituelle. Pendant une pluvieuse journée d’automne en 1930, nous nous sommes dirigés avec un ami intime vers l’extrémité du jardin de Boris (comme s’appelait alors le plus grand parc de Sofia) à son point le plus élevé qu’on nomme « Izgrev ». Nous devions rencontrer et faire la connaissance en personne du Maitre. Dès que nous fûmes entrés par la large porte en bois, dans la cour devant le salon, nous vîmes le Maitre qui portait un bonnet tricoté de couleur claire. II était en train de donner des indications aux maçons qui réparaient un auvent près du salon. Son regard et son attention étaient fixés sur les ouvriers. Quand nous nous approchâmes de lui, il nous accueillit très aimablement. Mais durant cette rencontre, nous n’échangeâmes avec lui que quelques propos, parce qu’un autre visiteur rubicond lui parlait avec une grande animation ; visiblement, il cherchait en s’accompagnant de gestes fougueux à le persuader sur un sujet quelconque, ne permettant pas ainsi aux autres de pouvoir s’entretenir avec le Maitre. Depuis cette première rencontre si importante pour moi, j’ai gardé jusqu’à présent en mémoire l’étonnement que m’a causé la patience exclusive du Maitre qui put, pendant toute une heure, sous la pluie et sans le moindre geste d’ennui, écouter jusqu’au bout le discours ardent de son interlocuteur. Avant de faire personnellement connaissance avec le Maitre, je m’étais renseigné sur son Enseignement auprès de nombreuses sources, soit des amis proches qui l’avaient connu, tant dans son lieu de naissance que durant le temps de ses études en Amérique. Certains d’entre eux le connaissaient comme un conférencier captivant, aussi bien que comme un chercheur original de la phrénologie dans plusieurs villes et villages de Bulgarie. Plus tard, après ce premier contact personnel avec lui, de même qu’après mes premiers entretiens et les conférences entendues, il s’imprima en moi une image de lui qui subsista à jamais dans ma conscience, avec la netteté d’un relief. Cette image contient tout ce qu’il représente en tant que personnalité, et comme source d’idées et de spiritualité. Dans ma présente lettre, je ne saurais donner que certains extraits de ce que j’ai pu comprendre à son sujet. Le reste est le sentiment personnel que j’éprouve à son égard. C’est quelque chose de profond, d’intime et qui ne se prête pas à être raconté. Pendant notre premier entretien, il attira notre attention sur le fait que pour comprendre la science spirituelle, il est nécessaire d’acquérir beaucoup de connaissances approfondies. J’ai compris, à cette allusion, qu’il incitait ses disciples à une connaissance due à une saine expérience personnelle et acquise par des méthodes adéquates et raisonnables. Il n’a jamais approuvé ni encouragé aucun de ses disciples à s’orienter vers une croyance superficielle, superstitieuse ou nébuleuse. Dès les premières conférences entendues, j’ai été impressionné par certaines particularités dont je dois te faire part, pour que je puisse dire que je t’ai tout de même donné quelques traits caractéristiques, bien que brefs, tant à son sujet, qu’à celui de son enseignement. La plupart de ses conférences se rapportent à des sujets actuels. Sa parole est toujours reliée à ce qui intéresse un vaste cercle de gens. II prenait toujours part aux évènements intimes de la vie, tant de la personne particulière que dans la société, et il en donnait des appréciations profondes, sages et originales. II ne donnait pas des instructions sèches et théoriques, mais interprétait ce qu’il y avait d’actuel, de palpitant et d’essentiel pour le développement humain. Le Maitre parle de ce qui assouvit la faim spirituelle et stimule le développement de l’homme, développement qui, surtout sous le rapport spirituel, constitue le sens de l’existence humaine. Ce qui m’impressionne profondément, c’est l’élévation de la position d’où il traite les questions. Les choses élémentaires et mesquines sont exclues de la position où il observe la vie. Alors même qu’il s’arrête sur des questions de prime abord ordinaires, il parvient à nous montrer ce qui y est beau et digne. Je n’avais jamais rencontré jusqu’alors une telle force magique qui parvenait à rendre sublimes toutes choses, tous les sentiments et toutes les pensées. S’il est possible de faire un parallèle, une comparaison, il est bon que je mentionne certains des sermons du Christ dans l’Évangile, en particulier le sermon sur la montagne. La parole du Maitre captive par son originalité spécifique. J’ai compris que ses auditeurs, suivant le degré de leur élévation spirituelle, reprenaient courage et, enthousiasmés, éprouvaient le désir de partir en avant d’un pas ferme, ou alors demeuraient embarrassés, comme réveillés d’un lourd sommeil rempli de cauchemars, dans lequel ils avaient vécu pendant des siècles et des ères entières. On m’a demandé à plusieurs reprises, comme tu viens de le faire, qui est le Maitre en réalité. Serait-il un des anciens prophètes, un des mages égyptiens ou quelque autre thaumaturge ? On m’a demandé aussi quelle était son attitude à l’égard du Christ ? J’avoue que ces questions m’ont causé un très grand embarras. Comment puis-je avoir une certitude sur ce qu’il est le plus difficile de savoir ? Si je faisais des suppositions a ce sujet, ce serait m’occuper de bagatelles. Moi-même, je ne sais qui je suis. Cependant ce que je peux dire ici, c’est que je n’ai jamais rencontré un homme plus remarquable que lui. Je connais assez bien les oeuvres et les idées des grands philosophes et savants, aussi bien de l’Antiquité que de l’époque moderne. J’ai même rencontré certains lauréats du Prix Nobel et, pourtant, à mes yeux il n’a jamais brillé une lumière plus puissante que celle apportée par la parole du Maitre. Je ne pourrais dire pour personne d’autre ce que je peux dire à son sujet. En ce qui concerne son attitude à l’égard du Christ, je te citerai des impressions prises littéralement de ses conférences, pour que tu puisses juger par toi-même de cette question entendue de façon contradictoire : « Le Christ, c’est Dieu qui se dévoile au monde. En tant que manifestation de Dieu, le Christ ne peut se séparer de Lui. Le Christ a donné l’expression la plus complète de l’ГAmour sur la Terre, indépendamment de la manière dont les différentes personnes le traitent: du point de vue historique, cosmique ou mystique. » Dans la parole du Maitre, le Christ est l’image la plus sublime et la plus pure de l’Homme-Dieu. Cher V., je dois m’arrêter. Je pense, entre autres, qu’il est également un compositeur passionné. Pour ne pas en venir à cela, je veux achever ma lettre. Je te dirai à la fin que seul le contact personnel avec lui et avec sa parole pourrait te faire parvenir à sa véritable connaissance, ainsi qu’à celle de son oeuvre. Cordialement à toi, D. K. Un autre auditeur et adepte de l’Enseignement de la Fraternité écrit ce qui suit : « Si Oswald Spengler a l’audace d’écrire : “Le millénaire futur appartient au Christianisme de Dostoïevski”, nous, nous n’avons pas moins de raisons de nous attendre à ce que les éléments essentiels de l’édifice spirituel de l’avenir humain soient les valeurs morales et idéologiques prises du trésor du Maitre Beinsa Douno, manifestées pour la première fois en Bulgarie. Les militants chrétiens de l’orthodoxie ont voué à l’opprobre le Bogomilisme, le taxant d’hérésie et de dissidence, cependant qu’après un millénaire tous les historiens sérieux et objectifs ont jugé ce mouvement comme étant un des élans initiaux et des plus puissants du développement et du triomphe de la Réforme en Europe. Bien entendu, de telles questions compliquées du domaine de la philosophie et de l’histoire spirituelle des peuples ne sauraient être traitées ni par des analogies simples et gratuites ni par des pronostics de caractère tant soit peu banal. Si Spengler tient son audace de la connaissance et de la valeur qu’il attribue à la dialectique de Dostoïevski, notre certitude à nous est due à la grande vision spirituelle du Maitre, aussi bien dans l’envergure de ses vues que dans l’approfondissement philosophique. Bien entendu, la présentation indirecte de quelque réalité que ce soit, d’une oeuvre spirituelle surtout, n’est certainement qu’une esquisse, autant de l’oeuvre que de l’image de celui qui la crée. Elle est apte à attirer l’attention de celui qui s’y intéresse, mais n’est pas capable de donner une idée complète de son contenu et de sa force spirituelle. Si ces lignes que j’écris parviennent à diriger le regard de ceux qui cherchent vers l’imposant massif spirituel dont nous parlons ici, leur effort n’aura pas été vain... « Chaque époque, poursuit-on dans la lettre, a son promoteur idéologique et chaque levier idéologique, son point d’appui dans une sphère d’application. Est-ce que ce sont les idées qui meuvent la vie et l’existence, ou bien au contraire ce sont l’existence et la matière qui déterminent les idées ? C’est une question ancienne et encore discutée de la philosophie conventionnelle. Dans les livres qui traitent de la philosophie systématique, il n’est pas fait mention de Goethe, quoique Goethe soit un philosophe. Le Maitre de la Fraternité n’a pas laissé un système philosophique concis et concrètement formulé, mais il a laissé un énorme trésor idéologique. Donc, je ne saurais donner ici un tableau complet de son image idéologique, mais seulement des fragments de son activité entière. Je considère d’une utilité douteuse les efforts faits en vue d’embrasser et de subordonner le monde incommensurable à quelque système que ce soit, ou bien à un ou à quelques principes fondamentaux. Une telle systématisation dégénère le plus souvent en dogmatisme. Ainsi les doctrines achevées, formées et accomplies seulement au point de vue spéculatif, offrent souvent des conclusions illusoires. Elles ne sont utiles qu’au développement de la pensée logiquement méthodique. Du moment qu’une doctrine philosophique n’est pas enfermée dans des limites, mais montre les voies de la pensée, alors elle se tient au-dessus de la sphère de l’acrobatie intellectuelle. Y adhèrent ceux qui sont patients, ceux qui arrivent à cueillir le fruit semé dans un sol ingrat. Le dogmatisme borne et la large envergure spirituelle de la pensée libre se rapportent l’un à l’autre tout comme la mécanique envers la nature organique ou bien comme l’attitude de la logique vis-à-vis de l’intuition. Un grand nombre de philosophes présentent le tableau de la réalité ou bien comme un schéma mécanique ou bien avec les traits que l’on saisit dans une transe. Le Maitre n’a témoigné de préférence envers aucune de ces méthodes. II s’en sert avec virtuosité, en tant que leur maitre, les utilisant là où il le faut, mais en fin de compte il indique l’expérience comme la vérification finale de cette thèse. Et c’est dans ce sens que la Parole du Maitre Beinsa Douno porte la marque d’une philosophie, d’une science. « Chaque nouveau phénomène doit se soumettre aux nouvelles mesures du temps. On trouve toujours la solution au problème de sa compréhension en s’en approchant avec humilité. Si l’on définit la science comme une voie vers la connaissance, basée sur des données objectives, procurées par les sens, tandis que la religion comme une certitude qui repose sur des données intérieures et enfin la philosophie comme une activité dirigée vers l’élargissement ou l’approfondissement des conceptions et des idées humaines au moyen du perfectionnement de l’esprit humain, alors j’aurais des raisons suffisantes pour soutenir ce que j’ai dit au sujet de l’Enseignement de la Fraternité dans le bref exposé que je viens de faire. Toute question examinée par le Maitre porte de manière brillante et indubitable le caractère d’une philosophie et, parallèlement à elle, également une métrologie scientifique. « L’attitude du Maitre vis-à-vis de la science, d’après ce qu’il en dit, est positive. Il n’a jamais manqué de parler des efforts louables des savants dans leur recherche dans le domaine des lois naturelles. Il parle cependant d’une science, d’une connaissance, qu’il appelle “Science Divine”. Elle n’est pas cette science que les gens de notre époque accumulent dans leurs têtes comme sur des rayons de bibliothèque. Cette science dont il parle est de nature telle qu’elle peut transformer les états négatifs de l’homme en états positifs. « L’élève de l’École Divine, a-t-il dit, ne doit pas négliger les phénomènes de son milieu environnant. II est tenu d’étudier les gens, la nature, les formes qu’elle édifie, car elle y a inclus sa très grande sagesse. « И y aura à l’avenir trois espèces de sciences : la science physique, la science spirituelle et la science divine. Dans la science physique, on étudie les faits, les phénomènes et les régularités des lois de la nature. Dans la science spirituelle, le disciple découvre la causalité des phénomènes et voit qu’ils ne sont pas fortuits, mais qu’ils sont dirigés par des forces invisibles tant dans la nature inorganique, que dans la nature organique. « Dans la science Divine, l’homme qui aura déjà des perceptions nouvellement élaborées entrera sciemment dans d’autres mondes inaccessibles à nos trois dimensions, verra clairement de ses propres yeux et n’aura pas besoin de preuves accessoires. « L’apôtre Paul dit dans sa Première Épitre aux Corinthiens (chap. 13, verset 12) : “Aujourd’hui nous voyons comme dans un miroir, confusément, alors nous verrons face à face ! Aujourd’hui je connais imparfaitement; alors je connaitrai comme j’ai été connu ! » « Des millénaires se sont écoulés depuis que l’homme, un être plus ou moins pensant, erre sur notre planète. L’histoire de la pensée humaine est immense, presque incommensurable. Personne ne peut affirmer avec certitude qu’un tel avant lui n’a pas formulé la même idée ou une idée semblable. Nous autres, en tant que disciples, nous ne désirons pas être audacieux, sans vouloir pour autant être timides. Je n’hésite donc pas à déclarer que dans l’histoire spirituelle du peuple bulgare, il n’existe pas d’oeuvre créatrice aussi considérable par son volume, sa profondeur et son originalité, par l’audace de son élan, que celle du Maitre de la Fraternité de la Lumière. Pour certains, elle semble sectaire, à d’autres, exagérément audacieuse, parce qu’elle démolit certaines barrières. J’affirme en outre qu’on n’impose pas des idées en les glorifiant ; quelles que soient les idées, elles sont adoptées par ceux qui se sont haussés au niveau de leur envergure. Le volume et la tendance des problèmes dans l’Enseignement de la Fraternité font penser à une cosmogonie, et la solution des problèmes qu’elle propose la caractérise comme une science et une métaphysique, aussi étrange que resonne cette combinaison. Si l’on pouvait faire mention de certains enseignements qui soient proches à certains égards de celui qu’a apporté le Maitre de la Fraternité, il faudrait nommer Rudolf Steiner et Emmanuel Swedenborg. » Signé : X. Pour montrer le caractère original des méthodes du Maitre, nous insérons le récit suivant, sous le titre : « Comment j’ai trouvé la voie menant à Lui. »
  22. LES VIOLETTES Les disciples de la Fraternité sont originaires de toutes les classes sociales, religions et nationalités du monde. Tous sont unis dans la même ferveur : paysans, commerçants, employés, patrons, professeurs, artistes, mères de famille, hommes et femmes, jeunes et vieux. La fraternité véritable s’établit sur la base de principes immuables, les principes Divins de l’Amour, de la Sagesse et de la Vérité. On sait bien que les idées des gens de ce monde prennent différentes teintes, qu’elles ont des directions et des intensités diverses. Une idée d’une plus haute vibration prend le dessus sur celle qui a une moindre vibration. C’est pour cette raison que lors de l’apparition d’une idée nouvelle dans le monde, les adhérents des conceptions anciennes mettent en oeuvre tous les efforts pour augmenter la fréquence des vibrations émotionnelles de leurs idées afin qu’elles atteignent une octave plus élevée que celle de la nouvelle idée faisant son apparition. Ce sont, toutefois, des artifices de petite durée dont l’effet est insignifiant. Les disciples de la Fraternité ne veulent pas d'un anarchisme chaotique. Ils apprécient à sa valeur aussi bien leur pays que toutes les autres attributions de l’homme qui sont nécessaires et encore valables pour la vie terrestre. Le Maitre lui-même a donné à quelques reprises des indications éminemment sages au niveau de la direction de l’État, sans que toutefois ses conseils aient été toujours suivis. Seules les conséquences fatales d’une mauvaise direction ont toujours prouvé la justesse de sa pensée. Quand ces mêmes disciples écoutaient son Enseignement, plongés dans l’atmosphère de son aura, alors toutes les distinctions terrestres cessaient d’exister. Dans le salon de la Fraternité, il pouvait y avoir des gens de confessions différentes, d’autres nationalités et d’autres classes, d’autres conditions. Ces particularités s’estompaient et finissaient par disparaitre. Parce que les vibrations puissantes du principe divin s’imposaient au-dessus de tout par leur puissance. C’est dans ces minutes que chaque individu séparément, en accord au moins avec une parcelle de la grandeur de l’Universel Esprit Créateur, n’arrivait pas à concevoir comment il était possible qu’en raison de distinctions minimes, insignifiantes et artificiellement créées, on pouvait verser du sang et faire subir aux autres des souffrances infernales. Chacun pouvait devenir membre de la Fraternité sans nulle cérémonie ni vérifications spéciales. La vérification était effectuée par la vie elle-même, qui élucide tout, et cela de telle façon que ces éléments, qui ne découlent pas de la soif sacrée de connaissances et d’élévation spirituelle, échouent d’eux-mêmes. La liberté illimitée que le Maitre accordait à ses disciples devenait parfois la cause de ce que les « adhérents » instables et mal affermis dans les idées commettent des faux-pas que la foule ignorante attribuait à l’image pure et lumineuse du Maitre. Beaucoup de citoyens incultes, n’ayant jamais étudié ni compris quelque chose à la science spirituelle, ignorant les Écoles de l’Orient et de l’Occident, ne connaissant même pas les noms d’Hermès, de Pythagore, de Platon, ni même la science secrète de l’Orient, ne sachant rien de la Théosophie, de l’Anthroposophie et des Rose-Croix, n’ayant même pas encore effleuré les principes de la Parapsychologie, ne saisissant pas que le Maitre de la Fraternité de la Lumière est un de ceux qui continuent l’Oeuvre, commencée depuis des siècles et des millénaires et dirigée vers l’élévation spirituelle de l’humanité. Le Maitre de la Fraternité n’aimait pas qu’on fasse de la propagande avec les idées de l’Enseignement Divin. II considérait une telle sorte de prédication adressée à des gens non éveillés au sacre comme étant indigne. Les gens qui venaient à lui n’étaient pas recueillis sur les places publiques par des discours de propagande. Ils le trouvaient d’eux-mêmes, tout comme le voyageur assoiffé pendant la canicule du jour d’été cherche et trouve la fontaine ou la source, même dans les recoins de la montagne. Un exemple significatif sous ce rapport est la conversation du frère M.Z. (un frère aussi exalté que dévoué) avec le Maitre. Cela eut lieu à « Izgrev », pendant une belle journée d’été. Portant en lui la joie de quelqu’un ayant trouvé sa voie dans la vie et ayant nourri son âme des petites semences de la connaissance Divine, il frappa à la porte de la modeste chambre du Maitre. « Qu’est-ce qui t’agite à présent ? demanda le Maitre à son visiteur, après un court silence. — Maitre, commença M.Z., je voudrais aller en province pour y travailler. — Que feras-tu en province ? — Je vais y porter votre parole. Je vais porter la bonne nouvelle de l’Amour. Le Maitre réfléchit quelques secondes et lui demanda : — Et comment penses-tu travailler ? — En élevant une tribune... — Non, pas comme cela ! dit avec sérieux le Maitre. Ce sont là des méthodes surannées, tombées en désuétude. Après avoir été expérimentées, elles n’ont donné aucun résultat. Il y a d’autres méthodes. » M.Z. regardait le Maitre avec une émotion sacrée, sans arriver à se rendre compte pourquoi son plan échouait. « Dans ce cas, dites-moi comment il nous faut travailler ? reprit M.Z. — Tu vas à la montagne, n’est-ce pas ? J’aime croire que tu as fait halte dans quelque belle prairie et que tu y as respiré l’air embaumé par le parfum des violettes. — Mais oui, Maitre. — Tu as respiré ce parfum merveilleux, sans voir les violettes. II se peut que plus tard ton regard soit allé derrière quelque buisson où se cachaient ces petites fleurs parfumées qui t’envoient leur arôme. C’est comme cela que nous travaillons, tout comme les violettes. Nos pensées lumineuses, la noblesse de nos sentiments ainsi que nos actes utiles et désintéressés sont comme le parfum des violettes. — Est-ce que ceci est l’unique méthode ? demanda M.Z. — II y en a d’autres. Si tu rencontres une âme qui cherche, tu n’as qu’à lui dire deux mots. Allume en elle la petite flamme sacrée et laisse-la. — N’est-ce pas trop peu ? — Ce n’est pas peu, c’est même beaucoup. Parce que cette âme est reliée à d’autres, qui vont aussi s’illuminer. Telle est la loi. — Cela est merveilleux, Maitre ! » s’exclama M.Z. Le Maitre le regardait en souriant avec un amour paternel. Et M.Z., sur le chemin du retour, l’âme pleine de jubilation, se répétait à mi-voix les paroles : « Tel que les fleurs, les violettes, cachées derrière les buissons, qui embaument l’air de parfum !... »
  23. (suite) Une des manifestations essentielles et marquantes dans la vie de la Fraternité en Bulgarie sont les vacances, passées à Rila, près des sept lacs. On emploie le terme de vacances, bien que le temps qu’on y passe, surtout au mois d’aout, ne constitue pas des vacances ordinaires, mais un temps où, tout en se reposant du travail quotidien, les disciples entrant en contact avec la montagne continuent leur apprentissage et même, à certains moments, d’une manière plus intense que dans la ville. Un des disciples de l’École donne une description sous le titre donné plus haut ; nous la reproduisons presque sans changement ci-dessous : « Les sept lacs du Rila sont d’un vert d’émeraude. Ceux qui sont montés jusqu’à la dernière marche du long sentier pierreux et abrupt de la montagne, en font un récit exalté. De cette marche, où que le regard se porte, l’oeil jouit de la beauté indescriptible que seule peut offrir une haute montagne. On est transporté tout de suite par le charme silencieux du cirque creusé par le ciseau tenace et persistant des glaciers, alors qu’un froid terrible régnait sur notre hémisphère. En souvenir de ces époques révolues, sur les eaux limpides et douces des lacs flottent des amas de neige. L’aura de ces lacs du Rila est saine, pure, harmonieuse et saturée d’une pensée pure et lumineuse. La santé s’y restaure, l’âme respire, tandis que l’esprit s’élance pour parvenir aux sources créatrices de la vie. Les architectes invisibles, poussés par un gout et une habileté esthétique inaccessibles, ont construit un temple qui n’est pas l’oeuvre de l’homme, avec des salons spacieux pour des leçons et avec des salles acoustiques pour des chants inspirés, avec des prairies pour la paneurythmie, ainsi qu’un géant en pierre, le sommet de la prière où tous les matins les disciples attendent avec vénération la naissance du jour en même temps que la caresse des premiers rayons de soleil. Le panorama qu’on découvre de ce trône de pierre est majestueux. Loin devant les yeux s’étend une vallée large et spacieuse, silencieusement protégée par des versants puissants, revêtus de la beauté tendre et élégante des forêts de pins. Plus loin, vers l’horizon, se succèdent des chaines de montagnes et de monts, qui occupent une place modeste autour du majestueux Rila. Après toute une suite de jours au cours desquels la montagne accorde avec prodigalité la magnificence de ses coloris, il arrive des périodes où un rideau épais de brouillard cache le monde créé. On ne peut alors apercevoir que le sommet de la Prière, qui s’élance vers le ciel. On donne le nom de « Bibliques » à ces jours qui rappellent le premier jour de la Création. Le Maitre a donné à certains des lacs d’anciens noms inconnus d’une langue ancienne et ignorée : Maharzi est le nom du premier lac ; Elbour, celui du deuxième lac, où se trouve le camp de la Fraternité. Au troisième lac il a donné le nom de Balder-darou. Le quatrième lac porte le nom connu de Jumeau ; le cinquième Mahabour ; le sixième, ayant la forme d’un coeur, porte le nom de Cceur, tandis que le septième est appelé Shemhaa. Il suffit parfois de chuchoter ces noms pour qu’on se sente transporté dans un monde animé, habité par des êtres d’une évolution plus avancée qui aiment les lacs et participent en quelque sorte à la vie de l’École de la Fraternité de la Lumière. Ne se crée-t-il pas autour de ces lacs des liens entre un auditoire commun se donneraient rendez-vous les disciples du Maitre des mondes lointains ? Ainsi, tous les matins, le mont de la Prière attend ceux qui désirent participer au prélude majestueux de la symphonie du jour. C’est avec des pas lents et mesurés que les disciples marchent vers le sommet en suivant le sentier étroit de la Cathédrale de pierre. Si les gouttes de pluie se changent en flocons de neige, ou si des nuages menaçants font pressentir l’orage, les disciples sont quand même à leur poste. Aucun changement atmosphérique ne leur ferait manquer le lever du soleil. Dans ces instants le jour se lève, la méditation a lieu d’ordinaire dans le plus profond silence. Puis, après que le premier rayon s’est montré, au-dessus du mont illuminé, s’élève le chuchotement d’une prière, suivi d’un chant assourdi. L’Enseignement du Maitre est toujours précédé d’une lecture de versets ou d’un chapitre entier des saintes Écritures. Après quoi suit la causerie écoutée en un silence profond et intense. Les paroles au timbre magnétique que le Maitre prononce de sa voix calme, caressent et laissent une empreinte profonde et ineffaçable dans l’âme de ceux qui sont venus pour apprendre. Le germe nouveau dépose dans l’âme de l’auditeur peut-être un petit élan vers le bien, tisse dans la trame de la banalité de la vie de tous les jours ; il peut être l’éclaircissement de problèmes non résolus, ou bien il se peut que ce soit une idée créatrice ou une impulsion héroïque. Quand la résonance de la dernière parole de la Conférence s’éteint, tous sont debout et chantent le chant qui termine la conférence, ensuite tous prononcent la formule de la prière habituelle. Puis les disciples descendent l’un derrière l’autre le sentier pierreux pour continuer le programme de la vie de camp. Après avoir fait les six premiers exercices de gymnastique, suit un temps de repos, après quoi, s’il fait beau, on forme un double cercle et on attend que commence le début de la musique de la paneurythmie. On danse très souvent la paneurythmie sur les clairières herbeuses, près du lac Balder-Darou, ou le long du lac Mahabour. Parfois cette danse a lieu au-dessus du riant lac de la Pureté. Un petit orchestre à cordes joue la musique paneurythmique. S’il arrive que ce soit un dimanche ou bien quelque autre jour de fête, le Maitre entame une conversation qui est comme la continuation de la causerie du matin. Les disciples qui sont de service ne participent pas à ces conversations parce qu’ils préparent le déjeuner commun. Puis suivent des heures occupées à des occupations individuelles, à des entretiens, à des visites dans les tentes ou bien à des promenades le long des lacs. Souvent, autour des « mains adroites » ou des « muscles robustes », se fait un rassemblement d’amis pour participer à l’amélioration générale du camp : on consolide les marches en pierres, on nettoie les sentiers ou bien on réalise les constructions définies par le Maitre. C’est de cette façon qu’on a édifié un très grand refuge de montagne, recouvert d’ardoises, qu’on a dressé des ponts en blocs de granite, au-dessus de quelques ruisseaux s’écoulant des lacs, qu’on a capté les petites sources au-dessus des lacs Elbour et Mahabour pour en faire de belles et originales fontaines en quartz blanc apporté de très loin par les disciples. Ces fontaines font encore de nos jours la joie des touristes qui visitent ce bel endroit du Rila. Ainsi l’aménagement du camp est un foyer d’efforts communs, tandis que le travail qu’on y accomplit est, selon le Maitre, une méthode pour la consolidation de l'unité et de l’harmonie. Au déclin du jour, et alors que bien au-dessus des monts les astres du ciel se mettent à luire, ou que la lune jette son voile bleuâtre sur les roches et les prés pentus, la vie s’éteint. Et l’on dirait que les lacs apaisés, en réfléchissant l’astre de la nuit dans une beauté mystique, s’adonnent à la méditation. Pendant ce temps, les frères et les sœurs du camp parlent entre eux ou chantent le plus souvent autour d’un feu ardent, aux flammes jaillissantes d’un foyer spécialement préparé à cette intention. C’est autour de ce foyer que le Maitre fait parfois de petites conférences. Mais le plus souvent y ont lieu des concerts improvisés, des récitals ou des récits contenants des souvenirs ou des expériences. La fin des concerts se termine toujours par des chants en chœur, suivis par la prière commune qui s’élève vers les caravanes clignotantes des constellations tardives.
  24. III Textes Parmi les gens vivant une vie spirituelle, des questions surgissent qui montrent que beaucoup portent en eux-mêmes toute une série de conceptions accumulées au cours des ans et relatives à des vérités ou à des problèmes restés peu clairs. Si une approche du problème et de sa solution est possible, il faut commencer par la Grandeur, inaccessible à notre entendement, de l’Esprit Créateur Universel dénommé Dieu. II serait absurde de donner une définition de ce qui a un nombre infini d’attributs, des dimensions et des possibilités innombrables. II n’est pas possible qu’une parcelle d’un Tout, limitée dans son envergure et ses possibilités, puisse embrasser le Tout, bien que ces attributs et possibilités soient cachés et comme assoupis dans cette parcelle, tout comme les possibilités du chêne sont cachées et endormies dans le gland. Dans son amour, Dieu se manifeste aux hommes de nombreuses façons : par la surabondance des dons naturels, par la grandeur illimitée de l’univers créé avec ses lois, etc. Cependant, les hommes donnent à tout cela le nom de hasard et l’attribuent à toutes sortes de possibilités non définies que cache la matière. Et c’est ainsi à cause de la pauvreté de leur raison et sous l’influence d’un principe dont une parcelle existe en chaque individu. C’est alors que, toujours par Amour envers ses créatures, le Créateur s’est limité dans une dimension accessible à notre monde et s’est manifesté en tant que Christ. Voici quelques paroles du Maitre sur le Christ. « Le Christ est la première limitation de Dieu, Sa manifestation dans l’existence. Cet acte de l’Amour Divin s’est révélé comme l’Esprit du Christ. Le Christ n’est pas dans la forme car celle-ci change. Au cours de tous les siècles, le Christ a toujours ete le même. Mais comme la conscience des hommes se différencie, leur compréhension à son égard se diversifie aussi. En parlant du Christ, le plus exact serait de comprendre qu’Il est la première manifestation de Dieu dans l’existence en tant qu’Amour. » Les Chrétiens veulent que le Christ revienne sur la terre. Mais cela ne se fera pas comme ils se l’imaginent. Le Christ n’est plus celui d’il y a vingt siècles. On a alors crucifié le Christ et II est revenu dans Son royaume. Pour concevoir exactement la mission du Christ, il est nécessaire de connaitre les lois de la Grande Science Divine ; il est nécessaire de savoir que la terre est une planète sur laquelle les âmes s’incarnent notamment pour apprendre à acquitter leur karma, et faire l’expérience du grand amour divin. Cette terre à son aura, la partie visible qui, ainsi que les champs magnétiques, électriques et de gravitation, a aussi son plan spirituel dans lequel se trouvent répercutée l’essence des états humains, sous une forme spéciale et un aspect accessible pour ceux qui perçoivent dans la quatrième dimension, ainsi que dans d’autres dimensions supérieures. Du temps du Christ, cette aura terrestre était dense, remplie de formes défavorables et elle laissait voir l’état dégradé de l’humanité, même du peuple élu d’alors, celui d’Israël. À propos de cette question, le Maitre dit : « Le Christ a apporté sur la terre une nouvelle lumière et une nouvelle force, grâce auxquelles l’aura de la terre s’est améliorée, également se sont créées des conditions favorables au développement ultérieur de l’humanité. Sans cette affluence d’une nouvelle lumière et d’une nouvelle force, apportées par le Christ, l’humanité manquait de forces et de conditions pour se transformer. Le Christ devait être livré à la souffrance pour que les hommes fussent rachetés et qu’une partie du Karma accumulé par l’humanité fut payé. La venue du Christ est le plus grand évènement dans l’histoire de la terre. Les autres religions ne sont qu’une préparation sans laquelle les hommes n’auraient pas su comprendre le Christ. » Donc le Christ est éternel et II est au monde depuis l’éternité. Le Maitre a dit : « Vous entendrez dire dans plusieurs des Églises existantes : “Il y a encore du temps. Le Christ n’est pas dans le monde ; il y viendra tout au plus dans un siècle.” Les gens se trompent. Le Christ est dans le monde. Tous les matins, au lever du soleil, Il sort avec lui et regarde le monde. C’est une conception naïve et puérile de prétendre que le Christ réside au ciel et y inscrit les noms des pécheurs. » « Le Christ a posé trois exigences fondamentales qui sont: “Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Aime ton prochain comme toi-même. Aime ton ennemi.” » Aimer son ennemi c’est un des enseignements les plus difficiles qui soit donné aux hommes ! Dans l’Évangile, il y a des passages qu’on ne doit pas comprendre littéralement. Pour faire ressortir la vérité, il faut user d’une analyse plus profonde du texte. Aussi, à l’intention de ceux qui s’attendent à voir le Christ sous une forme humaine, il est dit dans une des conférences du Maltre : « Le Christ a vécu une fois parmi les hommes sous une forme humaine. Mais il n’y reviendra plus sous cette forme. Son sang ne peut plus couler dans les vaisseaux sanguins d’un homme. Ses pensées et ses sentiments ne peuvent remplir le cerveau ordinaire de l’homme, ni même le coeur humain. Le sang du Christ, c’est la Parole Divine vivante. La chair du Christ, c’est le Pain céleste vivant. Le Christ a dit à leur sujet : “Si vous ne mangez pas ma chair et si vous ne buvez pas mon sang, il n’y aura pas de vie en vous.” » Le moment ой le Christ montra sa grandeur, c’est quand sur la Croix, et en proie aux souffrances les plus intolérables, Il a pu dire : « Seigneur, pardonne-leur ! » L’importance du Christ pour l’évolution du genre humain, ainsi que pour le temps pendant lequel II s’est révélé est éclairée dans ces termes : « La venue du Christ est la frontière entre la période d’involution et la période d’évolution. Le Christ est un transformateur sans lequel l’homme ne peut aller auprès de Dieu. Il est venu pour vaincre le mal dans le monde, en éliminer toutes les émanations empoisonnées. Celui qui prétend être sauvé sans le Christ ne connait pas la loi. » Si le Christ n’était pas venu, la terre aurait été effacée. Les énergies négatives qui existaient alors allaient tout détruire. Maintenant encore, après deux-mille ans, de fausses idées sur Sa Mission continuent à exister. Il a dit à ses disciples: « Allez et prêchez dans le monde. Je serai avec vous jusqu’à la fin du siècle. » Mais si quelqu’un disait que le Christ, de nos jours encore, oeuvre pour le monde, certains nieraient cette vérité. Il en ressort que le mensonge dans lequel les gens vivent à présent est vrai, et que la vérité elle même est devenue mensonge. De nos jours, comme de tout temps, les gens vivent avec une haute opinion d’eux-mêmes et n’admettent pas qu’on porte atteinte à leur dignité. Pourquoi les hommes n’ont-ils pas appris la leçon que le Christ a donnée au genre humain ? Voilà ce qui est dit à propos des qualités extraordmaires et de la grandeur de caractère du Christ: « S’il y a quelque chose de remarquable dans le caractère du Christ, c’est son humilité, sa patience et son désintéressement. Il lui fallut descendre de sa grandeur, prendre une forme humaine, afin de montrer aux hommes ce que signifie l’humilité. C’est sous cette image qu’Il devait subir les insultes les plus grandes et endurer la mort sur la croix. II supporte ces souffrances sans se plaindre et sans douter. II ne faisait, durant toute sa vie, que guérir et enseigner, sans rien attendre de la part des hommes. Et la force qui lui a permis de subir ces souffrances, II Га reçue grâce à Son désintéressement absolu. » L’Enseignement du Christ n’est pas encore mis en pratique. Les hommes n’y sont encore pas prêts. II n’a été pratiqué que par des gens isolés, alors que tous ceux qui portent le nom de chrétiens devraient l’appliquer dans leur vie. S’ils ne le font pas, leur attente de le voir revenir sur la terre est vaine. Et même s’ll revenait sur terre, s’ils n’ont pas appliqué dans leur vie Ses principes, tout serait en vain. « Aimer le Christ, c’est être prêt à voir le bien même dans le criminel que Ton rencontrerait. » Parfois les gens présomptueux, qui jettent un regard superficiel sur tout, établissent un faux bilan de ce que le Christ a accompli sur la terre. Qu’a fait le Christ ?, disent-ils. Poser une telle question, c’est ne considérer le Christ que comme un personnage historique, comme un novateur qui, ayant apporté quelques idées, serait reparti. Dans leur incompétence, ils ne soupçonnent pas que depuis le jour de sa résurrection et jusqu’à présent, le Christ n’a jamais cessé de travailler dans le monde. Sa doctrine continue à bruler d’un faible feu, mais il ne cesse de s’intensifier en devenant toujours plus fort. Ce n’est rien d’autre que le feu du Christ qui met en mouvement la conscience de tous les êtres qui oeuvrent pour le Bien du monde. C’est ce feu qui a aplani la voie de tous les hommes et de tous les peuples. Pourquoi les trois Sages de l’Orient se sont-ils rendus à Bethléem pour s’incliner devant l’Enfant Jésus ? C’est une énigme pour le monde. C’est encore un autre secret que l’apparition en Orient de l’Étoile. « Les trois Sages qui sont allés s’incliner devant le Christ avaient une conscience éveillée. Vous vous imaginez qu’ils y ont vu un petit bébé auquel ils ont apporté leurs dons et puis s’en sont allés. Ce n’est point cela. Ils se sont entretenus avec le Christ. Il leur a remis la grande sagesse et la connaissance qui sont gardées surtout par les Hindous. Ni les Anglais, ni les Américains, ni les Français, ni quelque autre peuple que ce soit, ne peuvent garder des secrets sacrés. Il n’y a que les Hindous qui ont gardé cette grande doctrine sacrée. » « Deja avant l’avènement du Christ, il y avait aux Indes une science de l’univers et de l’homme, mais ce qui y vint, apporté par les Sages, était quelque chose de nouveau qui avait renouvelé et donné un sens à leur science spirituelle. » Quand il s’agit de dessiner le portrait moral du Christ, il est indispensable de savoir qu’Il est un des plus grands Envoyés descendus sur la terre, le plus pur des hommes, l’âme la plus sublime ayant visité ce monde, ainsi que le plus grand Esprit qui ait illuminé la pensée humaine. Il est dit dans certaines religions qu’il faut imiter le Christ. C’est une bonne expression. Mais le Maitre dit que ceux qui veulent être comme le Christ doivent passer par de très grandes tensions, car on exige une sureté de coeur absolue, ainsi qu’une lumière absolue de l’Esprit. « Lorsque deux personnes partagent la même vie, elles passeront le mieux possible leur vie si chacune d’elles a commencé à aimer séparément le Christ. S’il leur manque cet amour envers le Grand Maitre, elles n’ont pas connu l’Amour et pour cela elles pourraient difficilement se supporter mutuellement. » Mais connaissons-nous entièrement l’Enseignement du Christ ? « Ce que les chrétiens savent de nos jours ne représente même pas une millième partie des paroles du Christ. Beaucoup de choses de ce qu’Il enseignait ont été éliminées parce qu’elles démasquaient ses adhérents d’alors. Il a dit beaucoup de grandes vérités qu’ils ont laissées de côté. Mais malgré tout, tout ce que le Christ a dit a été écrit. Dans deux-mille ans, lorsque vous serez revenus sur la terre, vous comprendrez ce qu’il avait enseigné. C’est alors seulement que les hommes auront une véritable culture, qu’ils connaitront et qu’ils vivront selon l’Enseignement du Christ. » « C’est alors que le Christ viendra en lumière et en pureté. » À un autre endroit, le Maitre dit : « Pour que le Christ devienne, dans votre âme, immortel et puissant, il faut laisser l’Amour pénétrer en vous. C’est alors que vous réserverez au Christ la place la plus sainte et élevée en vous et que vous sanctifierez Son nom dans votre coeur. En outre, si quelqu’un exprime le désir d’être près du Christ, il doit avoir acquis l’art de devenir humble. D’une part vous prétendez vouloir être comme le Christ et d’autre part vous désirez commander. Il connaitra le Christ celui qui a appris à servir avec désintéressement et qui a acquis l’héroïsme de répondre à la haine par l’amour, et au mal par le bien. » Chacun pourrait-il appliquer l’Enseignement du Christ ? « L’Enseignement du Christ est profondément mystique. Il ne peut être appliqué que par quelqu’un qui est un véritable mystique, car lorsqu’il se mettra à appliquer la Parole du Christ, il sera soumis à une série de tentations qui essayeront de le détourner du droit chemin. Et, en lui promettant beaucoup de prospérité, elles l’entraveront dans la voie qu’il aura prise. » II y a une question : « L’oeuvre du Christ est-elle achevée ? » « On garde les paroles du Christ. Un jour ses entretiens seront reproduits. Rien ne se perd. Les bandes vidéo contenant ce que le Christ a dit existent dans les témoignages de l’Akasha et cela sera rétabli. Et il vous sera donné non seulement d’entendre, mais encore de voir ce qui est arrivé alors. Le Christ a parlé de choses qui ne sont écrites ni dans la Bible ni dans l’Évangile. Ce sont des choses Divines. L’oeuvre du Christ n’est pas terminée, c’est dans l’avenir que vivra son siècle d’or. Dans une de ses causeries, le Maitre examine certains moments de la vie inconnue du Christ; il dit: « Le Christ dormait trois heures pendant la nuit et passait trois heures en prière. Pendant qu’il priait, Il accumulait une quantité énorme d’énergies venant du monde divin, qu’Il dépensait par la suite. Il en dépensait par la Parole, pour la guérison des malades, etc. Il accumulait ces énergies pendant la prière de la nuit. » « Il y a des occultistes qui pensent que le Christ, en sa qualité de plus grand des Initiés, n’a pas éprouvé de souffrances lorsqu’il a été soumis à toutes sortes de tortures, non plus qu’au moment de sa mort sur la Croix. Cela est tout à fait faux et c’est même une affirmation sacrilège de la part de gens qui n’ont pas du tout compris Sa Haute Mission. Le Christ, le Fils de Dieu, est un fils de l’homme. Il devait vivre sa tragédie de la manière terrestre. Le peintre génial Rembrandt avait raison de peindre à ses débuts une célèbre crucifixion retrouvée bien plus tard en France, dans laquelle le visage du Christ exprime les tourments les plus douloureux. » Au sujet de cette question, nous lisons dans une conférence : «II y a nombre de personnes qui demandent : Le Christ souffrait-il dans son corps ? Oui, Il a éprouvé beaucoup de souffrances physiques. Il est dit dans un passage de l’Evangile : “Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où abriter sa tête.” Dans un autre passage, il est dit: “Mon âme est mortellement triste.” Le Christ était revêtu de la chair à laquelle les souffrances physiques sont inhérentes, mais II concevait en même temps qu’une Force supérieure l’avait envoyé sur la terre pour qu’Il y accomplisse une grande oeuvre. » À la question : « Où est le Christ et dans laquelle des Églises édifiées en son nom se trouve-t-il ? » le Maitre répond : « Ne cherchez pas ici ou là. II est au-dedans de vous-mêmes, dans votre âme. » « En tant que symbole, le Christ est désigné dans l’Évangile sous les mots : le Cep de vigne, le Pain Vivant, la Porte, le Pasteur et, en sa qualité de Fils de l’homme, par les termes de Maitre et d’Instructeur. » Et à la demande: «Pourquoi le Christ a-t-il choisi douze disciples ? » le Maitre répond : « Le nombre 12 est le nombre des anges. II est le nombre des douze signes du zodiaque. Les douze apôtres se trouvaient sous l’influence des douze signes du Zodiaque. » « Lisez l’Évangile, afin d’entrer en relation avec le Christ. » « Le Christ dit: “Ne vous approchez pas de Moi, car Je ne suis pas encore monté vers le Pere.” Celui qui veut voir la Face de Dieu doit d’abord passer par la croix. Ce qui signifie qu’il doit avoir lutté avec la mort et avoir acquis la vie. » Le Christ reviendra sur la terre d’une manière par laquelle Dieu ne s’est pas encore révélé jusqu’à présent. II rétablira la paix et la joie sur la terre entière. Et c’est alors que les hommes diront: « C’est à présent que nous comprenons le sens profond de la sagesse Divine. » Le Maitre a dit encore beaucoup de choses à propos du Christ, mais nous nous bornons aux extraits donnés ci-dessus. * ' * On pourra aussi se reporter au chapitre sur le Christ dans Le Maitre Parle. Les gens ont des conceptions spéciales ainsi que des opinions extrêmement particulières à propos de telle ou telle personne qui, d’une manière ou d’une autre, s’est imposée à la société. De même on a dit au sujet du Maitre en Bulgarie les choses les plus diverses, lesquelles, si on les juxtaposait, se trouveraient être, dans certains cas, des contradictions inconciliables. Les gens vivant de la vie de l’Esprit veulent le plus souvent être fixés sur la personne de celui qui les dirige, en cherchant ses origines loin dans le passé, au lieu de se conformer à ses conseils. C’est ainsi que, par suite de telles « intrusions », on risque d’aboutir à diverses erreurs. Aussi dans le présent chapitre de ce livre dédié au Maitre Beinsa Douno, nous donnerons des extraits de conférences et d’entretiens dans lesquels, bien que rarement, il ait parlé de lui-meme. « Beaucoup de personnes me demandent dans quel but je prêche. Si j’étais venu dire la même chose que ce que d’autres prêchent, il était inutile pour moi de venir. Je prêche la doctrine du Christ qui doit être appliquée dans la vie, ne serait-ce que dans une petite mesure, notamment dans les rapports entre les pères et les mères, les fils et les filles, les serviteurs et les maitres. Ma tâche est de faire appliquer cet Enseignement par tous les bommes sur la terre. Puissent tous les prêtres et tous les prédicateurs se réunir et prier le Seigneur de les aider dans la mise en pratique de l’Enseignement du Christ, car il n’y a que cet Enseignement qui soit en état de réconcilier tous les hommes entre eux. » « L’Enseignement que je prêche est celui de la nature vivante dont la science s’occupe également. C’est un Enseignement touchant à la vie, une science de ce qui est raisonnable au monde, une science de Dieu et de l’Amour. » « Je ne répète pas l’Enseignement de la morale ordinaire, mais je parle du Grand Amour qui peut améliorer la santé, instruire l’esprit, élargir et ennoblir le coeur, ainsi que donner une impulsion à l’Esprit. De quelque nation que vous proveniez, à quelque parti que vous apparteniez, profitez de cet Enseignement. Ne me suivez pas moi, mais suivez l’Amour Divin. Cherchez l’extraordinaire dans la vie ; c’est ce qui est Divin. C’est ce que j’enseigne et que je veux vous faire connaitre. « Lorsque nous avançons certaines idées, nombreux sont ceux qui disent que nous autres, gens spirituels, nous ne sommes pas en possession de toute notre raison. Mais, dites-moi, s’il vous plait, en quel temps et en quel lieu les gens ont-ils accepté la Vérité ? Le Christ n’a-t-il pas apporté une haute Vérité ? Et qu’ont-ils fait de Lui ? Après le Christ sont venus les apôtres, mais ils ont été pourchassés à leur tour. C’est comme cela qu’on agit avec chacun de ceux qui essayent d’apporter une nouvelle idée, soit dans le domaine de la science, soit dans celui de la religion, soit dans la vie sociale. Quel que soit cet homme, on le pourchassera toujours. » « Le clergé a peur de moi. On veut m’écarter afin que je ne leur mette point de bâtons dans les roues. Écoutez, mes amis, leur dis-je, ce monde n’est pas à vous. Le monde est un vignoble immense où il y a du travail pour tout le monde. II n’y a pas de raison pour que vous divisiez les ceps. Le vignoble doit être biné. Lorsque le Seigneur viendra, II nous demandera : « Avez-vous bien biné la vigne ? » À présent ces gens s’adonnent à la paresse, ne cultivent pas le vignoble et ne font que partager les ceps. » « J’aime les hommes, ainsi que j’aime ce qu’il y a de Divin en moi. II n’est pas question de les rendre heureux. La terre est une école et non pas un endroit pour le bonheur. Je veux laisser en vous la pensée d’être libres d’esprit, de coeur et d’âme. La seule chose que je n’aime pas est la tromperie. » « Les “saints pères” se demandent ce qu’il adviendrait de moi si je mourais non repenti. Si je devais me repentir, je me tournerais directement vers Dieu. Je ne connais pas d’autre repentir. Aussi je dirais : “Seigneur, Tu m’as envoyé prêcher sur la terre. J’ai achevé ma tâche. Je n’ai besoin de rien d’autre.” » « Je veux réveiller chez les Bulgares la foi en ce qui est Divin. Ils ont une religion, mais ils manquent de foi. Ils l’ont perdue. » « En outre je voudrais donner aux hommes une notion exacte du mot “Maitre”. Le Maitre est autant visible, qu’invisible. II est partout: dans la lumière, dans l’eau, dans l’air, dans le soleil, dans les pierres, dans les plantes, dans les animaux et dans les hommes. II est sur la terre et en même temps dans d’autres mondes. » « L’homme peut-il briller davantage que le soleil ? Quel homme génial a pu jusqu’à présent conquérir et illummer le monde entier ? Même les êtres les plus grands tels que Bouddha, Krishna, et même le Christ, n’ont pas illuminé le monde entier comme le soleil l’éclaire. Ils n’avaient d’autre tâche que de prêcher l’Amour envers Dieu. » « Je ne parle pas seulement pour vous. Ma pensée s’adresse à tous les êtres raisonnables. Elle est émise comme par une radio à travers le monde entier. Elle n’est pas même ma propre pensée. C’est une Pensée Divine. Elle est née avant même les siècles précédant la création du monde. Elle est donc une manifestation de nous-mêmes. Même la moindre impulsion envers le Bien est un langage de Dieu. » « Je ne m’intéresse pas à ce qu’on dit de mal ou de bien de moi. Celui qui dit du mal ou du bien de moi, cela ne regarde que lui. Mais en fin de compte, dans un cas comme dans l’autre, j’acquiers quelque chose de précieux, j’apprends une leçon des deux choses. Je me mets à la place des deux et je les comprends. » « Si vous pensez pouvoir séparer Dieu du Maitre et le Maitre de Dieu, vous ne comprenez pas les lois. Si le Maitre s’imagine pouvoir faire quelque chose en dehors de Dieu, il fait fausse route. L’unique Maitre qui enseigne aux hommes est Dieu. Pour le faire, II prend une forme ou une autre. C’est cela qui fait que Dieu est parfois visible et parfois invisible. » « Je sais où et combien il y a de pierres précieuses. Je sais ой il y a de l’or et des herbes qui guérissent. S’il s’agissait de richesse, si je guérissais un homme riche, je recevrais une récompense énorme. Mais je n’abuse jamais de la confiance qui m’est accordée. » « Il existe chez moi une tendance à m’approcher davantage des faibles, qu’ils soient riches ou pauvres. J’ai de la compassion pour les faibles et je veux les aider. Le Christ aussi n’est pas venu pour les justes, mais pour ceux qui souffrent, pour les malades, les faibles et les indigents. Aussi je me rendrai auprès des malades avec ma pharmacie, mais j’irai auprès des autres avec mon violon. Si je n’arrivais pas à corriger le monde à l’aide de mon violon, je prendrais la plume et deviendrais poète. G’est à une telle conclusion que je suis parvenu. Si je venais encore une fois dans ce monde, je reviendrais comme musicien ou comme poète. Ce sont ces deux choses, qui mettront de l’ordre dans la vie. Je veux que votre vie prosaïque disparaisse, parce qu’il n’y a que la musique et la poésie qui restent pures dans ce monde. Tout le reste est souillé. » ’« On a dit que je n’avais pas une attitude “pieuse” à l’égard du Christ. J’ignore ce que c’est que cette attitude “pieuse”, mais je sais que j’éprouve de l’Amour pour le Christ. Je sais de plus que le Christ a dit encore beaucoup de choses essentielles qui ne sont pas écrites. L’Enseignement du Christ est amputé, il n’en est reste que des fragments, et tout le christianisme actuel repose sur eux. J’aurais voulu voir dans l’application du christianisme contemporain l’Amour du Christ dans sa manifestation vivante. C’est bien cet Amour que j’aurais voulu voir sous la chasuble de chaque prêtre. Je ne dis pas ce qui me passe par la tête, mais je dis des vérités que j’ai testées. Le monde n’est pas mort pour moi. Je vois dans ce monde ce que les autres ne voient pas. Nous savons pourquoi les boeufs sont des boeufs et les mouches des mouches. Nous savons tout au sujet des animaux, des plantes, des minéraux. » « En ce qui concerne l’enseignement que je prêche, ne dites donc pas qu’il a été inventé par un quelconque Deunov, mais dites que c’est l’enseignement de la Fraternité de la Lumière. Demain peut venir un autre, sous un autre nom. La grandeur de tous ceux qui sont venus au monde, réside en ce qu’ils ont transmis la vérité telle que Dieu l’a donnée. » « Au bout d’un certain temps, vous serez la où je suis à présent. Le principal est de suivre ce chemin jusqu’au bout. Le monde change, et moi, je m’instruis. Ce que j’apprends reste pour moi, et ce dont vous vous instruisez reste pour vous. Un jour, lorsque nous serons retournés auprès de Dieu, nous nous réunirons ensemble et chacun y apportera son expérience. Je ne saurais avoir votre expérience, ni vous la mienne. Chacun comprendra l’Amour d’une façon spécifique. Vous avez vieilli par manque d’Amour. Je suis venu pour vous rajeunir, car l’Amour donne un sens à la vie et rajeunit. » « Certains s’imaginent que je veux utiliser quelqu’un pour mon propre compte. Dès le moment où je profiterai même d’un moucheron pour mon propre bien, je serai un homme perdu, ruiné. Je me changerai en nain. Entendez-vous cela ? Je n’ai jamais reculé devant la Volonté de Dieu et je n’ai jamais refusé d’accomplir Ses pensées sacrées. Je connais Dieu en qualité d’Amour absolu, de Sagesse absolue, de Vérité absolue, ainsi que de Justice et de Bonté absolues. Je ne veux pas enfreindre la loi la plus minime, car il n’y a pas de souffrance plus grande que celle de s’éloigner de Dieu. » « Il n’y a pas de faute que je n’aie connue. Les pensées, les désirs et les sentiments les plus divers passent par moi, parce que j’ai prêté une oreille à toutes vos paroles. Après cela, il m’a fallu me purifier afin qu’il ne reste en moi aucune trace de l’impureté humaine. Tout ce qu’il y a au monde se répercute en moi. C’est pourquoi je ne dis pas de moi-même que je suis quelqu’un de grand. » «Je n’ai pas encore commencé à parler. Pour parler, il faut que vous me compreniez, alors que vous avez à peine appris l’alphabet. J’ai beaucoup à vous enseigner : je dois vous apprendre les syllabes, les mots, les phrases. » « On nous appelle des “Deunovistes”. C’est une erreur ; voilà, moi-même je ne suis pas Deunoviste. Je prêche l’Amour de Dieu. » « Donnez-moi donc les oeuvres de certains poètes que j’ignore. En les lisant, je vous dirai s’ils respirent, s’alimentent et marchent correctement. Je pourrai dire la même chose au sujet des philosophies. » «Autrefois les évêques grecs, brusquement, déclarèrent les Bulgares schismatiques et les exclurent de l’Église. Maintenant, seize notables du Synode discutent de mon excommunication de l’Église. L’ennui, c’est que nul ne saurait m’exclure, c’est moi-même. Comment m’exclurai-je ? Seulement si j’enfreins la loi Divine. Mais si j’accomplis la Volonté Divine, qui est-ce qui m’exclura ? » « On nous demande : — Qui êtes-vous ? — Nous sommes une Grande Fraternité, qui a des filiales aussi bien au ciel que sur la terre et dans l’univers entier. Celui qui sert Dieu de toute son âme est un citoyen de cette Grande Fraternité de l’Amour Divin, de la Sagesse et de la Vérité Divines. Je vous dis : Devenez des disciples de cette Fraternité ! » « Le monde invisible est visible pour moi. II peut se rendre visible aussi pour vous. II est même plus réel que le visible. C’est un monde raisonnable où vivent des êtres raisonnables et nobles. » « Celui qui manque d’amour et vient près de moi me fait perdre mon temps, tandis que pour celui qui est rempli d’amour, j’ai toujours du temps disponible. » « Nous ne sommes pas une secte. Nous sommes dans le Tout dans lequel vivent toutes les sectes. » « II est nécessaire qu’il y ait des gens désintéressés qui soient prêts à servir Dieu avec désintéressement. »
  25. (suite) À la même époque, il guérit un homme tout plié et recroquevillé sur lui-même et qui ne pouvait rien faire manuellement. Il avait tout essayé, avalé toutes sortes de médicaments, mais ni guérisseurs ni médecins n’avaient pu venir à bout de sa paralysie. Le Maitre lui donna une directive, au premier abord parfaitement absurde. « Il faut que tu ailles bêcher le jardin », lui dit-il. Mais le malade lui déclara que non seulement il ne pouvait se redresser, mais qu’en plus il ne pourrait jamais soulever une bêche. Le Maitre insista fermement pour qu’il suive son conseil, quand bien même il devrait ramper sur le sol et commencer à gratter la terre avec une erminette. L’homme eut le courage de commencer comme cela et peu à peu il se redressa. Trois mois plus tard, il était complètement rétabli. On dira qu’il n’y a pas là de miracle. Sans doute... mais nous n’avons pas prétendu qu’il y en avait un dans le sens habituel du terme. Mais n’est-il pas « miraculeux » que sur cent et un conseils et remèdes prodigués à cet homme pendant des années, ce soit justement le dernier qui ait été opérant ? Ce cas rappelle le sens caché du récit de l’Évangile au sujet du malade qui avait attendu trente-huit ans au bord de la piscine de Béthesda, aux environs de Jérusalem *. Le Christ ne le guérit pas immédiatement, mais lui a demandé : « Veux-tu guérir ? » — « Je le veux, Seigneur, mais je n’ai personne pour me plonger dans l’eau lorsque l’ange l’agite. » Ce malade était de la catégorie de ceux qui peuvent guérir. La maladie avait déjà fait son oeuvre et il n’avait besoin que d’une petite poussée et d’un peu de volonté. Le Christ lui dit : « Prends ton grabat et marche ! » Ce qui signifie : laisse cet état d’inertie et d’attente et fais toi-même le premier pas. La vie du Christ est significative pour ceux qui désirent suivre la voie spirituelle. C’est ce qu’enseigne le Maitre. Les disciples de la Fraternité doivent se tenir loin des adeptes des sectes, aussi crédules que paresseux, qui craignent de faire le pas difficile en disant : 5 « N’est-ce pas pour nous autres, qui avons cru en lui, que le Christ a été crucifié sur la croix ? » Certains prétendent avoir été « sauvés » depuis telle époque, à telle date. D’autres emploient le terme «nés de nouveau », mais ils disent être nés de nouveau et ils continuent à vivre selon l’ancienne manière. Parmi les auditeurs de l’enseignement du Maitre qui aspirent au discipulat, beaucoup succombent encore et font des fautes, mais la différence est dans le fait qu’ils s’efforcent de changer leur vie et souffrent lorsqu’ils n’y arrivent pas. De plus ils ne prétendent jamais être sauves ou nés de nouveau, parce qu’en ce qui concerne « la nouvelle naissance », le Maitre a donné une explication qui signifie un exploit décisif et héroïque dans la vie. Lorsqu’on parle d’enseignement, quelqu’un pourra penser : « Du moment que l’enseignement de la Fraternité de Lumière suit la doctrine du Christ, le Christ ne serait-il pas le seul Maitre et les Évangiles ne sont-ils pas suffisants pour que nous retrouvions la voie véritable ? » Une telle pensée est judicieuse bien qu’il nous paraisse possible de l’éclairer plus amplement. Prenons l’exemple d’un musicien débutant qui a choisi Beethoven comme son compositeur préféré et qui a décidé de faire de l’étude de l’oeuvre de celui-ci le but de sa vie. Ce musicien, qui en est à ses débuts, pourra prendre tout ce que Beethoven a composé, mais il ne saurait parvenir tout seul au bout de sa tache à moins qu’il ne trouve un maitre qui l’initie à l’oeuvre magistrale de Beethoven. Un tel maitre est indispensable, car, au-delà de l’admiration pour le grand compositeur, il reste tout à apprendre pour devenir son interprète. Ce maitre qu’il aura choisi ne lui apprendra rien d’autre que l’oeuvre de Beethoven, mais il s’y initiera toutefois avec plus de compréhension, en évitant certains écueils, ce qui lui permettra d’avancer d’un pas plus assuré. On sait que l’alphabet dit cyrillique a été donné par les saints Cyrille et Méthode. Alors on pourrait dire aussi de façon absurde : « Pourquoi les enfants auraient-ils besoin d’un maitre d’école quand ce n’est pas ce dernier, mais bien les saints frères qui ont donné l’alphabet ? » Tous les enseignements et toutes les écoles qui se basent sur l’idée de l’acquisition des vertus et de la pureté, conduisent aux vérités, certes simples dans leur forme, mais si élevées qui sont dans l’Évangile. Il faut dire que le Christ n’a pas créé de thaumaturges, mais bien des apôtres. Le don de guérir des malades et même de ressusciter des morts que certains avaient n’est pas resté jusqu’à la fin comme une démonstration spécifique, mais pour servir à quelqu’un de façon concrète, lors de cas Lorsque Simon-Pierre, par timidité, ne voulait pas que Jésus lui lavât les pieds, celui-ci lui dit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi » (Jean, 13, 8). Et il ajouta : « Celui qui s’est baigné n’a pas besoin de se laver, mais il est pur tout entier » (Jean, 13, 6-10). Jésus possédait la perfection. Il savait bien que les sciences secrètes ne serviraient pas aux hommes s’il leur manquait la pureté et le dévouement. À défaut de ces vertus, on pècherait même si on était un ange. Le Christ ne demanda pas à ses disciples s’ils possédaient des connaissances intellectuelles, mais Il sonda leur coeur. Il s’adressa à Pierre, qui symbolise notre époque, en lui demandant: « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? — Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime, répondit Pierre. — Alors pais mes brebis, dit le Christ. » Il répéta ces mots à deux ou trois reprises afin que cela soit bien imprimé dans l’esprit et le coeur des apôtres. Ceux qui se sont engagés à élaborer le présent ouvrage, et qui ont vécu comme élèves disciples du Maitre, se sont permis de souligner une condition importante dont il vient d’être question, mais ils y reviendront pour souligner ce principe fondamental dans l’Enseignement. Il s’agit du danger qui guette chaque élève ou chaque personne aspirant à mener une vie spirituelle. C’est de faire des exercices afin d’acquérir des forces psychiques avant que « les pieds leur soient lavés », c’est-à-dire avant d’avoir affermi les vertus qui forment l’épine dorsale spirituelle et morale du caractère, et avant d’avoir érigé l’humilité comme une forteresse. On peut observer, comme nous l’avons fait nous-mêmes, que beaucoup de gens n’ayant pas jugé bon d’accomplir la voie de préparation, qui est celle de l’apprentissage dans l’amour, la pureté et l’humilité, sont parvenus grâce à diverses méthodes à acquérir des connaissances et des pouvoirs considérables. Ils voient même cela comme des révélations du ciel. Le monde est plein de tels mages qui passent pour être des « initiés », mais qui très vite montrent, à qui sait discerner, des actes de nature avide et impure. Et cela n’est pas sans causer d’amères déceptions aux gens qui cherchent comme à ceux qui sont entrés dans la voie spirituelle. Ces soi-disant mages, prétendument initiés, sont la cause que certaines âmes à peine éveillées retournent à l’incroyance et à l’athéisme catégorique. Nous avons connu de telles personnes qui, hélas, ne recherchent pas l’ordre sage, assuré et infini des lois naturelles et spirituelles, mais plutôt certains phénomènes « étonnants » ou « mystérieux » manifestés abondamment par les pseudomaitres. Ces gens-là ressemblent a des spectateurs au cirque qui voient des illusionnistes réaliser l’impossible avec habileté. Le véritable Maitre ne cherche pas a être habile, comme Test un prestidigitateur. Le véritable Maitre ne cherche à éblouir personne ni à séduire personne. Les disciples de ce Maitre font de même, et en tant que « soldats » du Christ ils ont les armes de la foi, de la patience et de la pureté. De l’autre cote, les phalanges de l’adversaire n’ont pas besoin d’être nommées. C’est pourquoi aussi bien dans l’Évangile que partout où paraissent les véritables serviteurs et fils de la Lumière, la première recommandation qui est adressée à ceux qui se sont engagés dans la voie véritable est: « Eprouvez les Esprits ». Ou autrement dit: « La première qualité du disciple est le discernement. » En ce qui concerne l’Amour, le Maitre est absolument catégorique. Sans cet Amour, dit-il, on ne peut faire un seul pas dans le développement spirituel. II reconnait la science comme étant une voie pour atteindre certaines vérités, une voie analytique, lente. Dans son enseignement, il embrasse toute la vie, mais il n’a jamais parlé de rien avec plus d’insistance et d’inspiration que de l’Amour envers Dieu. Ce n’est que par cet Amour que l’on cesse d’être spirituellement mort. Il ne nous est pas possible de dire avec de simples mots combien est riche la parole du Maitre et combien l’héritage qu’il nous a laissé est don de vie. * * * Lors des réunions, le Maitre lisait un chapitre de la Bible, le plus souvent un passage de l’Évangile. Il y avait ensuite une prière et quelques chants. Parfois le Maitre choisissait un verset dans la lecture du jour pour développer sa causerie. Cela dépendait des réunions, car dans d’autres types de causeries le thème ne découlait pas d’une lecture préalable. Le Maitre disait souvent qu’il était temps que les gens comprennent la vie dans son essence et que l’on n’y parvient que si on réussit à se détacher des mesquineries de la vie ; car il est plus difficile d’approcher de la vérité quand on garde l’esprit mesquin et étroit. Les disciples de la grande vie doivent se détacher des conditions ordinaires qui sont certes nécessaires sur terre provisoirement, car si l’on réussit à sortir des conditions ordinaires, on acquiert le Nouveau et l’on pénètre dans la vie divine. Si nous apprenons et appliquons la première règle du monde divin, l’Amour, nous avons déjà pénétré dans l’École de la Nature et connaissons ses règles et ses lois. Sans Amour, il n’y a aucun succès. Sans sagesse, il n’y a aucune lumière, sans vérité, il n’y a aucune liberté. Bien qu’elle puisse sembler parfois pénible, la vie est un don sacré dont le Ciel nous a gratifiés. Nous comprendrons la grandeur de ce don quand nous apprendrons à suivre les lois de la vie. C’est précisément pour nous montrer ces lois que le Christ est venu. Il existe dans le monde un grand plan qui se réalise graduellement. Les pensées et les désirs des gens ne coïncident pas toujours avec ce plan. C’est pourquoi, quoi qu’il arrive, l’homme doit coopérer à l’accomplissement de ce plan. L’homme nouveau porte en lui une grande synthèse cosmique réalisée. Ce n’est pas un être qui a seulement un coeur et des sentiments, qui n’a qu’un intellect froid et analytique. Il n’est pas sans caractère et ne manque pas de volonté. Une des tâches des Maitres qui viennent sur terre est d’aider les hommes à réaliser en eux même une telle synthèse cosmique. Dans la vie sur terre, on remarque deux moments importants : le premier est le réveil de l’âme humaine et le second est l’épanouissement de l’âme lorsque I’homme harmonieux est déjà édifié . C’est le triangle équilatéral de l’Amour, de la Sagesse et de la Vérité. Le Maitre aimait beaucoup donner des exemples sous forme de postulats mathématiques afin d’éclairer certaines vérités de la science divine. Il parlait des mathématiques comme d’une science symbolique qui cache les vérités fondamentales de la vie et dévoile beaucoup de secrets. On sait que les « Principes d’Euclide » ont pour base 35 définitions, 5 postulats et 6 axiomes. Le cinquième axiome est : « Le Tout est plus grand que ses parties. » Le Maitre dit : « La partie ne peut pas être plus grande que le tout, mais elle peut être semblable au Tout. » En outre, on sait que deux coordonnées déterminent la position d’un point dans un système coordonné d’un plan. Et au contraire : À un point d’un plan correspond deux coordonnées. « Analogiquement, trois nombres déterminent la position d’un point dans l’espace et à un point de l’espace correspondent trois coordonnées. Mais on peut bien parler d’espace et de point, de quatre, cinq, six, etc. dimensions, d’où (transition de limite) il existe également un point d’un nombre infini de dimensions. » « Dans l’espace infini (tel que celui possédant un nombre infini de dimensions) on peut poser un point limité ; tandis que dans l’espace limité on ne peut poser un point illimité. » Nous interprétons ceci de la manière suivante : Le limité (ce qui a une fin) peut exister dans l’infini (le Divin). Cependant que le Divin aux dimensions innombrables, ne peut être entièrement inclus dans ce qui a une fin (le limité). Le Maitre ajoute : « L’ombre est une conséquence de la lumière. Nier le Grand signifie nier la cause, mais accepter la conséquence : l’ombre. La science actuelle est une science des conséquences, une science de l’ombre. II existe bien une lumière sans ombre, mais il n’existe pas d’ombre sans lumière. » Les âmes éveillées, que nous appelons « Fils de la Lumière », comprennent que d’autres fils et filles de l’humanité donnent aux lois des interprétations telles qu’ils détournent la pensée humaine de la beauté primordiale de la Création ; ils iront jusqu’à renier le Créateur Lui-même. Ces mages de l’ombre orientent la raison des hommes non point vers les mains qui utilisent la boue pour modeler les belles formes de la vie, mais vers la « boue » elle-même, à laquelle ils attribueront la dignité de l’Universel Esprit Créateur. À la question : « Comment expliquer la raison, la régularité et la sagesse des lois naturelles ? » les serviteurs des ténèbres répondent : «C’est une propriété de la matière. » De nos jours, alors que le naturaliste, le biologiste, le physicien et d’autres chercheurs avancent dans la découverte des merveilles de la vie, les serviteurs du désespoir et de la négation s’empressent d’ôter les espérances en la vie éternelle en attribuant tout cela aux propriétés de la matière. Mais la matière aurait-elle donc elle même cette merveilleuse propriété de la vie s’il n’y avait pas quelqu’un pour la lui donner ? * * * On pourra se demander en cours de lecture si les gens ayant vécu dans l’entourage du Maitre sont parvenus à acquérir les vertus dont nous parlons ici. Les médecins sont visités par des malades désireux de recouvrer la santé; il en est de même pour ceux qui, pleins d’imperfections, sont malgré tout assoiffés de vie meilleure et se rendent auprès des Maitres. C’est pourquoi bien souvent les imperfections et les comportements erronés de l’entourage retombent sur le Maitre comme autant d’éclaboussures dues à l’ignorance humaine. Ceux qui jettent de la boue sur les sources limpides de la Parole ressemblent à des enfants qui jouent avec la boue, soulevant terre et poussière qui leur retombent sur la tête. * * * Le Maitre établissait quelques habitudes simples en apparence, mais pleines de bon sens. II organisait souvent des repas fraternels avant lesquels on disait une prière et on lisait quelque passage de l’Évangile. Dans l’atmosphère cordiale de ces agapes, une meilleure connaissance mutuelle s’opérait. Le Maitre choisissait l’alimentation — cet acte important et vital comme le meilleur moyen à même de réaliser une communion fraternelle. L’aspect attrayant d’une table ployant sous les fruits met toujours une empreinte de vie et de force dans la conscience. Le Maitre enseignait à vivre une vie simple, pure et naturelle. II encourageait ses auditeurs à aller en montagne, à se soigner au soleil et a l’air pur, ainsi qu’à éviter la viande, et à se nourrir d’aliments purs issus du règne végétal. II jugeait sévèrement la paresse ; il dit en plusieurs endroits de son enseignement que ce que les religieux nomment « le salut » ne s’acquiert que par la ferveur et le zèle ; tout comme il en est pour le musicien qui veut se rendre maitre de son instrument. Tout ce qui arrivait au Maitre personnellement, ou bien ce qui se produisait autour de lui avec ses disciples, ou bien même avec le monde plus éloigné, tout cela était par lui transformé d’une façon positive avec l’optimisme le plus grand. Qu’il s’agisse de choses infimes ou de grands évènements, il disait que c’était arrivé pour le bien. Si quelqu’un tombait malade, le Maitre le secourait, mais il disait que cette maladie était venue pour son bien. « N’allez pas votre chemin en dépassant une source obstruée, disait-il. Arrêtez-vous, nettoyez-la, facilitez la voie de l’eau pour que soient aussi facilités nos sentiers. Prenez l’habitude de mettre de l’ordre là ou règne le désordre. Dirigez les ruisseaux vers les jardins, vers les vignobles et vers les champs ensemencés. » Le Maitre participait au bêchage de la vigne, à l’ordonnance du jardin, à l’émondage des arbres fruitiers ; il aidait à recouvrir d’ardoises le toit des refuges en montagne et à la construction de fontaines. Il ne nous parait pas possible de donner dans ces pages ou ailleurs une appréciation qui représenterait l’intégralité de l’Enseignement du Maitre. On peut certes en parler, on peut donner un point de vue, mais si l’on procédait à une étude intégrale et approfondie, cela ne pourrait être comparable pour le lecteur qu’à la vision de mets innombrables places derrière une glace épaisse, car le niveau de la réalité de cet Enseignement se situe dans l’application. « Dans le nouvel enseignement, dit le Maitre, la théorie et la pratique vont de pair. » Et il dit aussi que tout savoir inappliqué ou inapplicable est dangereux*. Quant à l’analyse du vécu, elle n’est que théorie et interprétation. Les trois fondements de l’essence de l’Enseignement sont : l’Amour, la Sagesse et la Vérité ; Amour — source d’abondance et de plénitude ; Sagesse — portant la lumière abondante et totale ; Vérité — qui donne une liberté complète. Bien sûr, le Maitre parle d’un Amour qui n’est pas celui, dévalué, de notre vie quotidienne. La Sagesse qu’il enseigne dépasse l’étendue du savoir ordinaire ; la Vérité qu’il montre ne limite pas l’homme, mais le libère. II les nomme : Amour divin, Sagesse divine, Vérité divine. Dans les écoles de l’Antiquité, les examens avaient lieu dans des Temples ou dans des lieux tenus secrets. De nos jours, les examens ont lieu dans la vaste arène de la vie. Le Maitre donnait toujours une réponse accessible et pleine de sagesse aux questions qui lui étaient posées, et souvent il l’accompagnait d’exemples pris dans la vie de tous les jours. Souvent ses disciples discutaient entre eux en se demandant quel était cet élément qui rendait son enseignement si attirant et laissait l’homme si libre en même temps. Et justement la réponse, simple, était: la liberté. Le Maitre dit que seul celui qui aime Dieu est vraiment libre. La liberté, qui est l’apanage des esprits d’élite, n’est ni l’arbitraire ni le néant. Il se peut que celui qui semble libre extérieurement soit un véritable esclave et que celui qui est dans les chaines soit en réalité libre. Les conditions de la liberté sont à l’intérieur de l’esprit. « S’il n’y a pas une liberté d’esprit, les gens religieux seront doublement plus méchants que les autres. » « La liberté, ajoute le Maitre, est Lumière. Tant que le flambeau, cette source de lumière, brille, vous êtes libre. Dans les ténèbres de la nuit, nul n’est libre. Il n’y a que l’homme libre qui puisse donner la Liberté. » vie. II n’ont pas encore eu la possibilité de gouter à cette nourriture spirituelle qui engendre les idéaux et ils n’ont pas ressenti une aspiration vers une vie consciente et raisonnable. Les adultes s’en indignent, les désapprouvent, mais en même temps ils exhibent des idées et des opinions extravagantes dans les journaux et sur les écrans, sans qu’il leur vienne à l’esprit qu’eux aussi ont leur part de responsabilité. *En cela, toute richesse, quel qu’en soit le domaine : matériel, intellectuel ou spirituel est un obstacle si elle n’est pas « distribuée aux pauvres », et le chameau entrera plus facilement dans un trou d’aiguille que le riche dans le royaume des Cieux (Mt.19, 23-14).
  26. RENCONTRES À TARNOVO DE 1909 À 1915 La réunion de 1909 comprenait 27 présents ; en 1910, le nombre des participants devait être à peu près le même, mais ce ne fut pas noté. En 1912, 58 personnes participèrent à la réunion. En 1913, il n’y eut pas de réunion, et nous ne savons pas pourquoi. En 1914, le Maitre initia ses auditeurs à l’essence de l’enseignement du Christ, dont les vérités sont les principes de base de l’école qu’il ouvrira en 1922. En 1915, la réunion fut interrompue le 8 aout à cause de l’entrée en guerre de la Bulgarie. Voici quelques extraits tirés de ces réunions. « L’humilité n’est pas de la servilité, mais c’est une très grande vertu. Un homme sans humilité offre l’image d’une cime montagneuse aride ou rien ne peut pousser. Il peut y avoir du soleil, mais rien ne peut prendre naissance sur ce sommet rocheux ; il peut parfois être survolé par un aigle, mais rien de plus. Celui qui possède l’humilité connait le grand secret, celui de servir. Celui qui sait bien servir les autres est le plus proche de l’Amour. Servez tous ceux qui vous sont proches. Servez votre femme, vos enfants, tout le monde enfin. Pour tourner un orgueilleux vers Dieu, il faut le faire descendre de sa place prédominante afin qu’il pénètre dans la vallée de l’humilité. » « Ne prenez pas sur vous de lutter avec la chair, le péché et le diable. Au lieu de lutter, la seule chose que vous pouvez faire, c’est d’opposer aux mauvaises pensées et à la tentation une bonne pensée. S’il vous arrive de haïr quelqu’un, vous lui envoyez de mauvaises pensées sans même en avoir conscience. Dans ce cas, recherchez donc la compagnie d’un ami dont la conduite est complètement à l’opposé de la vie et du comportement de celui que vous vous êtes mis à haïr. Et c’est alors que les bonnes pensées et les bons sentiments que vous nourrissez à l’égard de l’homme de bien entreront en lutte avec les mauvaises pensées et sentiments que vous envoyez à l’homme qui vous est désagréable, et ainsi vous demeurerez invulnérable. » « L’hypocrisie est un des grands défauts de l’homme. Si vous gardez en vous une pensée dissimulée, dites-la. L’hypocrisie est un aliment pour le diable. Ne lui accordez pas vos biens. » « En principe, la volonté signifie la force. Et les éléments que comprend la volonté sont la fermeté, la persévérance, le courage et la continuité. » « Les pécheurs se tourmentent, ceux qui s’efforcent de progresser travaillent, tandis que ceux qui aident les autres oeuvrent. » En 1912, la caractéristique des réunions fut l’étude du petit livre Le testament des rayons de couleur qui venait de paraitre pour la deuxième fois. L’année 1921 est marquée, entre autres, par trois causeries qui préludent à l’ouverture de l’école occulte qui eut lieu l’année suivante. Ce sont : Douceur et humilité; Électricité et magnétisme ; Le tourment.1 De 1922 à1944, cette école fonctionnera sans interruption, soit pendant 22 années. Le mercredi, c’était la classe pour tous, dite classe générale ; le vendredi avait lieu la classe réservée aux jeunes, dite classe des jeunes. Le dimanche une conférence était faite pour tous les visiteurs. И y avait également des causeries tôt le matin, d’autres faites lors des réunions annuelles (Congrès), lors du camp d’été à Rila, etc. Ce qu’on nomme conférences du Maitre, c’était de sa part un exposé spontané, une causerie, comme le ferait un père parlant à ses enfants de choses essentielles pour lesquelles il n’est pas nécessaire de recourir à l’art oratoire. Ici il s’agit d’une transmission d’âme à âme et non d’un quelconque exposé théorique fondé sur de brillantes connaissances. Il ne s’agit en réalité ni de discours, ni de prédications, ni de sermons. Il n’y avait à ces réunions pas plus de cérémonie que lorsqu’une mère donne à son enfant affamé une portion de pain. Dans ces entretiens, l’auditeur venu fortuitement n’aurait pas trouvé la construction habituelle en usage chez les enseignants et les conférenciers de profession ; il n’y avait pas de préambule ou d’entrée en matière, pas d’exposé principal, pas de conclusion finale systématique. Les propos pouvaient même sembler sortir de la direction prise au début, ce qui déroutait l’auditeur non habitué. Mais le disciple sait que même s’il ne comprend pas pourquoi telle chose est dite par le Maitre, son voisin peut très bien se sentir concerné. Le Maitre parle à tous en général et à chacun en particulier. Et aussi, le Maitre utilisait souvent une causerie pour répondre à une question qui lui avait été adressée 1. Traduit et publie à Paris en 1954. quelques jours auparavant. La question-réponse s’insérait dans le cours de la causerie et ainsi tous pouvaient en bénéficier. D’autre part, il est évident que les parties de ses propos qui peuvent paraitre incompréhensibles sur le moment, sont perçues à un autre niveau de la conscience, car la compréhension immédiate, pour autant qu’elle se fasse lieu intellectuellement, masque souvent une profonde incompréhension du fait que de nombreux à priori et conditionnements faussent la perception d’un message, quel qu’il soit. Dans l’accomplissement de sa mission, le Maitre connaissait très bien le problème de la communication dont on débat tant de nos jours. Entre celui qui donne et celui qui reçoit se crée un lien particulier, lien vital, mais la difficulté vient de ce que les gens n’ont pas les mêmes besoins ni le même niveau de compréhension et de développement à un moment donné. Lorsqu’on donne un magnifique concert de musique, les auditeurs reçoivent tous le même concert, mais même en admettant que la salle permette de bien entendre à toutes les places, il est bien évident que tous les auditeurs n’ont pas le même sens musical; et n’ont pas la capacité d’entendre l’oeuvre de la même façon. Seuls vont nourrir leur âme ceux qui en ont un pressant besoin. Certains s’y nourriront en profondeur; d’autres admettront la bonne exécution avec une indulgence courtoise alors que d’autres qui sont venus seulement parce qu’ils étaient invités s’agitent en attendant de pouvoir enfin se dégourdir les jambes. Il en est de même avec les envoyés célestes venus nous rappeler qu’il existe autre chose de plus que ce que nous pouvons percevoir avec nos seuls sens physiques. Par ailleurs, nous savons que les théories scientifiques, qui sont autant de marches dans l’avancement des sciences, sont accueillies d’abord avec méfiance puis adoptées pour être ensuite reniées lorsqu’une nouvelle théorie survient. C’est de cette nourriture qu’il est dit dans l’Évangile qu’elle pourrit. Les Maitres de l’humanité viennent pour offrir une nourriture qui ne pourrit pas et montrer que les ombres ne sont pas la réalité. Il y a dans la vie des faits et des phénomènes qu’on ne peut analyser, étant donné que leurs composants sont d’un ordre et d’un niveau tels qu’ils ne peuvent être perçus par notre mentalité conditionnée qui ne voit que partiellement. Sachant bien la zone limitée de ce que nous pouvons percevoir, le Maitre ne montrait que ce qui pouvait être reçu par nous. Il parlait clairement, simplement, sans effets oratoires et sans nulle jonglerie intellectuelle ni étalage de savoir occulte, alors que nous sentions qu’en lui d’immenses possibilités se tenaient cachées. Mais il y avait dans son expression une forme d’authenticité tellement rare, et si simple à la fois, si humble, qu’elle ne devient évidente qu’à l’être qui est lui-même entré dans la voie authentiquement spirituelle. Toutefois, le Maitre savait qu’il abordait des domaines difficilement perceptibles à la compréhension habituelle de ses auditeurs, et c’est pourquoi il dit dans une des classes : « De ce que je viens de vous dire, si vous avez compris 25 %, c’est bien ; les 75 % restants se dévoileront par la suite. » Le Maitre ne faisait aucune chose extérieurement surprenante qui aurait pu paraitre comme des miracles. Il ne parlait d’ailleurs pas de miracles, car cela passait à ses yeux pour des tours de prestidigitation. Des miracles, il s’en produisait autour de lui, dans le silence, de soi-même, de façon évidente. De ces miracles que seuls peuvent voir les yeux qui y sont préparés. Le Maitre n’a créé aucun rituel figé. Tous les exercices, les prières, les musiques ne sont pas des rituels, mais une source de vie abondante où puiser force et joie, où trouver l’inspiration vers le monde de l’esprit. Les habitudes sectaires, les manières et les attitudes fabriquées, les paroles en « langues inconnues », tout lui était totalement étranger*. Les miracles dont se sont souvenus ses disciples consistent en des miracles intérieurs, compréhensibles par ceux-là mêmes qui se sont libérés de tout gout pour le sensationnel des sciences occultes que l’on peut trouver dans des récits d’auteurs férus de choses extraordinaires. Lorsqu’il est question de miracles grâce auxquels certaines gens embrassent l’idée de l’existence de Dieu, il faudrait dire que ces gens-là, qui sont devenus croyants à cause de ce « merveilleux », de cet « extraordinaire », n’ont aucun mérite de cette foi-là et n’en retireront rien. S’il faut chercher des phénomènes parapsychologiques et des états extrasensoriels, on pourra aussi bien se tourner vers la science. Il ne faut pas croire que les scientifiques n’ont jamais eu l’idée de découvrir les causes cachées du mystère de la vie ou de faire des expériences qui auraient l’air de « miracles ». Et quand nous disons miracle, nous parlons d’un phénomène totalement inexplicable à l’aide d’aucun des éléments scientifiques connus. Les expériences des savants n’ont pas comme but de nous rallier au Créateur ; elles ne nous donnent pas la clé des secrets du monde. Des voyageurs occidentaux en Inde, il y a de cela longtemps, rapportèrent les exploits étonnants de fakirs et de yogis. Ils leur avaient vu accomplir des choses fascinantes, incroyables. Certains de ces voyageurs étaient des croyants et ce qu’ils avaient vu n’ajoutait ni n’ôtait rien à leur foi. D’autres étaient athées et cela ne les a pas rendus croyants. On a écrit des livres sur d’autres phénomènes, tels ceux d’invisibilité et d’ubiquité, c’est-à-dire la capacité de sortir de son corps charnel pour passer dans une autre dimension, dite « astrale ». Dans les Évangiles, il est dit que le Christ a disparu à plusieurs reprises aux yeux de ceux qui voulaient se saisir de lui. Toutefois, l’enseignement de Jésus Christ ne contient nulle part de tels artifices présentés à ses disciples en tant qu’enseignement. Il leur parlait de la patience, de l’humilité, de l’amour et des béatitudes auxquels on parvient par la ferveur et le sacrifice. Il n’utilisa pas le pouvoir qu’il possédait même quand des soldats romains le mirent en croix, car II savait que c’était justement par cette croix, c’est-à-dire par le sacrifice de soi-même, qu’Il pourrait racheter les péchés envers la Loi divine ; ce pour quoi II était venu sur la terre. C’est aussi parce que le Maitre Deunov a basé son enseignement sur la Parole du Christ qu’il n’a pas manifesté tout ce qui était dans ses possibilités, bien qu’à quelques reprises, de façon presque imperceptible, il ait soulevé le bord du voile recouvrant notre monde limité. Il nous enseignait les vertus, la haute science spirituelle, parce que c’est là quelque chose de bien plus grand que quelque « miracle » ou que quelque magie que ce soit. Lorsque le Maitre enseignait les vérités vitales et retraçait les voies de l’évolution, ces vérités étaient perçues par les auditeurs de la même façon qu’on accueille le pain qui nous nourrit, c’est-à-dire sans qu’il soit nécessaire d’analyser en même temps son contenu. Les paroles prononcées par le Maitre étaient marquées d’une force puissante ; c’était là le secret d’une influence qui pour certains demeurait inexplicable, eu égard à la simplicité apparente des propos tenus par lui. Tout le monde connait la différence entre une poésie lue par n’importe qui et la même poésie récitée par un grand artiste qui met en plus de son talent quelque chose de son âme dans les paroles. Certains amateurs de sensationnel recherchent une preuve de l’existence de Dieu dans des phénomènes surnaturels, ou bien dans des séances de spiritisme, dans des visions ou dans des miracles. Pour ces gens-là, lorsque l’un d’eux approche l’enseignement du Maitre, cela donne cette sorte de jugement : « Ces principes-là, je les connais ; dites-moi donc plutôt quelque chose de nouveau, d’extraordinaire, d’inédit. » Apprendre à penser, à se nourrir, à dormir, à respirer, apprendre à se dominer et à convertir les états négatifs en positifs, à travailler pour déraciner de soi l’égocentrisme, l’égoïsme, la peur, la superstition, pour certains fantaisistes du domaine spirituel ce sont là des exploits « connus » et sans intérêt. Cette connaissance, ce « connu » a pourtant, dans son approche réelle, des traits communs avec la situation d’un homme affamé. Il voit du pain et des fruits, il connait ces aliments, mais ils sont placés derrière la vitre épaisse d’une vitrine, et bien qu’il les connaisse il ne peut se les approprier, car il les voit à travers cet écran ; la vue ou la connaissance qu’il a ne peut apaiser sa faim. Le pain doit être reçu par l’affamé, l’eau par l’assoiffé, l’air doit être respiré, la lumière reçue, le parfum des fleurs senti par l’odorat, tout comme la doctrine du Christ, sur laquelle le Maitre a basé son enseignement, doit devenir une pratique de vie quotidienne pour chaque instant. Ils poursuivent en vain la recherche des forces et pouvoirs occultes ceux qui n’ont pas édifié en eux-mêmes l’homme nouveau, ou comme le dit le Maitre : « Tant qu’ils n’ont pas jeté les pierres dures et aigües de leur égoïsme dans la fournaise ardente du « four à chaux » afin d’en obtenir de la chaux vive avec laquelle ils blanchiront leur vie. » En toutes circonstances, même lorsqu’il abordait les choses essentielles, le Maitre parlait doucement, sans effets particuliers. Il parlait comme si ce qu’il disait lui passait par hasard par la tête, sans avoir l’air de réfléchir ou de chercher, et c’était comme s’il revenait d’un monde d’une autre dimension ou ce qui devait arriver était déjà arrivé. Lorsqu’un malade se plaignait de ses souffrances, le Maitre lui prescrivait des choses surprenantes par leur simplicité ; celui qui les appliquait demeurait étonné des résultats obtenus. Dans certains cas, le Maitre ne répondait pas aux questions posées par le malade. Au lieu de lui ordonner ce qu’il devait faire, il quittait sa chaise et revenait en apportant au visiteur une pomme, une poire ou une mandarine, ou encore une grappe de raisin, selon la saison. Qu’est-ce qui se cachait derrière cela ? Quel était l’effet de ces fruits ? Nul ne le savait, mais le malade guérissait en définitive. II refusait de traiter certains malades. Par exemple, il ne guérit pas une femme souffrant de douleurs intolérables depuis longtemps. Le visage soucieux, le Maitre lui dit que la maladie dont elle souffrait était inévitable à cause du karma accumulé, et que c’était nécessaire pour son évolution, ajoutant que nul guérisseur ou nul médecin n’était en état de la secourir. II recommanda qu’on l’aide, qu’on la visite et qu’on l’assiste dans ses besoins quotidiens, et aussi qu’on lui dise des paroles de consolation et surtout qu’on priât pour elle.
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